JE PARDONNE DE TOUT MON COEUR A CEUX QUI SE SONT FAITS MES ENNEMIS
ET DISCOURS. Ml
« La quatrième face portera l'écusson de France avec cette inscription :Lowî« AT/// à Lowi« XVI. Les François solliciteront sans doute l'honneur d'unir au nom de Louis XVIII le nom de la France, qui ne peut jamais être séparée de son Roi....
« Ce monument ne sera pas le seul consacré au malheur et au repentir. On élèvera une chapelle sur le terrain du cimetière de la Madeleine, bu côté de la rue d'Anjou , elle représentera un tombeau antique-, l'entrée en sera placée dans une nouvelle rue que l'on percera lors de l'établissement (te cette chapelle. Pour mieux envelopper les différentes sépultures, l'édifice entier se déploiera en forme d'une croix latine , éclairée par un dôme qui n'y laissera pénétrer qu'une clarté religieuse. Dans toutes les parties du monument on placera- des autels où chacun ira pleurer une mère, un frère, une sœur, une épouse, enfin toutes ces victimes, compagnes fidèles, qui , pendant vingt ans, ont dormi auprès de leur maître dans ce cimetière abandonné, f/est là qu'on viendra particulièrement honorer la mémoire de M. de Malesherbes. On nous pardonnera peut-être d'associer ici le nom du sujet au souvenir du Roi. Il y a dans la mort , le malheur et la vertu , quelque chose qui rapproche les rangs.
. » Le Roi fondera à perpétuité une messe dans cette chapelle; deux prêtres seront chargés d'y entrotonir les lampes et les autels. A Saint-Denis, une autre fondation plus considérable sera faite au nom de Louis XVI , en faveur des évoques et des prêtres infirmes, qui, après tin long apostolat, auront besoin de se reposer de leurs saintes fatigues. Ils remplaceront l'ordre religieux qui veilloit aux cendres de nos rois. Ces vieillards, par leur âge , leur gravité et leurs travaux , deviendront les gardiens naturels de cet asile des morts , où eux-mêmes seront près de descendre. Le projet est encore de rendre à cette abbaye les tombeaux qui la décoroient , et auprès desquels Suger faisoit écrire notre histoire, comme en présence de la Mort et de la Vérité. »
Voilà, messieurs, ce qui fut commandé par le Roi. Une ordonnance déclara de plus qu'à l'avenir, le 21 janvier seroit un jour consacré par des cérémonies religieuses. La première pensée de ce grand sacrifice de paix appartient donc à notre Souverain , comme tout ce qui s'est fait de bon et de noble depuis la restauration de la monarchie. Et jîourtant, dans le programme dont je viens de lire quelques passages, que de choses déjà vieillies, que de réflexions qui ne sont déjà plus applicables au moment où je vous parle! Dum /or/ttimur, fugerit invida wla$l Conibien, lorsque je retraçois I4 Tl. 16
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pompe de Saint-Denis, il y avoit alors d'espoir au milieu du deuil de la patrie! Combien le repentir de quelques hommes paroissoit sincère! Qu'il étoit doux pour le Roi de leur pardonner.
Mais, quand leur seconde trahison nousforçoltde quitter lesol natal , auroient-ils jamais cru que nous nous retrouverions ici , à cette époque du 21 janvier, pour célébrer la seconde fête expiatoire? Ils ^péroient n'entendre plus parler de ces morts qui les accusent à la face du Dieu vivant. Ce Dieu , pour les confondre, a renfermé dans le court espace d'un ait des événements qu'un siècle entier pourroit à peine contenir ^ les hommes et les choses se sont précipités, se sont écoulés comme un torrent : toute la terre a, pour ainsi dire, passé en France entre deux pompes funèbres. Partis d'un tombeau , nous sommes revenus au pied de ce tombeau ; et, de tant de projets conçus, il n'est resté que ceux que Louis XVHI avoit formés pour les cendres du Roi son frère.
