‹ Œuvres de M. le comte de MontalembertChapitre 12 sur 32 · XX. Marie-Anne, comtesse de Mérode. = Charles · texte numérisé non relu

XX. Marie-Anne, comtesse de Mérode. = Charles

I comte de Mo.ntalembert.

HEDWIGE, REINE DE POLOGNE, DUCHESSE DE LITHUANIE. (T. I,p. 259.)

On nous pardonnera de rassembler ici quelques détails puisés dans les anciens historiens de Pologne, sur une des princesses les plus remarquables du moyen âge, dont le caractère et la destinée offrent avec ceux de notre chère sainte Élisabeth des analogies qu’il sera bien facile de saisir.

Nous avons tiré ces détails principalement de V Histoire polonaise de Jean Dlugosz ', ainsi que des chroniques de Stryikowski • et de Bielski qui ont été imprimées dans la précieuse collection d’historiens en langue polonaise, publiée au dernier siècle parle jésuite Bohumolec.

> Joannis Dlugossi seu Lonijini, Historiée polonicœ, libri xii, etc. LipsUe, 1 7 1 1 ; 2 volumes in-folio. Dlugosz fut chanoine de Cracovie, précepteur des enfants du roi Casimir III , archevêque nommé de Lemherg , et mourut en

* Kronika Macieja Stryikowskiego, imprimé à Kœnigsberg en 1 592 ; réimprimé par Bohumolec en 1766. L’auteur était chanoine de SamogiUe.

’ Kronica Marcina BieUkiego. L'auteur mourut en 1576.

198 APPENDI.CE.

Casimir le Grand, dernier roi de Pologne de la race nationale des Piast, mort en 1370, avait laissé sa couronne au fils de sa sœur, Louis d’Anjou, roi de Hongrie, issu de la race de saint Louis de France. Celui-ci régna de nom pendant douze années (1370-82), mais abandonna entièrement la Pologne à ses dissensions intérieures et aux attaques de ses ennemis, pour ne s’occuper que de la Hongrie. Il mourut en 1382, laissant deux fdles, Marie, l’ainée, qui avait pour époux Sigismond de Luxembourg, marquis de Brandebourg, depuis roi de Bohême et empereur; et Hedwige, née en 1 371 , et fiancée à l’âge de quatre ans au jeune duc Guillaume d’Autriche, qui fut élevé avec elle à dater de ce moment. Les Polonais élurent aussitôt pour reine cette jeune Hedwige, qui avait à la fois dans les veines du sang de saint Louis et de saint Étienne. Mais sa mère, la reine Élisabeth, veuve de Louis, l’ayant gardée auprès d’elle sous divers prétextes, la couronne demeura pendant plusieurs années en proie aux brigues et aux attaques de plusieurs compétiteurs, entre autres de Sigismond, beau-frère d’Hedwige, et de Ziemowit, duc de Masovie. Celui-ci fut même élu roi par une diète de petite noblesse, impatientée des interminables délais qu’éprouvait l’arrivée de la jeune souveraine. Enfin, sa mère, effrayée par les menaces de toute la Pologne, consentit à se séparer de sa fille, et l’envoya en Pologne sous la garde du cardinal Démétrius, archevêque de Strigonie. Les prélats et les seigneurs de Pologne, qui désespéraient de la voir arriver, allèrent audevant d’elle avec un vif empressement, et la reçurent à Cracovie avec les plus grands honneurs. Elle n’avait pas encore quinze ans ; mais son éclatante beauté, ses grâces, ses vertus.

appendice;

sa pudeur et sa fervente piété inspirèrent aux Polonais tant d’enthousiasme et d’amour, qu’ils se regardèrent comme honorés d’avoir cette jeune fille pour seule maîtresse, sans Songer à lui donner un époux qui pût leur servir de 6hef et de roi Elle se fit couronner dans la cathédrale de Cracovie le 15 octobre 1385, jour de ia fête de sainte Hedwige, sa patronne. Les seigneurs lui garantirent le plein exercice des droits royaux jusqu’à ce qu’elle fût mariée. « Comment s’en étonner? » dit un historien; « elle avait reçu de la nature le don de la plus rare beauté ; elle était si merveilleusement belle, que la seule Hélène avait pu l’être comme elle * ; mais sa piété et sa pudeur, sa modestie et sa douceur surpassaient encore sa beauté. Elle était très-instruite et même savante en littérature; elle avait toute la dignité, non-seulement de sa haute naissance, mais d’une nature supérieure ; elle semblait avoir sucé, avec le lait de sa mère, toutes les vertus. A peine sortie de l’enfance, elle avait dans toutes ses paroles, dans toutes ses actions , une gravité et une maturité qui témoignaient de la sagesse céleste qui l’inspirait »

Cependant le plus redoutable des voisins et des ennemis de la Pologne, Jagellon, grand-duc de Lithuanie, ayant appris, par la renommée et par les rapports de ses ambassadeurs, qu’il venait de monter sur le trône de Pologne une jeune

* Tanta erat erga illam affectio , taoi charilas immensa , ut Viros se esse obliti , parère tam insigni et virtuosæ feminœ putarent non inglorium. Ea iiisuper charitate et alTectione devicti, non dato, non procurato illi sponso, quasi ipsa sola ad gubernaudum regnum sine merito sulDceret, etc. Diugosz, liv. X, col. 95.

* Slryikowski, liv. xiii, c. 1.

* Diugosz, 1. c.

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vierge tellement belle et gracieuse, que dans le monde entier aucune femme ne pouvait rivaliser en beauté avec elle *, conçut le désir de l’épouser. 11 lui envoya à cet effet une ambassade, dont le chef, Skirgyello , frère du grand-duc , ayant été admis en présence de la reine et de son conseil , lui parla en ces termes : « Il y a longtemps que des princes et des rois « illustres ont sollicité notre puissant souverain Jagellon, « grand-duc des Lithuaniens, d’embrasser la foi des chrétiens, « en abandonnant la foi de ses pères ; mais ni leurs persua- « sions, ni les guerres que lui ont faites dans ce but les croisés « de Prusse, n’ont jamais pu l’y engager. C’est à vous, noble « et illustre reine , à vous et au royaume de Pologne , que le « grand Dieu a réservé cet éternel honneur. Si votre excel- « lence daigne accepter pour époux notre susdit seigneur « Jagellon, voici à quoi il s’engage. D’abord lui et ses frères « les ducs de Lithuanie , avec les seigneurs et tout le peuple « de Lithuanie et de Samogitie , embrasseront la foi catho- « lique, celle que vous et votre royaume pratiquez et observez. « Il rendra ensuite tous les captifs chrétiens qui lui sont « échus parle droit de la guerre; il incorporera au royaume « de Pologne, par une union irrévocable et intime, toutes ses « terres de Lithuanie et de Samogitie , même celles qu’il a « conquises sur la Russie ; il s’engage à regagner, pour la Po- « logne, la Poméranie, la Silésie et les autres provinces qui « en ont été détachées ; enfin il offre de payer les deux cent « mille florins qui ont été remis au duc Guillaume d’Autriche « comme arrhes de la consommation de son mariage avec

' Adeo venustam decoramque existera, ut pro ilia tempcstale in orbe universo, parem in forma non babere crédita ait. Ibid.

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« VOUS. » Telles furent les offres de ce barbare '. Elles paru- • rent fort avantageuses aux seigneurs et aux prélats de la Pologne, mais fort tristes à la jeune reine, qui était passionnément attachée à Guillaume, et qui objecta qu’elle lui avait été solennellement fiancée, et couchée dans le môme berceau que lui’. Elle obtint qu’on consulterait d’abord sa mère, la reine Élisabeth de Hongrie. Les ambassadeurs lithuaniens, accompagnés d’une députation de trois seigneurs polonais, allèrent aussitôt trouver cette princesse à Bude. Après de longues hésitations, Élisabeth se laissa dominer par l’intérêt de la propagation de la foi catholique ’, et répondit qu’elle consentait volontiers à ce que sa fille Hedwige fît ce qu’il y avait de plus utile pour la république chrétienne et pour la Pologne *. Au retour des ambassadeurs, une diète fut convoquée à Cracovie pour délibérer sur les demandes de Jagellon, ainsi que sur les droits de Guillaume et les prétentions de Ziemowit, duc de Masovie, et de Ladislas, duc d’Oppeln, tous deux Polonais et catholiques, qui briguaient aussi la main d’Hedwige et la couronne de Pologne. On délibéra pendant plusieurs jours : les seigneurs qui voyaient le plus souvent la jeune reine, et qui connaissaient son éloignement pour le projet d’alliance avec Jagellon, soutinrent qu’il était odieux d’aller chercher un barbare étranger pour en faire leur roi, au préjudice des princes catholiques et nationaux ; mais la grande majorité fit valoir l’intérêt de la foi chrétienne et du repos de la Pologne.

* Esc barbarus. Dlugosz.

• Stryikowski , 1. c.

• BieUki, 1. vu, p. 225.

* Quod et reipublicæ christianæ et üuæ profuluruin duxerint. Dlugos/., 1. r.

