MV, c. Y
7 £o quod erat eis specics parenda nigredine , sed velut qusdam (si dicifasest] deformis olb y non focies, liabeiisque magis puncta qutm lumlna nani maribus feiro gênas sécant.... hinc imberbes seneKunt. (Josnahd., de 9êk. Oet.f cap. xxnr.) Ubi quoniam ab ipii« nascendi primitiis iofantum ferro sulcantur «Itius genœ. (Amjii. Marcell.)
des botes marchant sur deux pieds , ou comme ces eflSgies difformes que Tantiquité plaçoit sur les ponts '. On leur donnoit une origine digne de la terreur qu'ils inspiroient : on les faisoit des* cendre de certaines sorcières appelées AUorumna, qui , bannies de la société par le roi des Goths Félimer, s'étoient accouplées dans les déserts avec les démons "^ .
Différents en tout des autres hommes, les Hnns n'nsoient ni de feu , ni de mets apprêtés ; ils se nourrissoienl d'herbes sauvages et de viandes demi-crues , couvées un moment entre leurs cuisses on échauffées entre leur siège et le dos de leurs chevaux ^ Leurs tuniques , de toile colorée , et de peaux de rats des champs , étoient ^ nouées autour de leur cou ; ils ne les abandonnoien t que lorsqu'elles tomboient en lambeaux 4. Ils enfonçoient leur tète dans des bonnets de peau arrondis , et leurs jambes velues dans des tuyaux de cuir de chèvre^. On eût dit qu'ils étoient cloués sur leurs chevaux , petits et mal formés , mais infatigables. Souvent ils s'y tenoient assis comme les femmes; ils y traitoient d'affaires, délibérant, vendant, achetant, buvant-, mangeant , dormant sur le cou étroit de leur bête , s'y livrant dans un profond sommeil à toutes sortes de songes ^
Sans demeure fixe , sans foyer, sans lois , sans habitudes dome»tiques, les Huns erroient avec les chariots qu'ils habitoient. Dans ces huttes mobiles , les femmes façonnoient leurs vêtements , s'a-
> ProdigioNB fbrm» et pandi , ut bipèdes exlstimes bestias , Tel quales in commarginandis pontlbus eflRgiati stipiles dolantur incompte. (AnM., lib. xxxi, cap. u.)
> Sicut a nobis dictnm est , reperit in populo suo (Filimer , rex Gothorum) quasdam magas malieres quas pairio sermone Miorumtias is ipse cognominat , easque habensampectas de medio gui proturbal , longcque ab exorcltn suo fugatas in soliludinem coegtt lerrœ. Quas sptrilus immundi per eremiJm vagantes dum vidissent , et earum se complexibus in coiiu miscuissent , genus hoc reroclMtmiiin ediUorc. (Jomkamd., cap. xiiv.)
3 In hominum aulem flgura licet insuavi ita viri sunt asperi , ut neque igni , neque saporatis indigeanl cibis , sed radicibus herbarum agrestium et lemlcruda cujusvis pecoris carne vescantur : quam inter femora sua et equorum terga subserlam , foiu calefaciunt brevi. (Amm., lib. xxxi, c. ii.)
4 Indumcntis operiuntur linleis, vel ex pellibus siWesirium murium consarcinatis
Sed semel obsoleti coloris lunica collo inserU non ante deponitur aut mutaïur, quam diuturna carie in pannulos defluxerit defhistata. (Amm., lib. xxxi, c. ii.)
5 Galeris incurvis capiU legunt» hirsota cnira corils munienles hsdinis. (/d., ib.) Saint Jérôme appelle ces bonnets des tiares, tiaras galeis. {in eptiaph. Nepot.)
« Verum equis prope affixi duris quidem, sed dcformibus, et muliebriter iisdem nonnunquam insidentes funguntur muncribus consuetis. Ex ipsii quivis in bac nalione pernox et per dies eniil cl vendit , cibumquc sumil et polum , et inclinatus cervici angust» juDienli , in altum soporem adusque varielatem eflunditur somniorum. {Id.f ibid.)
Nec ploi nabigenti doplex nalara biformes
Cognatls apiai il eqolK
( ClâI/DUN., in Bvf.f di iTimn., lib. i. )
bandonnoient à leurs maris , accouchoient , allaitoient leurs nourrissons jusqu'à l'âge de puberté. Nul, chez ces générations, ne pouvoit dire d'où il venoit , car il avoit été conçu loin du lieu où il étoit né , et élevé plus loin encore '. Cette manière de vivre dans des voitures roulantes étoit en usage chez beaucoup de peuples, et notamment parmi les Franks. Majorien surprit un parti de cette nation : « Lé coteau voisin retentissoit du bruit d'une noce ; les « ennemis célébroient en dansant, à la manière des Scythes, « l'hymen d'un époux à la blonde chevelure. Après la défaite on « trouva les préparatifs de la fête errante , les marmites , les mets (( des convives , tout le régal prisonnier et les odorantes couronnes
« de fleurs Le vainqueur enleva le chariot de la
« mariée'. »
Sidoine est un témoin considérable des mœurs des Barbares dont il voyoit l'invasion. « Je suis, dit-il, au milieu des peuples che- « velus, obligé d'entendre le langage du Germain, d'applaudir, «< avec un visage contraint, au chant du Bourguignon ivre, les « cheveux graissés avec du beurre acide. . . . Heureux vos yeux , « heureuses vos oreilles , qui ne les voient et ne les entendent « point ! heureux votre nez, qui ne respire pas dix fois le matin « i^odeur empestée de l'ail et de l'oignon M »
Tous les Barbares n'étoient pas aussi brutaux. Les Franks, mêlés depuis longtemps aux Romains , avoient pris quelque chose de
I Omnes cnim sine sedibus flxis , absquc lare vel legc aut ritu stabili dlspalanlur , scmper fiiKienlium similes cuni carpentis in quibu8 habitant: ubi conjugcs tctra iilis vestimenta coiitexunt, et coeuutcum maritis, et pariunt et adusque pubortatem nutriuntpueros. Nullusque apud eos interrogatus rcapondere unde oritur potest , alibi conceptus, natiuque procul , et longius educatiu. (/d., ibid,)
• fion iip0 colle propinquo ,
B«rb«rictt> resoDabtl iiyinen , teyihtcfflque dioreif Erubebat fliTO simili* aora nopta marito.
Barbarie! raga feiU torl coiiTlctaqoe paulm Fercala, captiraaqae dtpes , clrroque mac^ente Ferre coronatos redolentla lerta lebete< ,
raplt CMeda ? ictor
NobeoteaMioe Dorum.
(Apollim., im Pantgyr. MaJ«r.) Inler crlnlfeaaa fltora calerTat, Et Kennantca terba rastinentain , Laadootem tetro robinde thUo , Qoos Borpundlo cantal escvlenlus, lotaodeaa addo comam botyro ?
Fdlrea ocoloi tnot et auret, Feneenqae llbet Tocare nania.
Col noo ailla aordldaque cep»
ftoctaot mane doto decem apparatoj.
