‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 22 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TOTAGE DU PRINCE A ROXE.

M^ le duc de Berry débarqua à Naples, et de là se rendit i Rome. Il fût singulièrement frappé de la variété des personnages qu'il rencontra sur les chemins de l'Italie : des Anglois et des

' J5 septembre 1800.

Rosses voyageoient à grands frais dans d'élégantes voitures, avec tous les usages et tous les préjugés de leur pays ; une famille italienne cheminoit avec économie dans un chariot du temps de Léon X ; un moine à pied tratnoit par la bride sa mule chargée de reliques-, des paysans conduisoient des charrettes attelées de grands bœufs blancs , et portant une petite image de la Vierge élevée sur le timon, au bout d'une gaule recourbée-, des femmes en jupon court , en corset ouvert , la tête voilée comme des madones , ou les cheveux bizarrement tressés , insuUoient le prince en riant , et des pèlerins appuyés sur un long bâton le regardoient passer. Tout cela sur les grands pavés de la voie Appienne, qui conservent encore les traces des roues du char d'Agrippine , sur les chemins de Tibur , où l'ermitage de Saint- Antoine de Padoue s'est écroulé à son tour dans les ruines de la maison d'Horace»

Le cardinal de Remis n'existoit plus quand M^ le duc de Berry arriva à Rome. Il ne pouvoit plus offrir à un prince fugitif cette hospitalité digne des jours d'Évandro , qu'il exerga envers les nobles dames dont l'auteur de cet ouvrage honora les cendres à Trieste : notre destinée est de pleurer sur le tombeau des Bourbons. Nous ne sommes pas Tacite -, mais nous écrivons la vie d'un homme fort au-dessus d'Agricola , et nous avons encore sur l'historien romain l'avantage de n'avoir pas attendu le règne des bons princes pour rendre hommage à la vertu malheureuse.

La veuve des rois, des consuls et des empereurs, étoit aussi veuve de pontifes lorsque VL^ le duc de Berry vint l'admirer dans sa solitude : Pie Yl étoit mort à Yalence le 29 août 1799 , et Pie VII, élu à Venise le 14 mars 1800, n'étoit pas encore arrivé. Le dernier souverain de la Rome chrétienne avoit été aussi noble dans ses disgrâces que les derniers princes de la Rome paîeime avoient été vils dans leurs malheurs. Pie VI , et après lui Pie VII , soutinrent dans les fers la grandeur de la ville éternelle , et se montrèrent les dignes chefs de l'étemelle religion.

Page 1