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A la répugnance d’Hedwige ils opposèrent l’immense gloire qu’elle aurait, si, grâce à elle, la pure splendeur de la foi catholique allait éclairer la Lithuanie et les autres nations barbares. Cette pensée pouvait seule tempérer la violente répugnance d’IIedwige, qui déjà avait donné à la religion la première place dans son jeune cœur '.

On envoya donc une ambassade à Jagellon, pour l’inviter à venir demander lui-même la main d’IIedwige. Mais pendant ce temps le duc Guillaume apprit ce qui se tramait contre lui; et ayant la conscience des désirs et de la bonne volonté de la jeune reine qui, selon quelques récits, l’avait fait elle-même appeler, arriva à l’improviste à Cracovie, avec beaucoup de trésors et une nombreuse suite. Les seigneurs polonais, pris au dépourvu par cette arrivée, n’osèrent d’abord s’opposer à la volonté bien décidée d’Hedwige, qui témoignait à Guillaume la plus vive affection et qui brûlait du désir d’être unie au jeune ami de son enfance, au lieu d’être livrée à un barbare inconnu Il y avait môme quelques seigneurs , surtout Gniewosz, vice-chambellan de Cracovie, qui encourageaient le duc Guillaume dans ses espérances; tandis que, au contraire, Dobeslas, castellan de Cracovie, l’un des plus ardents partisans de l’union avec la Lithuanie, prenait sur lui d’interdire au jeune prince l’entrée du château de Cracovie, où demeurait la reine. Mais celle-ci , sans se décourager, allait,

* Hœc aententia cuin Heiiwigis reginœ, feminœ jam lune deTOtœ et religioaisainiæ, fastidiuiii solo lidci chrisUani respeclu temperasset, etc. Dlugosz, I. c.

* Strjikowski, I. c.

’ Neniine baronum audente bene placitum reginœ Hedwigis rescindere... Quæ nubere illi poilus iiolo visoque quam barbaro ignoto, et nunquam viso... æstuabat. Dlugosz, 1. c.

APPENDICE. 203

accompagnée de ses demoiselles d’honneur et de ses chevaliers , trouver son fiancé au couvent des Franciscains : elle y passait de longues heures avec lui dans le réfectoire des frères, en se livrant au plaisir de la danse et à d’autres récréations, mais toujours avec^a modestie et la décence qui la distinguaient ' . Plus elle le voyait, et plus son affection devenait irrésistible. Elle résolut enfin d’accomplir son mariage avec lui avant l’arrivée de Jagellon. Mais les seigneurs polonais résolurent en même temps de s’y opposer à tout prix ; et plusieurs d’entre eux ayant rencontré un jour le jeune duc comme il cherchait à s’introduire secrètement dans les appartements intérieurs de la reine, ils le chassèrent du château en l’accablant d’injures ’. Hedvsige, persévérant dans ses intentions, se décida à aller le rejoindre dans la ville; mais en arrivant à la grande porte du château , elle la trouva fermée par ordre des barons. Désespérée et révoltée par cette oppression, la passion de la jeune fille l’emporta dans son cœur sur la dignité de reine : elle demanda au portier une hache , qu’il lui donna. Alors, brandissant cette arme, elle se mit à frapper avec fureur sur les verrous et les cadenas de la porte qui la séparait de son amant, mais sans pouvoir la briser*. Aucun de ceux qui assistaient à cette scène doulou-

‘ In ejusdem pœnobii refeclorio, Wilheimo duci, chorearum solatiis, paréo tamen et castigato atque honestissimo moderamine, utebatur. Ibid.

* Dum ad Cracoviensem arcem thalami sécréta cum Hedwigi regina suscepturus cubilia, perductus esset... tam ex arce quani ex tbalamo, cum dedecore et injuria exrlusus expulsusque est, et ab Omni carnali commcrcio reginæ prædictæ sequestratus.

• Stryikowski, 1. c. — Petita dataque securi, violare illas manu propria nitebatur. Dlugosz, I. c.

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reuse n’osait ni désobéir aux barons, ni arrêter la colère de la reine. Cependant le vieux Dirai trj de Goraj , grand trésorier du royaume, s’approcha d’elle, et, fort de l’autorité que lui donnaient ses cheveux blancs , il la supplia de se calmer, et de sacrifier son inclination au bien de la patrie, aux vœux de ses sujets, mais surtout à l’intérêt de la religion. Hedwigc ne répondit rien : elle laissa tomber sa hache, fondit en larmes, et rentra chez elle.

Il fallut cependant céder. Le duc Guillaume, craignant pour sa vie, quitta secrètement Cracovie, en laissant toutes ses richesses à la garde de Gniewosz, qui ne les lui restitua jamais. Au commencement de l’année 1386, Jagellon arriva en Pologne. Au bruit de son approche , les seigneurs se réunirent en grand nombre à Cracovie , et redoublèrent de prières et d’instances auprès de la reine Hedwige pour la déterminer à ne pas repousser l’alliance du prince barbare, en réfléchissant à l’intérêt de la foi, qui avait toujours été le premier intérêt des Polonais*. Hedwige avait elle-même envoyé un agent confidentiel pour voir Jagellon, et lui rapporter secrètement des détails sur sa personne et sur ses mœurs. Cet envoyé revint, en disant que le duc n’était nullement aussi affreux qu’on l’avait représenté à la reine ; que sa figure était bien un peu longue, mais n’avait rien de' repoussant; que ses mœurs étaient graves et dignes d’un prince L Mais elle n’en fut pas plus réconciliée avec cette destinée : elle insistait surtout sur

* Ul magno fidei fructu, qui principaliter a Polonis quœrebalur, penaato, barbari principis non fastideret conjugium. Ibid.

* Faciem oblongam , nulla tamen turpitudine notatam , mores graves et principe dignas enunciat et rcginæ anxietalem de agresti et deformi ducis eorpore dudum conceptam, disseruit. Ibid.

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le pacte solennel des fiançailles contracté entre elle et Guillaume ; elle débattit longuement et douloureusement ce point avec ses conseillers ; elle s’obstinait à regarder un mariage avec tout autre que son fiancé comme un adultère. Cette pensée lui était plus amèrâ que la mort '. Les scrupules de conscience venaient joindre leurs tortures à l’agitation douloureuse de son âme En attendant, Jagellon fit son entrée officielle à Cracovie le 12 février, et alla aussitôt rendre visite à la reine au château. Il la trouva au milieu d’un grand nombre de nobles dames et demoiselles, et resta tout ébloui de sa beauté *. Le lendemain, il lui envoya les plus riches présents, comme gages de son admiration. Mais le duc Guillaume était revenu secrètement à Cracovie, déguisé en marchand. Hedwige le savait, et l’y avait encouragé '. Les seigneurs polonais le surent aussi bientôt, et le firent chercher avec tant de soin, qu’il eut beaucoup de peine à s’échapper de leurs mains.

Enfin Hedwige succomba ; son cœur fut vaincu et pris d'assaut : expugnata fuit, dit le prélat qui a écrit cette histoire Dieu seul pouvait donner à ce cœur de quinze ans, dévoré par une passion ardente et légitime , la force de consommer le plus douloureux sacrifice : aussi fut-ce à lui qu’elle eut recours. Voyant que rien ne pouvait plus la

‘ Diu et graviter propter superius fœduB cum Wilheimo ictum reluctabatur. . . Alteris nuptiis suam contamioare pudicitiam, amarius morte putabat Dlugosz, 1. c.

* Timor quoque divinus, et vis consdentla: mentem suam terrebant. Ibid.

* Bielski, Diugosz.

* Sub habita dissimuiato mercatorlo, non sine annuentia Hedwigis ciandestine advenisse.

' Diugosz, i. c.

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sauver, elle se rendit, couverte d’un voile noir, à la cathédrale de Cracovie; et là, elle s’agenouilla devant un grand crucifix qu’on y montre encore aujourd'hui, et y resta toute seule pendant trois heures en larmes et en prières. Elle se releva , après avoir arraché de son cœur sa volonté, son amour, l’espérance de son bonheur, et les avoir cloués au pied de la croix , comme un sanglant holocauste offert au Ciel pour le salut de sa patrie. Seulement, avant de sortir de la chapelle, elle prit son voile noir, et en recouvrit l’image du Sauveur crucifié, comme d’un linceul dans lequel elle ensevelissait son amour. Elle alla du même pas trouver le chapitre, et lui fit une fondation pour que ce signe du deuil de son âme fût perpétuellement entretenu et renouvelé au besoin . Cette fondation a survécu à la Pologne elle-même ; ce même crucifix existe encore, et il est toujours recouvert d’un voile noir : on l’appelle encore le crucifix d’Hedwige ' .

Puis elle déclara qu’elle consentait à épouser le duc de Lithuanie, non certes pour son plaisir, mais pour accroître le domaine de la foi orthodoxe et assurer le repos des chrétiens’. Le H février, Jagellon reçut le baptême des mains de l’archevêque de Gnesen; et le même jour il célébra son mariage avec cette lledwige dont on ne savait ce qu’on devait le plus admirer, la beauté de son corps ou celle de son âme Trois

' Il se trouve au fond du baa-cOté septentrional du ehœur : on y volt toujours des fidèles en prières, avec celte fervente et expansive piété qui caractérise les compatriotes de ta généreuse et infortunée Hedwige.