(AP0LLI9., carni. zri.)
leur propreté et de leur élégance. « Le jeune chef marchoit à pied * « au milieu des siens ^ son vêtement d'écarlate et de soie blanche « étoft enrichi d'or; sa chevelure et son teint avoient l'éclat de sa « parure. Ses compagnons porloient pour chaussure des peaux de « bêtes garnies de tous leurs poils \ leurs jambes et leurs genoux « étoient nus \ les casaques bigarrées de ces guerriers montoient <( très-haut, serroient les hanches et descendoient à peine au «t jarret; les manches de ces casaques ne dépassoient pas le coude. « Par-dessous ce premier vêtement se voyoit une saie de couleur « verte bordée d'écarlate , puis une rhénone fourrée, retenue par « une agrafe*. Les épées de ces guerriers se suspendoient à un « étroit ceinturon , et leurs armes leur servoient.autant d'orne- « ment que de défense : ils tenoient dans la main droite des piques « à deux crochets ou des haches à lancer ; leur bras gauche étoit « caché par un bouclier aux limbes d'argent et à la bosse dorée *• » .Tels étoient nos pères.
Sidoine arrive à Bordeaux, et trouve auprès d'Euric, roi des Yisigolhs , divers Barbares qui subissoient le joug de la conquête. « Ici se présente le Saxon aux yeux d'azur : ferme sur les flots , il « chancelle sur la terre. Ici l'ancien Sicambre , k l'occiput tondu , « tire en arrière , depuis qu'il est vaincu , ses cheveux renaissants « sur son cou vieilli ; ici vagabonde l'Hernie aux joues verd&tres « qui laboure le fond de l'Océan , et dispute de couleur avec les « algues ; ici le Bourguignon , haut de sept pieds , mendie la paix <« en fléchissant le genou ^. »
Une coutume assez générale chez tous les Barbares, étoit de boire la cervoise (la bière) , l'eau , le lait et le vin dans le crâne des ennemis. £toient-ils vainqueurs , ils se livroient S mille aetes de férocité ; les têtes des Romains entourèrent le camp de Yarus , et les centurions furent égorgés sur les autels de la divinité de la guerre 4. £toient-ils vaincus, ils tournoient leur fureur contre
> Sorte de manteau en usage cbez les peuples des bords du Rhin.
> Apolli»., lib. IT, EfUU ad Domnit,
3 Istlc StxoDt nemlam TldemiM , Ametom «nte mIo , loioin timere.
Bic , toiuo ocdplU , senex Sicarober, Poftqoam tIcIiu est« elicit relrorsum G«rTicem ad ? elerem noros captUot :
Ulc (laadf Heinlos genis Tagatur, Imoi Ocaaoi colens recearas, AlgoM) prope ooocolor profando.
lllc Borgandio sepUpe* freqoentar Flexo poplUe nippUcat quletem.
(ApoluNm llb. Yin ,eplst.iX.)
4 Medio campl albentU oisa , ut fUgerant , ut reititerant , dii|iect« Tel aggerata. AdUtce-
402 FTDDES
eux-mêmes. Lescompagnons de ia première ligne des Cîmbres que défit Marius furent trouvés sur le champ de bataille attachés les uns aux autres ; ils avoient voulu impossibilité de reculer et nécessité de mourir. Leurs femmes s'armèrent d'épées et de haches ; hurhmt , grinçant des dents de rage et de douleur, elles (Irappoîent et Cimbres et Romains, les premiers comme des lâches, les seconds comme des ennemis ; au fort de la môlée , elles saisîssoient avec leurs mains nues les épées tranchantes des légionnaires , leur arrachoient leurs boucliers , et se foisoient massacrer. Sanglantes , échevelées , vêtues de noir, on les vit, montées sur les chariots , tuer leurs maris, leurs frères , leurs pères , leurs fils , étouffer leurs nouveau-nés, les jeter sous les pieds des chevaux et se poignarder. Une d'entre elles se pendit au bout du timon de son chariot , après avoir attaché par la gorge deux de ses enfants à chacun de ses pieds. Faute d'arbres pour se procurer le même supplice, le Gimbre vaincu se passoit au cou un lacs coulant, nouoit le bout de la corde de ce lacs aux jambes ou aux cornes de ses bœulis : ce laboureur d'une espèce nouvelle , pressant l'attelage avec raôguillon , ouvroit sa tombe*.
On retrouvoit ces mœurs terribles parmi les Barbares du cinquième siècle. Leur cri de guerre faisoit palpiter le cœur du plus intrépide Romain : les Germains poussoient ce cri sur le bord de leurs boucliers appliqués contre leurs bouches *. Le bruit de la corne des Goths étoit célèbre ; j'en ai parlé.
Avec des ressemblances et des différences de coutumes, ces peuples se distingooient les uns des autres par des nuances de caractères *. « Les Goths sont fourbes , mais chastes , dit Salvien ; u Hes Allamans , impudiques, mais sincères; les Franks, menteurs, c( mais hospitaliers ; les Saxons , cruels , mais ennemis des volupu tés '. » Le même auteur fhit aussi l'éloge de la pudicité des Goths, et surtout de celle des Vandales. Les TaïfiileB , peuplade de la Dacie, péchoient par le vice contraire. Chez eux » les jeunes
bant fragmini telorum , equoruroque artns, itmul tnincis arboram inteflxa ora; lucls propinquis barbarœ ars , apud quas trlbunos» ae primoram onflmuD centuriones mactarerant : et cladis ejus supersiiles, pugnam aut rlncula elipdi referebant, bic cecidisse legatos, illic raptas aquilas. (Tacit., ^nn.,4, 61.)
« Plutarc, in vit. McnHi.
> Nec Um Yoces ills quam virtutis concentus Tldentur. Adfectatur prscipue asperitas 8oni f et fracium murmur, objeclis ad oa aouUa , quo pleuior el gravior vox repercussu intumescat. (Tac, de Mor, Germ.f m* )
s Gothorum gens perflda , aed padiea Ml. Atamanoniiii impiidica , sed minus perfida : Franci mendaces , sed hospltalei: Stxones cmdelitale efferi, sed caslitate mirandi. (Sal- TUM., rfi CrMèff». D9i, Ub. YU, p. S5e. Ptriliif , IM6.)
garçons étoient forcés de se marier par contrat avec des bommes; la fleur de leur jeunesse se consumoit dans ces exécrables unions; ils ne pouvoient ôlre délivrés de ces incestes qu'après avoir tué un sanglier ou un ours'.
Les Huns, perfides dans les trêves, étoient dévorés de la soif de For. Abandonnés à l'inslinct des brutes, ils ignoroient l'honnête et le déshonnéte. Obscurs dans leur langage , libres de toute religion et de toute superstition, aucun respect divin ne les encbal* noit. Colères et capricieux, dans un même jour ils se séparoient de leurs amis sans qu'on eût rien dit pour les irriter et leur rêve* noient sans qu'on eût rien fait pour les adoucir *.
Quelques-unes de ces races étoient anthropophages. Un Sarrasia tout velu et nu jusqu'à la ceinture, poussant un cri rauque et lugubre, se précipite, le glaive au poing, parmi les Goths arrivés sous les murs de Gonstantinopie après la défaite de Yalens ^ il colla ses lèvres au gosier de l'ennemi qu'il avoit blessé, et en suce le sang aux regards épouvantés des spectateurs ^ Les Scythes de l'Europe montroient ce même instinct du furet et de la hyène 4 : saint Jérôme avoit vu dans les Gaules des Atticotes , horde bretonne, qui se nourrissoient de chair humaine : quand ils rencontroicnt dans les bois des troupeaux de porcs et d'autre bétail, ils coupoient les mamelles des bergères et les parties les plus succulentes des pâtres, délicieux festin pour eux ^. Les Alains arr»* choient la tête de l'ennemi abattu , et de la peau de son cadavre ils caparaçonnoient leurs chevaux ^ Les Budins et les Gelons se fti» soient aussi des vêlements et des couvertures de cheval avec la peau des vaincus? dont ilsse réservoient la tête*. Ces méaies Geloas
* Ut apud eos nefandi concubitus fœdere copalenlar maribui pubères; «ttUa rlridlUH teiD in eorum poilu lis usibus consumplurl. Porro si quis jam adulUis aprum exceperit 8o« lus, Tel interemeril ursum immaucm, colluvtone liberatur iucesti. (Amm., lib. xxxi, cap. IX.)