La Chambre des députés veut partager les œuvres de notre Souverain ; elle veut unir la douleur du peuple à celle du Roi : elle nous invite à nous joindre à son touchant hommage. Pairs de France , vous qui tenez la place de l'antique noblesse , à l'exemple du pieux Tanneguy , vous vous empresserez de concourir aux obsèques d'un monarque que des ingrats abandonnèrent. J'ai vu^ messieurs, les ossements de Loui» XYl môles dans la fosse ouverte avec la chaux vive qui avoit consumé les chairs , mais qui n'a pu faire disparoître le crime ! J'ai vu le squelette de Marie-Antoinette, intact à l'abri d'une espèce do voûte qui s'étoit formée audessus d'elle comme par miracle ! La tête seule éloit déplacée ! et dans la forme de cette tête on pou voit reconnoître(ô Providence ! ) les traits où respiroit avec la grâce d'une femme toute la majesté d'une reine ! Voilà ce que j'ai vu , messieurs ! voilà les souvenirs pour lesquels nous n'aurons jamais assez de larmes ; voilà les attentats que les hommes ne sauroient jamais expier ! Quand vous élèveriez à la mémoire de ces grandes victimes un monument pareil aux tombeaux qui bravent les siècles dans les déserts de l'Egypte , vous n'auriez encore rien fait : tout cet amas de pierres ne couvriroit pas la trace d'un sang qui ne s'effacera jamais !
Mais remarquez , messieurs , la puissance de la religion , de cette religion appelée à notre secours par notre monarque et par la Chambre des députés! Elle seule peut égaler les marques de la douleur à la grandeur des adversités-, elle n'a besoin pour cela ni de pompes magnifiques, ni de mausolées superbes : quelques larmes, un jeûne, un autel , une simple pierre où elle aura gravé
le nom du Roi , lui sulllront. Laissons-la donc mener le deuil : cherchons seulement si dans la Résolution soumise à votre examen , ainsi que dans les adresses qu'on prépare , rien n'a été oublié.
Je crois , messieurs , apercevoir une omission. Au milieu de tant d'objets de tristesse, on n'a pas assez également départi le tribut de nos larmes. A peine dans les projets divers a-t-on nommé ce Roi-£nfant, ce jeune martyr qui a chanté les louanges de Dieu dans la fournaise ardente. Est-ce parcequ'il a tenu si peu de place dans la vie et dans notre histoire, que nous l'oublions? Mais que ses soutlrances ont dû rendre ses jours lents à couler, et que sou règne a été long par la douleur ! Jamais vieux roi , courbé sous les ennuis du trône, a-t-il porté un sceptre aussi lourd? Jamais la couronne a-t-elle pesé sur la tète de Louis XIY , descendant dans la tombe, autant que le bandeau de l'innocence sur le front de Louis XVII sortant du berceau ? Qu'est- il devenu ce pupille royal laissé sous la tutelle du bourreau , cet orphelin qui pouvoit dire , comme l'héritier de David : « Mon père et ma mère m'ont abandonné? » Où est il le conjpagnon des adversités , le frère de l'orpheline du Temple? Où pourrois-je lui adresser cette interrogation terrible et trop connue : Capci, dors-tu? Lève-toi! — Il se lève, messieurs » dans toute sa gloire céleste , et il vous demande un tombeau. Malédiction sur les scélérats qui nous obligent aujourd'hui à tant de réparations vaines ! Qu'elle soit sécbée la main parricide qui osa se lever sur cet enfant de saint Louis; roi oublié jusqu'ici dans nos annales, comme il le fut dans sa prison! La France rejette enfin les hommes qui ont eux-mêmes rejeté une amnistie sans exemple. Us ont méconnu leur second père : la patrie ne les connoît plus ! Leur propre fureur a effacé la clause du Testament de Louis XVI qui les mettoit à l'abri : la justice a repris ses droits , et le crime a cessé d'être inviolable.
Je vote , messieurs , pour l'adoption pleine et entière de la Résoluiion de la Chambre des députés , et je regrette que nos règlements nous interdisent de la voter par acclamation. Je propose , en outre, d'ajouter à la Résolution cet amendement qui complétera les expiations du 21 janvier:
« Le Roi sera humblement supplié d'ordonner qu'un monument soit élevé à la mémoire kW Louis XVH , au nom et aux frais de la nation. >>