I. Voyez page 19A5 tome I des OEuvres posthumes
maîtres, les rôles de Médicis, de son exécrable fils, du cardinal de Lorraine, de Guise et de Coligny. Je ne crois pas qu'il ait aussi bien appliqué ses maximes au sujet de Timoléon que l'avait fait le sévère Alfiéri. Le crime d'usurper l'autorité des lois ne peut partir d'un homme irrésolu , sensible et soumis à l'instigation d'un ambitieux subalterne. Le transport qui rend vraisemblable le meurtre d'un frère ne peut ressembler à un acte froidement médité. C'est ce que le poète italien a très -bien développé, lorsqu'il montra Timophane ne respirant que l'orgueil et la domination, n'agissant que par son impulsion personnelle, et réduisant son frère, qu'il prend dans un piège, à le poignarder pour sauver l'État, et pour échapper à la complicité de la proscription des citoyens que le tyran fait immoler.
Du reste , abstenons-nous de renouveler l'examen des ouvrages sur lesquels a prononcé le jugement public. Les personnes qui voudront fixer invariablement leur estime sur les titres de Chénier, et savoir combien il eut de droits à notre souvenir, n'ont qu'à lire l'excellente notice de sa vie et de ses œuvres , composée par le goût et l'impartialité de M. Daunou.
Chénier, moins entravé que d'autres littérateurs, a joui, vivant, de sa gloire; placé entre des factions contraires, attaqué par les unes, mais soutenu par
les autres, son talent a pu contrebalancer les efforts (le l'injustice et de l'envie. Si toutes les haines réunies, si toutes les rivalités sans contrepoids, s'étaient sourdement liguées pour le punir de sa supériorité, pour décrier et pour étouffer le mérite de ses ouvrages, et pour en obscurcir la publication, la critique des écrivains généreux aurait à les défendre des revers injustes qu'ils eussent essuyés; mais elle n'a pas même à prémunir les esprits contre la séduction de leurs succès équitablement obtenus, et confirmés aujourd'hui par le tems et par la lecture.
AZÉMIRE
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
REPRÉSENTÉE, A FONTAINEBLEAU, LE 4 NOVEMBRE 1780; ET SUR LE THÉÂTRE DE LA COMÉDIE-FRANCAISE , LE 6 nV MtME MOIS.
Œavres anciennes. I,
J E VOUS envoie, mon cher ami, la tragédie (ïy^zérnirc. Yoiis y trouverez des passions et non des COUJ3S de théâtre; vous y trouverez, sinon les mœurs sévères de la scène grecque, du moins son extrême simplicité. Vous me direz peut-être (pie je u'ai pas trop bien pris mon tems; et j'en conviendrai.
Cette simplicité est si remarquable dans Sophocle et dans Euripide que nos meilleurs poètes, en présentant sur la scène française des trat^édies grecques, ont presque toujours gâté leur sujet par une double intrigue , afin tle remplir la mesure des cinq actes : mesure indispensable au jugement d'Horace , mais qu'Aristote ne prescrit point , et que la raison ne prescrit pas davantage. Vous savez d'ailleurs , mon cher ami, que les Grecs n'ont jamais connu cette règle. 11 ne faut que lire avec
I. M. le chevalier de Pange, homme de beaucoup d'esprit et d'une vaste érudition, est auteur de différentes brochures siu- les premiers temps de la révolution. Il coopéra d'aboi d au Journal de la Société de 1789, et ensuite au Journal de Paris. Il est mort on 1792. [Nolf fie l'Ediicur. ')
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attention leurs ouvrages pour se convaincre qu'on les représentait sans aucune interruption. Si l'on devait regarder comme des entr'actes les endroits où le chœur reste seul en scène, VOEdipe à Colorie serait en deux actes. Le chœur ne reste seul que vers la fin de la pièce, depuis le départ d'OEdipe jusqu'au moment où l'on vient annoncer sa mort. Il se trouverait alors que le second acte aurait im peu plus de cent vers, et le premier près de dix-sept cents.
Aristote , ce grand admirateur de la tragédie , cpi'il élève même au-dessus de l'épopée, ce critique philosophe, qui a réfléchi si profondément sur la nature des arts, Aristote recommande expressément la simplicité de l'action tragique ^ Il avertit les poètes que la fable d'une tragédie ne doit pas être celle d'une épopée; il blâme Agathon d'avoir resserré tout le plan de Xlliade dans une seule tragédie^; et, véritablement, cette tragédie d'Agathon, qui ne réussit point chez les Grecs, ne pouvait être , par sa constitution , qu'un ouvrage déraisonnable.
Le même critique demande que la terreur et la pitié soient excitées par le fonds même du drame,
1. Voyez la roi-tique cV Aristote , traduite par Chénier, chap. VIlï, page 5o3 , tome II des Œuvres posthumes.
( Note de l'ÉditcKi:)