> Amm. Margbll., Hb. XXXI, cap. n.
3 Ex ea ctiim crinltus quidam , nudus omnia prster pubem, subraucum et lugubre t^r^ pens, cducto pugione agmini se medio Golborum inseruil, et interfecti hostis jugulo Itbra admoTlt , effusumque craorein exniiit. (Amm., lib. xxxi, c. xn.)
4Ipsis ex vulneribus ebibcre. (Pomp. Mêla, deScyih, Europ.t I. ii, c. i.)
s Quid loquar de cœteris nationibus , qaum ipse adolescentultts in Gallia viderim Atti-* cotos, gcnicm britannicam, humanis resci carnibus; et quum persllvas porcorum gregca et armeniorum pecudumquo reperiant, pastorum notes et feinlnanini , et papWas solere abscindere, et bas solas clborum dellcias arbitrarl ? (S. Hisaoïf., t. IT, p. 9(M ; adJotHn., lib. II.)
6 luterfcclorum avulsis capilibus delractas pelles pro phaleris jumentis accommodant bellatoriiB. (Amm. Marc, lib. xxi, c. ii.)
7 Budini suut et Geloni perquaro Teri, qui delractis calibus hostium Indumenta sibi, equisquc teginina coiiflciutit. (/d., ibid.)
0 Illos , reliqui corporis ; se , capitum... (Pomp. Mbla, 1. xi, c. ir.)
se découpoient les joues ; un visage tailladé , des blessures qui présentoient des écailles livides surmoutées d'une crête rouge , étoient le suprême honneur '.
L'indépendance étoit tout le fond d'un Barbare, comme la patrie étoit tout le fond d'un Romain , selon l'expression de Bossuet. Être vaincu ou enchaîné paroissoit à ces hommes de batailles et de solitudes chose plus insupportable que la mort : rire en expirant étoit la marque distinctive du héros. Saxon le Grammairien dit d'un guerrier : « Il tomba, rit et mourut ^ » Il y avoit un nom particulier dans les langues germaniques pour désigner ces enthousiastes de la mort : le monde devoit être la conquête de tels hommes.'
Les nations entières, dans leur âge héroïque , sont poètes : les Barbares avoient la passion de la musique et des vers; leur muse s'éveilloit aux combats , aux festins et aux funérailles. Les Germains exaltoient leur dieu Tuiston ^ dans de vieux cantiques : lorsqu'ils s'ébranloient pour la charge, ils entonnoient en chœur le Bardit , et de la manière plus ou moins vigoureuse dont cet hymne relentissoit ils présageoient le destin futur du combat^.
Chez les Gaulois , les Bardes étoient chargés de transmettre le souvenir des choses dignes de louange ^.
Jornandès raconte qu'à l'époque où il écrivoit , on entendoit encore les Goths répéter les vers consacrés à leur législateur ^. Au banquet royal d'Attila, deux Gépides célébrèrent les exploits des anciens guerriers : ces chansons de la gloire attablée animoient d'un attendrissement martial le visage des convives. Les cavaliers qui exécutèrent autour du cercueil du héros tartare une espèce de tournoi funèbre, chantoient. «C'est ici Attila, roi des Huns, « engendré par son père Mundzuch. Vainqueur des plus fières « nations, il réunit sous sa puissance la Scythie et la Germanie^ « ce que nul n'avoit fait avant lui. L'une et Tautre capitales de « l'Empire romain chanceloient à son nom : apaisé par leur sou- « mission, il se contenta de les rendre tributaires. Attila, aimé
I Dlnf tri }am tan dMiator celias honora , Sqnamms et ratUlf «tiaiiuiKm li? id« otmiIi
On gerans
( APOLLur. , in Poneg: Avit,^ t. fl4l. )
* Mà&lit, IfUrod. à t*hist, du Danem.f c. xix; Sâx. Gramm.
3 Célébrant cirminibus antiquis Tuistonem deum.
4 Sunt lUis haBc quoque carmina quorum relatu , quem fiarditiiitt vocant , accendunt «niiDOs, rutursque pugn» fortunam ipso cantu augurantur. (Tac, de Mor, Germ., ui.)
5 Bardi , qui de laudatiooibus rebusque poeticia studCDt* (SnUB.| 1. Ti.)
0 JORMÀKD., 1. TUI.
« jusqu'au bout du destin , a flni ses jours, non par le fer del'en- « nemi,non parla trahison domestique, mais sans douleur, au <( milieu de la joie. Est-il une plus douce mort que celle qui n'ap* « pelle aucune vengeance ' ? »
Un manuscrit originaire de l'abbaye de Fulde , maintenant à Cassel>, a par hasard sauvé de la destruction le fragment d'un poëme teutonique qui réunit les noms d'Hildebrand , de Théodoric, d'Hermanric , d'Odoacre et d'Attila. Hildebrand, que son fils ne veut pas reconnoître, s'écrie : « Quelle destinée est la mienne ! « J'ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés, et « maintenant il faut que mon propre enfant m'étende mort avec « sa hache, ou que je sois son meurtrier. »
L'Edda ( l'aïeule ), recueil de la mythologie Scandinave, les Sagga ou les traditions historiques des mômes pays, les chants des Scaldes rappelés par Saxon le Grammairien , ou conservés par Olaùs Wormius , dans sa Littérature runiqtie, offrent une multitude d'exemples de ces poésies. J'ai donné ailleurs une imitation du poëme lyrique de Lodbrog , guerrier scalde et pirate. « Nous avons
« combattu avec l'épée Les aigles
« et les oiseaux aux pieds jaunes poussoient des cris de joie. . •
« Les vierges ont pleuré longtemps. . . ;
« Les heures de la vie s'écoulent : nous sou-
« rirons quand il faudra mourir ^ » Un autre chant tiré de l'Edda reproduit la même énergie et la même férocité.
Hogni et Gunar, deux héros de la race des NiQIungs , sont prisonniers d'Attila. On demande à Gunar de révéler où est le trésor des Nifllungs , et d'acheter sa vie pour de l'or.
Le héros répond :
« Je veux tenir dans ma main le.cœur d'Hogni , tiré sanglant
* Prncipuus Hunnonim rex Attila, pâtre genitus Mundzucco , fortisslmarum gentiam dominus , qui inaudita ante se potcnlia solus scythica et germanica régna posaedit, née non utraque romans urbis iniperia caplis civitatibus terruit, et ne praxia reliqua subderent.placalus precibus, annuum vectigal accepii. Quumque bsc omnia proventu félicita- Us egerit, non Tulnere hosUum, non fraude suorum, sed gente incolumi intergaudia lœtus , sine sensu doloris occubuit. Quis ergo hune dical ezitum , quem nullus «estimât Tindicandum? ( Jornaiid. , cap. xlt.)
« Voyez ci-après la note i , p. 406.
) Martyrs , liv. n.
Parna? iaras eninnu.
