IX
82 LA PRESSE GATVOUQUE
entre la religion et la patrie. Avec une m&le franchise, ils prennent fièrement l'Italie pour juge entre eux et leurs adversaires. Ils repoussent énergiquement le reproche d'être rétrogrades et obscurantistes, et ils rejettent, non sans raison, sur les ennemis de TÉglise la responsabilité de la division qui règne en Italie. <t A qui la faute, » dît M. Casoni, dans un excellent article intitulé les Conservateurs en Italie^ « à qui la faute, si le seul mot de liberté fait dresser « les cheveux à tant d'honnêtes gens ? A qui la faute, si tant c d'Itahens sont hostiles ou indifiérents à h conquête de « l'indépendance nationale ? si une Italie unie parait à tant « des nôtres une utopie ou une calamité? N'est-ce pas celle « des hommes qui depuis cinquante ans ne voient dans la « liberté que le triomphe d'une secte ou d'une faction, qui (c se sont fait de l'indépendance nationale un prétexte pour « satisfaire leur ambition personnelle, et qui ne voient dans tt l'unité italienne qu'un moyen d'assouvir leur cupidité « sacrilège?»
Vaincus dans la sphère des faits, nos amis de Bologne se réfugient dans celle des principes. Us prétendent donner un organe au parti conservateur et catholique dont ils affirment l'existence en Italie. Ils ne veulent rester eu arrière de personne dans la poursuite d'institutions libres et éqidtahles qui puissent mettre le peuple itaUen au niveau des nations les plus civilisées. Us veulent, en un mot, le progrès moral en même temps que le progrès matériel, le triomphe simultané de ritalie et de l'Église, iltrionfo non meno delf Italia che délia Chiesa^ la grandeur de la nation avec l'inviolabilité delà foi, l'indépendance de la patrie avec le respect du droit des gens.
Rien ou presque rien^ dans les pages que nous avons lues de ce recueil, ne dément cet excellent programme. Nous
W ÏJUâR. 83
exhortons de toutes dos forces oos nouveaux coaCrères k y perséTérer, et nous espérons bien qu'ils rencontreront Tapptti matériel et moral auquel ils ont droit.
^^ous ne relèveroos pas quelques légères dissonaiices, quelques appréciations inexactes sur les pays étrangers. Nous conosûssoDs d'ailleurs le$ complications, les difficultés d'un entre particulièrement d^at que r^contrent les écrivains eatiioUques en Italie. Qu'ils nous permettent toutefois dVx- ;primer ui^e seule réserve. Nous n'aimons pas voir des catholiques mettre sur la même ligne Rome et Venise, la souve^ raineté du Pape dans la ville reine du monde, et lasouverai^eté de l'Autriche dans la ville reine de l'Adriatique ^ Nous croyons que le maintien de Ja domination autrichienne à YaDÎse a été Tune des principales causes de l'avortemeut du régime fédératif en Italie et de la spoliation dont la papauté *i été victime.. Si l'Italie avait été affranchie depuis les Alpes jusqu'à t Adriatique j selon la promesse impériale, la fédé^ ration des anciens Ëtats, sur les bases posées dès 1 848 et dégagées de tout lien avec l'Autriche, serait peut-être devenue une réalité. Le traité de Yillafranca a été deux fois cause des malheurs de ritalie» Par son inexécution, il a assuré le triomphe de l'iniquité. Mais, dès son origine^ il avait fourni à Tambition piémoataise le prétexte patriotique dont elle avait besoin poiy^:* colorer tous ses attentats contre le Saint-Siège et le royaume de Naples.
Vie<a «oldats de la même cause, e^ parvenus presque au tecme de la carrière où débutent nos confrères italiens, nous contemplons avec un affectueux intérêt mêlé de quelque tristesse leurs premiers efforts en même temps que les écueils dosnt leur route est bordée, lin vodu fraternel s'élève du fond
84 LK PRESSE GATHOLIOUE
de notre cœur pour eux et pour leur œuvre. Que Dieu leur accorde de profiter de notre expérience, d'éviter nos fautes, d'échapper à nos déboires, à nos mécomptes ! Ils en auront d'autres, à coup sûr ; mais puissent-ils au moins ne pas trébucher sur les mêmes pierres d'achoppement ! Rien ne nous serait plus doux que de les préserver, même à nos dépens, des meurtrissures dont nous portons encore la douloureuse empreinte, et pour cela nous croyons pouvoir substituer à l'expression d'une vague et banale approbation quelques conseils dictés par la sympathie autant que par l'expérience.
