MADAME MA SOEUR ET COUSINE
« Il y avoit bien longtemps que je desirois obtenir l'aveu du
M roi votre grand-père et du prince votre père, pour former une
« demande à laquelle j'attache le bonheur de ma vie ; mais devant
« que j'aie obtenu leur agrément, c'est Votre Altesse Royale que
M je viens solliciter de daigner me confier le bonheur de sa vie
« en s'unissant avec moi. J'ose me flatter que Tâge , l'expérience,
« et une longue adversité , m'ont assez formé pour me rendre
« digne d'être son époux, son guide et son ami. En quittant des
« parents si dignes de son amour , elle trouvera ici une famille qui
M lui rappellera le temps des patriarches. Que vous dirai-je du
«< roi, de mon père, de mon frère, et surtout de cet ange,
« Madame, duchesse d'Angoulôme, que vous n'ayez entendu
« dire, sinon que leurs vertus, leurs bontés sont fort au-dessus
« des éloges que l'on en peut faire? L'union la plus intime règne
« parmi nous, et n'est jamais troublée : mes parents désirent tr)us
« impatiemment que Votre Altesse Royale comble mes vœux, et
« qu'elle consente à augmenter le nombre des enfants de notre
« famille. Veuillez, Madame, vous rendre à mes prières, et pres-
« ser le moment où je pourrai mettre à vos pieds l'hommage des
« sentiments respectueux et tendres avec lesquels je suis, Ma-
« dame ma sœur et cousine , de Votre Altesse Royale le très aflec-
« tionné frère et cousin ,
« Charles-Ferdinand. »
Le jour de la célébration du mariage par procuration, il écrivit encore à la princesse la lettre suivante :
Paris, 33 avril 4816.
« Votre aimable lettre m'a fait un plaisir que je ne puis vous ex- « primer , Madame et chère femme , car dès aujourd'hui nous nous « sommes donné notre foi. De ce jour nous nous sommes unis par a les liens sacrés du mariage *, liens que je chercherai toujours à « vous rendre doux. Vous daignez me remercier de vous avoir « choisie pour la compagne de ma vie ! que de remercîments ne « dois-je pas à Votre Altesse Royale pour avoir si promptement « accédé aux vœux de vos excellents parents ! Je sens combien il « doit vous en coûter de les quitter, de venir presque seule dans u un pays étranger, mais qui ne le sera bientôt plus pour vous, « pour vous unir à un homme que vous ne connoissez pas. J'ai « composé votre maison de dames dont la vertu et la douceur me
« sont connues : le roi a approuvé ce choix. Votre dame d*hon- « neur , M""' la duchesse de Reggio , est désespérée de ne pouvoir « aller au-devant de vous. M"" de la Ferronnays, votre dame « d'atours, sœur de M°" la comtesse de |3lacas , sera la première « qui aura le bonheur de vous faire sa cour; c'est un modèle de « vertu et de l'amabilité la plus douce ; je vous la recommande M particulièrement : elle vous présentera les dames pour acconi- « pagner. Le duc de Lévis , votre chevalier d'honneur , est un ' « homme aussi distingué par ses qualités que par ses talents. Le « comte de Mesnard , votre premier écuyer , est un loyal cheva- « lier qui n'est rentré en France qu'avec moi. Enfin j'espère que « lorsque vous les connoîtrez , vous les trouverez dignes de l'hon- " neur qu'ils ont de vous ôtre attachés.
«< Avec quelle impatience j'attendsla nouvelle de votre arrivée « en France ! que je serai heureux , ma bien chère femme , lors- « que je pourrai vous appeler de ce doux nom ! Tout ce que « j'entends dire de vos qualités, de votre bonté, de votre esprit, «< de vos grâces , me charme et me fait brûler du désir de vous « voir et de vous embrasser comme je vous aime.
« Charles-Ferdinand. »»
Cette fin de lettre est la formule de presque toutes les fins de lettres de Henri lY , mais avec quelque chose de grave et de chaste qui tient à la sainteté du lien conjugal. Le jour même où M'^ le duc de Berry écrivoit cettre lettre , la jeune princesse lui envoyoit celle-ci du pied des autels :
Naples, 24 avril «816.
« C'est à l'autel que je viens, Monseigneur, de prendre l'enga- « gement solennel d'être votre fidèle et tendre épouse. Ce titre si « cher m*impose des devoirs que très volontiers je commence à « remplir dès ce moment , en venant vous donner l'assurance des « sentiments que mon cœur vous a déjà voués pour la vie; elle « ne sera remplie et occupée que de chercher les moyens de vous u plaire, à me concilier votre amitié, mériter votre confiance. « Oui , vous aurez toute la mienne , toutes mes affections ; vous (c serez mon guide , mon ami ; vous m'apprendrez à plaire à votre u auguste famille ; vous adoucirez (je n'en doute pas) le chagrin « si vif que je vais éprouver de me séparer de la mienne. C'est « sur vous, enfin , que je me repose entièrement du soin de ma « conduite pour la diriger vers tout ce qui pourra procurer votre « bonheur. J'en ferai mon étude habituelle : puissé-je y réussir
« et vous prouver combien je mets de prix à être votre compagne I
« C'est dans ces sentiments que je suis pour la vie votre aOec-
« tionnée épouse.
« Caroline. »