‹ Œuvres de M. le comte de MontalembertChapitre 32 sur 32 · IX. Monuments de sainte Élisabeth · texte numérisé non relu

IX. Monuments de sainte Élisabeth

S I. Reliques de la Sainte et objets qui lui ont appartenu 308

S U. Églises et fondations religieuses 312

TABLE DES MATIERES

$ III. Monuments de peinture 323

$ IV. Monuments de sculpture 331

$ V. Numismatique 333

Notice sur l’église de Sainte-Élisabeth à Kaschau en Hongrie 33,“>

SAINT ANSELME. (Fragment d’histoire monastique.) 345

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Paru. ~ Imprimerie 4e P. «A. BOübdibb et O*, me Macerme 30.

SAINT ANSELME

Sans doute, l'influence de la couronne sur les élections resta prépondérante, même après l’abandon des investitures; mais il était impossible que cet abandon même ne rendit à la fois aux chapitres et aux monastères le sentiment de leur droit, et aux rois la conscience de leur terrible responsabilité

Anselme ne survécut que peu de temps au concile de Londres. 11 consacra le reste de sa vie à guérir les plaies faites au pays pendant la lutte de l’Église et de la couronne. Il s’associa aux mesures prises par le roi pour réprimer les aux monnayeurs ainsi que les odieuses oppressions dont les serviteurs royaux accablaient le peuple, et le roi l’appuya énergiquement dans ses résolutions pour la réforme de la discipline, le rétablissement du célibat et le maintien des droits de la primatie de Cantorbéry sur la métropole d’York *. Pendant ses absences d’Angleterre, Henri conflait à Anselme le gouvernement du royaume et de sa famille Par une de ses dernières lettres, l’archevêque prévenait le pape Pascal que Henri se plaignait de ne pas le voir excommunier le roi d’Allemagne au sujet des investitures encore maintenues dans l’Empire , et l’exhortait à ne pas détruire d’un côté ce

* U Id personls cligendia nullatenns propria utitur voluniate , sed religiosorum ae penitus committit conailio, » écrivait Anselme au Pape, en 1108. Ep. III, 181. Rex, antecessorum auorum usu reliclo, ncc personas qus in regimen Ecclcsiarum sumebantur per ae elegit, nec, etc. Eadm., Vit. Ans., 25. Electionea prælatorum omnibus collcgiis libéré concessit. Petr. Blesens. , in contin. Ingulphi, p. 126. — M. Franck et même le docteur Lingard prétendent qu’il n'j eut aucun changement essentiel ; le Briiish Critic a victorieusement réfuté celte assertion, t. XXXll , p. 122-126. Noua renvoyons une dernière fois à ce recueil puseyiate comme à la meilleure appréciation que nous connaissions des résultats de cette lutte.

* Eadm., 78 à 84.

» Ep. IV, 93.

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SAINT ANSELME

qu’il avait édifié de l’autre'. Son fidèle ami, Gondulfe de Rochester, le précéda dans la tombe ; Anselme célébra ses obsèques Atteint depuis plusieurs années par des maladies fréquentes et très-rudes, mais n’en persévérant pas moins dans la pratique de l’oraison et de ses anciennes austérités, il tomba graduellement dans un affaissement complet, et au commencement de la semaine sainte de l’an H 09 il fut à toute extrémité. Les rois du moyen âge avaient coutume de tenir cour plénière à Pâques, et d’y présider la couronne en tête. Le matin du jour des Rameaux un moine lui dit : « Père, il nous semble que vous allez quitter le siècle pour « aller à la cour de Pâques de votre Seigneur — Je le veux « bien, » dit-il ; « cependant je serais reconnaissant s’il voûte lait bien me laisser encore parmi vous assez longtemps « pour terminer un travail que je roule dans mon esprit sur « l’origine de l’âme *. » Lorsque l’agonie vint, on l’enveloppa d’un cilice et on le coucha sur la cendre. Il rendit le dernier soupir au milieu de ses moines, le mercredi saint, 21 avril 1109, à l’âge de soixante-treize ans.

Ce dernier vœu , ce regret de ne pouvoir finir une étude philosophique, achève de peindre cette grande et sainte âme.

* Ideo minatur aine dubio sc resumpturum suaa investiluras quoniam ille auaa tenet in pace... Rex euiin noater diligenter inquirit quod de illo rege l'acitia. Ep. III , 182.

* Ut monachua, non ut epiacopua mort eupiena, in domum inflrmorum ae deferri juaait, ut inter moiiachorum nianua apirituin redderet, Mabillon, I. 7 1 , c. 69.

’ Domine pater... ad paachalem Domini tui curiam, relicto sæculo, vadia, Eadm., 25.

* Veruui ai malict me adbue inter voa saltem tam diu manere , donec quœationem tiuam de animæ origine mente revolvo abaoivere poasem, gratiosus acciperem , eo quod neacio utrum aliquia eam, me defuneto, ait abaoluturua.

