‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 2)Chapitre 20 sur 71 · Œurrei polém. et dit · texte numérisé non relu

Œurrei polém. et dit

la vie, du bruit, de la lutte. Je veux le croire; mais, si elles ne s'y prêtaient pas,- je suis convaincu que le souverain que la France s'est donné, avec l'habileté qui le caractérise, ne permettra pas à l'orage de grossir. Autrement l'orage l'emporterait, lui et son œuvre.

Après tout, l'esprit français, l'esprit humain, n'a pas changé de nature le 2 décembre au matin. On ne vaincra pas la révolution et le rationalisme, en supposant même qu'on ait envie de les vaincre, dans l'ordre politique seulement. Ce n'est point par là que ces deux fléaux sont entrés dans le monde. Il nous reste une littérature corrompue jusqu'à la moelle des os, une industrie jetée hors de ses voies légitimes par un matérialisme sans bornes. On ne vient pas à bout du mal uniquement par la compression, quelque énergique et durable qu'elle soit. 11 faut bien lui opposer les forces libres, spontanées du bien : et le bien ne peut être émancipé sans entraîner à sa suite une certaine émancipation du mal. C'est la loi de la nature humaine. La liberté reparaîtra donc avec ses chances, ses luttes, ses sacrifices, et avec elle le mérite. Oui, je n'hésite pas à le dire, malgré le démenti que semblent me donner les circonstances où nous sommes, les choses et les hommes qui nous entourent : la liberté ne sera point étouffée. Je n'ai pas peur pour elle. La cause de l'absolutisme est une cause perdue. Malheur à ceux qui voudraient enchaîner à cette idole décrépite les destinées immortelles de la religion ! Ils pourront la compromettre pour un temps ; mais elle se relèvera, elle désavouera toute solidarité avec eux; elle ne leur pardonnera pas ; et, dans la mémoire irritée des générations futures, elle placera leurs noms à côté de ceux de ses ennemis et de ses persécuteurs.

Sachons donc répudier l'alternative où l'on essaye de nous acculer, en nous condamnant à choisir entre le despotisme et

le socialisme. Elle nous est imposée par quelques-uns de ceux qui nous disaient, il y a deux ans : « Pas de milieu pour « la France entre l'anarchie et la monarchie légitime. r> Aujourd'hui ce sont les plus ardents à applaudir à la révolution du 2 décembre, qui a été précisément un de ces milieux qu'ils proscrivaient. Dieu se plaît ainsi à confondre l'outrecuidante légèreté des hommes qui prétendent le renfermer dans des dilemmes inventés par leur passion éphémère.

Sans doute les difficultés seront toujours grandes ; le découragement paraîtra naturel, inévitable. On nous dira, comme maintes fois déjà : « Rien n'est possible dans notre « pays. Tout est perdu. » Et cela ne sera pas vrai. L'expérience est là pour nous rassurer, et nous promettre des retours consolants. Sans doute le socialisme, qui est loin d être vaincu, pourra exiger longtemps encore le despotisme pour contre-poids ; mais entre ces deux extrêmes, sachons garder notre place. Liceat inter abrupiam contumaciam et déforme obsequiwn pergere iter, arnbitione ne pericidis vacuum.

Sachons attendre : « Le temps , » a dit un grand maître de la politique, « le temps a, pour tout modifier, des secrets <pie le génie lui-même ne trouve pas. » Ne versons pas des larmes sur ce qui est tombé, soit; mais ne l'insultons pas. Ne blasphémons pas notre propre passé, pour mieux nous affubler de la mode courante, pour nous faire bien venir, même dans l'intérêt de la bonne cause, des puissances du jour. La liberté nous a valu d'inappréciables conquêtes, d'éclatantes réparations : au lieu de la renier, sachons l'honorer par notre reconnaissance, notre patience et notre espoir.