Souhaitons-leur d'abord de bien comprendre l'importance de la mission qu'ils se sont donnée. La presse, et très-spécialement la presse périodique, est aujourd'hui l'intérêt le plus grave de l'ordre social. On peut le dire sans exagération : tout dépend d'elle, dans tous les pays du monde. Rien ne peut se faire sans elle, et, au fond, rien de durable et d'efficace ne peut se faire contre, elle. Elle est toute-puissante pour le mal, mais elle aussi l'unique ressource du bien. Toute-puissante pour le mal : cela n'est que trop évident ; il suffit de lire les organes qui tiennent le haut du pavé dans les régions de la publicité la plus vaste, en France, en Angleterre, dans les salons et les cafés de l'Europe, le Siècle^ le Times, t Indépendance^ la Revue des Deux Mondes ! Mais pourquoi donc la presse ne serait-elle pas aussi toutepuissante pour le bien ? C'est le mystère du présent et de l'avenir. Toujours est-il qu'il ne sert à rien de gémir sur la licence de la presse et de soupirer après la censure. Un exemple décisif, celui de la France actuelle, a démontré que le système restrictif et préventif, appliqué avec autant d'habileté que d'énergie, n'a gêné et supprimé que les organes catholiques et conservateurs, e( n'a servi qu'à accroître dans
des proportions prodigieuses rinfiuence et la prospérité des journaux qui se qualifient eux-mêmes de révolutionnaires. Ce n'est pas un écrivain démagogique ou impie, c'est l'enuemi le plus acharné des idées modernes, c'est le panégyriste le plus résolu du premier et du second Empire, c'est M. Louis Yeuillot, à qui il a été personnellement interdit d'écrire dans son propre journal ! Et cette proscription privilégiée, qui, appliquée à un adversaire, nous blesse et nous humilie bien plus que si elle avait frappé un des nôtres, n'est, après tout, qu'une interprétation naturelle, quoique excessive, de la législation que ce môme journal avait vantée comme étant la législation même de F Eglise ' .
Ce n'est donc pas en dehors ni surtout au-dessus de soimême qu'il faut chercher un remède aux dangers de la presse révolutionnaire, aux infirmités de la presse conservatrice. Ces infirmités sont ce qui doit éveiller le plus de sollicitude ; et elles sont presque toujours indépendantes de la législation . Seulement, si celle qui régit la presse française était moins menaçante, nous serions plus à l'aise pour parler de nos infirmités. Nous en profiterions pour démontrer comment la réaction morale et religieuse, qui s'était heureusement opérée dans les esprits et les cœurs de 1 848 à i8ol , a misérablement avorté, faute d'une presse capable d'en propager les principes, d'en assurer les résultats et surtout d'en honorer le drapeau.
En Italie, où la liberté de la presse existe en droit, et même en fait, sauf quelques violences grossières et subalternes, espérons que nos confrères italiens sauront mieux comprendre et accomplir leur mission. Et d'abord, puisse le
' < La législation actacUe sur la presse est celle de l'Ëglise : l'avertisseet la tappressioD. » Unhers da 22 décembre 1855.
