ACTE I, SCENE I
Qu'un cœur inébranlable et quelque renommée. Ce Louvre me verra tel que m'a vu l'Armée: Bravant les assassins jusqu'à mon dernier jour, Et servant la patrie en méprisant la cour.
HENRI
Que les lieux où jadis s'écoulait mon enfance Avec un tel séjour ont peu de ressemblance! Et combien je rends grâce aux généreux humains Qui des mâles vertus m'ont ouvert les chemins! Je ne ressemblais point à ces princes vulgaires Confiés en naissant à des mains mercenaires, Enivrés de respects, d'hommages séducteurs, Livrés aux courtisans, condamnés aux flatteurs, A l'art des souverains façonnés par des prêtres, Et sans cesse bercés du nom de leurs ancêtres. Au lieu de serviteurs à mes ordres soumis, Je voyais près de moi des égaux, des amis. Au travail, au courage, à la franchise altière. On exerçait alors notre élite guerrière. Là, bravant du midi les brûlantes ardeurs, Ou des hivers glacés supportant les rigueurs; Là , gravissant les monts et les rochers arides , Nous formions notre enfance à des jeux intrépides. De vous et de Condé suivant bientôt les pas. Je remplaçai mon père au milieu des combats ; Enfin je suis entré dans une autre carrière. A mes yeux tout à coup quelle image étrangère! Des guerriers sans pudeur, de mollesse énervés.
igB CHARLES IX
Perdus par un vain luxe, avec art dépravés;
Des femmes gouvernant des princes trop faciles ,
Aux passions d'un roi des courtisans dociles,
Que le seul intérêt fait agir et parler,
Sachant tout contrefaire et tout dissimuler.
En voyant leurs plaisirs, et leur fausse allégresse,
Et leurs vices polis, voilés avec adresse,
J'ai regretté cent fois nos grossières vertus,
Nos monts et nos rochers de frimas revêtus,
Les pénibles travaux , le tumulte des armes ,
Et mes premiers succès, pour moi si pleins de charmes .
Et ces camps généreux où parmi des guerriers
Votre élève croissait à l'ombre des lauriers.