POUCE DU ROULAGE
la jeunesse et de Tinexpérience de Fauteur de ramendement, ne méconnaîtra pas les avantages qu'il présente.
(Extrait dn MonUeur dn 8 et 14 mars 1838.)
M. Legrand, commissaire du roi, directeur général des ponts et chaussées, tout en s*associant aux intentions de l'auteur de la proposition, la repoussa comme n'étant pas à sa place dans une loi sur le roulage. — L'amendement , soutenu par M. le baron Brun de Villeret, et combattu par M. le baron Pelet de la Lozère, M. Girod de l'Ain et M. le comte d'Argout, ne fut pas adopté.
CHAMBRE DES PAIRS
Dtocassloii de la loi sar rEmprant grée.
Séanco du 21 avril 1838.
Ce discours fut prononcé à l'occasion d'un projet de loi rclalif à l'emprunt contracté par le gouvernement grec, conformément au traité du 7 mai 1832, sous les garanties de la Russie, de l'Angleterre et de la France. La présentation de ce projet de loi et le rapport fait sur ce sujet par M. le duc de Broglie donnèrent naissance à une discussion sur l'état financier et politique de la Grèce, et sur la conduite de la France à l'égard de ce royaume.
Cette question peut se présenter sous deux points de vue : le point de vue financier et le point de vue politique.
Je n'ai pas l'intention d'embrasser le point de vue financier, comme l'a fait un honorable orateur qui m'a précédé : c'est sur la partie politique de la question que je compte faire porter le petit nombre d'observations que je veux vous soumettre.
Je crois que la Grèce est un des points par lesquels la politique du gouvernement français touche le plus vivement à l'ensemble des intérêts européens et au présent comme à l'avenir de notre influence. Je crois, par conséquent, que toutes
les fois qu*on vous demande , soit à propos de finances, soit à propos de toute autre mesure, de renouveler en quelque sorte votre adhésion à cette politique, on a le droit de Tenvisager de nouveau : c'est ce droit que j'invoque.
Je dois avouer que je n'ai jamais approuvé la politique du Gouvernement à l'étranger, et non pas seulement la politique de ce ministère-ci , mais la politique générale suivie par le Gouvernement depuis quelques années. Dussé-je m'exposer au reproche adressé par M. le comte Mole à mon éloquent ami M. Yillemain, d'être dans une opposition systématique, j'exprimerai encore aujourd'hui co blâme. Je ne fais nullement de l'opposition systématique, malgré le séduisant voisinage de M. Yillemain, si la sienne est de cette nature; mais j'avoue que sur les questions de politique étrangère je me trouve habituellement en opposition non pas avec tel ou tel ministère, mais avec la tendance générale du pouvoir. Dans la question actuelle je ne pense pas, comme l'honorable M. Bignon, qu'il y ait lieu à déplorer toutes les dépenses qui ont été faites, ni même celles qui pourront devoir être faites dans l'avenir, si ces dépenses devaient nous acquérir la portion d'influence qui nous revient légitimement. Jamais je ne déplorerai les dépenses que fera la France lorsqu'elle devra en retirer pour son honneur et sa puissance nationale un résultat positif et satisfaisant. Si je pouvais espérer une influence politique bien garantie , je ne la trouverais jamais trop payée ; mais je ne crois pas que ce résultat ait été obtenu en ce qui touche la Grèce.
Je sais qu'il est très-facile et en même temps très-stérile de critiquer ce qui s'est fait dans le passé : aussi n'est ce pas du tout mon intention en ce moment. Je ne m'étendrai pas longuement sur les embarras , les fautes du gouvernement grec; sa position a été tellement cruelle, tellement difficile
qu'on peut et qu'on doit lui beaucoup pardonner. Je ne déplorerai nullement, comme on l'a fait ailleurs, le choix de 4a dynastie placée sur le trône de la Grèce par le traité de 1832. Je crois que cette dynastie, bien loin de devoir être bostile à la France, est encore son alliée naturelle, comme elle l'a toujours été; et j'admire le dévouement et l'intelligence avec lesquels le jeune souverain de la Grèce a , jusqu'à présent , rempli sa pénible mission : il en a été récompensé par une popularité que personne ne peut nier.
