PREMIÈRE PARTIE
MŒBURS DES BARBARES.
Tout ce qui se peut rencontrer de plus varié, de plus extraordinaire, de plus féroce dans les coutumes des Sauvages, s'ofTrit aux yeux de Rome; elle vit, d*abord successivement, et ensuite tout à la fois , dans le cœur et dans les provinces de son Empire, de petits hommes maigres et basanés ou des espèces de géants aux yeux verts " , à la chevelure blonde lavée dans Teau de chaux , frottée de beurre aigre ou de cendres de frône • ; les uns nus , ornés de colliers, d'anneaux de fer, de bracelets d'or; les autres couverts de peaux , de sayons, de larges braies, de tuniques étroites et bigarrées ^ ; d'autres encore la tête chargée de casques faits en guise de mufles de bêtes féroces ^ ; d'autres encore le menton et
' Tarn lomliM gUnoo
Altet aqnon ades
( Apoll»., in Pêntf. Utiw, )
* CalcU enlm llxirta freqaaoMr etpIlkM liTaaL
( DioD. , Ub. T. )
InftuMtaDi addo comâm botyro...
( Apollin . « cann. m. )
3 StricUni anD(« Tettct procera coeroent ( Frcnetf ) Membra ? iram , patet his aluto tflffmlM poplet. ( iMrf. )
Coloratis 9agulU pube tenus amlcli. (Avm., lib. xnr, cap. iv.)
4 TouB les cavaliers cimbres aroient des casques en formo de gueules ourerles et de
l'occiput rasés >, ou portant longues barbes et moustaches. Ceuxci s*escrimoient a pied avec des massues, des maillets, des marteaux , des Tramées , des angons à deux crochets , des haches à deux tranchants S des frondes, des flèches armées d'os pointus % des filets et des lanières de cuir 4 , de courtes et de longues épées ^ ceux-là enfourchant de hauts destriers bardés de fer ^, ou de lai* des et chétiyes cavales, mais rapides comme des aigles ^. En plaine , ces hommes hostoyoient éparpillés 7, ou formés en coin ^, ou rou^ lés en masse; parmi les bois, ils montoient sur les arbres, objets de leur cuite , et combattoient » portés sur les épaules et dans les bras de leurs dieux.
Des volumes suflQroient à peine au tableau des mœurs et de^ usages de tant de peuples.
Les Agathyrses, comme les Pietés, se tachetoient le corps et les cheveux d'une couleur bleue ; les gens d'une moindre espèce portoient leurs mouchetures rares et petites ; les nobles les avoient larges et rapprochées *^
mufles de toutes sorlcs de l^éles étranges et épouvantables , et , les rehaussant par des panaches faits comme des ailes , et d'une hauteur prodigieuse . ils paroissoient encore plus grands. Ils étoient armés de cuirasses de fer très brillantci, et couverts de boucliers tout blancs. (Plut, in Mar.)
1 Ad fronlem coma tracta jacet , nudataqoe cer? Iz Selarum per somma niiet.
( Apollin. , in Panegyr. Major. )
* Ancipitibus , securibus cl angonibus prœcipuc rem gerunt (Franci) ; sunt veroatigones^ hastfle qua?dam neque admodum parva>, ncque admodum magnat , ad jactu f^fendum , si<^ ubi opus.fuerit , et ubi cominus collato pedc conlligendum est, impetustpie faciendus ^ accommodatîT. Hvp pleraquesui parte ferro sunt obductse , ita ut pcrparum ligni a laminis ferreis nudum conspiciatur, atque adeo Vix totsp imœ hasta> cuspis. (Agatii., Hist.^ i. ii.)
3 Sola in sagittls spes, quas inopla ferri ossibus asperant. (Tac, de Blor, 6er.) Missilibus telisacutis ossibus artc mira coagmentatis. (Amm., lib. xxzi, cap. ii.)