' Non voluptatis explendæ causæ , sed lidei orthodoxes amplitudincm , et christianorum quietem procuratura. Dlugosi, p. 104.

’ Cuni virgine décora et iiuiigni Hedwigi, moribusne incertum est an forma venustiore. Ibid., p. lO.i.

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jours après , il se fit couronner en présence d’Hedwige avec une très-grande pompe.

Le duc Guillaume, désespéré, quitta Cracovie et s’en retourna en Autriche. Selon quelques auteurs, il ne voulut jamais se marier tant qu’Hedwige vécut. Plus tard , il épousa Jeanne, fille du roi de Naples. Il mourut peu après.

Une fois mariée à Jagellon, la jeune reine consacra à son nouvel époux toute sa tendresse et toute sa fidélité ' . Vers le milieu du Carême , Jagellon la conduisit dans la grande Pologne, afin d’employer sa popularité et sa douceur à pacifier les dissensions entre les nobles et les prélats qui déchiraient cette province. Ce fut pendant ce voyage qu’eut lieu le trait délicieux que nous avons cité sur elle dans notre texte. La cour était à Gnesen : une contribution excessive fut assise pour son entretien sur les paysans des environs, et la plupart de leurs bestiaux furent saisis. Ils s’en vinrent tout en pleurs, avec leurs femmes et leurs enfants , se plaindre , en remplissant l'air de leurs clameurs. Hedwige , profondément émue, éclaira son mari sur son injustice, fit restituer tout ce qui avait été pris, et lever l’interdit que le chapitre de Gnesen avait déjà lancé pour châtier cette oppression ; puis elle s’écria ; < Les bestiaux leur sont rendus ; mais qui leur rendra leurs « larmes ? »

Grâce à l’intervention de cette jeune et touchante médiatrice, le roi réussit à rétablir la paix et la sécurité dans toute la Pologne. L’année suivante (1387), il la mena avec lui en Lithuanie , pour lui faire connaître sa nouvelle patrie et ses

’ Niemcewici. Spiewij historyczne.

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nouveaux sujets, et pour la faire assister à leur conversion à la foi chrétienne. Il renversa toutes les idoles du pays, éteignit les feux perpétuels, fit abattre les forêts sacrées. Tous les Lithuaniens, à l’instar de leur roi, reçurent le baptême. Pour abréger cette cérémonie, qui eût été interminable s’il avait fallu administrer séparément le sacrement à chaque individu, on répartit tous les néophytes , d'après leur sexe , en divisions nombreuses ; puis on aspergeait d’eau bénite chaque division en masse, et on assignait un même nom de baptême à tous ceux qui y étaient compris. A la première division d’hommes, le nom de Pierre ; à la première de femmes , celui de Catherine, et ainsi de suite. Les chevaliers seuls et leurs familles furent baptisés individuellement. Les nouveaux chrétiens reçurent avec enthousiasme leur reine de seize ans , qui venait leur apporter la paix et la lumière de la vraie foi. Pendant tout son séjour, elle donna des preuves éclatantes de sa ferveur toujours croissante et de son ardent dévouement à la religion ' , par la profusion de ses dons à la nouvelle cathédrale de Saint-Stanislas de Wilna , et aux autres églises et fondations religieuses que son mari instituait, d’après ses avis, dans les principaux lieux de son royaume. Pendant qu’Hedwige était ainsi glorieusement occupée en Lithuanie, elle apprit la mort cruelle de sa mère chérie, la reine de Hongrie, lâchement assassinée, comme l’avait été la mère de sainte Élisabeth, par des seigneurs rebelles.

Après que le Christianisme eut été solidement établi en Lithuanie, le roi et- la reine revinrent à Cracovie (1388), où la

< Quanti esact fervoris in Deum et in amplitudinem suœ religionis monatravit. Dlugosz, p. 112.

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paix de leur union fut compromise par la jalousie de Jagellon. La calomnie lui avait fait concevoir de violents soupçons sur la fidélité de son épouse. Il l’accabla de reproches, et annonça même l’intention de divorcer. Les barons réussirent à le calmer, et Hedwige elle-même exigea du roi le nom de son accusateur et un jugement solennel '. Le roi nomma Gniewosz, le même qui avait été l’hôte du duc Guillaume, et qui s’était approprié tous ses trésors. Il avait osé accuser celle qu’on nommait déjà la Sainte reine ’ d’avoir eu des relations clandestines avec le duc Guillaume depuis son mariage. La cause fut appelée et jugée à la diète de Wislica (1389). La reine se justifia par le témoignage de toute sa maison et par serment. Le castellan Jean Tenczynski et douze autres chevaliers affirmèrent également par serment que l’honneur de la reine était à l’abri de tout soupçon, et s’offrirent à la défendre par combat. Gniewosz, confondu, garda le silence. Le sénat le condamna à une peine spéciale, en présence de toute l’assemblée et de la reine outragée. 11 fut forcé de se courber sous un banc, et de déclarer, dans cette posture, qu’il avait aboyé malhonnêtement comme un chien contre la vertueuse et chaste reine sa souveraine ; et après avoir dit ces paroles , il lui fallut imiter trois fois l’aboiement d’un chien A dater de ce moment, rien ne vint plus troubler runion de Jagellon et d’IIedwige , (jui passèrent le reste de leurs jours dans la paix et l'amour ‘.

' BieUki, p. 233 .

^ Slrjikowüki, p. 448.

’ Slryikuwüki, p. 44'J.

* .Siue «uspidoiiu, sine juigün rixiaque, in aiuceiiilale liulcediiieipie cuu- (Kuvres. Vlll. — Sainte Éiiaabeth. 11 . 14

APPENDICE

En 1390, Jagellon étant allé défendre la Lithuanie conti’e les chevaliers Teu toniques, lledwige trouva que les frontières de Pologne étaient menacées du côté de la Hongrie. Elle rassembla aussitôt une armée ; et quoiqu’elle n’eût alors que dixneuf ans, elle en prit elle-même le commandement. Rien ne saurait égaler l’enthousiasme avec lequel les guerriers polonais virent leur jeune souveraine cheval au milieu de leurs escadrons. Ils cherchèrent û lui témoigner leur amour, en obéissant à ses moindres ordres avec la plus scrupuleuse fidélité ' . A la tête de ses troupes, elle entra dans la Russie rouge ’, et, combinant son plan de campagne avec autantde prudence que d’intrépidité, elle prit d’assaut ou j)ar capitulation les villes et les forteresses de Przcraisl, Jaroslaw, Halicz, Leopol et une foule d’autres, et reconquit toute cette vaste province que son propre père Louis avait détachée de la couronne de Pologne pour la donner à celle de Hongrie. lledwige, tout entière aux intérêts de sa patrie, répara ainsi l’injustice de son père ; et en etfectuant, par son héroïque courage, cette réunion qui a duré jusqu’à la ruine de la Pologne, elle s’est assuré, dit son historien, dans le cœur des Polonais un éternel souvenir ’.

Aussitôt après elle marcha sur la Silésie, et recon(|uit également toutes les possessions polonaises que Ladislas ,

jugaliâ fœderU, Btabili coucordia et cliaritate, utriusque status perniaiisil. Dlugo.<z, p. 123.

' Tanta erat apud uiilitcs alTeelio et eliarilas ut oiniies illi juxia ac \iru parcrent, cl singula quæ jubebal, obcdienler cxsequcrenlur. Ibid., p. 12C.

• Ce qu’on appelle aujourd’hui le rovaunie de Gallieie.

" Seuipilernuni apud l’olonos pro hujusmodi licroico opéré habitura recordiuin. Dliigosz, I. c.

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duc d’Oppeln, avait usurpées sur la couronne. Ce fut par ces nobles victoires qu’elle salua le retour de son époux

Mais la Lithuanie, sans cesse envahie et ravagée par les chevaliers Teutoniques, était en outre toujours déchirée par de cruelles guerres intérieures entre les princes des branches collatérales delà maison de Jagellon. Le roi crut qu’Iledwige seule pourrait venir à bout de les pacifier, et l’y conduisit de nouveau en 1393. Les princes lithuaniens, vaincus par le charme qu’elle exerçait sur tous, la reconnurent pour juge : ils plaidèrent leur cause devant elle. Elle réussit à les réconcilier, et, par un acte solennel et public, ils convinrent que si désormais il s’élevait entre eux quelques dissensions, au lieu d’avoir recours aux armes , ils prendraient pour arbitre et pour juge sans appel la jeune reine de Pologne L

Cependant ce malheureux pays restait encore exposé aux incursions des chevaliers Teutoniques , qui redoublaient chaque jour de cruauté et de pertidie. Ce fut encore Uedwige qui dut intervenir pour préserver la Lithuanie des maux les plus redoutables.

