‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 91 sur 94 · AFFAIRES DE TAHITI · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE TAHITI

CHAMBRE DES PAIRS Dtscasstoii du budi^et.

(3 août 1844.)

Le Gouvernement français avait accepté, le 28 avril 1843, le protectorat des Iles de la Société, offert à la France par la reine et les chefs de ces lies. Il avait réuni sous une direction unique le gouvernement des établissements de l'Océanie et le protectorat des Iles de la Société. M. le capitaine de vaisseau Bruat avait été nommé gouverneur de ces établissements, et commissaire du roi près la reine Pomaré.

L'arrivée à Tahiti du consul anglais Pritchard, missionnaire et négociant, qui exerçait une grande influence sur l'esprit de la reine Pomaré, fit bientôt naître dans ce pays de sérieuses difficultés. Ses attaques publiques contre le protectorat de la France, et Teffervescence qu'elles causèrent dans la population indigène, déterminèrent M. le contre-amiral Dupetit-Thouars à substituer au pavillon du protectorat, qui était arboré dans Pile, le pavillon national (4 novembre 4843).

Cet acte ne fut pas ratifié par le Gouvernement français, qui se borna à mtfntenir dans leur intégrité les droits de son protectorat. Dans Pintervalle, de plus graves désordres s'étaient produits, et une insurrection ne tarda pas à éclater parmi les chefs indigènes. Le gouverneur particulier, M. d'Aubigny, dut, en l'absence de M. Bruat, mettre la ville de Papaéti en état de siège, et fit arrêter, comme instigateur de la révolte, le missionnaire Pritchard, qui depuis le

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7 novembre 1843 s'était démis des fonctions consulaires. Ce dernier fut détenu prisonnier pendant six jours dans un blockhaus; à son arrivée, M. le capitaine Bruat le fit embarquer.

Cet incident excita en Angleterre la plus vive émotion. Le' 3t juillet, sir Robert Peel, alors premier ministre, s'exprima à la Chambre des communes dans les termes suivants : « Je n'hésite pas à « déclarer qu'une grossière insulte, accompagnée d'une grossière « indignité, a été commise contre le consul britannique. »

Dans la séance de la Chambre des pairs du 3 avril, M. le marquis de Boissy demanda à interpeller le Gouvernement sur les faits auxquels se rapportaient ces paroles du ministre anglais.

M. Guizot, ministre des affaires étrangères, déclara qu'il lui était impossible de s'expliquer sur une négociation encore pendante.

M. le comte de Montalembert prit la parole en ces termes :

Messieurs, personne n*a la prétention de forcer M. le ministre des affaires étrangères à s'expliquer ; il a le droit de se taire, mais on peut, et pour ma part je m'associe tout à fait en cela aux sentiments que vient d'exprimer M. le prince de la Moskowa , on peut déplorer qu'il juge à propos, dans cette circonstance, d'user de son droit.

Il ne s'agit pas du tout, dans ce moment, comme M. le ministre des affaires étrangères voudrait le faire croire, de revenir sur le jugement qui a été porté, dans différentes occasions, par les pouvoirs publics sur la politique qu'il a suivie. Il ne s'agit pas du passé, il s'agit du présent; il s'agit d'un fait récent, d'un fait immédiat qui a produit, je n'hésite pas à le dire, une douloureuse impression sur le pays tout entier ; il ne s'agit pas même de ce qui s'est passé à deux mille lieues de nous dans l'océan Pacifique, il s'agit de ce qui s'est passé à vingt-quatre heures de nous, de l'autre côté dui^troit [cest cela I c'est cela /) ; il s'agit du langage qui a été tenu dans le parlement britannique. Voilà la question. [Ouil oui!)

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Eh bien! lorsque M. le ministre des affaires étrangères vient nous dire qu'il n'est pas dans les principes les plus élémentaires du gouvernement représentatif de venir nous entretenir au sein du parlement d'une question encore pen-dante, on dirait, en vérité, qu'il n'a pas entendu la rumeur générale qui s'élève ; on dirait qu'il a été le seul en France à ne pas se douter de ce qui s'est passé avant-hier dans un pays où l'on passe cependant pour connaître et pour pratiquer, non-seulement les rudiments, mais encore les conséquences les plus avancées du gouvernement représentatif. ^h bien ! dans ce pays, au sein du parlement britannique, le premier ministre n'a pas craint de parler sur les événements de Tahiti ; il n'a pas prétendu ignorer les faits et n'a pas demandé à attendre; et non-seulement il s'est expliqué, mais il a tenu le langage le plus précis, le plus décidé, le plus arrêté sur les faits qui sont parvenus à sa connaissance. Et c'est en présence de ce langage que M. le ministre des affaires étrangères de France, celui qui occupe parmi nous la même situation que le premier ministre d'Angleterre, croit n'avoir rien à dire au parlement français, et qu'il ne songe pas, qu'il ne désire pas, qu'il refuse absolument, dans cette circonstance si critique, de se fortifier par le concours, qui assurément ne lui manquera pas, des pouvoirs parlementaires de son pays!

Voilà ce que j'avais à dire sur ce point {irès-Hen/ irèsbien /), et je le dis dans l'intérêt du pays d'abord, et du Gouvernement ensuite, car je veux croire et je crois ces deux intérêts inséparables.

H^ieurs, je ne suis pas de ceux qui ont désapprouvé l'occupation de ces iles lointaines, devenues aujourd'hui l'objet de si malheureuses contestations. Mon approbation a été tacite, mais réelle. Or, ce n'est pas le moment où cette oocu-

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