4 Contortis laciniis illigant , ut laqueatis resistentium membris cquitandi vel gravandl adimant facultatcm. (Amm., lib. xxxi, cap. il.) Laqueis inicrceperuul bottes trahcndo conficere. (Pomp. Mbl., lib. i, cap, ult.)
s Ceux-là enfourchoientde hauts destriers bardésde fer. {Panegyr, veter., ti-tii, p. |]ti,. 166, 167.) On voit ici que Tarmure complète de fer, empruntée des Perses par les Romains» étoit connue bien avant la chevalerie. 11 en est ainsi d'une foule d'autres usages qu'on g placés trop bas dans les siècles.
c Equis duris sed dcformibus. (Amm., 1. xxxi, cap. ii.)
7 Et his artibus Uunni Gothis superiores evascrc, partim enim circumequitando, partimi excurrendo et opportune retrocedendo , jaculanles ex equis maximam Gothorum csdeov fecere. {Teste Zosimo , p. 747; Vâlbs, Annot, in Amm,^ lib. xxxi, cap. ii, p. 475.}
* Acies per cuneos componitur. (Tâcit., de Mor. Germ,t c. vi.)
9 Molientibus bostium rari apparuere, qui conjunctis arborum truncis velut e'fastK-
glis turrium , sagittas tormentorum ritu effudere (Grec. Tue., lib. ii, cap. ix ; Hsitcv-
DiAif., lib. VII, cap. ▼.) -
*o Agathyrsi intcrstincti colore cfpruleo corpora simul et criues; et humiles quidem nvfnutis atque raris, nobiles vero latis, fucalis et densioribus noti8.'(Aiui. Marc,!. cap. II.)
Les Alains ne cnltivoient point la terre -, îts se nourrissoient de lait et de la chair des troupeaux; ils erroient avec leurs chariots d'éoorcede déserts en déserts. Quand leurs bêtes avoientconsommé toos les herbages, ils r^nettoieut leurs villes sur leurs chariots et les aUoieoEt planter ailleurs '. Le lieu oik ils s'arrètoient devenoit leur patrie *. Les Alains étoient grands et beaux ; ils avoient far chevelure presque blonde*, et quelque chose de terrible et de doux dans le regard ^ L'esclavage étoit inconnu chez eux^ iissortoient tous d'une source libre 4.
Les Goths , comme les Alains, de race Scandinave , leur ressembloient; mais ils avoient moins contracté les habitudes slaves, eit ils indinoient plus à la <^ivilisatk)n. Apollinaire a peint un conseil de vieillards goths. « Selon leur ancien usage, leurs vieillards se « réunissent au lever du soleil ; sous les glaces de l'Age , ils ont le « feu de la jeunesse. On ne peut voir sans dégoût la tovle qui « couvre leur oorps décharné , les peaux dont ils sont vêtus leur u descendent à peine au-dessous du genou. Ils portent des botte tines de cuir de cheval , qu'ils attachent par un simple nœud au te milieu de la jambe , dont la partie supérieure reste découverte ^. » Et pourquoi ces Goths étoient-ils assemblés? pour s'indigner de la prise de Rome par un Vandale, et pour élire un empereur romain!
Le Sarrasin , ainsi que l'Alain , étoit nomade : monté sur son dromadaire , vaguant dans des solitudes sans bornes , changeant à chaque instant de terre et de ciel , sa vie n'étoit qu'une fuite «.
Les Huns parurent effroyables aux Barbares •eux-mêmes ; ils considéroient avec horreur ces cavaliers au cou épais, aux joues déchiquetées, au visage noir, aplati et sans barbe, à la tête en forme de boule d'os et de chair, ayant dans cette tête -des trous plutôt que des yeux 7 , ces cavaliers dont la voix étoit gi-ôle et le geste sauvage. La renommée les représentoit aux Romains comme
* Velui carpentiB ciTitatei impoeitas rehuDt. (Ahm. Makc. lib. on, cap. ii.)
» Quocumque ierint Itlic genuiDum ezisiimant larem. (itf., U.)
s Crinibufl medioeriter flavis, oculorum tcmperaU torvitale, terriMIes. (/d., ib.)
4 Le latin dit plus : Omnes gemeroto semine pr^crsali. (Id.y ià.) — ^ Afoll. in Aiftt
^ Errant sempcr per spaila longe, lalequo dtoleiita. . . . Nec idem perferunl diutius co^
lum, aut iractus uniua loli iilia unquam placet. Vita est illts^mper In fùga. (Amii. Mabc,