Jagellon avait tout préparé pour faire à ses implacables ennemis une guerre décisive, où il comptait employer contre eux toutes les forces de la Pologne , ajoutées ù celles de la Lithuanie. Avant qu’elle éclatât , on convint d’une entrevue entre le roi et le grand maître de l’Ordre à Jnowroclaw, en Cujavie. Mais les seigneurs, craignant que la trop juste fureur de Jagellon ne fût un insurmontable obstacle à tout accommodement, supplièrent la reine d’y aller en sa place. Elle y

* Slryikowski, p. 454.

• Dliigosz, col. 138.

APPENDICE

consentit, et se rendit ü Jnowroclaw avec plusieurs évôques et barous et une suite très-brillante. Elle y rencontra le grand maîti’e Conrad de Jungen et les principaux commandeurs de l’Ordre : elle leur proposa les conditions les plus équitables relativement à la restitution de certaines terres qu’ils venaient d’usurper; mais ils les refusèrent toutes sous de vains prétextes. Alors, dit un chroniqueur, cette femme bénie, inspirée du ciel , les foudroya par son indignation ' : « Vous êtes si « avides, leur dit-elle, que vous trahissez par votre avarice « non-seulement le roi votre seigneur, mais Dieu même. Vous « avez juré fidélité et vassalité aux rois de Pologne , comme « à vos seigneurs et bienfaiteurs, qui vous ont souvent pro- « tégés contre les païens, et vous n’avez rien tenu ! Vous vous 4 dites ecclésiastiques, et vous arrachez de force aux pauvres « gens leurs biens, comme des brigands ; et tout cela, étant « chrétiens et non païens! Je ne sais pas, en vérité, comment « vous avez le cœur de commettre tant de brigandages et de « cruautés. Mais vous verrez , » ajouta-t-elle ; « tant que je « vivrai, je réussirai peut-être à dissuader le roi de vous faire « la guerre; car, avant tout, je désire que le sang chrétien ne « soit pas versé. Mais quand je serai morte, vous recevrez le « juste châtiment d’une si indigne conduite; le juste Dieu « vous payera le prix de votre ingratitude et de votre insa- « tiable cupidité » Ainsi parlait la jeune et courageuse reine ù ces impitoyables guerriers, et sa prédiction ne devait pas tardera se vérifier. Après sa mort prématurée , Jagellon,

’ Fuuiiiiia lienudictii , ca-lesli quodaui sensu iiispirala. Dlugosz, col. 15?. — 'ZgrumiU lu uio\iae... Dielski, p. 235.

» Ibid.

APPENDICE. Î13

dans les éclatantes victoires de Grünberg et de Tannenberg , porta à l’Ordre, un coup dont il ne se releva jamais. Le grand maître et ses chevaliers, tout en ne se laissant pas convaincre par les exhortations de la reine, ne purent se défendre de l’admirer, et de la remercier solennellement de ce qu’ils l’avaient trouvée si zélée pour le maintien de la paix.

Cette sollicitude d’Hedwige pour la patrie de son époux ne diminuait en rien celle qui remplissait son cœur pour sa chère Pologne, dont elle savait fort bien défendre les intérêts chaque fois qu’ils pouvaient être compromis par l’union avec la Lithuanie. Ainsi, le roi son mari ayant donné à son favori Spithkon , palatin de Cracovie , l’investiture de la Podolie à titre de fief perpétuel, Hedwige protesta de toutes ses forces contre cette donation qui répugnait aux usages et aux lois de la Pologne, et elle vint à bout de l’annuler. Éclairée par une lumière supérieure ', et malgré l’attrait qu’offrait à la Pologne une guerre contre les infidèles, elle ne voulut pas souffrir que les troupes polonaises prissent part à l’expédilion téméraire que Witold , frère de son mari , entreprit avec les Lithuaniens contre les Tartares, et qui fut suivie d’une défaite terrible.

Sa renommée devint bientôt si grande , que les Ilongrois songèrent à la prendre pour reine à la mort de sa sœur aînée Marie, au lieu de l’époux de celle-ci, Sigismond de Luxembourg. Mais Sigismond vint à Cracovie pour supplier sa belle-sœur de ne pas accepter leurs offres, et pour renouveler son alliance avec elle ’. Il n’est pas dit d’ailleurs qu’Hed-

■ Spiritu revelunte. . . Dlugosz, p. 156.

* Rielski, 1. c.

APPENDICE

wige, toute Polonaise de cœur, eîU voulu d’une autre couronne.

Elle employait les loisirs que lui laissaient les guerres, les négociations et le gouvernement de son royaume, à l’étude, à l’aumône et à la piété. Jamais on ne la vit en colère , ni hautaine, ni orgueilleuse, ni livrée à de frivoles distractions; elle avait de l’éloignement pour toute sorte de luxe et de faste ; elle aimait surtout à s’enfermer pour prier avec une ardente dévotion et le plus tendre amour de Dieu ‘ ; elle jeûnait pendant l’Avent et portait un cilice en Carême; elle était d’une générosité sans bornes envers les pauvres, les veuves, les orphelins, les étrangers, les pèlerins; pleine de compassion et d’affection pour tous ceux qui souffraient ; ses aumônes la faisaient accuser, comme notre Élisabeth , de prodigalité. Malgré sa jeunesse , elle était regardée comme très-savante; elle se livrait surtout à la lecture de l’Écriture sainte, dont elle fit faire la première traduction en polonais (1 390) ; elle lisait aussi assidûment les Homélies des quatre docteurs de l’Église, les Vies des Pères, les Sermons des Saints, les Méditations et les œuvres diverses de saint Bernard et de saint Ambroise, ainsi que les Révélations de sainte Brigitte. Elle avait fait également traduire tous ces ouvrages en polonais. Ce n’était pas seulement pour elle-même qu’elle aimait la science : elle entretenait à ses frais une foule de pauvres étudiants dans les collèges. Elle rétablit le collège général, fondé par Casimir II ù Casimierz ; elle fonda elle-même à Prague (1397) un vaste et magnifique collège, qu’elle dota très-riche-

' Nulla in ea levitas, nulla ira, nulla nolari poterat superbia, invidia, vel Biimillas. Summa in ea devulio, imniensus ainor Dei, etc. Dlugosz, p. ICI.

APPENDICK.

ment , et qu’elle consacra exclusivement à l’éducation de l'élite de la jeunesse lithuanienne, afin, disait-elle, d’arroser les nouvelles semences de la foi orthodoxe que son mari avait plantées en Lithuanie Elle légua en mourant tous ses bijoux, ses meubles et son argent à l’évèque et au castellan deCracovie, pour être consacrés à la fondation d’une université dans cette ville. Son vœu fut rempli deux ans après sa mort, et c’est à elle que la célèbre Université de Cracovie doit son origine. Elle fit en outre , de concert avec son mari , une foule d’importantes fondations religieuses, d’églises, d’hôpitaux et de couvents, entre autres celui des Carmes, aux portes de Cracovie, en l’honneur de la fête de la Visitation nouvellement établie ; puis la belle église et abbaye de Sainte-Croix à Cleparz, où elle plaça des moines bénédictins qu’elle fit venir de Prague, pour y célébrer l’office dans la langue et le chant sonore des Slavons, comme cela se pratiquait chez les Bénédictins de Prague*. Elle avait un goût très-vif pour la musique d’église, et fonda dans la cathédrale de Cracovie, en l’honneur delà sainte Vierge, un collège spécial de seize prêtres, destinés à chanter les psaumes en deux chœurs, d’après un mode particulier*.

La réunion si rare et si séduisante de tant de qualités et de

‘ Plantationem fidei orlliodo.xæ novellam iii Lillmaiiiic tdris, a rege institulam rigatura... Dlugosz, p. 154.

* Sonoro cantu et Icctione in idiomalc sla\onico. Ibid., p. 127. L'écrivain 8e féiicite à celte occasiun de ce que Dieu, dans sa bonté, a accordé à ia tangue slave le priviiége de servir à son cuite et il la célébralion des mystères sacrés, privilège qui avait été jusque-15 réservé au latin, au grec et à l’iiébreu.

* Jugi jubilalione, cantu ordinario cessante, psalmos Davidicos bini et bini, in dextro et sinisiro clioro, vicibus et ciioris inter se partitis ex æquo, decanlaturos. Ibid., p. 150.

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tant de vertus dans une jeune souveraine dont la beauté extérieure était en outre sans égale, la rendirent bientôt célèbre et populaire dans tout le monde chrétien ; elle était universellement vénérée comme un modèle vivant de sainteté Les souverains pontifes eux-mêmes i)artageaient cette opinion ; et les historiens ont conservé avec soin une lettre que lui adressait le pape Boniface IX, alors qu’elle n’avait encore que vingt ans (le 4 des calendes de Janvier 1391), pour la remercier de son atlectueux dévouement à l’Église romaine, et pour s’excuser de ce qu’il lui était quelquefois impossible de faire droit à toutes les sollicitations qu’elle lui transmettait de la part de ses sujets. Craignant qu’elle ne fût trop souvent obligée de céder à des importunités fatigantes, il lui conseillait d’adopter un signe particulier et confldentiel , dont elle marquerait toutes les demandes auxquelles elle attachait elle-même du prix, et qu’il s’empresserait alors d’accorder

Ilcdvvige était l’idole de son peuple ; une foule de traditions ont conservé jusqu’à nos jours des monuments de cet amour, que ses sujets ne perdaient aucune occasion de lui témoigner. Un jour que, revenant de visiter l’église de Corpus-Domini , dans le faubourg juif de Cracovie, elle traversait le pont de la vieille Vistule, toute la corporation des chaudronniers de la ville se trouva par hasard sur son chemin. Ces pauvres gens, en voyant passer leur reine adorée, se mirent à pousser des

' Uiiivemo orbi catliolico adeo propter darilatem inorum grata et celebri», ul uiiiiieii illam vdiiti aandilalia duiuladirum in vita venerarenlur. Ibd.. p. lUI.

