DES SOEURS HOSPITALIÈRES
une grande différence entre réconomie et cet économat c[cCon vous propose. L*économie est une vertu et Téconomat n*est qu'une fonction. {On rit.)
On vous a dit que la circulaire du iO août 1839, émanée du dernier ministre de l'intérieur comme conséquence de la discussion qui a été soutenue dans cette enceinte avec tant d'éclat, avait apporté des concessions importantes, et le noble rapporteur les a fait valoir comme motif poiu* ne pas attacher la même importance aux nouvelles réclamations qui arrivent. Je me permettrai de n'être pas de son avis; il me semble que cette circulaire maintient en principe l'exclusion des sœurs de la gestion économique, ou que, si elle ne la maintient pas absolument (car M. le ministre peut venir nous dire tout à l'heure qu'il tolérera l'exercice de l'économat pour les sœurs), elle maintient néanmoins la création de cette fonction d'économat dont on n'avait aucun besoin. On accorde, il est vrai, que l'économe ne sera pas obligé de demeurer sous le même toit que les malades et les religieuses, et, pour la moralité des établissements, cette concession est importante. Mais conçoit-on que, comme dernière et grande concession, la circulaire autorise les maisons hospitalières, qui ne dépensent pas vingt mille francs par an, à se passer d'économe. Elle dit qu'il y aura lieu à réunir les fonctions de l'économat, dans un établissement où les dépenses ne s'élèvent pas à vingt mille francs par an, avec celles du secrétaire ou du receveur, ou du préposé au mouvement! Yeilà ce que c'est. Messieurs, que de vouloir faire dans la rue de Grenelle des circulaires obligatoires pour toute la France sur des matières dont on n'a aucune expérience pratique.
Eh bien, moi, je vais répondre à ces savants administrateurs par un argument tiré de mon village, si je puis m'exprimer ainsi; oui, j'habite souvent un village ou un bourg
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OÙ il existe un hôpital fondé par une famille à laquelle je tiens de près ^ Cet établissement possède vingt-quatre lits, presque toujours remplis. Je ne sais pas s'il dépense vingt mille francs par an; tout ce que je puis dire, c'est qu'il est la consolation et la. ressource de tout le pays. Mais, jamais de la vie, on n a su ce que c'était, dans cette humble et utile maison, que tout cet attirail de receveur, de préposé au mouvement, de secrétaire, que Ton veut bien nous accorder pour nous dédommager de l'absence d'un économe.
Pour moi , je ne connais d'autres fonctionnaires dans cet hospice que les trois sœurs qui soignent les malades , et une fille qui garde la volaille. {On rit.) Cela suffit à tout depuis cent ans.
Où voulez- vous donc trouver de la place pour les économes, les secrétaires et les percepteurs dans des établissements pareils ? et heureusement la France en a beaucoup.
Messieurs, vous voyez quel danger il y a à vouloir réglementer la charité. La charité est une chose qui échappe nécessairement à des règlements minutieux et despotiques ; elle peut être soumise à des mesures générales qui existent depuis la loi de messidor, mais elle doit échapper à cette manie déplorable de réglementer tout, quand on sait fort peu et qu'on ne i)eut rien voir par soi-même. La règle et la pratique des sœurs a été de faire beaucoup avec peu de chose ; la règle et la pratique du système qu'on veut établir serait, je crois, de faire très-peu avec beaucoup.
J'adjure M. le ministre de l'intérieur actuel, qui n'est responsable en rien des mesures proposées par son prédécesseur^ de ne pas assumer sur lui cette responsabilité , et de ne
I A Villersexel (Hau(e-Saône), où la maison de Grammont avait fondé un hôpital au dix-huitième siècle.
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pas s'engager dans un système qui excite déjà de nombreux mécontentements, et qui produirait un grand mal s'il voulait y persévérer. {Approbation.)
(Extrait du Moniteur du 7 avril 1840.)
M. de^Rémusat^ ministre de rintérieur, répondit en citant des pétitions et des rapports de petits hôpitaux de plusieurs villes qui faisaient l^éloge de Téconomat et demandaient avec instance que ce système leur fût étendu. Il soutint que, avant déjuger la mise en pratique du système de Téconomat, il fallait en attendre les résultats.
La pétition fut renvoyée au bureau des renseignements.