PRESSE CATHOLIQUE EN ITALIE
(Extrait da Correspondant da 35 jain 1863.)
L*attentioD publique s'est détournée depuis quelque temps de ritalie pour se reporter presque exclusivement sur la Pologne. Mais elle ne saurait rester indifférente ou étrangère à un pays où se débattent les plus redoutables problèmes de Outre époque . La question polonaise se rattache d'ailleurs à la question italienne par des liens intimes et nombreux. Les Italiens piémontistes, malgré quelques apparences de sympathie tapageuse, sont évidemment refroidis pour la Pologne, par le caractère si profondément religieux qui éclate dans toutes les manifestations de la nation martyre. Des insurgés qui vont au feu avec le crucifix sur la poitrine et qui ne séparent jamais la religion du patriotisme ne sont pas faits pour intéresser les auteurs ou les avocats des spoliations sacrilèges dont l'Italie est le théâtre. D'ailleurs, ceux qui ont approuvé ou toléré le supplice du brave et loyal Borges, du jeune et intrépide comte de Trazegnies, les incendies et les massacres commis au nom de Victor-Emmanuel dans les Deux-Siciles, ne sauraient affecter une indignation trèsexpressive à la vue des exécutions commandées par Mourawieff et autres bourreaux moscovites à Wilna et à Varsovie. En revanche, les catholiques italiens, du sein de leurs propres épreuves, témoignent à leur sœur du Nord un dévoue-
ment et une compassion dont les symptômes sont de plus en plus visibles et constatent d'une façon consolante le progrès de leur intelligence politique depuis Tépoque où l'insurrection polonaise de 1830, non moins légitime que celle de 1863, était si cruellement et si aveuglément réprouvée. Un savant jésuite, expulsé en môme temps que ses confrères du collège qu'ils dirigeaient à Bologne, a publié récemment dans cette ville un opuscule qui a produit, nous dit-on, im excellent effet dans toute l'Italie, sous ce titre significatif : La Pologne et sa cause, par un Italien *. Nous venons de lire un témoignage d'adhésion non moins éloquent et non moins énergique dans la troisième livraison du Conservatore. La presse catholique en Italie, que vient renforcer cette nouvelle revue, mérite à coup sûr d'exciter au plus haut point la sollicitude et la sympathie de l'univers catholique. Elle compte de nomBreux organes, beaucoup plus nombreux qu'on ne le supposerait d'après la situation passée et présente de l'Italie. Malheureusement ces feuilles nous sont presque inconnues ; leur existence ne nous est guère révélée que par la nouvelle des procès qui leur sont intentés et des condamnations qu'elles subissent^. Quelle que soitlarépu-
' La Pohnia e sua eauia, Diseorto e eennt stwiei diun ftaitano, Bûloyosi, tipo- ^rafia di Santa-Marit-Mafgiore» 1868.
' Dans la correspondance italienne des journaux français d'un môme jour {le 7 mai dernier), nous relevons les condamnations suivantes :
VUniié italkma à Tinglr-cinq mois de prison et cinq mille fraiiee d'ameode, pour avoir reproduit un article de Mazzini, écrk en 1849, et portant pour titre : La sainte ÂUianee des peuples ;
Le Journal eatboliqae, Finnxe.UM moie de prison et mille frattei d'ameade ;
Le Conlffiifwraneoyiournal catholique de Florence, géré par M. Angelo Ganbi, quatre mois de prison et quinze cents francs d'amende, pour attaque à la conslitmîon fondamentale du royaume éTiUsUe ;
Bt VEeo de Botogne, pour son trentième procéS| • été oondamié par dt* faut, tout récemment, à dix-huit mois de prison et à deux mille francs d*»itiieiide.
gnance que doit inspirer à tout homme de cœur ce ridicule acharnement des révolutionnaires piémontais contre leurs adversaires vaincus, nous n'hésitons pas à voir dans ces procès mêmes une preuve évidente de la vitalité des journaux catholiques et, je ne crains pas d'ajouter, de leur liberté.
