‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 6 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Les deux frères montroient des inclinations différentes : IVP' le duc d'Angoulême avoit un penchant décidé pour les sciences , M^ le duc de Berry pour les arts. Celui-ci offroit comme un m6^ lange de Tesprit des Bourbons et des Valois : par sa mère et par ses aïeules , il tenoit quelque chose du génie de l'Italie.

On raconte mille traits ingénieux de son enfance. H étoit fou« gueux comme l'élève de Fénelon , mais plein de saillies d'esprit et d'effusions de cœur. « Si fut enfant plaisant de visage , et assez «( eoulouré. Si étoit avenant, joyeux en tous ses enfantibles « faicts >. » On lut un jour au petit prince quelques scènes du Misanthrope; le lendemain un des maîtres composa une fable : la morale de cette fable étoit que MF le duc de Berry n'apprenoit rien et ne se souvenoit point* de ses lectures. Le maître , ayant fini , demanda à son Altesse Royale ce qu'elle pensoit de ce morceau. L'enfant repartit brusquement :

c Franchement» il est bon à mettre an cabinet. »

Un M. Rochon, maître d'écriture des jeunes princes, avoit éprouvé une perte considérable causée par un incendie. M^ le duc de Bary pria son gouverneur de lui donner vingt-cinq louis pour le pauvre Rochon. M. le duc de Sérent y consentit, mais à condition que le prince satisferoit son maître pendant quinze jours sans lui parler des vingt-cinq louis. Voilà Monseigneur à l'on* vrage : il trace de grandes lettres le moins de travers possible* Rochon s'émerveille à ce changement subit , et ne cesse d'applau* dir à son élève. Les quinze jours se passent : M" le duc de Berry

> Métihoira de BoucUatU.

s MÉMOIRES

reçoit les vfngtrcinq louis et les porte triomphant à Rochon. Celui^ ci y ne sachant si le gouverneur consenloit à cette générosité, refuse de recevoir l'argent. L'enfant insiste. Le maître se défend. L'impatience saisit le jeune prince , qui s'écrie , en jetant les vingt-cinq louis sur la table : « Prenez-les; ils m'ont coûté assez cher : c'est pour cela que j'écris si bien depuis quinze jours ! »

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