B€ LA PRESSB CATHOLIQUE
principe fédéral, dont ils sont les défenseurs naturels, pré* valoir au moins dans le domaine du journalii^me, et préserver le public d'y tomber jamais sous le joug odieux du monopole d'une ou deux feuilles toutes-puissantes ! Que chacun garde sa liberté, sa sphère légitime d'influence et d'activité ; mais que dans cette sphère il ne vienne plus à l'esprit des honnêtes gens de servir leur cause par des arguments ou des exemples qui outragent le patriotisme et l'humanité. Je souhaite au Consenmtore de ne jamais publier, comme certaine revue romaine, des romans historiques où les plus beaux rôles sont réservés aux Autrichiens en guerre avec l'Italie. Je lui souhaite de ne jamais répéter les paroles du Piemonie^ qui disait l'autre jour que les Polonais méritaient d'être secourus uniquement parce qu'ils étaient catholiques, et que, s'ils ne l'étaient pas, ils seraient tout aussi peu dignes d'être libres que les Grecs ou les Hongrois ! Je lui souhaite surtout de comprendre les obligations morales que Ton contracte quand on a l'honneur d'invoquer un grand principe pour défendre la plus sainte des causes, quand on se sert de la liberté au profit de la vérité. Rien ne l'oblige à imiter les aberrations de ces journaux catholiques de France et de Belgique qui ont pu faire croire que la mauvaise foi était une sorte de vertu théologique, et qui professent hautement qu'on doit réclamer la liberté quand on est le plus faible, sauf à la refuser dès qu'on devient le plus fort. Aucune théologie ne saurait donner le droit d'avoir deux poids et deux mesures, selon qu'on est le plus fort ou le plus faible , sous prétexte que l'erreur n'a pas de droits et que l'homme n'est libre que de faire le bien. Aucun résultat pratique ou sensé ne sera jamais atteint par des écrivains qui, au lieu d'entretenir les catholiques de leurs véritables devoirs dans la vie publicfue^ les nourrisMOt île ridicuie»^
Utopies, les étourdissent et les endorment en leur chantant les merveilles d'un prétendu état normal de la société qui n'a jamais eidsté et qui assurément n'existera jamais. Ajoutons qu'aucun prétexte ne saurait justifier les écrivains qui, sans mission et sans droit, s'érigent en docteurs-^s-encycliqueSj en interprètes officiels ou officieux de la pensée de l'Église, excluent audacieusement du giron de l'orthodoxie tous ceux qui ont le bonheur de ne pas penser comme eux, et, après avoir ainsi éclairci de leur mieux les rangs des fidèles, proclament à son de trompe que le chef de l'Église (dont, IHeu merci ! ils ne sont pas môme les acolytes) a solennellement réprouvé Yesprit moderne et le libéralisme * .
Prétention qui serait aussi révoltante que périlleuse, si elle n'était surtout grotesque et puérile ! Qu'est-ce donc que Fesprit moderne, si ce n'est l'esprit humain tel qu'il se comporte au dix-neuvième siècle ? Avec quel esprit vivrait donc l'Église, si ce n'est avec l'esprit humain? Où est d'ailleurs l'esprit antique qu'il faudrait préférer à l'esprit de notre temps? Et s'il y en avait un, qui donc se chargerait de le ressusciter? Quel est encore l'esprit antique qui n a pas été moderne en son temps, tout comme l'esprit moderne deviendra antique à son tour? Quant au Ubéralisme, se peut-il imaginer un plus imprudent métier que de s'en aller en giieiTe contre ce qui est l'air vital du dix-neuvième siècle, contre l'élément sauveur et réparateur de la démocratie, c'est-à-dire de la seule forme politique possible dans la société contemporaine ?
Non, l'Église n'a jamais condamné et ne condamnera jamais le libéralisme, pas plus qu'elle n'a condamné l'abso-
' Expiassions tesloelies dv journal /e Monde f du 16 mars 1663.
88 * LA PRESSE CATHOUQUË
lutisme ou la féodalité, Tempire romaiD ou Tinvasion des peuples germaniques, aucun des grands mouvements ou des grandes transformations de Thistoire. Les barbares apparemment ne valaient pas mieux que les démocrates. L'Église n'a épargné aucun de leurs vices, mais elle n'a répudié, elle n'a proscrit aucun de leurs instincts nouveaux et généreux, aucune des institutions qui, nées dans leurs forêts, nous avaient, pendant douze siècles, délivrés et préservés du césarisme. Ce qu'elle condamne, et ce que nous réprouvons avec elle et comme elle, c'est le mal qui se fait au nom du libéralisme, comme il s'en est tant fait au nom et dans l'intérêt de la monarchie et de l'aristocratie. Ce qu'elle proscrit, ce sont les souillures que Tinfirmité humaine mêle aux institutions démocratiques et aux idées libérales, comme à toutes les choses d'ici-bas sans exception. Sans doute, il y a fort à faire pour dégager le libéralisme