Vit* «laiMB sont hor» ; Ridens morlar.
Le texte Scandinave de celte ode a été publié en lettres runiques par Wormius, im, run.f p. 497 , et transporté dans le recueil de Biorner : elle a ringi-iieuf strophes.
« de la poitrine du vaillant héros, arraché avec an poignard « émoussé du sein de ce fils de roi.
« Ils arrachèrent le cœur d'un lâche qui s*appeloit Hialli ; ils le « posèrent tout sanglant sur un plat, et l'apportèrent à Gunar. *: « Alors Gunar , ce chef du peuple , chanta : « Ici je vois le cœur « sanglant d*Hialli ; il n'est pas comme le cœur d'Hogni le brave; « il tremble sur le plat ou il est placé, il trembloit la moitié <« davantage quand il étoit dans le sein du lâche. »
«c Quand on arracha le cœur d'Hogni de son sein , il rit ; le <« guerrier vaillant ne songea pas â gémir. On posa son cœur san- « glant sur un plat , et on le porta â Gunar.
» Alors ce noble héros , de la race des Nifilungs , chanta : « Ici je <« vois le cœur d'Hogni le brave; il ne ressemble pas au cœur d'Hialli M le lâche ; il tremble peu sur le plat où on l'a placé ; il trembloit « la moitié moins quand il étoit dans la poitrine du brave.
« Que n'es-tu , 6 Atli (Attila) , aussi loin de mes yeux que tu le « seras toujours de nos trésors ! en ma puissance est désormais le H trésor caché des Nifflungs-, car Hogni ne vit plus.
« J'étais toujours inquiet quand nous vivions tous les deux ; «c maintenant je ne crains rien ; je suis seul '. »
Ce dernier trait est d'une tendresse sublime.
Ce caractère de la poésie héroïque primitive est le même parmi tous les peuples barbares -, il se retrouve chez Tlroquois qui pr^
■ Je doin ce chêBt, Uré de TEdda, et le fragment du poëme épiqne du manuscrit de ^lilde, A M. Ampère, dont J*al parlé dans la préface de ces Études. On sera bien aise d*enlendre ce jeune littérateur , plein de savoir et de talent, sur un genre d'étude qu'il a approfondi , et qui manquoit à la France. Von traTail auroltparu moins aride aux lecteurs, si j'avois toujours pu l'enrichir de morceaux pareils à celui qui ra terminer celte
note.
<f La grande famille des nations gemaniqnes ( c'est K. Ampère qui parle ) peut se et diviser en trots branches, la branche gothique, la branche tcutoniquc et la branche « acandénare.
0 U M mie d'autre poQurnent dei langues gothiques que la traduction de la Bible par « Ulphilas.
0 Le plot ancien moaumeni des langues teutoniques est un firagment épique conservé M dans un manuaorit contenant le livre de la Sagesse et quelques autres traités religieux. m Ce manuscrit , originaire de l'abbaye de Fulde , est maintenant à Cassel , où je Tai vu. « Dans Fintérieur de la couverture, une main inooiwuie avoit tracé le fragment dont je « parle , le tout du huitième siècle ou de la première moitié du neuvième *. Les person- « nages qui paroissent dans ce court morceau , ceux dont on parle , leur situation respec- « tivCfCt les événements auxquels il est fait allusion, tout cela appartient à ce grand « cycle épique de l'ancienne poésie allemande , dont les Niebetung en et le livre des Hé* « ros sont des refontes plus modernes. Cette page du nennscrit de Cassel est donc le plus <« ancien et le plus curieux débris de ce cycle. Il nous intéresse i double titre , car ce mo- « numeot gi^rmanique est pour nous un monument national. La langue dans laquelle
céda la société dans les forêts du Canada , comme chez le Grec redevenu sauvage, qui survit à la société sur ces montagnes du Pinde où il n'est resté que la muse armée. « Je ne crains pas la « mort , disoit l'Iroquois ; je me ris des tourments. Que ne puisrje M dévorer le cœur de mes ennemis ! »
« il est écrit est le haut allemand , dont Tidiome des Francs étoit un dialecte. Ce mor- « oeau Ikisoit probaMement partie de ces poëmes bm'àarts et dé^ tris-Mmcimu au ooai- « meucement du aeuviènie siècle, que Ckarlieinagnio avoil fait recueillir et Iranscrii&iiQ u a propre main *.
(c Ce fragment contient le récit d*une rencontre entre deux guerriers du cycle dont J*ai « parlé t le Tieil Hlldebrand et son flls Hadebrand. HiMebrand est Tami , le mentor du <f kéroft par excellence, de Théodorio. Selon U légende, et non pas selon TUstolre, Théo- « doric avoil été forcé de laisser son royaume aux mains d'Uermauric , qui , à Tinstiga- « tton d*Odoacre, s'en étoit emparé. Le héros fugitif avolt trouTé un asile chei le roi des « Huns, Attila. Ainsi s'étoit groupe , d'une manière fabuleuse , le souvenir de ces quatre <f noms historiques resté confusément dans la mémoire des peuples. L'usurpateur étant « mort , Théodoric revenoit dans sea états arec le vieil HUdobrand , quand celui-ci ren- « contre son flls Hadebrand , qui étoit resté à Bem ( Vérone ). Us ne se connoissoient ni « Tun ni l'autre. loi commence le fragment, dont le grand style rappelle l'école bomé- « rique. »
J'ai otd dire que te profaûquéretU dans une renconire HildebranA et Hadebraud^ la fére et le fiis. Alere les héros arrangéreui iew sarrau ** de guerre, se couorirenl de leur vêtement de èataiUe^ et par-dessus ceignirent leurs gtaioes. Comme Us lançoient tes ekevaux pour le eomèat, Bildebrand, fils d'Hereèrand . parla ; e*étoit un homme «obie , d'un esprit prudent. Il demanda hriévem^nt qui étoit son père parmi la race des hommes, eu s De quelle famUle es-tu ? Si tu me l'apprends Je te donnerai un vêtement de guerre à triple fit'; car je eonnois , 6 guerrier l toute la race des hommes,
ifadtbrand, fils d^Biidebrand , répondit i Des hommes vieux et sages dans mon poffs , qui maintenant sont morts, m'ont dit que mon père s'appelait HUdebrand; je m'appelle Hadebrand. Un jour il s'en alla vers l'Est ; U fuyoit la haine d'Odoacre {Olhaehr),U étoit avec Théodoric [Theothrich) et un grand nombre de ses héros. Il laissa seuls , dans son pays , sa jeune épouse, son fils encore petit , ses armes qui n'avoient plus de madré ; {/ s'en alla du celé de l'Est, Depuis^quand commencèrent les tnalheurs de mon cousin Théodoric, quand il fut un homme sans amis , mon père ne voulut plue rester avec Odoacre. Mon père étoit connu des guerriers vaillants ; ce héros intrépide combattoit toujours à la tête de Cannée ; il aimott trop à combattre , je ne pense pas qu'il soit encore en vie- — Seigneur des hommes , dit Hildebrand, jamais du haut du ,ciel tu ne permetU'as un combat semblable entre hommes du même sang. Alors il âta un précieux bracelet d'or, qtU entouroil son bras , et que le roi des Huns lui avoU donné. Prends-le, ditAl à son fils, je le le donne en présent. Hadebrand, fils d'HildO' brand, répondit : Cest la lance à la main , pointe contre pointe, qu'on doit recevoir de semblables pré*ents. Vieux HUn I tu es un mauvais compagnon; espion rusé, tu veux me tromper par tes paroles , et moi Je veux te jeter bas avec nia lance. JH vieux fpeuxtu forger de tels mensonges ? Des hommes de mer, qui avoient navigué sur la mer des Fendes, m'ont parlé d'un combat dans lequel a été tué Hildebrand , fils d'Herebrand. Hlldebrand , fils d'Herebrand, dit : Je vois bien à ton eurmure que tu ne sers aucun chef illustre , et que dans ce royaume tu n'as rien fiiit de vaUkmt. Hélas ! hélas ! Dieu puiS' sant! quelle destinée est la mienne! J'ai erré hors de mon pays soixante hivers et
* L'oplnioo si Boafent èoonoèe qae Cbartomaroe ne lavolt pas écrire ponrrolt bien être nne fable. Voici ce qae dit de lui an ooDlemporaln : Item berbara it antiquUtlwui earmina quibut vetemm eetm «I beUa cantabantur Bcrlpilt mtmoriœqus mandavlt. ( E<«IHUABT, fita Car. Slagni , cap. xxiz. )
** Ce mot est d'origioe germanique , il eit ici employé dans le teite {$aro). Je l'ai vonserre, nesacbanl comment le remplacer.