Maïs en même temps il est impossible de ne pas déplorer au moins la série non interrompue de malheurs , pour ne pas me servir d'une autre expression, qui ont signalé l'administration de la Grèce depuis son affranchissement. Ce gouvernement, qui avait été inauguré, comme vous vous le rappelez, avec tant de solennité, sous les auspices des plus grandes puissances de l'Europe, au milieu des applaudissements d'une nation qui lui demandait à grands cris la paix , l'ordre, tous les bienfaits dont elle n'avait pas joui , il s'en fallait de beaucoup, depuis son affranchissement, n'a pas offert à l'Europe, ni particulièrement aux puissances qui l'ont garantie et fondée , la satisfaction qu'on avait le droit de lui demander sous certains rapports. On a déploré surtout la prédominance de l'esprit de parti , qui semble d autant plus extraordinaire dans un gouvernement dont le chef et les principaux agents sont étrangers. On conçoit que si un des partis trop nombreux qui se sont partagé la Grèce s'était emparé du gouvernement, alors cet esprit de parti, si déplorable dans un pays comme celui-là , eût pu avoir le dessus. Mais lorsqu'un roi étranger vient , avec toute l'impartialité que comporte sa position, pour pacifier et organiser le pays , on peut s'étonner que l'esprit de parti ait pris l'ascendant que nous lui avons
VU prendre jusqu'à présent , et qui a produit tant de révolutions ministérielles et de fautes administratives.
Ce triste résultat aurait pu être épargné à la Grèce et à TËurope, s'il s'était établi en Grèce une prépondérance plus légitime, plus naturelle, la prépondérance française, la France ayant fait plus que personne pour la Grèce, nonseulement par ses anciennes et puissantes sympathies , que rappelait tout à l'heure M. le rapporteur, mais par son expédition de Morée. Elle seule a envoyé ses troupes pour nettoyer déûnitivement la Morée des Turcs. Elle avait aussi des droits antérieurs et supérieurs à ceux des autres puissances; ces droits sont encore dans son désintéressement, car personne ne peut soupçonner la France de vouloir s'agrandir au préjudice de la Grèce : ce soupçon pourrait mieux se porter sur l'Angleterre, quand on la voit, avec les îles Ioniennes, à la porte de la Grèce. Ce soupçon se porte bien plus naturellement encore sur la Russie; quand on la voit toujours aux aguets pour profiter des fautes de l'empire tiu*c , pour lui arracher pièce à pièce sa succession , on peut se figurer raisonnablement qu'elle attend avec impatience le moment où la Grèce tombera aussi entre ses mains comme une proie facile.
Quant à moi. Messieurs, je ne puis me défendre d'une vive et permanente inquiétude, en songeant à cette prépondérance russe qui tend non-seulement à se substituer en Grèce à la prépondérance française, (et Dieu me garde d'avoir jamais voulu réclamer pour la France une influence pareille à celle qu'exerce la Russie dans les pays qui subissent son action !) mais encore à absorber à son profit la nationalité grecque. On ne saurait oublier que jusqu'à présent le traité sur lequel nous délibérons n'a porté de fruits bien positifs que pour la Russie ; car enfin, comme l'a rappelé M. Bignon, c'est la Rus-
sie qui a touché ce qu'il y a de plus net dans ce qui a été versé par les trois puissances, puisqu'elle s'est fait verser par la Turquie à titre d'indenmité les onze millions que celle-ci avait dû recevoir de la Grèce , et qui furent prélevés sur les fonds de l'emprunt.
M. le rapporteur. Il y a eu remise de la part du gouvernemenl russe au gouvernement turc.
M. LE COMTE DE MoNTALEMBERT. — C'cst coutestable : cependant je m'incline devant l'assertion du noble rapporteur, qui a été ministre des affaires étrangères. Mais en remontant plus haut, on reconnaît dans toute la conduite de la Russie à l'égard de la Grèce, pour ne pas adoucir les termes, une duplicité qui permet de concevoir les plus grandes craintes pour l'avenir. Ainsi on voit qu'en 1820, lorsque l'insurrection grecque a commencé, elle a été principalement fomentée par l'influence russe; que plus tard, en 1824, cette même Russie a dénoncé à l'Europe cette insurrection comme un événement révolutionnaire qu'il fallait dompter à tout prix ; puis en 1 826, la Russie, à la convention d'Akermann, promet solennellement à la Turquie, pour mieux la leurrer, la séduire, qu'elle abandonnera à tout jamais les intérêts grecs, et au moment même, ou peut-être un peu avant, elle avait déjà signé un protocole avec la France et l'Angleterre , par lequel elle s'engageait, au contraire, à fonder définitivement l'indépendance de la Grèce.
Nous avons vu ensuite, sous le gouvernement du comte Capo-d'lstria, l'agent de la Russie, les formes représentatives presque anéanties en Grèce. Ce n'est pas du tout que je désire pour la Grèce un costume représentatif au grand complet conune celui de la France et de l'Angleterre; mais il y avait certainement en Grèce le germe d'une excellente représenta-
nu LA GRÈCE.
tion nationale dans ses institutions municipales, qui ont si merveilleusement survécu au joug ottoman. Eh bien! ces institutions ont été compromises sous le gouvernement de M. le comte Capo-dlstria : on ne les a pas vues renaître depuis.