de ses scories, et surtout pour empêcher la démocratie d'aboutir à un régime social plus tyrannique, plus abrutissant que tous les régimes antérieurs, à celui où la liberté indi\iduelle serait complètement absorbée et confisquée au nom de la multitude. Les catholiques pourraient et devraient revendiquer la plus large part dans cette tâche glorieuse et indispensable. Arracher le masque aux faux Ubéraux, aux éternels ennemis de la liberté, qui se servent précisément de son nom et de son drapeau pour l'étouffer ; voilà ce qui est utile, légitime, nécessaire. Mais confondre dans une même réprobation tous les libéraux et toutes les libertés modernes, c'est le comble de l'injustice et de la folie ! Quoi de plus inique, en effet, que de lancer, au nom des préjugés et des rancunes d'une école surannée, l'excommunication contre les aspirations invincibles et parfaitement légitimes de toutes les classes, dans toutes les nations du monde, qui se résument sous le nom
de libéralisme ? Quoi de plus insensé que d'enseigner au clergé à maudire et à repousser les institutions et les garanties qui sont déjà ou seront bientôt Tapanage de tous les peuples, même les plus arriérés, et qu'aucun souverain, aucun, qu'on le sache bien, n'osera désormais refuser, au moins en principe, lors même qu'il serait parfaitement d'accord avec nos nouveaux docteurs pour en ajourner, en éluder ou en confisquer l'application ? Est-ce que Pie IX n'a pas été acclamé par toute l'Europe conmie un pape libéral ? Est-ce que nos docteurs sont bien sûrs que le pape qui succédera à Pie IX n'aura pas, lui aussi, sa phase libérale ? L'empereur apostolique d'Autriche n'a-t-il pas intronisé le libéralisme dans son vaste empire, qui semblait la citadelle inexpugnable de l'absolutisme, et qui n'a puisé que dans le régime parlementaire les éléments de sa régénération si briUante, si heureuse, mais si inattendue ? Hier encore, dans son discours à l'ouverture du Reichsrath (18 juin), ne plaçait-il pas <c la prospérité, l'autorité et la puissance de l'empire sous la protection des idées libérales ? ï> L'empereur de Russie n'en est-il pas réduit à promettre des institutions libérales à ses sujets, comme la condition inévitable des sacrifices qu'il leur demande, comme la seule issue de la crise qui le menace? La reine d'Espagne, la fidèle et dernière alliée de Pie IX, ne règne-t-elle pas au nom et dans l'intérêt du libéralisme espagnol? L'empereur Napoléon III, que l'on se plaisait naguère à vanter partout comme le restaurateur de la monarchie catholique et le chef de la réaction européenne, n'a-t-il pas toujours revendiqué, avec une jalouse sollicitude, le titre de libéral et les bénéfices que ce titre confère ? Enfin, aux récentes élections, y a-t-il un seul candidat catholique, non inféodé au pouvoir, un seul, même parmi ceux les moins entachés de parlement
iarisme^ qui ait osé se présenter aux électeurs sans revendiquer la qualification de libéral en même temps que de catholique ?
On est parfaitement libre de déplorer ces faits ; mais il est impossible de les nier. On a le droit d'avouer et d'exprimer toutes ses préférences comme toutes ses répugnances, mais on n'a pas le droit d'fen rendre solidaires l'Église et la doctrine catholique.
En présence de cet ensemble de phénomènes si lumineux et si décisifs, prétendre, au nom d'une orthodoxie hargneuse, enrégimenter les catholiques et le clergé dans une guerre systématique et implacable contre l'esprit moderne, contre la civilisation moderne , les enchaîner à des utopies, les inféoder à des fantômes, les rendre ainsi incapables de toute intervention dans la vie publique, de toute action et de toute influence sur la société contemporaine, impuissants à soutenir et même à comprendre les luttes qui doivent être leur pain quotidien, c'est commettre, à notre sens, l'attentat le plus dangereux et le plus inexcusable de tous ceux qui peuvent menacer l'Église en notre siècle. Je me trompe : il y a quelque chose de plus inexcusable : c'est l'aveugle docilité avec laquelle ces extravagances sont écoutées, répétées et propagées par un pubhc spécialement tenu à user avec prudence et intelligence des dons de Dieu.
Nous disons tout cela sans détour et avec la confiance que peuvent justifier trente-trois ans de travaux polémiques au service de la cause catholique.
Nous désirons ardemment que nos frères d'Italie échappent à cette tendance qui a pris des proportions si périlleuses en France et en Belgique. Nous espérons surtout que leurs journaux religieux n'y contribueront pas, comme l'ont fait plusieurs S'entre ceux ^e France et de Belgique*
e?9 ITALIE. »!