Ce n'est pas que je veuille dissimuler les périls et les obstacles que rencontre la liberté au sein de la société moderne. Qui ne comprend que la civilisation a considérablement perfectionné le despotisme en l'adoucissant? Le suffrage uni-

versel surtout, tel que nous l'avons vu fonctionner, et malgré les services imprévus et éclatants qu'il a rendus à Tordre au moment des plus grands périls; le suffrage universel peut être regardé comme le plus grand danger de la liberté. C'est un mécanisme par lequel la foule, maîtresse pour un jour, peut se rendre esclave pour des siècles, et rendre tout esclave comme elle.

II serait insensé de méconnaître la valeur de ce mécanisme. On peut dire que le suffrage universel jouera désormais en politique le même rôle que la poudre à canon dans l'art de la guerre, ou la vapeur dans l'industrie. L'introduction de cette arme nouvelle et formidable change toutes les conditions de la lutte. Elle met à la disposition du pouvoir, qui finira toujours par s'en emparer, une force jusqu'à présent inconnue. C'est un levier qui peut être manié par la main la moins habile et la moins scrupuleuse, mais qui donne à cette main un ascendant irrésistible. C'est, en outre, un masque immense, derrière lequel toutes les servilités, toutes les bassesses, toutes les défaillances peuvent chercher un abri commode et sûr. C'est une mer où vont se perdre toutes les combinaisons et toutes les règles de la politique ancienne, mais où le mensonge, le préjugé, l'ignorance peuvent aussi centupler leur énergie. La sagesse et la dignité humaine y sont toutes deux condamnées aux plus rudes épreuves. Talent, vertu, renommée, courage, intégrité, expérience, tous ces titres à l'ancienne popularité, toutes ces forces diversement énergiques, tout cela est noyé dans les flots du suffrage universel, comme le serait un flacon de vin généreux versé dans un étang.

Aussi je ne sache pas qu'aucun ami sincère et intelligent de la liberté ait jamais désiré ou réclamé le suffrage universel. 11 a été inventé par les républicains, d'accord avec quelques

fous monarchiques. Selon l'usage, l'invention a tué les inventeurs.

Toutefois il faut s'y résigner et s'y habituer; car il ne sera pas détruit aussi facilement et aussi promptement qu'il a été créé.

Bayard et les preux de son temps se désespéraient à la vue des progrès de l'artillerie et des arquebusades. Us croyaient que la guerre loyale, chevaleresque, généreuse, n'allait plus être possible, et que les lâches seraient désormais sur le même pied que les grands cœurs ; et cependant l'honneur, le courage, toutes les vertus militaires ont retrouvé leur valeur et leur emploi dans les armées modernes. Il en sera de même des vertus et des talents politiques : tôt ou tard, ils retrouveront leur valeur. Seulement il faudra aux hommes d'Etat de l'avenir des vertus nouvelles, comme il a fallu aux fils des preux encore plus de sang-froid et de coup d'œil que de bouillant courage, pour remplacer Crécy et Azincourt par Rocroy etDenain.

On a pu, grâce à la vapeur, bouleverser toutes les habitudes et toutes les conditions de la société extérieure, supprimer les distances, abaisser les montagnes, transformer le commerce, ouvrir à l'industrie d'interminables perspectives, fournir un thème inépuisable aux déclamateurs de tout ordre, sur le progrès indéfini , la fédération des États, la paix universelle, et autres utopies; mais on n'a ni supprimé une passion, ni diminué un ennui, ni discipliné une cupidité, ni consolé une tristesse de plus qu'avant cette fameuse découverte. L'orgueil, l'envie, la douleur, toutes les infirmités de l'homme sont restées debout, comme aussi les lois éternelles de la justice divine, et même les lois, inférieures mais respectables, de la sagesse humaine. Pas plus que la vapeur, le suffrage universel ne changera les conditions fondamentales de

la nature humaine. Seulement il rendra la liberté plus diflicile, et par conséquent les luttes plus pénibles, les sacrifices plus méritoires, le dévouement plus généreux et plus complet. C'est un sort que tout homme de cœur, que tout chrétien surtout peut encore accepter et bénir.

