‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 23 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

SUITE DU PRBCKDENT. MONSEIGNEUR LE DUC DE BBRRT QUITTE ROME POUR RETOURHBR

A L*AR!IIÉE.

Le séjour de l'Italie réveilla dans le jeune prince le goût des arts ; il se livra à l'étude de la peinture et de la musique. Beaucoup d'instruments lui étoient famibers ^ il en jouoit avec goût. Il chan-

toit bien ; il dessînoit agréablement, surtout les scènes militaires : il seconnoissoit en tableaux mieux que les hommes les plus exercés.

u Je suis dans l'admiration de Rome , » écrivoit-il à M. le comte de Chasteilux. Le prince aimoit par caractère la vie libre et débarrassée de toute gène que l'on mène en Italie. Rome , par un privilège qui semble attaché à son origine , est encore le pays de l'indépendance personnelle : c'est le lieu de toutes les existences isolées , l'asile de tous les hommes las du monde ou jouets de la fortune. Souffrez- vous le jour , vous pouvez comparer vos malheurs à ceux que tant de monuments rappellent, et vous trouvez vos peines légères ; la nuit , vous oubliez ces peines sous un ciel enchanté , au milieu de tous les plaisirs. Un prince de la race des Radegaise et des Alaric , le dernier héritier d'un empire de douze siècles , le descendant proscrit des bienfaiteurs du saint-siège , le fils des rois très chrétiens, le neveu de Louis XYI, le prince qui devoit tomber lui-même sous le fer révolutionnaire , le duc de Berry enfin , errant dans les palais détruits des Césars , s'égarant dans les Catacombes, parcourant le Vatican désert, ou dessinant, assis sur un obélisque tombé , les débris épars du Capitole , offroit lui-même un tableau qui manquoit aux ruines et aux souvenirs de Rome.

Le malheur poursuivoit partout M*' le duc de Berry. Il avoit perdu un de ses fidèles compagnons , le chevalier de Lageard , et il n'avoit été un peu consolé que par la loyauté du Bailli de Crussol, qui se trouvoit alors à Rome. Le prince apprit bientôt que l'armée de Condé , étant arrivée à la hauteur de Venise, avoit reçu Tordre de suspendre sa marche , parceque la guerre étoit au moment de recommencer. Un faux bulletin que l'on attribua au ministre Acton avoit déjà répandu cette nouvelle lorsque M'' le duc de Berry étoit encore à Palerme, et avoit pensé faire partir subitement ce prince. Il reçut à Rome la nouvelle positive que le corps de Condé alloit se trouver engagé , que M^ le duc d'Angoulôme avoit rejoint l'armée, et qu'il s'étoit mis à la tête du régiment noble à cheval, formé par M^ le duc de Berry. La gloire et l'amitié fraternelle parlent au cœur de notre brave et sensible prince ; il ne peut résister à cette double tentation -, il quitte Rome furtivement pour rejoindre son firère et ses compagnons d'armes. Le Béarnols se déroboit au tumulte des armes pour aller voir Gabrielle 5 son petit-fils s'éloigne d'une grande princesse pour courir au champ d'honneur. On l'entendra s'excuser bientôt daus son admirable lettre à M. Acton.

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