* Iliiil., |i. Hi2.

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cris de joie, et cherchèrent à exprimer leurs transports par toute sorte de façons extravagantes. Un d’entre eux, voulant lui montrer qu’il était prêt à braver la mort pour elle, se jeta du pont dans la rivière ; malheureusement il n’eut pas la force de regagner le rivage, et finit par se noyer. Iledwige, vivement émue, fil chercher son corps; et lorsqu’on l’eut repêché, le voyant inanimé, elle pleura beaucoup, puis ôta son tablier qui était d’une riche étoffe verte brochée d’or, et en recouvrit la figure du défunt, à qui elle fit ensuite faire de magnifiques obsèques. Le tablier fut conservé comme une relique par la corporation des chaudronniers pendant plus de quatre siècles. Cette parure royale ornait les humbles funérailles de tous les chaudronniers, et rappelait ainsi à chaque génération l’amour de leur reine Hedwige. 11 existait encore en 1809; mais alors les Autrichiens, devenus maîtres de Cracovie, le firent fondre, pour eu retirer l’or mêlé à la soie '.

Une seule douleur affligeait la Pologne sous le sceptre de sa bien-aimée Hedwige et du souverain de Lithuanie : c’était de voir leur alliance rester sans fruit ; c’était de penser que cette tendre mère de la Pologne n’avait point d’enfants à qui elle pût léguer sou amour du pays et l’exemple de tant de vertus. Mais ù la fin de 1398 la reine devint enceinte. A cette heureuse nouvelle, une joie merveilleuse se répandit dans tout le royaume L Jagellon annonça la grossesse de sa femme à la plupart des rois et princes chrétiens, et surtout au pape Boniface IX, qui lui répondit par une lettre pleine d’affection,

‘ RenaeignemenU Mas, reçus de Cracovie.

* Univeraum regnuui, mira impletum iiilarilale, lætabatur au per iilcri reginalls fcecundilalem.

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OÙ il s’offrait pour être parrain de l’enfant à naître, et demandait au roi de lui imposer son nom de Boniface.Peude temps

avant que le terme d’IIedwige approchât, Jagellon fut oblige de quitter Cracovie pour présider à quehiue expédition. 11 lui écrivit pendant son absence de veiller à ce que tous les préparatifs pour son accouchement fussent accomplis avec la pompe convenable, et de faire bien garnir son lit et sa chambre de rideaux, de tentures et de draperies brodées en or, en perles et en pierres précieuses. Mais Iledwige lui répondit :

« Il y a longtemps que j’ai renoncé aux pompes du siècle; ce « n’est pas à l’article de la mort, où se trouve si souvent une « femme en couche, que je voudrais en user : ce n’est pas par « l’or et les bijoux que je veux me rendre agréable au Dieu « tout-puissant qui m’a délivrée de l’opprobre de la stérilité « pour me donner la grâce de la fécondité , mais bien plutôt « par l’humilité et la résignation'. » Le 12 juin 1399, cette dame presque sainte , dit Stryikowski , donna le jour à une fille, qui fut aussitôt baptisée dans la cathédrale de Cracovie, en présence du légat du pape, et reçut sur les fonts le nom d’Élisabeth, â jamais cher à la race de Hongrie, et celui de Bonifacia, d’après le pape son parrain. Mais à peine Iledwige eut-elle mis au monde cet enfant tant désiré, que son état devint très-dangereux. La petite Élisabeth mourut au bout de trois jours; on voulut cacher à la jeune mère ce malheur, de peur que cette nouvelle ne la fît empirer ; mais elle l’apprit au moment môme par une révélation intérieure, et l’annonça tout haut â ceux qui l’entouraient. Elle demanda bientôt les

' Sepompam sæculi duduiu abdicasse, etc... sed in huuiilUatia maiisueludine placcrc. Dlugusz, ICO, 2, p. iSI.

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derniers sacrements, qu’elle reçut avec la plus fervente piété. Elle prit congé de son mari avec tendresse, en lui conseillant de se remarier, et en lui indiquant, pour seconde femme, sa cousine Anne, comtesse de Cilley, qui avait des droits ù la couronne de Pologne Enlin, le 47 juillet, à midi, elle rendit le dernier soupir, pleine de bonnes œuvres et de mérites devant Dieu, et n’étant âgée que de vingt-huit ans.

Le légat du pape célébra ses obsèques ; elle fut enterrée dans la cathédrale de Cracovie, à gauche, devant le maîtreautel. L’amour du peuple et le souvenir de ses éclatantes vertus en firent bientôt une sainte’; des guérisons miraculeuses eurent lieu en grand nombre auprès de ses cendres; beaucoup de malheureux vinrent y chercher les consolations qu’elle leur donnait si volontiers pendant sa vie, et les y trouvèrent. Les historiens qui ont raconté sa vie ’ semblent avoir cru que la postérité reconnaissante ferait solennellement constater sa sainteté ; ils se sont trompés , mais sa mémoire n’en est pas moins restée éternellement chère et sacrée en Pologne. Après sa mort, le roi Jagellon se remaria trois fois successivement; mais il déclara toujours que c’était Hedwige qu’il avait le mieux aimée ; il garda toujours son anneau nuptial, et sur son propre lit de mort il le légua à l’évêque de Cracovie , qui lui avait sauvé la vie dans une ba-

* Bielski, I. c.

* Godescard lui donne même ce litre, t. X, p. 178.

’ Bielski, I. c. — Hujus devotissimæ benediclœque mulieris sanclilas apud DOS declarata et monstrala est... et apud Tulura sarcula declaraliilur. Dlugosz, p. 162.

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taille, comme son bien le plus précieux, et comme une exhortation perpétuelle à bien servir celte patrie qu’Hedwige avait tant aimée.

On grava sur sa tombe une épitaphe en vers latins , dont voici quelques fragments :

« Ici dort Hedwige, l’étoile de la Pologne.... Elle sut dompter son cœur par la raison, et se vaincre elle-même avec la force d’un géant. Elle était la colonne de l’Eglise , la richesse du clergé, la rosée des pauvres, l’honneur de la noblesse, la pieuse tutrice du peuple. Elle aima mieux être douce que puissante; elle n’eut pas une étincelle d’orgueil ni de colère.... Hélas! cette royale étoile s’est couchée ! elle a péri, la consolatrice des malheureux! elle a péri, notre daine, notre mère, notre espérance et notre confiance!. .. 0 Roi des cieux, reçois dans ton paradis cette reine des Polonais ’ ! »

' Sidiis Polouotnnii jacct hic Iledwigis...

( Scd more gigaiitis auiiuum ratiouc frenabat,

Se sibi ^bjicieu& : nota pupillia erat,

Dos cleri, ros miacria fuit, KcrlcMaque columna. (iralia uubilium, civium tutrix pia...

... Noluit e&se putens, maluit esae mitis.

Non ibi deliluit sttiutilia faslus et irœ ;

... Petit occasuu, heu, regiuale aidut !

Occubuit iuopum solanien et mUerurum »

Et mater et dumina, spesque fidesque simul.

O rex polorum, reginam bauc Poluoorum, Suscipe looandam in paradiso tuo !

LE CHA IEAL IIE WAI! IBOUllG.

(T. I , p. 35 i et suiv.)

Ce château, qui a servi de résidence à notre Sainte depuis sa (|uatriëme année jusqu’à sa vingt et unième, et qui,a été le théâtre de tant d’événements de notre récit , subsiste encore en partie ; et dans toute l’Allemagne il n’y en a peut-être pas de plus remarquable par la beauté de sa position et le grand nombre d’intéressants souvenirs qui s'y rattachent'. Il n’est point de voyageur qui ne soit frappé d’admiration en passant au pied de la montagne où est situé ce château , et qui domine la ville d’Eisenach et la grande route de Francfort à Leipzig et â Berlin. 11 est rare de rencontrer un paysage aussi pittoresque, une vue aussi étendue et plus attrayante que celle dont on jouit du haut de la Wartbourg : la végétation

■ Limperij, da« in jahre 1708 lebeude uud avhwcbende Eiaeuacli ; Thon’» ichio»» Warlburg ; Grimni'» Deutsche sagen, etc.