« Mange , oiseau (c'est une tête qui parle à un aigle dans Téner- « gique traduction de M. Fauriel ) , mange , oiseau , mange ma « jeunesse^ repais-toi de ma bravoure^ ton aile en deviendra «c grande d'une aune, et ta serre d'un empan ■• »
Les lois mêmes étoient du domaine de la poésie. Un homme d'un rare talent dans l'histoire , M. Thierry, a forl ingénieusement remarqué que les premières lignes du probgue de la loi salique semblent être le texte littéral d'une ancienne chanson ; il les rend ainsi d'un style ferme et noble.
« La nation des Franks, illustre, ayant Dieu pour fondateur, «« forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde « en conseil , noble et saine de corps , d'une blancheur et d'une
tcixante étés. On me plaçoii toujov^t à la tête des combaUanU ; dans aucun fori on nem*a mis les chaînes aux pieds , et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende avec son glaive , m*étende mort avec sa hache , ou que je sois son meurtrier. Il peut t'arriver facilement, si ton bras te sert bien, que tu ravisses à un homme de cœur son armure» que tu pilles son cadavre ; fais-le, si tu crois en avoir le droit , et que celuU ià soit le plus infâme des hofnmes de l'Est qui te détoumeroit de ce combat > dont tu as un si grand désir. Bons compagnons qui nous regardez, jugez dans votre courage qui de nous deux at^ourd*hui peut se vanter de mieux lancer un traitt qmi saura se rendre maitrede deux atTnures. Alors ils firent voler leurs javelots à pointes tranchantes, qui M'arrêtèrent dans leurs boucliers ; puis ils s'élancèrent l'un sur l'autre. Les haches de
pierre r^sonnoient Ils frappoient pesamment sur leurs blancs boucliers ; leurs
armures étoient ébranlées , mais leurs corps demeuroient immobiles
« Ici s'arrête le fragment. Je cite les premiers vert da texte pour donner idée de l*alle- « mand d*alors : on verra quMl étolt beaucoup plus sonore que Tallemand d*ai;^oard*hui :
Ik gfhortt (hct Mffen , that alh orhettun anon maoUa Bildlbranth eott Haibabrcnt aotar herlontoam. Sona fatar nngo. Iro laro rlthun , GamotOB m tro gottaanran , fortor alh Iro mert ana , Helldof, nlier rlnga do il to dero hflto rltoau
« Comme exemple de l'ancienne poésie Scandinave , je citerai le trait suirant tiré de « l'Edda. Ici nous trouverons autant de grandeur, mais moins de calme ; plus de violence « et de férocité , mais une férocité sublime. »
(Ici M. Ampère donne le chant de Gunar tel que je Tai transporté dans mon récit ; p. 405. )
« Voici , continue le savant traducteur, un échantillon de la langue Scandinave an- « cienne, dans laquelle existe ce morceau remarquable , comme eD général tous ceux de a l'Edda , par un caractère sombre et grand.
Hlaru skal nèr Havfaa
ilMBdillcgSa Blôthoft «r britett Soorit bcld-rllba Saxl sHthr-Mto Synt tUo thaot.
Skaro tMr htarta .. . qjâlla te brIteU
Blotbvct that a bjofh laD|tho Ok bkro for Ganar.
* Chtnti popidairei de la Grèot .
« beauté singulière, hardie, agile et rude au combat, depuis peu « convertie à la foi catholique , libre d'hérésie ; lorsqu'elle étoit « encore sous une croyance barbare , avec l'inspiration de Dieu , tt recherchant la clef de la science , selon la nature de ses qualités, « désirant la justice , gardant sa piété ; la loi salique fut dictée « par les chefs de cette nation , qui en ce temps commandoient « chez elle
Cl Vive le Christ qui aime lesFranks! Qu'il regarde leur royaume..; <c Cette nation est celle qui , petite en nombre , mais brave et forte , « secoua de sa tète le dur joug des Romains. »
La métaphore abondoit dans les chants des scaldes : les fleuves sont la sueur de la terre et le sang des vallées, les flèches sont les filles de l'infortune, la hache est la main de l'homicide, l'herbe est la chevelure de la terre, la terre est le vaisseau qui flotte sur les âges, la mer est le champ des pirates, un vaisseau est leur patin ou le cour^ ster des flols.
Les Scandinaves avoient de plus quelques poésies mythologiques. « Les déesses qui président aux combats , les belles Walky- « ries étoient à cheval , couvertes de leur casque et de leur bou- « clier. Allons, disent-elles, poussons nos chevaux au travers de « ces mondes tapissés de verdure qui sont la demeure des dieux. »
Les premiers préceptes moraux étoient aussi confiés en vers à la mémoire : « L'hôte qui vient chez vous a les genoux froids, « donnez-lui du feu. Il n'y a rien de plus inutile que de trop boire « de bière : l'oiseau de l'oubli chante devant ceux qui s'eni- « vrent, et leur dérobe leur ame. Le gourmand mange sa mort. « Quand un homme allume du feu , la mort entre chez lui avant « que ce feu soit éteint. Louez la beauté du jour quand il est fini, te Ne vous fiez ni à la glace d'une nuit , ni au serpent qui dort, ni ce au tronçon de l'épée, ni au champ nouvellement semé. »
Enfin les Barbares connoissoient aussi les chants d'amour : « Je ce me battis dans ma jeunesse avec les peuples de Devonstheim , je c< tuai leur jeune roi ; cependant une fille de Russie me méprise.
<c Je sais faire huit exercices; je me tiens ferme à cheval ; je « nage , je glisse sur des patins, je lance le javelot, je manie la « rame ; cependant une fille de Russie me méprise '. »
Plusieurs siècles après la conquête de l'Empire romain , l'usage des hymnes guerriers continua : les défaites amenoient des complaintes latines dont l'air est quelquefois noté dans les vieux ma-
* Les deu9i Editât tes Sagha; Woui. , tUL Runie, ; Mallbt, eUU de Danew^
niMcrits : Angelbert gémit sur la bataille de Fontenay et aar la mort de Hugues , bâtard de Charlemagne. La fureur de la poésie étoit telle, qu'on trouve des vers de toutes mesures jusque dans les diplômes du huitième , du neuvième et du dixième siècle '. Un ebant teutonique conserve le souvenir d'une victoire remportée sur les Normands, l'an 881 , par Louis, (ils de Louis le Bègue. « J'ai connu un roi appelé le seigneur Louis, qui servoit Dieu de
« bon cœur, parceque Dieu le récompensoit U saisit la lance
« et le bouclier, monta promptement à cheval , et vola pour tirer « vengeance de ses ennemis*. » Personne n'ignore que Charlemagne avoit fiiit recueillir les anciennes chansons des Germains.
