‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 79 sur 236 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

d'aM BOISE.

Ecoutez-moi, Madame.

AZÉMIRE, à part.

O Ciel! que vais-je apprendre?

(Haut.)

Parlez.

d'amboise.

Dans votre cœur, qui s'est laissé surprendre^

La paix, la liberté doit renaître en ce jour.

Sensibles tous les deux, je sais trop que l'amour

A de votre jeunesse égaré l'imprudence :

Il inspire toujours l'aveugle confiance.

Apprenez qu'à jamais vos cœurs sont séparés;

La Fortune entre vous mit des remparts sacrés:

Un devoir éternel, qu'il reconnaît lui-même...

A ZÉMIRE

C'en est fait. Achevez: il me hait?

d'amboise.

Il vous aime.

Il vous fuit cependant : montrez-vous aujourd'hui

Maîtresse de vous-même et digne en tout de lui.

AZÉMIRE

Heureuse par lui seul, toute sous son empire.

Pour l'aimer, pour lui plaire une amante respire.

L'ingrat! c'est à demi qu'il reconnaît ma loi !

Il a quelque devoir qui l'emporte sur moi î

Il veut me fuir ! qu'il parte : il faut bien me soumettre ;

C'est l'arrêt de ma mort. 11 n'en sait rien peut-être!

Mais l'a-l-il prononcé? m'a-t-il pu condamner?

laa AZÉMIRE.

Le croyez-vous enfin, qu'il m'ose abandonner? Courez, rendez-le-moi; ramenez... je m'égare. Vous voyez mes tourmens, je vous les dois, barbare : Vous avez tout conduit. Qui ! vous me secourir ! Vous! je ne prétends pas, Seigneur, vous attendrir; Je sais qu'à ma douleur vos yeux trouvent des charmes ; Qu'eu m'apportant la mort, que, témoin de mes larmes , Votre cœur les méprise , et, se fermant au mien, Regarde avec horreur ce qui n'est pas chrétien. Ainsi le veut sans doute un implacable maître : Votre Dieu vous défend...

d'amboise.

Sachez mieux le connaître.

Sa gloire et non la haine alluma le flambeau Qui dirige nos pas et marche à son tombeau. D'un trépas éternel son trépas nous délivre; Et sa loi me prescrit de l'aimer, de le suivre; Soldat, vainqueur sous lui, de ne le point trahir; D'abhorrer votre culte, et non de vous haïr. Vous ne m'entendez pas d'une vertu sauvage Affecter devant vous le fastueux langage: Français et chevalier je ressens vos douleurs; Et mon cœur ne sait pas insulter à des pleurs. Laissez de vos chagrins éclater la faiblesse: Elle est trop excusable, et n'a rien qui me blesse. D'un héros qui vous aime il faut vous séparer: Ne vous contraignez pas, c'est l'instant de pleurer, Pleurez ; mais imitez l'exemple de Turenne,

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