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des nombreuses forêts environnantes est surtout magnifique ; il n’y manque qu’une rivière ou un lac. Nous avons décrit dans notre texte les sites voisins qui rappellent le souvenir d’Élisabeth; il nous reste à rapporter ici quelques détails sur rhistoire de ce lieu lui-même, célèbre à plus d’un titre dans les annales d’Allemagne.

Le rocher à moitié garni de bois sur lequel est construit le château se divise en deux crêtes, dont l’une s’appelle Mittelstein, ou pierre du milieu, parce qu’on la regardait comme le point central de la jonction entre la Hesse , la Thuringe , la Franconie et les districts de Buchen et d’Elchsfeld. C’est sur l’autre que la Wartbourg fut fondée en 1067 par le fameux comte Louis de Thuringe, surnommé le Sauteur {der Springer], â cause du saut qu’il fit du haut de la tour de Giebichenstein jusque dans la Saale qui coule au pied de cette prison , pour échapper au supplice qui l’attendait. Diverses traditions s’attachent à cette fondation. Selon les uns, le comte découvrit cet endroit un jour qu’il était égaré â la chasse, et y attendit longtemps ses serviteurs ; pendant cette attente il en examina la position , et en fut si enchanté, qu’il résolut d’y bâtir un château, en lui donnant le nom de Wartberg ou ùurg (montagne ou château de l’attente). Selon d’autres, ta première fois qu’il gravit ce rocher, il fut tellement frappé de la beauté du site, qu’il s’écria â l’instant : « Attends, montagne, je ferai de toi un château » [Wart , berg, du sollst mir ein schloss werden ').

Ce château a servi de résidence principale aux landgrave.s

* Grirmn, 5GO.

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de Thuringe jusqu’en 1440. C’est là qu’eut lieu, en 1270, une scène touchante et célèbre. Le landgrave Albert le Méchant, fils de celui qui avait usurpé la Thuringe au détriment des enfants de sainte Élisabeth , avait pour femme Marguerite, fille de l’empereur Frédéric II, la dernière de l’illustre et malheureuse maison de llohenstauffen ; mais, livré à l’amour d’une concubine, il la prit bientôt en dégoût, et chargea enfin un ûnier de ses domestiques d’entrer de nuit dans sa chambre et de lui tordre le cou, afin qu’on pût croire le lendemain que le démon l’avait étranglée. Le pauvre ànier eut des scrupules, et s’étant introduit auprès du lit de la duchesse, il l’éveilla en lui demandant grâce : elle le prit d’abord pour un fou ou un ivrogne; mais il lui raconta la commission dont son mari l’avait chargé, en lui disant qu’il aimait mieux mourir avec elle que d’obéir. La duchesse, consternée, fit chercher son maître d’hôtel pour lui demander conseil ; celui-ci l’engagea à prendre la fuite sans délai , en abandonnant ses enfants. Elle voulut d’abord les voir; ils reposaient dans leurs berceaux ' : l’un avait trois ans et l’autre dix-huit mois ; elle s’assit à côté des berceaux , et pleura beaucoup. Le maître d’hôtel et ses filles d’honneur la pressaient de partir. Voyant qu’il ne pouvait en être autrement, elle prit l’aîné de ses fils, nommé Frédéric, entre ses bras , le couvrit de baisers et de larmes, et finit, dans l’angoisse et l’amertume de son cœur maternel, par le mordre sur la joue jusqu’au sang. Elle voulut ensuite prendre sou autre fils, mais le maître d’hôtel le lui ôta des mains , en disant : « Les voulez-vous donc tuer, ces en-

‘ Selon Rothe, p. 17 44, uj das gemolle huez bij dente torme : nous ne saurions indiquer à quelle parlie de rédifice aeluel s’applique cette désignation.

« fants? » « Je l’ai mordu, » répondit-elle, « afin que lorsqu’il « sera grand il pense à mon angoisse et à cet adieu » Puis elle se fit descendre par une corde d’une des fenêtres de la salle des chevaliers, avec l’ânier et deu.x de ses femmes ; elle marcha toute la nuit, et se réfugia chez l’abbé de Ilersfeld, d’où elle alla mourir de chagrin à Francfort , l’année suivante.

Lejeune Frédéric conserva toute sa vie la cicatrice de la morsure de sa mère, ce qui le fit surnommer Frédéric le Mordu ’. Il fut l’implacable ennemi de son père, et vengea sur lui les injures de sa malheureuse mère. — Pendant le cours de la guerre qui eut lieu entre le père et le fils, Frédéric, (|ui s’était emparé de la Wartbourg, y fut assiégé et étroitement bloqué par les troupes du roi des Romains et les bourgeois d’Eisenach. Sa jeune femme Élisabeth, (|u’il avait enlevée des mains de son père, venait de donner le jour à une petite fdle; il n’y avait plus de vivres ; le prince se décida à sortir de nuit du château avec sa femme, sa fille, lanourrice et dix hommes d’escorte. Il eut beau dissimuler sa marche et s’enfoncer dans la forêt, les gens d’Eisenach s’en aperçurent, et se mirent à le poursuivre. Comme il hâtait le pas, la petite nouvelle-née commença â crier beaucoup. Le prince dit â la nourrice de la faire taire; mais elle répondit : « Monseigneur, « elle ne se taira qu’en tétant ^ » Frédéric fit aussitôt faire balte, et dit ; « Je ne veux pas que cette poursuite empêche

' U Wollt ilir (lie Kinder uinLrin;,'en ? . — • Icli liab ilni ^'ebissen , wan er grosa wird, da» er an ineinen Jaiimicr und dieses Seheiduii gedeiikl. » Ibid. ’ Mit deiu Biss, oder mil dem gebiaacneo Backeii.

* Il Hcrre ea awigit niehl, ea geanga (iaime. « Itolbe, p. iTfiT.

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f ma-fille de se nourrir, dût-il m’en coûter toute la Thuringe. » Et il resla immobile, la lance au poing, attendant les ennemis, qui étaient si proches, qu’on entendait les pas de leurs chevaux. Quand la petite eut fini de teter, il reprit sa course, et arriva heureusement en lieu sûr.

En 1317, une grande partie du château fut consumée parle feu du ciel. — En 1331, le landgrave Frédéric le Sérieux, et sa femme Mathilde de Misnie, fondèrent un couvent de Franciscains en l’honneur delà chère sainte Élisabeth , à la porte même du château, sur la descente qui conduit à Eisenach. En 1440, la Thuringe fut réunie à la Saxe, et la Wartbourg cessa d’être une résidence souveraine, si ce n’est par intervalles. On connaît l’histoire delà captivité simulée de Luther dans ee château. On y voit la chambre où il logeait , où le diable vint le tenter, et se fit jeter à la tête par le fougueux réformateur une bouteille d’encre, qui alla se briser contre la muraille en faisant une large taclie que l’on entretient soigneusement.

Aujourd’hui, il ne reste guère de cette vénérable et célèbre résidence, telle qu’elle était du temps de sainte Élisabeth, que le Landgrafenhaus , vaste bâtiment â l’extrémité sud-est de la cour intérieure , et conslruil à plomb sur le bord du rocher ; encore le toit, la distribution intérieure et les fenêtres en sont modernes. La chapelle et la Ihiteisaal, ou salle des chevaliers, sont seules du douzième ou treizième siècle. On ne peut qu’admirer les arcades élégantes partagées par des colonnettes accouplées, avec des chapiteaux très-variés, dans la grànde salle. La chapelle a deux belles croisées à plein cintre, et un assez bon bas -relief du quinzième

(Euvret, YUt. ^ Saiate (liftabetb. 11. 15

siècle. On y voit , à côté de la chaire où prêcha Luthej’, uu détestable tableau dans le goût moderne, qui est censé représenter la Sainte pratiquant les œuvres de miséricorde, et entre autres sujets le miracle des roses. En 1708, on montrait encore une chambre que le savant Paulini croyait avoir été réellement celle de la duchesse ' ; mais elle a disparu dans les réparations et les reconstructions subséquentes. 11 n’y a plus aujourd’hui qu’un prétendu lit de sainte Élisabeth, qui a été renouvelé vingt fois au moins, mais dont on emporte toujours des morceaux, comme préservatif contre le mal de dents.

Ce sont là les seuls vestiges matériels qui restent de notre chère Sainte à la Wartbourg, de nos jours ; mais on retrouve à chaque pas son souvenir, au milieu des roses qui y sont plantées en abondance, comme en mémoire de son miracle : en parcourant ces lieux charmants , on sent qu ils étaient dignes, au moins par Icui* beauté , d être habites et sanctifiés par elle, et sa douce et céleste image semble s’y revêtir, dans l’âme du pèlerin, d’un attrait de plus’.

• Annal. Isenacen*. 101)8, p. 42.

* Depuis <1115 ces pages onl Hé publiées, en 1830, le grand-duc de Saxe- Weimar, souverain du pavs d'Eisenacli, a fait restaurer le château de Wartbourg avec autant de goût que de respect pour les souvenirs de sa sainte aïeule : il l’a fait surtout décorer par un peiulre tout à fait distingué , M. Maurice de Scliwind, de fresques où se trouvent reproduits les principaux traits de la vie de sainte Elisabeth , et qui niérilent de eompler parmi les meilleures production.s de l’art religieux coutciuporaiii. 11 faul surtout signaler les deux compositions qui représentent les .Adieux du duc Louis et de la Sainte, cl la mort de celle-ci dans sa cliaumicrc â Marbourg.