Nulle part le daftg^ ne serait plus grand, les conséquences plus funestes qa'en Italie. Car c'est là aujourd'hui, phis encore que partout aillears, qu*3 importe d'enseigner aux cathc^ques à comprendre l'esprit moderne, à en tirer parti et à défendre, avec les institutions qu'ils lui doivent, la jus* tice, la liberté de l'Église et la liberté de tous. C'est là surtout qu'il importe de ne pas se faire illusioB et de reconnaître q«e tout retour au passé est impossible.
tto nous dit que Tétat actuel de l'Italie ne durera pas. Nou^ Tespérons bien; mais cela n'est pas bien sur. Ce qui est sûr, de toute certitude, c'est que l'état ancien, l'état antérieur à 1859, ne reviendra pas. Non, quoi qu'il arrive, on ne rétablira jamais l'ordre politique et social qui s'est écroulé alors. Les noms, les personnes même pourront reparaître, comme cela s'est vu chez nous en 1814, mais les lois, les institutions demeureront radicalement transformées.
Nous demandons chaque jour à Dieu de voir le Pape rétabli dans rinlégrité de ses droits et remis en possession du royairaie le plus ancien et le plus légitime qui soit au monde. Mais cette restauration, qui fera tressailhr de joie tous les cœurs catholiques, ne peut ni ne doit entraîner le rétablissement de l'ancien système politique et administratif des États pontilicaux.
Non, l'ancien régime ne renaîtra nulle part, et pas plus en Italie qu'en Frawce. Ce qui viendra vaudra-t-il plus ou vaodra-t-il moins que cet ancien régime ? Nul ne le sait. Ce sera mieux ou ce sera pire; mais, dans tous les cas, ce sera antre chose ; et cette autre chose ne peut être qu'une appKcation pkrs on moins équitable et sensée de la démocratie moderne. Malheur à ceux qm fermeraient les yeux à cette évidence!
Du reste, nous avons bon espoir. L'Italie présente déjà plus d'un symptAme rassurant. Sans pactiser à aucun titre avec riniquité, sans rétracter aucune des qualifications dont nous avons si souvent flétri l'usurpation piémontaise, ou le régime sanguinaire et spoliateur que cette usurpation a inauguré, nous voyons avec admiration l'Italie se régénérer peu à peu par la souffrance, et nous sommes persuadés que de meilleurs jours se lèveront pour elle. Déjà, nous l'avons dit, l'épiscopat et la grande majorité du clergé ont dépassé l'attente ou du moins répondu à celle des plus exigeants. Déjà le ministre actuel des cultes, M. Pisanelli, a sur plusieurs points reculé devant les résistances qu'il a rencontrées. Sa circulaire du 28 mai interdit d'exercer aucune pression à l'occasion de la fête du Statut, et prescrit d'accepter simplement le concours du clergé quand celui-ci l'offrira spontanément. Il a fait bien mieux encore en repoussant le serment ecclésiastique proposé à la Chambre des députés de Turin par l'ex-Père Passaglia, qui a réjoui par son échec parlementaire tous les gens d'honneur, comme il avait révolté jusqu'aux plus anticatholiques d'entre ses collègues par sa rage de renégat. Le gouvernement piémontais semble donc vouloir en revenir, au moins sur quelques points, au principe tutélaire de Y Église libre dans TÉ ta t libre, que nous avons eu l'honneur de proclamer les premiers, que M. de Cavour nous avait dérobé, et que les bureaucrates et les libéràtres piémontais n'ont pas appliqué un seul jour. C'est à la presse catholique et italienne qu'il appartient de rappeler sans cesse à ce principe le gouvernement italien. Ce ne sera pas la partie la moins laborieuse de sa tâche ! Mais que cette tâche est glorieuse ! Il n'en est point de plus importante, de plus féconde, de plus méritoire. Il n'en est point surtout qui exige plus de dévouement, plus de persévérance et plus de
KN ITALIE. 93
perspicacité. CoD\aiucu qu'aucune de ces conditions ne fora défaut à nos frères d'armes de Bologne, nous leur souhaitons la bienvenue dans une carrière semée d'épines et d'écueils, où ils n'ont à attendre leur récompense que de Dieu et de leur conscience.