La Chronique saxonne donne en vers le récit d'une victoire remportée par les Anglois sur les Danois, et l'Histoire de Norvège, l'apothéose d'un pirate du Danemark tué avec cinq autres chefs de corsaires sur les côtes d'Albion '.
Les nautoniers normands célébroient eux-mêmes leurs courses^ un d'entre eux disoit : « Je suis né dans le haut pays de Norvège, « chez des peuples habiles à manier l'arc; mais j*ai préféré hisser « ma voile , l'effroi des laboureurs du rivage. J'ai aussi lancé ma « barque parmi les écueils, loin du $ijour des hommes. » Et ce scalde des mers avoit raison , puisque les Danes ont découvert le Y ineland ou l'Amérique.
Ces rhythmes militaires se viennent terminer à la chanson de Roland , qui fut comme le dernier chant de l'Europe barbare. « A la bataille d'Hastings , dit admirablement le grand peintre M d'histoire que je viens de citer , un Normand appelé Taillefer M poussa son cheval en avant du front de bataille, et entonna le « chant des exploits, fameux dans toute la Gaule, de Charlemagne M et de Roland. En chantant il jouoit de son épée, la lancoit en (« l'air avec force , et la recevoit dans sa main droite ; les Normands « répétoient ces re(t*ains ou crioient : Dieu aide ! Dieu aide ^ ! **
Wace nous a conservé le même fait dans une autre langue :
Taillefer, qui moult bien ohintûit Sur oo clie?aLqui tost allait, BeTHOt eut alloit cbantant De Karlemagne et de Rollant, Et d'Ollfier et des Tassaui Qal mounireiit à Raimehefaux.
I Voyei entre autres une charte de Tan 855. > Herum GalL tt Pranc. teripi,, t. ix, p. M.
i Voyez ces chanls dans Vaittoire de la conquête de V Angleterre par Us Normands , de M. A. Thierry, 1. 1, p. 131 de la 3^. édit. 4 TuonuiT , tfi#f. de la conquête de l'AngL par le$ Normande , 1. 1 , p. MS.
Cette ballade héroïque , qui se devroit retrouver dans le roman de RoUant et d'Olivier, de la bibliothèque des rois Charles V, VI et VII ', fut encore chantée à la bataille de Poitiers.
Le^ poésies nationales des Barbares étoient accompagnées du son du fifre, du tambour et de la musette. Les Scythes, dans la joie des festins , faisoient résonner la corde de leur arc •. La cithare ou la guitare étoit en usage dans les Gaules^, et la harpe dans Tile des Bretons ; il y avoit trois choses qu'on ne pouvoit saisir pour dettes chez un homme libre du pays de Galles : son cheval , son épée et sa harpe.
Dans quelles langues tous ces poèmes étoient-ils écrits ou chantés? Les principales étoient la langue celtique , la langue slave, les langues teutonique et Scandinave : il est difficile de savoir à quelle racine appartenoit l'idiome des Huns. L'oreille dédaigneuse des Grecs et des Romains n'entendoit dans les entretiens des Franks et des Tartares que des croassements de corbeaux ^ ou des sons non articulés , sans aucun rapport avec la voix humaine ^ -, mais quand les Barbares triomphèrent , force fut de comprendre les ordres que le maître donnoit à l'esclave. Sidoine Apollinaire félicite Syagrius de s'exprimer avec pureté dans la langue des Germains : » Je ris , dit « le littérateur puéril , en voyant un Barbare craindre devant vous M de faire un barbarisme dans sa langue^. » Le quatrième canon du concile de Tours ordonne que chaque évêque traduira ses sermons latins en langue romane et tudesque?. Louis le Débonnaire flt mettre la Bible en vers teutons. Nous savons par Loup de Ferrières que sous Charles le Chauve on envoyoit les moines de Ferrières à Pruym pour se familiariser avec la langue germanique «. On fit connoltre à la même époque les caractères dont les Normands se servoient pour garder la mémoire de leurs chansons*, ces caractères s'appeloient runstabath ; ce sont les lettres runiques: on y joignit celles qu'Ethicus avoit inventées auparavant, et dont àaint Jérôme avoit donné les signes.
La parole usitée dans les forêts est dès sa naissance une parole complète pour la poésie : sous le rapport des passions et des images,
* Du CàHGB, Toce cantUena Roliandi; Mém, de fAc, de* fnêciHpt., t. i» partie i, p. 5«7 ; Hist. litt. de la France , t. vu , Averliss. , p. 75.
■ Dio». Sic. — J Plut in Demelr. — * JuLiàii. Op.
s Nec alla voce nolum , nisi qus humani sermonis imaglneni assignabat. ( Jornamd. , cap. xxrv,^er«ft.cc/.}
^ ^Esliniari minime potcsl quanto mihi cdUcrisquo sit Yisui, quolies aiidio quod te priesenii formidet facerr lingiin* tiw barbarus barbarismum. ( Rer. Gall. et prane. script., 1. 1, p. 791. )
: ConcU. cail. — • Lcp. Fer»., pp. lm et ici.
elle dégénère en se perfectionnant. L'homme perd en imagination ce qu'il gagne en intelligence -, enchaîné dans la sociabilité, l'esprit s'effraie d'une expression indépendante , et dépouille sa libre et flère allure. Il n'y a rien d'aussi vivant que le grec d'Homère , depuis longtemps passé avec Ulysse et Achille : ce ne sont pas les langues primitives qui sont mortes , c'est le génie qui n'est plus là pour les parler et les entendre.
Quelques monuments des langues de nos ancêtres nous restent -, on est obligé d'avouer qu'elles étoient plus douces et plus harmonieuses dans leur âge héroïque, qu'elles ne le sont aujourd'hui dans leur âge humain. L'évéque des Goths , Ulphilas , traduisit dans son idiome paternel, au quatrième siècle, les Évangiles: conservés jusqu'à nos jours, ils ont été imprimés avec des glossaires et de savantes recherches '. Si vous comparez le teutonique d'Ulphilas avec le teutonique du serment de Charles et de Louis, tel que Nithard ' nous l'a transmis, et avec le teutonique du chant de victoire de Louis, fils de Louis le Bègue ^, vous reconnoitrez qu'à mesure que l'on descend vers Tallemand moderne, la prononciation devient plus rude et plus difficile. Les mots de l'idiome d'Ulphilas se terminent très-souvent par des voyelles, et surtout par la voyelle a : wisandona (existence), Goiha (Dieu); waldufuja (puissance), ^oe/amma (bon), etc. Ce gothique a beaucoup de rapport avec le Scandinave du fragment manuscrit de Fulde et du chant de Gunar, tiré de VEdda^. On ne voit pas même , dans le foc simile du texte d'Ulphilas , les lettres qu'il fut , dit-on , obligé d'inventer pour rendre la prononciation de ses compatriotes ; on y remarque seulement quelques ligatures grecques mêlées aux caractères latins , mais ne présentant pas dans leur agrégation le même pouvoir labial , lingual et guttur.l qu'elles expriment dans le grec.