Car ce n'est pas un paradoxe d'affirmer que les procès de presse sont le signal incontestable et quelquefois la condition inséparable de la liberté de la presse. L'expérience de la France est décisive à cet égard. Les procès faits à la presse n*ont jamais été plus nombreux que sous la royauté parlementaire, et même sous la République : ils ont été infiniment plus rares depuis le rétablissement de l'Empire. Et cependant il n'entrerait dans la tête de personne d'oser prétendre que la presse est plus libre sous Napoléon 111 qu'elle ne l'était sous Louis-Philippe. Même en Angleterre, avant d'arriver à l'impunité absolue, à V irréprochabHiié légale dont elle jouit, la presse a dû traverser une phase où les poursuites judiciaires étaient fréquentes et aboutissaient à des pénalités souvent très-sévères ; et cela non pas sous les Stoarta ou dans les premières années qui suivirent la révolution de 1688, mais sous George 111 et George rv, au temps des splendeurs classiques du régime pariementaîre. Les gouvernements qui croient leur existence incompatible avec la liberté de la presse ont, pour l'étouffer et l'enchaîner, des moyens bien autrement prompts et sûrs que les poursuites judicMdres. Celles que nous voyons intenter aux journaux cathc^ues d'Italie prouvent donc à la fois son importance et sa vitalité. Les violences de Témeute, que les Piémonfistes ont â flonveat déchaînée» contre les feuilles indépendantes à Naples et ailleurs, nous démontrent encore que la justice,
et quelque intimidée quVQe soit dans le
royaume d'Italie, ne sert pas assez docilement les passions de ces prétendus émancipateurs qui ne savent supporter ni la contradiction ni la résistance. Mais jusqu'ici, ni les emprisonnements, ni les amendes, ni les bris des presses, ni les pillages des bureaux et des caisses, n'ont découragé les journalistes catholiques, soumis au scepire paternel et libé^ rai de Victor-Emmanuel. Leur courageuse persévérance leur vaudra, dans les annales de la patrie et du catholicisme, une place honorable à côté de la grande majorité du clergé italien. Us marchent dignement à la suite de ce corps épiscopal qui n'a encore enfanté qu'un seul déserteur de la bonne cause, et dont la noble et calme attitude, au milieu d'épreuves si diverses et si prolongées, est une consolation et un encouragement pour tous les catholiques du monde.
S'il nous fallait une preuve de plus des franchises dont jouissent et dont usent avec une si salutaire activité nos confrères italiens, nous la trouverions dans les différentes livraisons qui nous sont parvenues du recueil que nous citions plus haut, intitulé II Conservatore^ récemment fondé à Bologne, et dont on nous demande de signaler l'existence au public français.
Bologne parait être le centre de la résistance catholique dans les États nouvellement annexés au Piémont. Dans cette ville, si célèbre naguère par la grande université dont le fécond génie de l'Église l'avait dotée, on a vu s'étendre et fleurir la Société de Saint-François de Sales^ qui compte déjà trois mille associés, et qui lutte par les seules armes de la parole et de la prière contre les efforts de la .gropagande protestante, laquelle, heureusement stérile jusqu'à ce jour,, ne s'en exerce pas moins avec une liberté et une facilité que doivent envier les évoques et les prêtres condamnés à la
prison pour avoir maintenu la liberté ecclésiastique contre les envahissements du pouvoir temporel. C'est à Bologne que parait un de ces courageux journaux que nous citions tout à l'heure, YEco^ lequel a inspiré au gouvernement turinois assez de terreur pour mériter, en vingtrhuit mois d'existence, vingt-cinq saisies, vingt-six mille livres d'amende et douze ans de prison. 11 s'y est établi en outre une Œuvre des petites lectures catholiques qui existe depuis deux ans, qui compte neuf mille abonnés, et qui publie chaque année, à des prix minimes, douze à quinze opuscules polémiques et historiques, destinés à soutenir la cause de la religion, de la papauté et des ordres religieux. Les échantillons que nous en avons sous les yeux nous donnent la meilleure preuve de la liberté dont jouissent les catholiques italiens, au moins dans le domaine de la presse.
Cette œuvre excellente est sous la direction de l'avocat Casoni, à qui nous croyons pouvoir également attribuer une part principale dans la fondation du Conservatore^ et qui mérite, à ce double titre, les éloges et les encouragements de tous les amis de la bonne cause en Italie. L'épigraphe qu'il a donnée à son recueil en indique suffisamment l'esprit : Cattolici ed Italiani. Ces mots annoncent la résolution de combattre la fatale désunion qui s'est établie entre la cause catholique et la cause italienne, et de défendre les droits et les intérêts de l'Église sans froisser le sentiment national ei libéral qui s'est développé dans le cœur des populations italiennes. Catholiques avec le Pape, disent les rédacteurs du Conservatore ^ ils veulent également être Italiens avec le Pape. L'Italie sans la papauté leur parait une nation décapitée, un corps sans àme. Vingt siècles d'une étroite solidarité entre l'Église et l'Italie justifient leur résolution de travailler à la conciliation du patriotisme et de la foi, à la paix