FIN DES PIEGES JLSTIFIGATI\TS
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Il naquit sans doute dans la Grande-Bretagne en 1603 , à Tavénement de Jacques P% plusieurs individus qui ne moururent qu'en 1688, à la chute de Jacques II : ainsi tout Tempire des Stuarty en Angleterre, ne fut pas plus long que la vie d'un vieil homme. Quatre-vingt-cinq ans suffirent à la disparition totale de quatre rois qui montèrent sur le trône d'Elisabeth , avec la fatalité, les préjugés et les malheurs attachés à leur race.
Jacques, comme beaucoup de princes dévots, fut gouverné par des favoris :' tandis qu'avec sa plume il combattoit pour le droit divin , il laissoit le sceptre à Buckingham , qui usoit et abusoit du droit politique ; le favori prenoit les vices de la royauté dont le monarque retenoit les vertus. Souvent les princes se plaisent à déléguer le pouvoir à un ministre dont ils reconnoissent eux-mêmes l'indignité ; imitant Dieu, dont ils se disent l'image, ils ont l'orgueil de créer quelque chose de rien.
Jacques expira sans violence dans le lit de la femme qui avoit tué Marie d'Ecosse, de cette noble Marie, qui, selon une tradition , créa son bourreau gentilhomme ou chevalier ; de cette belle veuve de François de France , laquelle désira avoir la tiu tranchée avec une épée à la françoise , raconte Etienne Pasquier. Le bourreau montra la télé séparée du corps , dit Pierre de l'Estoile , et comme en cette montre la coiffure chut en terre , on vit que l'ennui avoit rendu toute chauve cette pauvre reine de quaranle^nq ans, après une prison de dix-huit. Mais Jacques n'en travailla pas moins à établir les principes qui dévoient amener la fin tragique de Charles F' : il mourut toujours tremblant entre l'épée qui l'a voit effrayé dans le ventre de sa mère, et le glaive qui devoit tomber sur la tète de son fils. Son règne ne fût que l'espace qui sépara les deux échafauds de Fotheringay et de Whitehall *, espace obscur où s'éteignirent Bacon et Shakspeare.
Jacques étoit auteur, et auteur non sans mérite. Son Basmeon Dorouj qui servit de modèle à Ylkan Bastliké, renfermoit cette înu-
118 lËS QUATRE STÛART.
tile leçon pour Charles son fils : « Ne vous en rapportez point ««*à des geni qui ont des intérêts à vous cocher les bi^ins de vos « sujets , afin de vous tenir dans la dépendance , et qui ne portent « jamais au souverain les plaintes publiques que comme des ré- » voltes ; donnant aux larmes du peuple les noms de désobéissance « et de rébellion. »»
DEPUIS L'ATÈNBMBNT Bl CBARLIS I<r A LA COURONNE JUS<2U*À LA GONVOCÀTION
ne IiÛN« PABUmBNT.
De 1625 à 4640.
Charles parvint ^ la puissance suprême , rempli des idéeis romanesques de Buckingham et des maximes de l'absolu de Jacques I""'. Mais Jacques n'avoit défendu le droit divin que par la controverse ; sa vanité littéraire et sa modération naturelle a voient permis la réplique ; de là étoii née la liberté des opinions politiques; la liberté des opinions religieuses éloii déjà sorti9 de la lutte entre l'esprit catholique et l'esprit protestant. . De très bonne foi dans jses doctrines , Çb^rleii tenoit de^ traditions paternelles que les pri vilégesde la couronna spat inaliénables,
que le rpi régnant n'jap ait ^^^ rMsuJruit|er f qn'il Ifi^ doit transmettre intacts à son successeur.
hà nation , au contraire , commençant à douter de l'étendue de ces privilèges, soutenoH que le tr^n^ en avoit usurpé une partie sur elle. Les premiers symptômes de division éclatèrent lorsque Charles voulut continuer la guerre allumée dans le Palatinat; le parlement refusa l'argent demandé : avant d'accorder le subside , il prétendit obtenir la réparation des griefs dont il se plaignoit-, il sollicitoit surtout l'éJoignement d'un insolent favori. Charles erut son autorité attaquée : il s'entêta à soutenir Buckingham, cassa le parlement , et leva , en vertu de certaines vieilles lois , des taxes arbitraires. Le reste deson règnes'écoula dans le même esprit.