D'après un passage d'Hérodote , un système assez plausible assigne aux peuples de la Finlande et de la Gothie une origine asiatique; on les fait descendre d'une colonie desMèdes, et l'on a trouvé des analogies entre la langue des Perses et celle des Suédois et des Danois. Des noms propres surtout ont paru les mêmes dans les deux idiomes : le Gustaff ou Gustaw des Suédois répond au GustaspeovL Hystagpedes Perses; Oien, OUtaniu, Ostanus, rois de Suède, portent les noms persans d'Oianus, OUianes et Osianes.
' Ulphilas, GothUche Bibel-Uebersêlzung, (Édit. de Jean Christ. Zahii • Weiisenfels , 1805. ) * NiTHAmm Hislor,, Hb. m, p, 9X1, in m. Gall. script. , U m.
3 Aer. GdlL script, , t. u , p. 99.
4 Yoyei plus haut, p. 406 , 407 et 406 , nota 1 , oe chtat et ce fragment.
Giberts à Tappui de son système (aujourd'hui étendu et reproduit), auroit pu remarquer que YEdda mentionne un peuple conquérant venu de TAsie dans les régions septentrionales de la Baltique. Le savant Robert Henri , ministre de la communion calviniste à Edimbourg , a enrichi son Histoire (V Angleterre de différents spécimen des dialectes bretons et anglo-saxons à différentes époques : le tableau placé à la Hn de ce discours vous donnera une idée des langues que parloient les destructeurs du monde romain.
Passons à la religion des Barbares. Les historiens nous disent que les Huns n'en avoient aucune ' ; nous voyons seulement qu'ils croyoient, comme les Turcs , à une certaine fatalité. Les Alains^ comme les peuples d'origine celtique , révéroient une épée nue fichée en terre'. Les Gaulois avoient leur terrible Dis, père de la Nuit'y auquel ils immoloient des vieillards sur le dolmin, ou la pierre druidique 4; les Germains adoroient la secrète horreur des forêts^. Autant la religion de ceux-ci étoit simple, autant celle des Scandinaves étoit compliquée.
Le géant Ymer fut tué par les trois fils de Bore : Odin , Vile et Ye. La chair de Ymer forma la terre , son sang la mer, son crâne le ciel^. Le Soleil ne savoit pas alors où étoit son palais, la Lune ignoroit ses forces, et les Étoiles ne connoissoieut point la place qu'elles dévoient occuper.
Un autre géant, appelé Norv, fut le père de la Nuit. La Nuit , mariée à un enfant de la famille des Dieux, enfanta le Jour. Le Jour et la Nuit furent placés dans le ciel , sur deux chars conduits par deux chevaux ^ Hrim-Fax ( crinière gelée) conduit la Nuit ; les gouttes de ses sueurs font la rosée : Skin-Fax (crinière lumineuse )
< Mémoires pour servir à Chist. des Gaules ^ p. S4I. * Sine lare , vel lege aut ritu stabili. ( Amm. Maac.)
3 Gladius barbarico ritu huini figilur nudus. ( /d., lib. xxxi, cap. lï. )
4 TsATULL. et AU6U8T. — S Tacit. , de Mor Germ*
^ Texte scandinare :
Traduction latine :
Or ymU holdi
Var I6rp vm skarpTd,
En or f Telta uer«
En or haosi hlmin.
Ex Ymerif carao Terra creata est ; Ex Mngoloe aatem mare ;
Ex cranio aotem coBlam.
( Ed4a 9cemun4wr Mnm ff94M » tfADodli , l7f^.)
mène le Jour'. Sous chaque cheval se trouve une outre pleine d'air : c'est ce qui produit la fraîcheur du matin.
Un chemin ou un pont conduit de la terre au firmament : il est de trois couleurs et s'appelle l'arc-en-ciel. Il sera rompu quand les mauvais Génies, après avoir traversé les fleuves des Enfers, passeront à cheval sur ce pont.
La cité des Dieux est placée sous le chêne Ygg'Drasiil ^ qui ombrage le monde. Plusieurs villes existent dans le ciel.
Le dieu Thor est fils aîné d'Odin ; Tyr est la divinité des victoiresi. Heindali aux dents d'or a été engendré par neuf vierges. Loke est l'artisan des tromperies. Le loup Fenris est fils de Loke ^ ^ enchaîné avec difficulté par les Dieux , il sort de sa bouche une écume qui devient la source du fleuve Vam (les vices).
Frigga est la principale des Déesses guerrières qui sont au nombre de douze; elles se nomment Walkyries : Gadur, Resta et Skulda ( l'avenir ) , la plus jeune des douze fées , vont tous les jours à cheval choisir les morts ^.
Il y a dans le ciel une grande salle, le Yalhalla, où les braves sont reçus après leur vie. Cette salle a cinq cent quarante portes ; par chacune de ces portes sortent huit cents guerriers morts pour se battre contre le Loup^. Ces vaillants squelettes s'amusent à se briser les os, et viennent ensuite dîner ensemble : ils boivent le lait de la chèvre Heidruna qui broute les feuilles de l'arbre Lœrada^. Ce lait est de l'hydromel : on en remplit tous les jours
■ Sktn-'Fmxi ( jaba splenctons ) Tocator Qui leranoin trahit Diem super homaDam venus.
Hrim-Faxi Cioba proinosus ) rocalor
Qui singnla^ trahit
NoctM saper beoeflca nomloa.
De lupails »tilUre faclt ivttas
QuoTls mane,
Inde renlt roa In conTallas.
(£(<da,p. set 9.) a Sobtas ab arbore Ygf-DrasilU.
Qnl carret
Per sMcnlam Ygg-DrasIlU.
3 Snor. Edn a , fab. XXIX. ~ 4 /d. , ibid,
5 Qulogenta ostlornm Et ultra qoadrafdnta , lia pulo In falhulta esse :
Ocllosenll Einhtriontm Exeunt simol per onom osUom, Cam contra lopnm pugnatna nnl,
{ Edda «rmundar kinni fTOia % p. f S.) 6 Ifefdmna Tocator capra Que sttt npn aoUo Odtel
HISTOWQUES. 416
une cruche assez large pour enivrer les héros décédés. Le monde finira par un embrasement.
Des magiciens ou des fées , des prophétesses , des dieux défignrés emprunta de la mythologie grecque , se retrouvoient dans le culte de certains Barbares. Le surnaturel est le naturel même de Tesh pritde l'homme: est-il rien de plus étonnant que de voir des Esquimaux assemblés autour d'un sorcier sur leur mer solide, à l'entrée même de ce passage si longtemps cherché , qu'une éternelle barrière de glace fermoit au vaisseau de l'intrépide capitaine Parry » ?
De la religion des Barbares descendons à leurs gouvernements.
Ces gouvernements paroissent avoir été en général des espèces de républiques militaires dont les chefs étoient électifs, ou passagèrement héréditaires par l'effet de la tendresse, de la gloire, ou de la tyrannie paternelle. Toute l'antiquité européenne du paganisme et de la barbarie n'a connu que la souveraineté élective : la souveraineté héréditaire fut l'ouvrage du Christianisme ; souveraineté même qui ne s'établit qu'au moyen d'une sorte de surprise laissant dormir le droit à côté du fait.
