SCENE ly
rais qui n'ait parlé de cette journée avec horreur. l'abbé.
Mais quel peut être aujourd'hui le but moral d'un
pareil ouvrage ?
nORIMON,
De prévenir le retour du fanatisme : cette maladie de l'espèce humaine, dont le germe n'est pas éteint, et qui nous menace toujours de ses ravages épidémiques; de montrer à tous les rois l'abyme où peuvent les entraîner de perfides conseils.
LA MARQUISE
C'est, en effet, ce que j'ai vu dans cette pièce si
calomniée.
l'abbé.
Eh bien! passons le sujet, Madame, passons le sujet: il n'en sera pas moins vrai que l'ouvrage est complètement dénué d'action; qu'il est assommant de longueurs, et qu'on y trouve, à chaque pas, l'ignorance la plus étrange de l'histoire.
DORIMON
L'ignorance de l'histoire ? Je vous avoue que vous
me surprenez.
l'abbé.
J'aime mieux croire l'auteur ignorant que calomniateur; et vous reconnaîtrez du moins que c'est un procédé de la part d'un critique. Il devait savoir que le Cardinal de Lorraine était à Rome le jour du mas-
sacre; que l'Hospital n'était plus chancelier depuis quelques années...
DORIMON
En vérité, c'est vous-même , monsieur l'Abbé, qui voulez contrefaire l'ignorant.
LA VIDAME
Non , Monsieur, non : l'Abbé ne contrefait rien , c'est moi qui vous en assure.
DORIMON
11 est impossible, Madame, qu'il ignore les plus simples élémens des arts. 11 sait qu'une tragédie doit être un poëme, et non une histoire ou une gazette. Il sait que le poète a droit de feindre, pourvu qu'il n'imagine rien que de conforme au caractère connu des personnages qu'il met en action; que nos meilleures pièces en fourniraient des preuves sans nombre; et que Narcisse, par exemple, dont Racine a fait l'empoisonneur de Britannicus, était mort sous l'empereur Claude , plusieurs années avant Britannicus.
l'abbé.
Narcisse est sans conséquence. Monsieur; mais, vous conviendrez qu'un Cardinal...
LA BARONNE
Un Cardinal! Il faut avouer que cela passe la mesure.
LA VICOMTESSE
Représenter un Cardinal bénissant des poignards!