L'affaire de rÉglise grecque peut encore donner quelques lumières sur les intentions de la Russie. Elle a voulu rendre cette Église indépendante du patriarche de Constantinople , parce qu'elle a pensé que c^tte Église se rattacherait à l'Église grecque-russe.
Mais quand l'Église grecque s'est détachée de Constantinople , pour se constituer indépendante chez elle , aloi^s la Russie a voulu réclamer en faveur du patriarche qu'elle peut si bien espérer de compter un jour parmi ses sujets. On connaît, du reste, le système suivi par la Russie , l'histoire est là pour le démontrer ; on la voit à l'œuvre aujourd'hui en Valachie et en Moldavie , où elle détruit une à une toutes les garanties qu'elle avait elle-même stipulées : c'est le sort de tous les pays qui ont passé sous sa dépendance ; c'est l'histoire de la Pologne et de la Turquie ; ce sera celle de la Grèce. On commence par protéger, et l'on finit par spolier; on encourage le désordre jusqu'à ce qu'il devienne insupportable, et alors on en profite.
Je prévois avec douleur le jour où la Grèce aura été artificieusement conduite au rang de province russe. Elle regrettera alors le joug ottoman; car cette massue de barbare avec laquelle la Turquie écrasait la Grèce est encore plus douce, plus supportable , que le despotisme civilisé , éclairé et corrupteur par lequel la Russie anéantit jusqu'aux derniers vestiges de nationalité.
Je livre ces pensées à la méditation des amis de la Grèce et de la liberté européenne; mais je ne puis me défendre,
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comme Français, d'un rapprochement pénible : c'est ^lui de la position de la France aujourd'hui enOrient et en Grèce, avec ce qu'elle était sous la Restauration. Je ne suis pas suspect en faisant ce rapprochement, car chacun sait que toutes mes paroles sont dictées par une sollicitude sincère pour le gouvernement que la révolution de Juillet a fondé. Mais on ne peut nier que la France jouait alors en Orient un rôle plus imposant que celui qu'elle a joué depuis. Voici en deux mots ma pensée à ce sujet. Sous la Restauration , le pays était humilié par le souvenir des désastres qui avaient ramené la dynastie d'alors ; mais le Gouvernement ne l'était pas ; il était au contraire dans une bonne position à l'étranger par ses alliances et ses sympathies ; et il faut avouer qu'il en a souvent profité, et notamment dans la question d'Orient, où la bataille de Navarin et l'expédition de Morée lui ont fait le plus grand honneur. A la révolution de Juillet, le pays lui-même s'est redressé; mais, par une fâcheuse contradiction, le gouvernement nouveau a paru s'abaisser, se rapetisser, en proportion de l'élévation, du juste orgueil du pays, tout pénétré comme il l'était de la flerté d'un peuple qui a remporté une grande victoire. La France s'est dressée en face de l'Europe après ces trois grandes journées : elle a déployé devant l'Europe l'ancien drapeau de ses conquêtes, elle lui a montré cette redoutable épée qui venait de briser une couronne , et puis elle l'a remise lentement et dignement dans le fourreau, jusqu'à ce qu'on la provoquât à s'en servir de nouveau; mais elle n'entendait pas, je pense, que son gouvernement la conduisit de complaisance en complaisance à cet état d'apathie et d'hiunilité par trop chrétienne où nous l'avons vue depuis.
Je ne veux pas récriminer sur le passé; je veux bien admettre que pendant nos luttes intérieures , quand la monarchie de Juillet était attaquée par des partis acharnés, on n'ait
pu fitire face partout à la fois ; mais depuis lors la politique intérieure a subi d'heureuses modifications, et j'avais encore l'espoir, qui n'est plus qu'un vœu inutile , que le ministère qui avait donné l'amnistie aurait voulu amnistier aussi notre honneur national quelque peu compromis.
Si M. le ministre des affaires étrangères me fait l'honneur de me répondre, ce sera, je le sais bien, avec un certain nombre de phrases sur la dignité et l'honneur de la France , qui datent, si je ne me trompe , de son premier ministère, qui ont toujours servi depuis, et qu'il a dû retrouver intactes à son second avènement au pouvoir. Le système que ces phrases renferment n'est pas le mien : reste à savoir si , en dernière analyse, le pays et l'avenir l'approuveront.
(Extrait du Moniteur du 22 avril 1838.)