Peut-on espérer que, parmi les hommes dont l'intelligence n'a pas été complètement égarée par le démon de la révolution , ceux qui se regardent comme les champions attitrés de la liberté, éclairés par ses dangers, ses mécomptes, ses humiliations, se décideront enfin à chercher la force et la vie là où la vie et la force |>euvent seules trouver la sanction de la durée et du respect? Ils ont longtemps traité la religion en ennemie ou en étrangère. Le temps est venu de* reconnaître en elle l'unique et indéfectible alliée. Elle est née pour être la consolatrice de tous les vaincus, le refuge de toutes les victimes, l'asile des cœurs bh ssés et découragés, la lumière des esprits dévoyés. 11 appartient à ses enfants de revendiquer encore aujourd'hui pour elle cette gloire maternelle. Si la liberté doit être bannie du monde pour un temps, qu'on puisse au moins la retrouver un jour abritée sous l'aile de l'Eglise, enchâssée dans le cœur des catholiques ! C'est une illusion peut-être; mais, à coup sûr, il n'en est point de plus généreuse et de plus innocente. Au milieu des .misères de notre société si vacillante, si mobile, si discréditée à ses propres yeux, est-il pour l'Église un rôle plus digne et plus sur que de rester fidèle à l'alliée qu'elle invoquait naguère, et qui lui a rendu de si bons services?

Il va sans dire que je n'ai ni la mission ni la ridicule prétention de donner des conseils à l'Église. Mais, puisqu'elle n'interdit point à ses enfants respectueux et dociles de parler en public de ses intérêts, de ses dangers, de ses droits; puisque chaque jour des écrivains plus ou moins autorisés usent de cette

permission dans un sens qui me paraît dangereux et imprudent, je crois pouvoir la prendre à mon tour. Je n'exprime que des vœux dictés par une tendre et filiale sollicitude ; et je les rétracte d'avance, pour peu qu'ils paraissent blâmables ou téméraires à la seule autorité infaillible.

Mais dans cette liberté que l'Église nous laisse, chacun demeure maître de son honneur. J'ai senti la nécessité de mettre le mien à couvert. Je l'ai déjà dit : je suis un vieux soldat de la cause catholique. On pourra certes en trouver de plus habiles et de plus heureux ; on n'en trouvera pas de plus fidèles. Mais je n'ai jamais séparé cette cause de celle de la liberté. La devise de ma vie a été celle de ce vieux Polonais de la confédération de Bar : fai aimé la liberté plus que tout au monde, et la religion catholique plus que la liberté même.

Rangé sous les enseignes de cette liberté quand elle semblait la souveraine incontestée de l'opinion et de l'avenir, je ne la déserterai pas aujourd'hui qu'elle est reniée par la plupart de ses créatures, et que le flot populaire est allé rejoindre son courant naturel vers le pouvoir absolu. Je ne veux pas fournir un prétexte à ce reproche d'hypocrisie dont on est si volontiers prodigue envers nous. Je ne veux pas qu'on dise de mes amis et de moi, que nous n'avons défendu et obtenu la liberté que pour en trafiquer, ou la sacrifier à la première occasion. J'ai besoin de le dire : à mes yeux, du moins, la liberté que nous avons réclamée pendant vingt ans n'a point été un piège tendu à nos ennemis, mais un acte de bonne foi et de bon courage ; point une tactique, mais un principe. La défaite et la confusion de nos anciens adversaires ne me fera pas perdre la tête, ne me fera pas jeter l'arme qui nous a loyalement et utilement servi, et que tous au premier jour nous serons si heureux de retrouver.

Quand même je resterais seul, seul témoin de notre sincérité et de notre constance, seul de tous ceux qui ont combattu avec moi et après moi sous les plis de ce glorieux drapeau, je lui demeurerai fidèle, et j'aurai la conscience de rendre ainsi un dernier service à la dignité et à l'indépendance des catholiques.

Je me défie d'ailleurs, par les raisons que j'ai dites, de tous ces entraînements, de toutes ces inféodations à d'éphémères victoires, de ces confiances aveugles en d'aveugles grandeurs.

