DE LILLE
Le roi remonta sur son trône * : M^ le duc de Berry rentra une seconde fois dans cette belle France dont il ne devoit plus sortir. Ce fut encore à Saint-Denis , le terme de tous ses voyages, qu'il arriva. Bientôt après on lui présenta les ofliciers du dixième régiment de ligne, qui étoit resté Hdèle à M^*^ le duc â'Angouléme. u Messieurs , leur dit-il , j'ai une permission à vous « demander ; c'est de porter votre uniforme quand j'irai au-devant « de mon frère. »
Au premier moment de laseconde restauration, on parut vouloir proGter de la leçon reçue. Un ministre , qui avoit puissamment concouru à relever deux fois le trône , donna à l'opinion l'impulsion la plus monarchique. Les collèges électoraux furentconvoqués avec éclat, et les princes de la famille royale furent nommés pour présider ceux des départements de la Seine , de la Gironde et du Jford». Arrivé à Lille, M^' le duc de Berry prononça à l'ouverture du collège un discours remarquable par les sentiments et par la manière dont ils sont exprimés :
« Le plus aimé de vos rois , Henri IV, après de longues guerres u intestines, rassembla les notables de son royaume à Rouen , et « leur demanda des conseils; ainsi que lui , le roi , mon auguste « seigneuf eT; oncle, d'après Ja constitution qu'il a donnée lui- «t même à son peuple, s'adresse en ce moment à vous, et me K nomme particulièi;^meifl; pour être son organe auprès du départi tement du Nord. Je ne parlerai point de leur fidélité aux habi- « tants d'un pays berceau de la monarchie \ je ne remercierai M point de son dévouement ce peuple qui rappelle si bien ces « Franks généreux et guerriers dont il est descendu le premier-, je u me bornerai à vous dire , Messieurs , que le roi , après vingtnsix « ans de troubles et de malheurs , a besoin d'interroger le cœur M de ses sujets, dont il juge d'après le sien. Ne pouvant réunir au-
> iuiUei 1815. — > 15 août 1815.
« tour de lui tous les François , dont il est , vous le savez , bien u moins encore le monarque que le père , il vous demande de lui « adresser, non ceux de vous qui Taiment davantage , ce choix « seroit impossible , et vous y voleriez tous , mais ceux qui , « dignes interprètes de votre pensée, porteront au pied de son « trône cet oubli du passé , cette connoissance du présent, ce coup « d'œil dans l'avenir, ce respect pour la Charte constitutionnelle, « cet amour pour sa personne sacrée , enfin cette abnégation de « soi-même qui seule peut assurer le bonheur de tous. »»
Avant l'ouverture du collège électoral , M^" le duc de Berry avoit voulu revoir et remercier la ville de Béthune et le souspréfet , qui Tavoient si fidèlement reçu lors de sa retraite ft Gand. Il envoya un présent à son hôte d'Alost, et une somme pour être délivrée aux indigents. Peu de fils de rois , rentrés dans leurs palais, se souviennent d'avoir été suppliants, d'avoir pris dans leurs bras le petit enfant, de s'être jetés à genoux , joignant l'autel domestique '.