Charles fit des efforts pour gouverner sans parlement , mais la nécessité salulairpde la monarchie représentative, nécessité qui oblige le prince à la modération afin d'opérer la levée paisible de l'impôt , ramf)jK)it de force la couronne au principe constitutionnel. Plus le roi avoit agi selon le bon plaisir, plus on exigeoit de lui de garanties : il cédoit ou s'emportoit de nouveau , et ses concessions *et SCS emportements finissoient toujours par la reconnpissance de quelques droits.
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llans ce cooflit, de grands talents se formèrent, les limites des différents pouvoirs se tracèrent ; le chaos politique se débrouilla : è tnvers beaucoup de passions on entrevit beaucoup de vérités; et quand les passions s'évanouirent , les vérités restèrent.
Buckingham , mignon de Jacques, et qui troubla les premières années du règne de Charles P, a fait plus de bruit dans l'histoire passée qu'il n'en fera dans l'histoire à venir , parcequ'il ne se rattache ni à quelque grand mouvement de l'esprit humain , ni à quelque grand vice ou à quelque grande vertu dans la chaîne de la morale.
Buckingham étoil un de ces hommes comme il y en a tant, prodigue, débauché, d'une beauté fade, d'un orgueil démesuré, d'un esprit étroit et fou , un de ces hommes tout physiques, où la chair et le sang dominent l'intelligence. Le favori se croyoit un général et n'étoit qu'un soldat. Fanfaron de galanterie à la cour d'Espagne , insolent dans ses prétentions d'amour à la cour de France , et peut-être à celle d'Angleterre , il affectoit des triomphes que souvent il n'avoit pas ol)tenus.
Il est néanmoins remarquable que Buckingham brava impunément Richelieu , et que ces terribles parlementaires qui, quelque ieAips après, traînèrent k l'échafaud un grand homme , Strafford , fiouflirirent , bien qu'en l'accusant , les insolences d'un courtisan vulgaire. C'est qu'on pardonne plutôt à la puissance qu'au génie : reste à savoir encore si d'un côté Richelieu ne méprisa pas un aventurier , et si de l'autre il n'y a voit pas dans le caractère impérieux et déréglé de Buckingham quelque chose qui sympathisât avee le caractère national anglois.
Cet homme fut assassiné (1628) de la main d'un autre homme qui n'étoit le vengeur de rien : Felton poignarda un extravagant patricien par une extravagance plébéienne.
Buckingham laissa deux fils : le cadet périt au milieu de la guerre civile dans le parti de Charles I*' -, l'aîné, devenu gendre deFairfax, fut, sous Charles II , le chef de ce conseil connu sous le nom de la Cabale, Célèbre héréditairement par sa passion pour les femmes , il tua en duel le comte de Shrewsbury , tandis que la femme du comte , "déguisée en page, tenoit la bride du cheval de ce second Buckingham. Aussi désordonné que son père, mais d'un esprit brillant et cultivé, il écrivit des letti*es, des poèmes, des satires , et travailla avec Butler à une comédie qui changea le goût du théâtre anglois.
Depuis Tavénement de Charles P' au trône d'Angleterre jusqu'à
la mort du duc de Buckingham , trois parlements avoient été con^ voqués : le premier ne vola qu'une somme insuflisante pour la continuation de la guerre continentale en faveur des protestants, et le second se montra infecté de l'esprit puritain. Déjà l'Angleterre étoit partagée en deux grandes factions , appelées le parti de la cour et le parti de la campagne.
Charles , après avoir cassé le second parlement , ne tarda pas à être obligé d'en convoquer un troisième (17 mars 1628). Ce parlement posa la première pierre de la liberté constitutionnelle angloise , en faisant passer la fameuse pétition des droits; bill qui tendoit , en vertu des principes de la grande charte , à régler les pouvoirs de la couronne. Les communes furent rendues intraitables par leur victoire , et après des scènes violentes où quelques députés en vinrent aux mains , le roi se vit forcé de les renvoyer.
Buckingham assassiné , le troisième parlement dissous , douze années s'écoulèrent sans qu'aucun autre parlement fût appelé. Le conseil de Charles se composoit alors de ministres qui présentoient un contraste et un mélange de mérite et d'incapacité.