J'ai prédit que le triomphe de la démocratie en 1848 ne mènerait pas loin, et que ce torrent dévastateur irait bientôt s'engloutir dans les eaux stagnantes du despotisme. Je ne veux pas plus partager la honte de sa défaite que celle de sa victoire. J'ai bravé ce qu'on appelait autrefois le peuple, quand ses représentants se pavanaient, dans leur attirail de souverains et de législateurs, au profit de la licence démocratique. J'ai quelque droit de retenir mon adhésion à son enthousiasme subit pour le pouvoir absolu. Prêt à tout, comme disait M. de Maistre, et sûr de rien, assez indifférent aux questions de forme, moins indifférent aux questions de personnes, je me résigne à tout gouvernement où l'âme et l'honneur seront saufs. Sinon, non. Je n'aime pas le joug ; je ne suis pas assez révolutionnaire pour cela. Il n'y a rien de tel que les révolutionnaires pour supporter amoureusement le joug, après avoir brisé le frein. Je ne me sens pas d'humeur à conspirer avec la force et avec la fortune, à baiser le niveau qui m'écrase. Je n'ai point de goût pour ces unités artificielles qui absorbent tout et étouffent tout. Mon idéal n'est point dans l'avenir que M. de Tocqueville entrevoit pour les peuples démocratiques, transformés en « troupeaux d'animaux timides et industrieux, dont le gouverne-

ment est le berger *. » Je ne crois pas au progrès humanitaire, à la raison universelle, à l'infaillibilité des peuples, à tous ces grands mots par lesquels on nous a éblouis, amoindris, réduits à Y abjecte égalité de la démocratie"1, à ces vastes aplatissements de l'univers sous la passion ou la panique du moment. Je crois au droit et à la valeur de l'homme, de l'homme indépendant, de l'honnête homme. Je suis pour le système où cet honnête homme peut être compté et se compter pour quelque chose ; où il peut, à ses risques et périls, tenir tète au mensonge et au mal, au pouvoir comme aux factions; où tous ne sont point condamnés, pour arriver, pour briller, pour être, à toujours courtiser le pouvoir ou l'émeute; à toujours se courber devant quelqu'un, devant un homme ou une foule ; à passer sans cesse du club à l'antichambre. Telle est ma foi politique, et,

Hors qu'un commandement du pape exprès ne vienne,

j'y compte persévérer. J'avoue même que je ne vois aucun profit ni aucun honneur, pour les catholiques, à en nourrir une autre.

Il est temps de terminer. Je le ferai en signalant un point ou je me rencontrerai certainement avec mes adversaires catholiques. Au milieu des luttes qui remplissent notre histoire contemporaine, 1 Eglise seule a vaincu, et tout annonce que seule elle vaincra dans l'avenir. Elle ne dédaigne personne, elle n'est ingrate envers personne; mais elle n'a besoin de

1 Démocratie en Amérique, t. IV, p. 355. On ne saurait assez relire et méditer les deux derniers volumes de cette admirable prophétie, à laquelle il conviendrait do rendre son véritable titre : De la Dtmoeralie en France et en Europe.

1 M. Foicaob, Revue det Deux Uondrt, 1849.

personne, et tout le monde a besoin d'elle. Aucun pomoir ne s'établira, aucun ne durera sans invoquer son concours. A travers les puériles et dangereuses extravagances de 1848, ce grand fait a surgi , comme au lendemain des événements de 1851.