SAINT ANSELME

On ne voit pas dans l’hisloire un autre exemple d’un homme mêlé à des luttes aussi terribles, et en même temps aussi fidèlement dévoué à des spéculations métaphysiques, qui semblent exiger le repos et l’uniformité de la vie extérieure *. Mais, au milieu de ses combats, il menait de front ses recherches de théologie et de philosophie avec des relations de correspondance immensément étendues. La droiture et la simplicité de son âme doublaient les forces de son intelligence. Son cœur était aussi vaste que son génie. Sa sollicitude pour le bien des âmes individuelles ne le cédait en rien à son zèle pour les grands intérêts de l’Église entière. Au plus fort de ses tribulations, il dirigeait avec une attention scrupuleuse la conduite de sa sœur, de son beau-frère, de son neveu, qu’il eut le bonheur de gagner à la vie religieuse Mais, avec cette fraternité véritable dont son époque possédait si bien le secret, il ne se renfermait ni dans la sphère de sa famille ni dans celle de son Église particulière. Il gouvernait la conscience de beaucoup de femmes pieuses, de moines, d’étrangers^. Il écrivait tantôt à l’archevêque de Lund, en Danemark , pour l’éclairer sur des points de discipline ^ ; tantôt à l’évêque de Saint-Jacques en Galice , pour lui promettre ses prières contre les Sarrasins ^ ; tantôt à l’évêque de Naumbourg en Allemagne, pour lui reprocher de suivre, contre le Saint-Siège , le parti du successeur de Néron et de

* Depuis son retour d’exil, il avait composé son traité sur l'accord du libre arbitre avec la grâce, la prescience divine et la prédestination.

* Voir ses lettres touchantes à sa famille. Ep. 111 , 63, 66, 67, etc.

* Voyez Epist. passim, surtout 1. 111, 133, 137, 138. Dans celte dernière on trouve cette belle pensée : Vila praesens via est. Nam quamdiu homo vivil, non facit nisi ire ; semper enim aut ascendil aut descendit : aut ascendit in cœlum, aut descendit in infernum.

* Ep. IV, 90, et suppl. Ep. X, ed. Gerberon.

‘ Ep. IV, 19.

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SAINT ANSELME

Julien l’Aposlat Il intervenait auprès des rois d’Irlande et d’Écosse dans l’intérêt du droit et des mœurs D’un côté, il envoyait à la grande comtesse Mathilde des oraisons et des méditations ’ ; de l’autre, il guidait les pas de la comtesse Ida de Boulogne dans la voie de la sainteté, et la contemplait chaque jour dans sa mémoire *. Au nord, il recommandait au comte des îles Orcades le soin des âmes de ses sujets * ; au midi, il prêchait au marquis Humbert le respect des droits maternels de l’Église Il félicitait le comte Robert de Flandre d’avoir renoncé spontanément aux investitures, et de s’être ainsi mis à part de ceux qui , désobéissant au vicaire de Pierre, ne pouvaient compter dans te troupeau que Dieu lui avait confié. « Que ceux-là cherchent, dit-il, quelque autre porte du ciel ; car ils n’entreront certainemen pas par celle dont saint Pierre tient les clefs’. » Puis, saluant de loin la nouvelle royauté chrétienne qui s’élevait près du Saint -Sépulcre affranchi, sa prévoyante franchise portait, à travers les mers , au roi Baudouin de Jérusalem, ces immortels enseignements : « Dieu n’ai.me rien plus au

MONDE QUE LA LIBERTÉ DE SON ÉgLISE. Il NE VEUT PAS d’uNE

‘ Ep. III , l■')4, en lui cnvojaul une consultation sur les différences entre l’Eglise romaine et l’Eglise grecque. Cet évêque de Naumbourg est le même Valeran dont nous avons cité ailleurs le plaidoyer impérialiste adressé au comte Louis de Thuringe. 11 se convertit et devint secrétaire du collège des cardinaux ; il en fit part ü Anselme , qui le félicita en lui envoyant un second opuscule.

* Ep. 111 , 132, 1 42, 1 47.

s Ep. IV, 37.

* Cliarlssima, vos salutat mea eplstola, sed quotldie vos aspicit mea meiiioria. Ep.lll, 56. Voyez en outre 1. 11 , 24-27 ;!. 111,18,56.

» Ep. IV, 92.

« Ep. III, 65.

’’ Quærat igitur ille alias regni cœlorum portas, quia per illas non intrabit quarum claves Petrus apostolus portât. Ep. IV, 13.

SAINT AMSELHE. U3

SERVANTE POüR ÉpoüSE ‘ . » C’était là comme la devise de celui qui fut regardé, pendant sa vie, comme la fleur des honnêtes gens et le héros de Dieu Tel fut saint Anselme, archevêque de Canlorbéry au commencement du douzième siècle. Soixante ans après, ce fut le tour de saint Thomas le Martyr.

* Nihil magia diligit Deua in hoc mundo quam liberUlem Ecclesis auc... Uberam tuU eaae Deua aponaam auam, non ancillam. Ep. IV, 9.

* Floa honorum... heroa aacer. Ord. Vit., i. XI, 839.

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