Le garde des sceaux , sir Thomas Coventry, joignoit à beaucoup d'érudition une éloquence simple et la science des affaires, mais son caractère intègre manquoit de cette chaleur qui crée des amis et de ces passions qui font des disciples. Peu appuyé à la cour, il vit le mal s'accroître sans en avertir son maître : « Il eut le bon- « heur de mourir, dit Clarendon , dans un temps où tout honnête « homme auroit désiré quitter la vie. »
Sir Richard Weston , premier lord de la trésorerie , avoit montré , dans un rang inférieur, un esprit et un courage qui l'abandonnèrent au degré plus élevé du pouvoir : hautain et timide, prompt à l'insulte , prompt à trembler devant l'insulté, il ne laissa à sa famille qu'indigence et malheur.
Des vertus, du génie même et une grâce particulière , faisoient remarquer le comte de Pembroke : on ne lui a reproché que sa . passion pour les femmes , à laquelle il sacrifia des moments qu'il auroit dû donner aux adversités de son pays.
Le comte de Montgomery n'avoit réussi à la cour que par sa belle figure et ses talents pour la chasse ; on ne l'eût pas aperçu dans un temps ordinaire. Sa médiocrité fut reprochée à Charles : dans les révolutions on fait un crime aux rois de ne pas s'entourer d'hommes égaux aux circonstances.
Un esprit agréable , un savoir universel , étoient le partage du comte de Dorset : il brilla également à la chambre des communes et
dans la chambre héréditaire. Malheureusement son caractère fougueux le précipita dans des excès. Brave et passionné, il prodigua son temps à des amours sans honneur et son sang à des combats sans gloire.
Le comte de Carlisle ne profita de la faveur que pour jouir des plaisirs. Il avoit aux affaires un talent naturel qu'il n'employa jamais. 11 mourut insouciant, sans avoir été atteint de l'orage qu'il écouta de loin.
Flatteur de Charles dans la prospérité , lord Holland l'abandonna dans l'infortune ; lâcheté vulgaire, commune à tant d'ames vulgaires : il devint un des boute-feux du parlement. Quand les factions commencent, elles saisissent au hasard leurs chefs; elles plongent ensuite dans Tablme les singes qu'elles avoient pris pour des hommes.
Enfin , l'archevêque de Cantorbéry ferme la liste des conseillers de Charles, dans les temps qui précédèrent les troubles. Il parut à la cour avec cette roideur de caractère qui le rendit incapable de se plier aux circonstances. Ual des grands, dont il méprisoit l'art et les mœurs, il n'eut pour se soutenir que l'autorité d'une vie sainte et la renommée d'une intégrité poussée jusqu'à la rudesse. De même qu'il dédaigna de s'abaisser devant la faveur des courtisans, il s'opposa aux excès du peuple, et de la persécution des intrigues il tomba dans la proscription des révolutions.
Charles, appuyé de ce conseil, régna l'espace de douze ans avec une autorité illimitée : il n'en fit pas un mauvais usage sous le rapport administratif, mais il cherchoit en théorie ce qui étoit devenu impossible en pratique , une monarchie absolue. Du gouvernement absolu au gouvernement arbitraire la conversion est facile : l'absolu est la tyrannie de la loi ; l'arbitraire est la tyrannie de l'homme.
Si l'Angleterre avoit voulu souffrir la levée d'un impôt d'ailleurs fort modéré , elle eût vécu sous un assez doux despotisme. Charles avoit des vertus domestiques , du courage , de la modération , de la probité ; mais on lui disputoit , la loi à la main , tous ses actes-, ils pouvoient être bons, mais ils n'étoient pas légaux. Une seule résistance amenoit l'emploi de la force et un scandale. Au défaut du pouvoir parlementaire, les conseillers du monarque suscitèrent le pouvoir de la Chambre Etoilée dont on augmenta les attributions *, fatal auxiliaire de la couronne.
Le jugement rendu contre Hampden ( 1636) , pour n'avoir pas voulu se soumettre à la taxe du thip-money , remua de plus en plus
les esprits : une eommotion religieuse ébranla l'Ecosse. Par ce concours de circonstances qui produit le renouvellement des empires , le peuple d'Ecosse et celui d'Angleterre inclinoient au purir tanisme , au moment môme où les évoques vouloient faire triompher l'église anglicane, et prétendoienl introduire quelque chose de la pompe catholique dans le culte protestant.
