CHAPITRE Vm
LETTRES J}\J PRINCE ET DE LA PRINCESSE. MADAME LA DUCHESSE DE BERRY DECRIT LES FâXE^ QU*ON LUI DONNE A MARSEILLE ET A TOULON.
Paris, 10 mai 1816.
« Je profite , Madame , du départ de M"** la duchesse de Reggio, tt pour vous dire combien votre seconde lettre m'a touché ; cette M lettre que vous avez écrite en sortant de la cérémonie par la* « quelle vous avez confié votre destinée entre mes mains. Je suis « chargé de votre bonheur, et ce sera la douce et constante oc- « cupation de ma vie. J'ai vu avec peine le retard de votre départ « de Naples : la quarantaine que vous serez obligée de faire, « quoiqu'elle soit abrégée autant (|ue possible , me fait présumer
« que ce ne sera que dans les premiers joursdu mois prochain que u j*aurai le bonheur de vous voir. Que je regrette de n'avoir pas « pu aller à Naples moi-môme vous chercher I Mais il faut nous «( soumettre aux volontés de nos parents; et, premiers sujets, M nous devons l'exemple de l'obéissance. Toute la France vous « attend avec la plus vive impatience, et moi plus que personne. « Je vous recommande M"''' la duchesse de Reggio, qui , malgré « sa foiblesse, a voulu partir. Elle se trouve bien heureuse de « pouvoir se rendre à son devoir auprès de vous.
«t Adieu, Madame; je suis impatient de recevoir une lettre de « Votre Altesse Royale , datée de France. Le vent qui souille avec « violence me Tait trembler. •
M GHARLES-FEROmAND. »
Du lazaret de Marseille, 26 mai 1816.
M Vos aimables lettres, Monseigneur, m'ont déjà habituée M à votre intérêt. Je dois à Votre Altesse Royale de l'infor- « mer, avec la confiance qu'elle m'inspire, de tout ce que je fais « ici , et d'abord de ma santé, qui est très bonne. Je me lève assez M tard , parceque j'aime à dormir le matin ; ainsi je n'entends <i la messe que de neuf à dix heures. Le bon duc d'Havre prend M la peine de venir de bien loin pour y assister, ainsi que le préw fet, M. de Villeneuve-Bargcmont, M. de Mongrand, maire, « et des députés de la santé, lorsque les affaires publiques le leur « permettent. Ainsi ils viennent me voir à une distance très res- « peciueuse qu'imposent les lois delà quarantaine. Puis je mere- « tire chez moi jusqu'au diner, après lequel je profite de l'excel- M lente société de M"^ de la Ferronnays; c'est à son attachement « pour Monseigneur que je dois sans doute la preuve si touchante « de son dévouement de venir s'enfermer avec moi. J'y suis bien u sensible , comme à U demande qu'en fit aussi M*^ la duchesse « de Reggio. J'ai le plaisir de la voir au parloir avec mesdames « de Gontaut , de Bouille , et MM. de Lévis et de Mesnard , et « tous ceux que M. le duc d'Havre m'a présentés ; c'est une oc- « cupation de l'après-dînée, avant la promenade ou la poche ; « plaisirs que les intendants de la santé m'ont procurés deux fois. « Us sont bien empressés d'employer tous les moyens d'adoucir a tna retraite. Jeudi passé, j'ai ftiit une jolie promenade sur mer « dans un très beau canot que M. le commandant de la marine a « fait venir de Toulon ; on a pu entrer dans le port ; et comme il u a paru que les bons habitants de Marseille ont été contents que
« l'on ait trouvé ce moyen de me faire voir à eux , j'ai demandé « de renouveler la promenade aujourd'hui si le temps le permet ; « l'on m'a fait entendre aussi plusieurs fois de la musique; enfin , « Monseigneur, Ton n'omet rien de ce qui peut m'être agréable. « Je suis bien reconnoissante, je vous assure, et voudrois le « montrer comme je le sens; mais je ne peux vaincre tout d'un « coup ma timidité. Mon âge et le peu d'occasions que j'ai eues « de paroître doivent me faire excuser par ceux qui savent ces «< raisons; les autres* ne me jugent peut-être pas avec tant d'in- « dulgence. Je n'en serai affligée que par rapport à Votre Altesse « Royale, à qui je voudrois faire éprouver tons les genres desatis- « faction. On doit me faire voir Toulon ; je jouirai d'autant plus « de ce plaisir que cette course n'est pas un refard , puisqu'elle « ne fait qu'employer les jours de grâce que MM. de la samé « m'ont accordés ; c'est un arrangement de l'excellent duc d'Haw vré. Je n'écris pas aujourd'hui au roi notre oncle, ni à votre « père , pour ne les pas fatiguer ; mais soyez assez bon pour être « près d'eux l'interprète de mes sentiments de respect et d'atta- « chement , ainsi que de ceux d'amitié à M^ le duc et à M"* la « duchesse d'Angoulême. Il me tarde bien de faire partie de cette « famille qui m'est déjà si chère. Vous m'apprendrez à lui plaire , « Monseigneur; vous me direz bien franchement tout ce que je « dois faire pour cela , et surtout pour mériter votre tendresse: