D'AMBOISE, TURENNE
Eh bien ! de ton départ la Reine est-elle instruite?
TURENKE.
Elle ignore tout.
d'amboise.
Ciel!
TURENNE
Tu règles ma conduite:
Ecoute-moi, d'Amboise, et ne t'alarme pas. A l'instant, s'il le faut, je marche sur tes pas; Et, quels que soient enfin les attraits d'Azémire, C'est un camp désormais, c'est la guerre où j'aspire; Ce barbare lui seul eût décidé mon cœur. Mais toi, de mon devoir adoucis la rigueur: De cet affreux départ porte-lui la nouvelle. Puisse encor ta pitié la rendre moins cruelle !
d'amboise.
Tu veux que je lui parle, et j'y dois consentir.
TURENNE
Et moi, dès ce moment, je suis prêt à partir. Tu verras qu'aux lauriers je puis encor prétendre, Que je n'ai point changé.
d'amboise.
Je me plais à t'entendre.
I20 AZEMIRE.
Combien de mes efforts je bénis le succès ! Et combien tous nos chefs vont être satisfaits ! Surtout du vieux Raymond tu combles l'espérance: Il t'aime, il a souvent regretté ton absence; Il pleurait cet amour qui, souillant tes lauriers, Enlevait un modèle à nos jeunes guerriers. Mais eux ! tu vas les voir et tu vas les entendre. Eux! Cet emploi si cher à mon amitié tendre, Montaigu, Châtillon, tous le voulaient remplir. Au-devant de nos pas tu les verras courir: Ils vont féliciter la main qui te ramène; Trop heureux en effet de leur offrir Turenne Délivré de sa honte et ;narchant aux saints lieux ; Turenne digne encor de ses nobles aïeux; Digne encor d'arracher aux mains de l'infidèle Son Dieu, Jérusalem, et la tombe immortelle; Digne encor de ce nom qui doit être à jamais Le bouclier du trône et l'honneur des Français! On vient: c'est Azémire; ote-toi de sa vue.
( Turenne sort. )