CHAPITRE Vn
IfOSSnCllEUR LB DUC D*Al<60ULâMB ARRITB A L*ARMÉB DB GONDÉ. IL B9T BBJOINT PAR BON FRBRB. DBRSIBR BOLLBTIN DB L'ABIIBB DB COBD& BCBIT PAR MOBBBIGHBUR LB DUC DE BERRT.
M!^ le duc d'AngouIème , accompagné du comte de Damas- Crux et du chevalier de Saint-Priest ' , avoit rejoint l'armée de CondéàPontaba*. L'armée reçut avec transport cet autre héritier du trône de saint Louis. Il avoit déjà donné des preuves de sa valeur dans les armées du Nord , et sa destinée l'appeloit à balancer un jour presque seul la fortune de l'homme qui avoit tenu le monde dans sa main.
Les François s'avancèrent dans la Bavière. Le corps de Condé , forcé à une marche longue et rétrograde, entra en ligne dans l'armée autrichienne sur les bords de l'Inn ; M^ le duc de Berry , en arrivant au camp, le trouva dans cette position ^ La reconnoissance des deux frères fut touchante. M*' le duc de Berry servit comme simple volontaire dans le régiment noble à cheval qu'il avoit formé , et dont M^ le duc d'Angouléme avoit pris le commandement. Obéissant à son frère aîné comme le moindre soldat , il donna un nouvel exemple de cette soumission des membres de la famille royale les uns envers les autres , dans l'ordre de l'hérédité : soumission qui non-seulement manifeste les vertus naturelles aux Bourbons, mais qui conserve encore le trône, en devenant une sorte de confession authentique et perpétuelle du principe de la légitimité.
La perte de la bataille de Marengo par les Autrichiens amena un armistice prolongé à différentes reprises jusqu'au 20 d'octobre. L'armée de Condé, postée sur l'Inn, défendoit, entre Weissembourg et Neubeieren , le passage de cette rivière. Une affaire eut lieu à Ravenheim ^ : les ducs d'Angouléme et de Berry s'y trouvèrent. Le prince de Condé fut obligé d'employer l'autorité pour faire retirer les deux princes qui s'exposoient inutilement : un soldat avoit été frappé d'une balle à un pas du premier. Deux jours après, la bataille de Hohenlinden^ fut gagnée par un générai qui vouloit acquérir une grande renommée pour la mettre aux pieds de son roi légitime. Cette bataille décida du sort de la guerre.
> Tué à Reims par un des derniers coups de canon tirés dans la campagne de 1814. Un de SCS frères, M. le comte de Sainl-Priest , est aujourd'hui aide de camp de Mgr le duc d'Angoult^mc.
* 99 mai 1800. — 3 8 septembre 1800. — 4 4^' décembre. •« ' 3 décembre.
L'armée de Condé se retira en se battant toujours. M*' le duc de Berry envoya à la reine de Naples le détail de toutes ces affaires. 11 est curieux d'opposer aux bulletins pompeux de Buonaparte le dernier bulletin de l'armée de Ck)ndé , écrit par un flls de France : M^ le duc de Berry étoit digne d'être le dernier historien des derniers combats de la noblesse françoise , des derniers exploits des derniers Condé.
Linsen , prùs Roltman , 15 décembre 4800.
« Nous avons eu bien des désastres \ mais je vous assure que te pour ceux qui les ont vus , ces événements sont fort singuliers. « Le peu de précaution que l'on a pris à la bataille du 3 près « Ebesberg , l'inaction où l'on a laissé et les corps qui étoient à ce Wasserburg , et nous avec M. de Chasteller, qui pouvions atta- « quer avec succès sur Munich ; mais principalement le passage «c de rinn que l'on a laissé forcer, sans vouloir prendre aucune « mesure raisonnable pour l'empêcher ; tout cela est fort extraie ordinaire.
«c Déjà depuis plus de dix jours l'on sa voit que les forces de l'ar- « mée de Moreau se portoient devant nous. Avec quinze cents « hommes d'infanterie et douze cents chevaux (ce qui fait la tota- (C lité du corps), nous gardions depuis la gauche de Wasserburg jus* « qu'au delà de Neubeieren, c'est-à-dire plus de six lieues. Le 15 de « ce mois, un corps de quinze cents Autrichiens, sous les ordres a du feld-maréchal '^'^'^, s'étoit porté à Hartmansberg, à cinq lieues u du pont de Rozenheim , où étoient nos batteries. Il est connu « par l'exemple des anciennes guerres et par la vue du pays que « le passage de Neubeieren est non-seulement facile , mais le seul « praticable. Malgré les représentations que M. le prince de Condé « avoit faites le soir , aucun secours ne lui avoit été donné , et les N Autrichiens ne s'étoient pas rapprochés. Le 9 , à la points du « jour , les ennemis ouvrirent un feu terrible sur nos batteries ; « en même temps trois divisions passèrent l'Inn entre Neubeieren « et RohrdofT, défendu ou plutôt observé par vingt-cinq dragons « d'Eoghien et douze hommes de Durand. Les François s'avan- « cèrent , en se battant toujours contre M. le duc d'Enghien (qui « avoit réuni son régiment et celui de Durand), jusqu'au village « de Riedering. Les Autrichiens n'arrivèrent qu'à une heure. Le « général '^'^'^ s'emporta beaucoup sur ce que nous avions laissé u passer deux mille cinq cents hommes devant vingt-cinq dragons, « et surtout de ce que M. le prince de Condé avoit abandonné la
a position de Rozenheim , où le canon nous avoit démonté deux a pièces , tuant hommes et chevaux , les François d'ailleurs nous « ayant débordés, et étant déjà à Riedering , à deux lieues en artt rière de la position. Le général *** envoya le général Giulay avec « sa division pour se joindre avec M. le duc d'Enghien , et forcer « Riedering. Cet ordre fut exécuté. M. le prince de Condé et M. le a duc d'Angouléme attaquèrent avec les grenadiers de Bourbon « « et emportèrent sur-le-champ les batteries de Tennemi. M. le u duc d'Enghien chargea avec les dragons à pied , le régiment de « Durand et les dragons de Kinski ^ ces trois corps se couvrirent « de gloire. Le comte de Giulay faisoit tous ses efforls pour nous «c faire appuyer par l'infanterie autrichienne : elle étoit harassée tf de tant de combats. Trop foibles , il fallut renoncer à nos avaiH «c tages , et les François reprirent leur position , où ils se main* <( tinrent jusqu'à la nuit.
« Le brave régiment de Durand a été écrasé; douze grenadiers « seulement sur la totalité de la compagnie revinrent de l'afifoire. «c M. le duc d'Enghien a eu un cheval tué sous lui , et a perdu « beaucoup de dragons. Gaston de Damas , frère cadet de Roger» « a été blessé, ainsi que plusieurs autres officiers de distinction. « Le général major La Serre a été blessé grièvement en combattant « avec les grenadiers de Durand.
« Depuis ce moment nous n'avons cessé de marcher le jour ou « la nuit. Nous venons occuper la position de Rottman , par où « les François pourroient arriver sur Léoben.
« Nous apprenons que dans ce moment les François ont forcé « le passage de la Salza à LauQen. »
Msr le duc de Berry renouvelle ici la générosité de Catinat ; il ne se nomme pas une seule fois dans cette relation si animée ; il avoit pourtant assisté à tous les combats : il ne parle que de son frère et de M^ le duc d'Enghien ; silence bien digne de l'ame du prince dont la un a été si généreuse et si héroïque.