ACTE I, SCÈNE I. if
Accusant leur trépas inutile à la France. JiC dirai-je? un prodige augmente mon effroi : Hier nous commencions, d'Alencon , Guise et moi. Ces jeux qui sembleraient réservés à l'enfance , Où, toujours agité par l'avide espérance, Un oisif courtisan , consumant son loisir, Perd ses biens et le tems, sans trouver le plaisir; Trois fois j'ai repoussé le trouble qui me presse : Apprenez, dussiez-vous condamner ma faiblesse. Ce que j'ai vu, sans doute, ou ce que j'ai cru voir, Ce que moi-même enfin je ne puis concevoir, Ce qui s'offre sans cesse à mon amc éperdue : Trois fois les des sanglans ont effravé ma vue !
COL I G NI
Sire, l'aspect d'un Guise a fasciné vos yeux. Les Guises ont toujours ensanglanté ces lieux; Et, sans vous alarmer d'un sang imaginaire, Maurevel a commis un crime mei'cenaire.
A des pièges mortels ils ont déjà recours ; Au sein du Louvre même ils achètent mes jours. Ils régnent. Vous savez si je dois les connaître; Croyez-moi cependant : Bourbon ne doit pas être Un de ces rois sujets des superstitions, Enfans qui du sommeil gardent les passions, Et qui, sur les projets qu'un songe leur inspire. Risquent, à leur réveil, le destin d'un empire. D'ailleurs auprès du roi vos amis et les miens Ont, même avant ce jour, trouvé quelques soutiens.
Du prudent l'Hospital souvent la voix propice
rit au sein des combats respecter la justice.
De l'orgueilleux Lorraine il est vrai que le choix
Ij'a proclamé jadis ministre de nos lois :
Ce choix fut commandé par l'estime publique;
Mais, des Guises bientôt lorsque la politique
Souillait du sang français un glaive ambitieux,
L'Hospital opposait aux cris séditieux
Des desseins toujours purs, des conseils toujours sage»;
Et ce reste imposant des vertus des vieux âges
S'élevait au milieu des courtisans , surpris ,
Comme un grand monument planant sur des débris.
Si Médicis, fidèle aux mœurs de ses ancêtres.
Rassemble auprès du roi des flatteurs et des prêtres;
Si d'une cour perfide il est environné;
Si de nos ennemis le souffle empoisonné
Voulut dès le berceau corrompre son enfance;
Je crois, j'aime à penser que, pour notre défense,
Son cœur, mieux averti, lui parlera toujours.
Du moins, quand Maurevel attenta sur mes jours,
Charles vint s'affliger sous mon toit solitaire;
Ainsi que vous, mon fils, il me nomma son père:
Sa pitié consolante adoucit mes douleurs;
Et mes cheveux blanchis sont mouillés de ses pleurs.
Peut-être je n'ai point fléchi ma destinée :
L'àm.e de Coligni n'en est pas étonnée ;
Mon courage est à moi: le reste est au hasard. .
Je 110 puis opposer à la fraude, au poignard.