KftVltL\TlON FAITK PAR LA SAINÏK VIKRGl': A SAIM K ÉUA.aukiH. Tirée des Mse. des Bollandistes à Bni\elics.

Qunnmio heata Virtjn Maria proposait servnrc virginitatem ctirn esset in templo.

Semel vero dura stans cogitarem quod nunquani ab t o vellem discedere, surrexi et ivi ad legendum , desiderio iiiveniendi aliquid quod animam meam confortaret , cumque librutn aperuissem, occurrit milii illud Isaiæ : « Ecce virgo concipiet. » Ex quo dura intellexi quod filius Dei virginem debebat eligere de qua debebat originem trahere, statini proposai in corde meo, ob illius virgiiiis reverentiam et gratiam, virginitatem servare et me sibi tradere ancillam et ei sen irc,

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et nunquain ab ea recedcre etiamsi expediret per totum mundum peregrinari cum ipsa. Nocte vero quadam , ad orationem devote prostrata, affectuosissime Dominum deprecata sum, ut mihi digiiaretur tanto terapore vitam præstare quod ipsam virginem viderem oculis meis , sibi servirem manibus et caput meum ad suam reverentiam inclinarem , et ad ejus obse(juia [totaliter me conferrem. Et ecce quidam splendor clarior sole, et de splendoris medio audivi vocem dicentem mihi : « Præpara te ad pariendum filium meum. » Et adjunxit certissime : « Scias quod ilia subjectio, quam, mei amore, alteri vis facere, volo quod ab aliis tibi liât, et volo, quod sis filii mei Mater, Domina et Dominatrix, ut ipsum non soluin habeas , sed omnibus quibus tibi placuerit ilium præstare possis. Nec meam gratiam, nec meum habebit ainorem , ncc filii mei, qui te non amaverit, et qui te filii mei matrem confessus non fuerit, in regnum meum non intrabit.

« Tu, inquit, petisti a me ut gratiosam te reddam illi virgini quæ eum genuerit, ut de te tantum confidat quod meum filium tibi præstet , et de te ipso tuus impleatur affectus ; et ego dico tibi quod ipsam liabebis, et a me non ab alio donabitur tibi, et qui tuam gratiam non postulaverit, a fîlio et de filio consolationem habere non poterit. » Ilis auditis , præ timoré examinis affecta, in faciem corruens meipsam sustinere non potui, sed angeli tune venerunt et levaverunt et coiifortaverunt me; ex tune divinis laudibus me totaliter dedi, ita quod Deum laudare et sibi gratias reddere satiari non poteram die ac nocte. Et expectans certissime divinæ promissioniseffectum, rogabam Deum Patrem instantissime, diceiis : « Supplice, misericordissime Pater, clementissime et be-

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nignissime , ex quo tibi placet quod debeam filium tuum parère; supplice, inquam, ut mihi donare digneris spiritum sapientiæ, quo instructa sciam ei servire secundum voluntatem suam; donum intellectus quo illustrata valeam percipere voluntatem suam, quia si humano more nascetur, scio quod slatim loquetur; donum consilii quo informata sciam omnia consulte et discrète agerecirca eum; donum fortitudinis, quo roborata débité et reverenter valeam porlare divinitatem suam ; donum scientiæ , quo erudita sciam omnes prudenter instruere quicumque ab eo habuerint aliquid facere; donum pietatis, quo ordinata sciam compati humanitati suæ et ei in omnibus subvenire ; donum timoris, quo humiliata ei cum timoré et amore et débita reverentia serviam. » Ista sunt quæ petebam a Deo Pâtre antequam mihi donaret filium suum : considéra ergo salutationem meam mihi missam a Deo et ab angelo allatam , et invenies omnes petitiones meas impletas.

Ita faciebat mihi, nam mens mea desiderio concipiebat filium Dei, spiritus meus succeudebatur habendi ipsum, ex desiderio anima tota pinguefiebat et satiebatur immensa dulcedine , quia voluntatis magnitudine videbatur mihi jam ipsum habere. Sed lingua carnis tantum vigorem habere non poterat quod valeret voce manifestare interiorem ardorem , propterea solum exteriores sensus rogabam conservari et ordinari ad obsequiopi virginis repromissa'. Sed Deus videns interiorem ardorem, et cernens exteriorem humilitatem, tempore sibi placito Gabrielem mihi archangelum destinavit, qui nnihi proraissiones a Deo mihi missas detulit , salutatione præmissa, secundum quod Evangelium manifestât. Ego vero

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quid feci? profunda devotioiie genullexi et junctis manibus dixi : « Ecce ancilla Domini; fiat mihi secundum verbum tuuin. » Tune donavitinihi Deus filium suum et septem dona Sp iritus sancti. Et scis quaie hoc fecit? quia sibi credidi et meipsain hurailiavi.

LU .\|4)M ASIÈK1:: i>K nSViNHAK I SBKL'iN.N . (T. I, p. 422.)

C« monastère, qui renfermait la sépulture des souverains de Thuringe, fut fondé, comme le château de Wartbourg qui était leur résidence habituelle, par le même comte Louis, dit fe Sattiem\ Ce prince, égaré par l'amour que lui avait inspiré la beauté extraordinaire d’Adélaïde, femme du comte palatin Frédéric, avait tué celui-ci dans une dispute à la chasse, et avait ensuite épousé sa veuve. Après vingt ans d’union, la miséricorde divine, qui veut le salut de tous, dit la chronique , et ne souffre pas volontiers que quiconque se perde , toucha le cœur d’Adélaïde. Elle conçut de grands remords, et voulut les faire partager à son mari. Le vendredi saint de l’année 1083, elle le pria de dîner avec elle; et comme ils étaient tous deux à table, elle fit servir beaucoup de viande rôtie et bouillie , du gibier et d’autres mets gras : le comte ,

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très-scandalisé, lui demanda ce quelle voulait dire, et si elle ne savait pas qu’il ne convenait à aucun chrétien de manger de la chair le jour où son Créateur et Rédempteur était mort sur la croix pour le sauver? « Ah! dit Adélaïde, si cela ne « nous convient pas, que dirons-nous donc au bon Dieu pour « nous excuser de n’avoir rien fait pour mériter sa miséri- « corde, et d’avoir laissé nos péchés grandir jusqu’au ciel, « sans l’ombre de repentir ni de douleur, comme en ont les « autres pieux chrétiens? » Louis, profondément touché, baissa la tête et commença à pleurer amèrement ; sa conversion était faite*. Dès le lendemain, il envoya chercher son ami intime, l’évêque d’Halberstadt, et lui demanda le moyen de mettre sa conscience en bon ordre. D’après son avis, il alla avec sa femme à Rome demander au pape l’absolution de leurs péchés. Le pape lui imposa pour pénitence de renoncer au monde, et de se retirer dans un monastère qu’il bâtirait en l’honneur de la compassion de Notre-Dame et de saint Jean, lorsqu’ils se tinrent ensemble sous la croix au Calvaire De retour en Thuringe , Louis remit la seigneurie entre les mains de son fils, et lui abandonna tous ses États, excepté le seul château de Schauenbourg. Un jour qu’il chevauchait de ce château à la Wartbourg, il vit un potier, nommé Reinhart, assis et travaillant près d’une fontaine très-abondante. Ce potier et quelques paysans de Fricherode qui se trouvaient là dirent au comte qu’ils voyaient, chaque nuit, deux belles lumières brûler près de cette fontaine, l’une au lieu où a été

' Rothc, p. 1677.

* In unser lieb Frau und S. Johanns minne, der mit ihr unterm Kreute atand am Blillen Freitage. Grimm. 549.

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bâtie depuis l’église, et l’autre sur le site de la chapelle Saint-Jean. Louis fut étonné, et, se souvenant de son vœu, crut que Dieu lui désignait ainsi le lieu où il devait bâtir son monastère; il se mit aussitôt à l’œuvre, toujours de l’avis de son bon ami l’évêque d’Halberstadt, et quand le monastère fut achevé, il lui donna le nom de Reynhartsbrunn , en souvenir du potier de la fontaine. Il y passa le reste de ses jours dans la pénitence, et y fut enterré, ainsi que tous ses descendants, jusqu’à la séparation de la Hesse et de la Thuringe.

L’abbaye de Reynhartsbrunn joue un grand rôle dans toute la suite de l’histoire de Thuringe : ses abbés paraissent toujours avoir été des personnages très-importants dans le pays : nous avons vu quelle était la sollicitude et l’affection du mari d’Élisabeth pour ce lieu sacré. Les religieux ne trouvèrent pas dans tous ses successeurs des protecteurs aussi zélés ; ils eurent beaucoup à souffrir de la part des seigneurs voisins , et même de celle de l’archevêque de Mayence, métropolitain de la province. Enfin le monastère fut incendié dans l’affreuse révolte des paysans de 1523, et ne fut jamais rétabli, grâce à l’introduction de la réforme. Les ducs de Saxe-Gotha, l’ayant sécularisé, y construisirent une sorte de château, que le duc actuel vient de faire rétablir dans la forme d’un ancien manoir gothique, avec assez de goût, mais un peu trop d’ornements'. Il ne reste des anciennes constructions qu’un très-bon bas-relief du quinzième siècle, qui représente le Crucifiement, sur la porte d’une des cours ; et des pierres sépulcrales recouvertes des statues d’autant de souverains de la maisor

‘ L’architecte qui a accompli cette restauration s'appelle Eberhaj il.

