‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 54 sur 94 · DU !•' MARS · texte numérisé non relu

DU !•' MARS

et je dirai que ces misères, ces petitesses nous nuisent surtout dans notre considération et notre influence générale en Europe.

J'entends dire souvent que tel ou tel parti s*affaiblit. Dernièrement les uns disaient que le parti conservateur avait disparu ; les autres discutaient sur l'origine et la généalogie du centre gauche. D'autres encore demandaient : Savez-vous ce que sont devenus les doctrinaires? {On rit.) Non, je n'en sais rien, et je ne m'en occupe nullement. Je ne crois pas que le pays s'intéresse beaucoup aux destinées de ces partis qu'il n'étudie que de loin. Mais savez-vous ce qui souffre, ce qui déchoit au milieu de ces discussions? c'est la grandeur, l'influence légitime de la France. Oui, dans ces grandes questions de politique générale qui se présentent et se résolvent au milieu de l'indifférence et des tâtonnements d'une société qu'on pourrait croire infidèle à sa mission , il y a une idée qui prend cours dans le monde : c'est que la France s'amoindrit. Eh bien! je vous conjure, je conjure le Gouvernement, je conjure les hommes qui sont investis du suprême pouvoir, de ne pas laisser cette idée gagner du terrain ni au dedans ni au dehors. Je les conjure de veiller au dépôt sacré que nous avons reçu de nos pères , la grandeur nationale, et de ne pas permettre que, sous le gouvernement représentatif, sous un gouvernement de liberté et de nationalité, ce dépôt devienne moins éclatant et moins précieux que sous la monarchie absolue. {Mouvement.)

Loin de moi la pensée de répéter un mot fameux et injuste qui a été appliqué à une noble époque de notre histoire, que l'on a qualifiée de halte dans la boue. Je ne le répète que pour le blâmer; mais je me dis que, lorsque la postérité viendra à connaître nos interminables discussions et leurs imperceptibles résultats, je crains fort qu'elle ne caractérise notre époque de halte dans le vide. [Mouvemefit.)

t18 LE BIINISTÈRE

Ici je m'aperçois que je pourrais prêter le flanc à une objection qui Tiendrait non pas de cette Chambre , mais du dehors : savoir, que cette faiblesse, que cette diminution du sentiment politique et national dans les grandes affaires de TEurope, tout cela vient de ce qu'en 1830 la France a brisé le principe de la légitimité, a fait une révolution : je combats et je repousse sur-le-champ cette objection. Je ne puis pas dire, comme M. le président du conseil dans une circonstance récente, que je suis Tenfant de la révolution de Juillet, que je lui dois tout ce que je suis. Non , Messieurs; le peu, le très-peu que je suis, je le suis sans elle et malgré elle. Mais je ne lui en rends pas moins un hommage solennel et désintéressé , en disant qu'elle a été une grande chose , parce que, comme Ta dit M. le président du conseil, elle a été honnête; et j'ajoute qu'elle a été honnête, parce qu'elle a été modérée. Ainsi je ne dis pas qu'elle ait été un bonheur; loin de là, mais je dis qu'elle a été une justice, et que la justice ne porte jamais malheur à une grande nation, (ilfarques générales cC assentiment.) Surtout elle ne peut pas l'avoir affaiblie, et pour preuve je vous rappelle tous à vos souvenirs de 1830. Dites-moi si le lendemain de la révolution de Juillet nous n'étions pas la force prépondérante en Europe? Maintenant voulez-vous que je vous dise quelle est la politique que je souhaite à mon pays? C'est de retrouver ce lendemain sans ses inconvénients. {Vive approbation.) Voilà en deux mots comment j'entends la politique et la position de mon pays; eh bien ! je crois que M. le président du conseil a le sentiment de cette politique et de cette position, et je crois qu'il peut en avoir la volonté et la puissance ; voilà pourquoi j'adhère à son ministère. J'ajoute que la grandeur d'un pays comme le nôtre...

(Ici Forateur est interrompu pai* un incident malheureux. On

DU 1« ILIRS 1840. 219

annonce qu'un de MM. les pairs de France, M. Bessières, vient de se trouver mal, et que sa position réclame de prompts secours. On s'empresse autour de lui et on le transporte hors de la salle.)

M. LE CHANCELIER. M. Ic comto de Montalembert sait le malheur qui vient d'aiTiver dans la Chambre... La Chambre veut-elle continuer...

De toutes parts : Non, non I à demain I

(La séance est levée à cinq heures, au milieu d'une vive agitation.

(Extrait du Moniteur du 16 avril 1840.)

Au commencement de la séance suivante, M. Bessières étant mort dans l'intervalle, M. le comte de Montalembert déclara renoncer à la suite de son discours.

Dans la même séance, 143 voix contre 63 adoptèrent le projet de loi.

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