Travaillons tous , dans la mesure de notre faiblesse , à la maintenir dans cette dignité, dans cette indépendance souveraine. Nous entrons dans le siècle de la renaissance du catholicisme, qui nous consolera de tous les outrages et de toutes les défections qu'il a du subir depuis la renaissance du paganisme, il y a quatre cents ans. Jamais cette miraculeuse jeunesse de l'Église, jamais ce que Bossuct appelle son éternelle nouveauté, n'avait éclaté avec une lumière plus manifeste à tous les regards. Du sein de ce vieux monde qui croule depuis soixante ans, où tout pourrissait ou se pétrifiait sous l'ombre malfaisante du despotisme et de la fausse philosophie, elle est sortie plus vigoureuse, plus féconde qu'en ses jours les plus brillants: Omnia propter electos, a dit l'Apôtre; c'est le mot qui résume toute la vie spirituelle. Omnia propter ecclesiam, peut-on dire en étudiant les annales du monde ; c'est le mot par où se résument tous les bouleversements qui nous étonnent, nous alarment ou nous affligent. La grande révolution de 1789 n'a été permise que ]>our lui assurer un incomparable triomphe. L'esprit révolutionnaire, qui est le péché originel dans la vie politique, n'aura abouti qu'à faire éclater le glorieux mystère de la rédemption sociale du monde par l'Église. On se prend à dire, avec la sainte audace de la liturgie : 0 felix culpa ! en la voyant partout refleurir, partout relever sa vénérable tète, partout étendre ses puissantes mains pour conquérir les cœurs, après les avoir pacifiés et purifiés. La révolution a cru tout lui ôter. Sans le vouloir et sans le savoir, elle lui a tout donné, en lui rendant la liberté,

seul bien gui lui reste, et qui lui suffît pour récupérer ou remplacer tous les autres.

La civilisation moderne tout entière, la société française surtout, avec ses infirmités morales et ses splendeurs matérielles, me représente le mendiant estropié cpie saint Pierre et saint Jean rencontrèrent à cette porte du temple qu'on nommait la porte Belle par excellence'. Au milieu de ces magnificences, le pauvre infirme demandait l'aumône pour vivre. Saint Pierre, le chef de l'Eglise, le vicaire du Christ, lui dit : Regarde-nous, Respice in nos; regarde en nous la puissance et l'amour, l'infaillible autorité et l'inépuisable charité. Et comme il les regarde en espérant quelque don '\ le prince des apôtres reprend : Argentum et aurum non est mi/ti : Nous n'avons point à l'offrir cette richesse, ce bienêtre, seul objet de tes désirs, et qui les trompera toujours ; mais ce que nous avons, nous te le donnons : Quod antem habeo , hoc tibi do; nous te donnons la vérité et la vie. Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche, Surge et ambula. Puis, lui tendant la main, il le souleva ; et surle-champ, dit l'Écriture, les bases do cet homme furent consolidées : Et protinus consolidâtes sunt bases ejus et plantœ. C'est ainsi, et seulement ainsi, que la société moderne sera sauvée. Si elle veut regarder l'Église, si elle veut lui demander l'aumône de la vie et de la vérité, saisir celle main douce et forte qui lui est toujours tendue, elle vivra, elle se redressera, elle se rassoira sur sa base, elle cessera d'être chaque jour ébranlée jusque dans ses fondements : Et protinus consolidatœ sunt bases ejus et plantœ. Sinon, elle languira, elle périra; et sa décomposition ne fera que s'ac-

1 Quidam vir qui eral claudus ex ulero matris suit'... queni ponebant quotidie ad portam tempti quu? dicitur Speciosa... (Acl., III, '2,8.) 3 At il le inlendebat in cos, spetans se aliquid accepturum al; fis.

Mî DES INTÉRÊTS CATHOLIQUES , ETC.

croître, même au sein de ces intervalles de repos qui ne sont, comme on l'a dit, qu'une halte à travers les ravages.

Chacun de nous, obscurs et infirmes chrétiens que nous sommes, est cependant appelé, dans sa sphère, à concourir à la grande action de l'Eglise sur la société. Mais, selon la façon de nous y prendre, nous pouvons retarder ou accélérer le bien, aggraver ou neutraliser le mal. C'est à quoi j'ai désiré faire réfléchir ceux qui me liront. Si je puis éveiller dans quelques esprits le désir de profiter des enseignements du passé, la résolution de ne pas engager l'avenir, de ne pas tout sacrifier à l'entraînement du présent, mon but sera atteint. Et, dussé-je n'être écouté ou cru de personne, je rentrerai dans le silence, avec la conscience d'un devoir ingrat humblement accepté , mais loyalement accompli, et avec le droit de dire : Libéra vi anitnam meam!

La Roche en Breny, 17 septembre 1852.

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