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de Thuringe, savoir ; de Louis I le Barbu (f 1036), Louis II le Sauteur (f 1096), Louis III, premier duc ou landgrave (7 11 19), Louis IV le Ferré (f 1168), Louis V le Doux, avec la coquille de pèlerin, parce qu’il mourut à la croisade (1191), Louis VI le Saint, mari d’Elisabeth, et enfin le jeune Hermann, leur fils et le dernier mûle de sa race. Le caractère de ces monuments semble assez contemporain de ceux qu’ils représentent; cependant on a élevé des doutes graves sur leur authenticité; on les croit refaits de souvenir par un moine, après un incendie qui aurait détruit les anciennes tombes, et dont parle Théodoric comme étant arrivé peu avant la composition de son ouvrage. Notre duc Louis est qualifié dans son épitaphe de maritus beatœ Elisabethœ , ce qui indique une construction postérieure au moins de quelques années à sa mort.

Dans la chapelle , qui est toute moderne , on voit un crucifix ancien et beau, venant d’une vieille chapelle de Saint- Jean, située à une lieue du monastère, sur l’emplacement d’une église fondée par saint Boniface, et où un grand candélabre en pierre, au milieu des bois, rappelle le souvenir du grand apôtre de la Germanie.

Du reste, quoiqu’on ne trouve presque plus rien du monastère où l’époux bien-aimé d’Élisabeth et elle-même se sont si souvent rendus, il reste toujours la position vraiment délicieuse de cet ancien édifice , dans un vallon à trois lieues de Gotha, un de ces beaux vallons que la main de Dieu semble avoir formés exprès pour servir de retraite à ses serviteurs. D'épaisses et antiques forêts garnissent les flancs des hauteurs qui forment le ravin au fond duquel s’élevait le monas-

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tère : un heureux mélange de bois, de prairies et d’eaux vives anime le paysage, où règne un aspect retiré, paisible et hospitalier, parfaitement d’accord avec les souvenirs qui s’y rattachent. Du moins, à nos yeux prévenus, ce lieu a semblé, plus qu’aucun autre, empreint du charme suave et pur que le temps n’a pu effacer de tout ce que la chère sainte Élisabeth a marqué de son empreinte.

ACTKS KMAMÉS DU SAINT-SIÈGE RELATIVEMENT A LA CANOMS/. I ON DE SAINTE ÉLISABETH.

RÉPONSE DU PAPE GRÉGOIRE IX A LA PREMIÈRE LETTRE DE MAITRE CONRAD DE MARBOURG'.

Kx Mtorique, Annal. Cistcrcens. ad ann. liSt^ p. 437.

Saue cum lætitia dulcium lacrymarum concursibus comitatu, dilecti fili Conrade, ex litteris tuæ devotioiiis accepimus ; quod ille artifex gloriosus, qui tcrram in aurum et aquam alterat in crystalluni, claræ memoriæ ancillam suam Elisabetliain, quondam carissimam in Christo filiam nostram, landgraviain Thuringiæ , jure naturæ fragilem et labilem ,

' Vovez plus haut. p. 83 du texte de ce 11* volume.

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demum dono gratiæ in cultu divini numinis stabiletn et robustam, ac tamen mundanæ miseriæ compedibus expeditam, agrégat collegio supemorum gloriam concessæ beatitudinis signis exprimées gloriosis. Nam circa sepulcrum ejus et locis aliis per invocationem sui nominis et devotionis siiiceræ suffragia, vita mortuis, lumen cæcis, auditus surdis, verbum mutis, etgressus claudis, cœlesti dextraconferuntur'. Verum etsi per virtutum insignia, quibus olim jam dicta landgravia extitit multipliciter insignita, seu per famosa miracula, quibus ejus sancta rutilare dicitur sepultura, cœlestis sponsi vocibus esse de sanctorum numéro debent affîrmari ; tamen quia mentibus ambiguis subito rei veritas non clarescit, et repentinus non solet miraculorum relatibus quorumdam spiritus exaltare, eo quod omne rutilum auri nomen non impetrat, nec ebur quodlibet nivem imitatur ; nos quod Providentia preambula decet fcstinos in certis et lentos in dubiis inveiiiri, dissertationi vestræ, de qua plenam in Deo fiduciam obtinemus, per apostolica scripta mandamus, quatenus provide attendentes quod lux vera , sanctissimus Dominus Jésus Christus, signis publiais et prodigiis evidentibus trepidaiitia discipulorum pectora roboravit, mentes eorum dubias de resurrectionis admiranda gloria expressæ certitudinis clarificaus fulcimeiitis, vitam et conversationem landgraviæ memoratæ, quibus Domino et liominibus nascitur placuisse, nec non miracula quæ, auctore Domino, de sui corporis sanctitate proceduiit, habitæ præ oculis sola divina reverentia ma-

' D’ici à la fin de la lettre, le pontife répète presque textuellement le tiref publié pour l’examen des miracles de saint Dominique. Voyez Benedicl. .\iv Opéra, I. i, p. 42.

APPKNDICE.

jestatis, per lestes idoneos studeatis inquirere cauta diligentia et sollicitudine vigilanli, quæ in scriptis redacta, sub sigillis vestris lideliter conservatis, ilia nobis posteaquam mandatum receperitis, per fideles nuntios et solemnes transmissuri.

Datum An.'ifçniiP H idus octob. anno VI.

Sl'PlM.ÉMENT A LA LETTRE PRÉCÉDENTE.

Kx Waddiiig , I* H , p. 606.

Ut sériés testùnonii et verba testium de miraculis E. landyravice redigantur in seriptis. (Reg. Vatic. Epist. 124.)

Testes legitimi qui super vita, conversatione , ac miraculis quondam E. landgraviæTburingiæ sunt recipiendi prius ab eis præstito juramento, diligenter exaininentur et interrogentur de omnibus quæ dixerint, quomodo sciunt, quo tempore, quo mense, quo die, quibus præsentibus, quo loco, ad cujus invocationem, et quibus verbis interpositis, et de nominibus illorum , circa quos miracula facta dicuntur , et si eos ante coguoscebant , et quot dies ante videront eos infirmos, et quanto tempore fuerunt infirmi , et de qua civitate sunt oriundi ; et interrogentur de omnibus circumslanliis diligenter ; et circa singula capita fiant , ut expedit , quæstiones

uo

APPLNülOE.

prærnissæ. Et séries testiinonii et verba teslium fidiîliler redi gantur iii seriptis.

Anno Clidsll MCeXXXllI. OreKorii IX poiilir. anno VII.

LmiiE DU PAPE POUR ORDONNER UN SECOND EXAMEN'.

Tl Waddiiig, t. !, p. 30*i.

Gregohus, etc. — Episco/jo Ildesemensi, de valle Sancti- Georgii , et Ilcrvordensi ulbalibus Moguntinæ diœcesis.

Ne possiinus argui si lucernam dignam super candelabrura collocari, detineri sub modio patiamur, præsertiin cum evidentibus indiciis de cœlo noscatur emittere multæ radios claritatis, discretionem vestram per apostolica scripta in virtute obedieiitiæ præcipiendo mandatnus, quatenus inquisilionem , quam de tniraculis beatæ recordationis Elisabethæ landgraviæ Thuringiæ per venerabilein fratrem nostrum archiepiscopum Moguntinum , et bonæ mémorisé magistrum Conradum de Marpurcli , fieri mandavimus, nobis per solemnes iiuncios quorum committi meritis tanti excellentia negotii debeatur ad nostram præsentiam , infra quinque menses post susceptionem præsentium destinetis. Verum si præfata inquisitio forte præ manibus non habetur, vos ha-

bentes præ oculis divinæ reverentiam majestatis , testes eosdem , quos dicti archiepiscopus et magister super ipsius Elisabethæ miraculis recepcrunt, aut alios si habere poteritis fide dignos, advocatis ad hoc viris prudentibus et in jure peritis, examinantes qua convenit sollicitudine diligenti, dicta eorum, et seriem testimonii de verbo ad verbum in scriptis fideliter redigi faciatis ; quæ, ut instruamur de dono gratiæ, quam circa gratitudinis filiam videtur virtutum Dominus effudisse, sub vestris ac prælatorum, nec non religiosorum virorum sigillis infra dictorum mensium spatium , Omni occasione postposita, nobis mittere procuratis. Quod si non omnes, etc.; Tu fr., episcope cum eorum altero, etc.

Datum Perusii, V Idns ocloliris, pontiflcalus nosiri atino VIII.

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