CHAPITRE VL
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Le temps du malheur approchoit; M^ le duc d'Angoulôme et M'*^ le duc de Berry ne dévoient pas jouir môme du repos de l'enfance. Leur éducation commençoit à peine que déjà la monarchie finissoit. On leur enseignoit à être rois , et l'adversité alloit leur apprendre à devenir hommes.
Les têtes des premières victimes avoient été promenées dans Paris ; la Bastille étoit tombée. La famille royale , menacée, fut obligée de se retirer : le roi même lui en donna l'ordre. M^'^le comte d'Artois partit pour les Pays-Bas ' , et laissa à M. le duc de Sércnt le soin de lui amener ses deux fils.
Le péril étoit grand \ il falloit traverser le royaume sans escorte, au milieu des insurrections. Chargé de la fortune et de l'espoir de la France, M. le duc de Sérent cacha son projet aux jeunes princes. Il leur dit qu'il alloit les mener voir en garnison un régiment de hussards qu'ils avoient aperçu sur le chemin et dont ils ne cessoient de lui parler. Les enfants montent avec joie, la nuit, dans une chaise de poste qu'on avoit préparée secrètement : ils croyoient aller à une fête, et ils quittoient leur patrie. M. le duc de Sérent ne dut son salut et celui de ses élèves qu'à la rapidité de sa course. A peine avoit-il quitté Péronne qu'une sédition éclata dans cette ville. Lorsqu'il fut prêt à passer la frontière , il apprit aux princes, toujours enchantés du voyage, le but réel de ce voyage , et la proscription dont ils étoient l'objet : ils jetèrent alors autour d'eux un regard attendri et étonné. W^ le duc de Berry dit vivement à son gouverneur : « Nous reviendrons. » Malheureux prince , vous êtes revenu !
Des Pays-Bas , M. le duc de Sérent conduisit ses élèves à Turin % où ils furent reçus par leur oncle le roi de Sardaigne, qui , avec son auguste famille , ne cessa de montrer le plus généreux attachement à la maison de France.
> 16 Juillet 1789. — a Octobre 1789.