La nouvelle liturgie est repoussée (1637) à Edimbourg ; la &)ule s'écrie : le pape! le pape! Cantechrisi! Le royaume se soulève et le covenatU est signé.
C'est pourtant de cet acte fanatique, mystique-, inintelligible, exprimant dans un jargon barbare les idées les plus rétrécies, que sont émanées la liberté , la tolérance et la civilisation constitutionnelle de l'Angleterre. C'est ainsi que des horribles comités de 1793 est pour ainsi dire sorti le pacte de notre nouvelle monarchie. Chaque trouble politique chez un peuple est fondé sur une vérité qui survit à ce trouble. Souvent cette vérité est confusément enveloppée dans des mots sauvages et dans des actions atroces ; mais dana les grands changements des états , les mots et les actions passent : le fait politique et moral qui reste d'une révolution est toute cette révolution. Quand celle^i ne réussit pas, c'est qu'elle a été tentée ou trop tôt ou trop tard , en deçà ou au delà de l'époque où elle eût trouvé les choses et les hommes au degré de maturité propre à sa fructification.
Une assemblée générale de la nation écossoise succéda aux premiers troubles d'Edimbourg. L'épiscopat fut alK)li (1638), et l'on commença des levées pour soutenir des opinions avec des soldats.
Sir Thomas Wentworth , membre du troisième parlement , avoit fortement provoqué , dans ce parlement , la fameuse péiition des droits: mais lorsque le fondement de Tindépcndance constitutionnelle eut été posé , Wentworth devint le soutien de la prérogative royale attaquée , comme il avoit été le défenseur de la liberté populaire méconnue. Charles l'avoit nommé pair d'Angleterre et viceroi d'Irlande. Ce monarque , dans les circonstances difficiles où il se trouva engagé , consulta le nouveau lord Wentworth. Ce sujet fidèle donna à son souverain des conseils énergiques. Que sert de recommander la force à la foiblesse ?
Dans toute révolution il y a toujours quelque^ moments où rien ne sembleroit plus facile que de l'arrêter*, mais les hommes sont toujours faits de sorte , les choses arrangées de manière , qu'on ne profite jamais de ces moments. Au lieu de résister , Charles fit lui-
même un eovenant comme Henri III avoit fait une ligue. Les covenantaires écossois traitèrent de satanique )e eovenant du roi. Après d'inutiles concessions , le roi réunit des troupes ; lord Wentworth lui fournit de l'argent et pouvoit lui amener une seconde armée : il ne s'agissoit que d'avancer^ Charles recula : il conclut une trêve (17 juin 1639), lorsqu'il étoit assuré d'une victoire.
Bientôt les Ecossois reprirent les armes. Lord Wentworlh, créé comte de Strafibrd , vouloit qu'on portât la guerre dans le cœur du royaume rebelle, et qu'on assemblât un parlement anglois : Charles ne suivit que la moitié de ce conseil.
On auroit pu croire que ce quatrième parlement, rassemblé après un intervalle de douze années , éclateroit en justes reproches : Straflbrd le ménagea avec tant d'habileté, que les communes se montrèrent d'abord assez dociles. Elles étoient divisées en trois partis : les amis du roi , les partisans de la monarchie constitutionnelle et les puritains ; ceux-ci vouloient un changement radical dans les lois et la religion de l'étal *, ces trois partis furent cependant au moment de se réunir pour voter les subsides. La trahison du secrétaire d'état sir Henri Vane , que protégeoit la reine, perdit tout.
Le roi et le parlement, également trompés par ce ministre, se crurent brouillés lorsqu'ils s'entendoient. Charles , avec sa précipitation accoutumée , s'imaginant qu'on lui alloit refuser les subsides, fit pour la dernière fois usage d'une prérogative dont il avoit abusé. Il cassa encore ce quatrième parlement (5 mai 1640) , lequel devoit être suivi de l'assemblée qui brisa à son tour la couronne. /
A l'instigation des puritains , les Écossois , ayant envahi de nouveau l'Angleterre, surprirent les troupes du roi à Newborn. Charles, arrivé à York pour repousser les Ecossois, manda un grand conseil des pairs. Il lui déclara tout à coup que la reine desiroit la réunion d'un cinquième parlement.
Arrêtons-nous ici pour parler de cette raine dont l'influence fut si grande sur la destinée de Charles I", son mari , et sur celle de Jacques II , son fils.