‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 53 sur 94 · LE MINISTERE DU 1«' MARS · texte numérisé non relu

LE MINISTERE DU 1«' MARS

raie, lopportunité des discussions de confiance. Il me semble que si jamais une discussion, un vote de confiance a été nécessaire, opportun, c*est assurément lorsqu*un nouveau ministère, qui n*existait pas lors de la discussion de l'adresse, vient vous expliquer sa politique et vous demander votre appui.

D'un autre côté, je ne puis non plus me rendre à Tavis du spirituel préopinant sur les inconvénients et les dangers du gouvernement parlementaire. Je suis persuadé que luimême ne va pas dans son âme aussi loin que ses paroles. J'ai écouté avec attention et avec intérêt la leçon qu'il nous a faite sur l'histoire anglaise en 1640 ; mais je ne puis oublier que nous sommes en 1840, et qu'à propos de gouvernement parlementaire, s'il fallait aller chercher toutes ses règles de conduite en Angleterre, certainement on irait bien plus loin que les craintes les plus exagérées de M. Viennet.

Quanta moi, ce gouvernement /)ar/em^/aire qui effraye tant d'honorables orateurs ne m'inquiète pas. Si c'est l'idée, je trouve que c'est au fond l'idée modérée, raisonnable, l'idée honnête de la révolution de Juillet, c'est-à-dire la prépondérance des vœux légitimes du pays, exprimés d'une manière légale, dans ses propres affaires. Voilà, il me semble, ce que tout le monde entend par gouvernement parlementaire.

Si c'est le mot qui effraye, je rappellerai que ce mot a été adopté, a été inséré à peu près sans contestation dans la dernière adresse de la Chambre des députés , qui a été votée à une très-grande majorité, et adoptée certainement par beaucoup de votes conservateurs. £t, d'ailleurs, en supposant même que ce mot renferme tant de dangers inconnus, j'oserai dire à la Chambre des pairs qu'en l'adoptant, elle lui ôtera beaucoup de sa force et peut-être tout son danger. [Appro^ bation sur qtielqties bancs.)

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A côté de ce premier épouvantail, on nous en montre mi second : c'est Tavénement de la gauche avec ses hommes, avec ses principes, avec ses journaux, avec tout ce qu'on vient d'énumérer.

Je me permettrai ici une entière franchise : je ne suis pas de la gauche, excepté en ce qui touche la politique extérieure. Je ne partage ni ses goûts pour le présent, ni sesToeux pour Tavenir. Si la gauche n'existait pas, j'avoue que je ne voudrais pas l'inventer ; mais enfin elle existe , personne ne peut le nier; et non-seulement elle existe, mais elle occupe dans le pays une position extrêmement imposante, imposante nonr seulement par le nombre , mais par l'énergie , par l'esprit d'action, par l'esprit politique qui distingue ce parti. Or, qu'en voulez vous faire? Voulez- vous le reléguer à tout jamais dans une opposition permanente sans autre issue qu'une victoire trop absolue pour ne pas être désastreuse? ce serait, à mon sens, la politique la plus imprudente et la plus fâcheuse qu'on pût arborer.

Quant à moi, j'ai vu sans crainte et même avec satisfaction arriver un moment où ce parti , auquel je n'appartiens pas, pouvait s'approcher du pouvoir, s'approcher au moins des hommes qui étaient dépositaires de ce pouvoir. J'ai espéré, et j'espère encore du fond de mon cœur que ce rapprochement dissipera certains préjugés de ce parti. Je suis persuadé que, lorsqu'il verra le pouvoir entre des mains qu'il ne pourra soupçonner, plusieurs des fautes que j'ai déplorées dans sa conduite disparaîtront. Je signalerai surtout parmi mes espérances celle de lui voir ef&cer dans son programme, dans sa conduite parlementaire, ce que j'ai souvent blâmé sous le nom de lésinerie législative, ce qui lui fait considérer de mauvaises petites économies, des réductions de traitements, comme des victoires. J'espère encore que nous

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ne verrons plus ce parti , rassuré qu'il sera sur les intentions des hommes du pouvoir, se livrer encore, se livrer toujours à cet esprit de critique jalouse qui démonte un à un tous les ressorts du Gouvernement.

Cela étant , bien loin de m'inquiéter de cette bonne intelligence qui règne aujourd'hui entre cette partie notable de la nation et le Gouvernement, ce que je redoute, c'est qu'elle ne dure pas assez longtemps. D'un autre côté, je crois que les hommes qui composent le Gouvernement actuel ont donné bien assez de gages au principe conservateur. Je ne saurais oublier que la première fois où j'eus l'honneur d'être admis à parler devant vous, Messieurs, c'était pour combattre les lois de septembre , que M. le président actuel du conseil proposait et défendait. L'expérience, je l'avoue franchement, a démenti la plupart des objections que je me permettais alors de faire valoir contre ces lois, mais je ne crois pas qu'elle ait démenti l'énergie que M. le président du conseil avait déjà déployée contre les factions et les désordres. Les occasions lui ont manqué. Dieu merci! mais rien ne nous dit qu'il eût manqué aux occasions.

Je salue donc l'avènement d'un état de choses qui permet à la gauche de s'approcher du pouvoir, parce que je suis persuadé que ce rapprochement aidera à démêler les esprits vraiment politiques cpxi existent dans ce parti de l'élément radical, de l'élément dangereux qui l'a trop souvent compromis.

Du reste, si j'avais eu l'honneur de faire partie de votre commission, je n'aurais pas tant fait rouler la discussion sur les antécédents du Ministère et sur ses auxiliaires que sur ses intentions; car enfin, un vote de confiance ne doit pas porter seulement sur le passé ; il doit porter au moins autant sur l'avenir. J'avoue que je ne me serais pas cru sa-

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lisfait si j'avais fait partie de la majorité favorable de la commission , avant d'avoir posé quelques questions au Ministère sur cet avenir.

Ainsi , je me serais cru en droit de demander à M. le ministre de rinstruction publique s'il était décidé, s'il était prêt à doter le pays du bienfait de l'organisation de l'instruction secondaire et de la liberté d'enseignement que nous avons vainement attendue depuis dix ans.

Ainsi encore je me serais cru autorisé à demander à M. le ministre de la guerre s'il était disposé à accorder au pays le bienfait de l'organisation du remplacement et de la réserve dont nous avons tant parlé dans une séance précédente.

Enfin et surtout je me serais cru autorisé à demander à M. le président du conseil quelle sera la tenue, la direction de sa politique générale à l'extérieur.

Ceci me ramène au motif principal de mon adhésion au Gouvernement actuel. Pour la première fois depuis que je siège dans cette enceinte je me trouve complètement disposé à appuyer un ministère, quoique je n'aie jamais fait d'opposition systématique à aucun. Le motif principal de mon adhésion au Gouvernement actuel, c'est que j'espère de lui un développement nouveau de la politique générale du pays : je l'espère du reste plutôt encore d'après les antécédents de M. le président du conseil que d'après sa déclaration d'hier.

La grandeur du pays, voilà ce qui me préoccupe avant tout, et c'est sur ce terrain que je voudrais vwr le Gouvernement donner rendez-vous à ses amis pour apprendre à connaître ce qu'ils valent, et à ses ennemis aussi, parce que c'est le meilleur terrain , selon moi , pour les confondre.

Ici je crois être d'accord avec ce qu'a dit le spirituel préopinant sur les misères et les petitesses de nos discussions actuelles. Seulement je mettrai davantage le doigt sur la plaie.

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