ACTE II, SCENE IV. g
Si leur ambassadeur, fier de nous offenser,
Parle dans votre cour de vous récompenser?
Loin qu'il puisse en un mot vous imposer en maître
Une trêve , aux croisés nécessaire peut-être ,
Lui-même en suppliant dût-il la demander.
Il ne faut point songer, Madame, à l'accorder.
Chrétien , cette franchise auguste et révérée
A tous vos chevaliers n'est-elle plus sacrée?
Une fausse pitié n'éblouit point nos yeux.
Déposez, croyez-moi, cet art insidieux;
Osez en convenir : si cette nuit sanglante
Dans le camp de Bouillon n'eût jeté l'épouvante.
D'une trêve aujourd'hui vous n'auriez point parlé.
C'est bien légèrement que ce chef s'est troublé.
Le Ciel, jusqu'à présent à vos désirs propice,
N'a point de vos grandeurs creusé le précipice;
Mais de plus d'un combat ces lieux seront témoins :
Vous y comptez, je crois.
d'amboise.
Nous l'espérons du moins ; Et c'est trop exalter une faible victoire. Dont même avec la nuit vous partagez la gloire.
SOLIMAN
Et si la nuit, chrétien, ne t'eût pas secondé. Crois-tu qu'à tes efforts Antioche eût cédé ?
d'amboise.
Peut-être.
gO AZEMIRE.
AZÉMIRE
Abandonnez une menace vaine , Et parlez dans ma cour et devant une reine , Vous, Seigneur, eu Soudan; vous, en Ambassadeur. Pour un jour de combat réservez cette ardeur. Malgré votre victoire et son orgueil étrange, Je veux bien accepter et la trêve et l'écbange. Avec ses compagnons Turenne peut partir; Et j'y consens , chrétien , s'il y veut consentir.
d'à M BOT SE.
() ciel! et pouvez-vous douter qu'il y consente. Madame! et voudrait-il abuser notre attente? Et la gloire aujourd'hui n'en doit-elle obtenir?...
AZÉMIRE
Il suffit : vous pourrez le voir, l'entretenir.
Me faut-il cependant répondre de son âme?
Le puis-je?
d'amboise.
Pardonnez, je l'avais cru, Madame.
On disait qu'en ces murs Turenne désormais
A'^eut à des nœuds chéris s'abandonner en paix;
Qu'il aime en votre cour.
SOLIMAN, a part.
Ciel!
AZÉMIRE
Pouvez-vous le craindre?
d'ambofse.
S'il était vrai, Madame, un ami doit le plaindre.