La société naturelle présente les variétés de gouvernement de la société civilisée : le despotisme , la monarchie absolue , la monarchie tempérée , la république aristocratique ou démocratique*. Souvent même les nations sauvages ont Jmaginé des formes politiques d'une complication et d'une Qnesse prodigieuses , comme leprouvoit le gouvernement des Hurons. Quelques tribus germaniques , par l'élection du roi et du chef de guerre , créoient deux autorités souveraines indépendantes l'une de l'autre : combinaison extraordinaire.
Les peuples sortis de l'orient de l'Asie différoient en constitutions des peuples venus du nord de l'Europe : la cour d'Attila oflroit le spectacle du sérail de Stamboul ou des palais de Pékin , mais avec une différence notable ; les femmes paroissoient publi-
Et palndom tlbl carplt ex Lœradi ramis :
Craurea illa (qooUdle) iBpleMt
Liqaldl Ittlat meloois.
NoD potif Mt iste potus defleere. (/d., /Md.)
Voyez aussi Bfallct » Introd. à ^'histoire de Danemat% et les Monuments de la myth(h ktgiê de* aneiens Scandinaves , pour servir de preure à cette introduction , par le mène auteur, in-v. Copenhague, 4766.
■ Second voyage du capitaine Parry pour découvrir le passage au m>rd-oue8t de l'Amérique.
» VoycE, dans le voI.it de cette édition, le Voyage en Am&iqw, gouvernement des Sauvage^.
quement chez les Huns. Maximin fut présenté k Cerca , principale reine ou sullane favorite d*Attila ; elle étoit couchée sur un divan ; ses suivantes brodoient assises en rond sur les tapis qui couvroient le plancher. La veuve de Bléda avoit envoyé en présents aux ambassadeurs de belles esclaves.
Les Barbares, qui, en raison de quelques usages particuliers, sembloient aux Sauvages que j'ai vus au Nouveau-3Ionde, roient d*eux essentiellement sous d'autres rapports. Une centaine de Ilurons dont le chef tout nu portoit un chapeau bordé à trois cornes , servoient autrefois le gouverneur françoisdu Canada : les pourroit-on comparer à ces troupes de race slave ou germanique, auxiliaires des troupes romaines? Les Iroquois, au temps de leur plus grande prospérité, n'armoient pas plus de dix mille guerriers : les seuls Goths mettoient , comme un excédant de leur conscription militaire , un corps de cinquante mille hommes à la solde des empereurs ; dans le quatrième et dans le cinquième siècle, les légions entières étoient composées de Barbares. Attila réunissoit sous ses drapeaux sept cent mille combattants, ce qu*à peine serait en état de fournir aujourd'hui la nation la plus populeuse de l'Europe. On voit aussi , dans les charges du palais et de TEmpire, des Franks, des Goths, des Suèves, des Vandales : nourrir, vêtir, équiper tant d'hommes , est le fait d'une société déjà poussée loîa dans les arts industriels^ prendre part aux affaires de la civilisation grecque et romaine suppose un développement considérable de rintelligence. La bizarrerie des coutumes et des mœurs n'infirme pas cette assertion : l'état politique peut être très avancé chez un peuple , et les individus de ce peuple conserver les babîtudes de Fétat de nature.
L'esclavage étoit connu de toutes ces hordes ameutées contre le Capitole. Cet affreux droit , émané de la conquête , est pourtant le premier pas de la civilisation : l'homme entièrement sauvage tue et mange ses prisonniers ; ce n'est qu'en prenant une idée de l'ordre social, qu'il leur laisse la vie afin de les employa- à ses travaux.
La noblesse étoit connue des Barbares conune l'esclavage ; c'est pour avoir confondu l'espèce d'égalité militaire, qui naît de la Grir temité d'armes, avec l'égalité des rangs, que Ton a jamais pu douter d'un fait avéré. L'histoire prouve invinciblement quedifl6rentes classes sociales exisloient dans les deux grandes divisions du sang Scandinave et caucasien. Les Goths a voient leurs Aiet oa demi-dieux : deux familles dominoient toutes les autres , les Amali et les Baltes.
Le droit d'aînesse étoit ignoré de la plupart des Barbares; ce fut avec beaucoup de peine que la loi canonique parvint à le leur faire adopter. Non-seulement le partage égal subsistoit chez eux, mais quelquefois le dernier né d'entre les enfants, étant réputé le plus foible, obtenoit un avantage dans la succession. « Lorsque les frè- « res ont partagé le bien de leur père, dit la loi gallique, le plus « jeune a la meilleure maison, les instruments de labourage, la « chaudière de son père, son couteau et sa cognée '. » Loin que Tesprit de ce qu'on appelle la loi salique fût en vigueur dans la véritable loi salique, la ligne maternelle étoit appelée avant la ligne paternelle dans les héritages et les affaires résultant d'iceux. On va bientôt en voir un exemple à propos de la peine de l'homicide '.
Le gouvernement suivoit la règle de la famille ; un roi , en mourant, partageoit sa succession entre ses enfants, sauf le consentement ou la ratification populaire : la loi politique n'étoit dans sa simplicité que la loi domestique. . Chez plusieurs tribus germaniques, la possession étoit annale; propriétaire de ce qu'on avoit cultivé , le fonds , après la moisson, retournoit à la communauté ^ Les Gaulois étcndoient le pouvoir paternel jusque sur la vie de l'enfant ; les Germains ne disposoient que de sa liberté K Au pays de Galles , le Pencénedlt ou chef du clan gouvernoit toutes les familles ^.
Les lois des Barbares, en les séparant de ce que le christianisme et le Code romain y ont introduit , se réduisent à des lois pénales pour la défense des personnes et des choses. La loi salique s'occupe du vol des porcs, des bestiaux, des brebis, des chèvres et des chiens, depuis le cochon de lait jusqu'à la truie qui marche à la tête d'un troupeau, depuis le veau de lait jusqu'au taureau, depuis l'agneau de lait jusqu'au mouton , depuis le chevreau jusqu'au bouc, depuis le chien conducteur de meutes jusqu'au chien de berger. La loi gallique défend de jeter une pierre au bœuf attaché à la charrue , et de lui trop serrer le joug ^.
Le cheval est particulièrement protégé : celui qui a monté un
« Le^. JVall, lib. ii, cap. xvii.
» On trouve une très-bonne note sur la succession de la Terre salique^ art. v du Ulre Mil, dans la nouvelle traduction des lois des Franks, par M. J.-F.-A. Peyré. J'aime A rendre d'autant plus de justice à cet estimable autour, qu'on a peu ou point parlé de son travail , auquel M. Isambcrt a joint une prérace. On ne sauroit trop encourager ces éludes sérieuses qui coOlent tant de peine et rapportent si peu de gloire
3 Arva per annos mutant. (Tacit., (fe Moi\ Germ.,c. xxvi. )
4 CjRSk^/jle Bell, call.f lib. vi, cap. xix. — ' l^g. TP'all. , p. iM» « Lrg. rralL , lib. m , cap. ix.
cheval ou une jument sans la permission du maître est, mis à l'amende de quinze ou de trente sous d'or. Le vol du cheval de guerre d'un Frank , d'un cheval hongre , d'un cheval entier et de ses cavales, entraîne une forte composition ', La chasse et la pèche ont leurs garants : il y a rétribution pour une tourterelle ou un petit oiseau dérobés aux lacs où ils s'étoient pris , pour un faucon happé sur un arbre , pour le meurtre d'un cerf privé qui servoit à embaucher les cerfs sauvages , pour l'enlèvement d'un sanglier forcé par un autre chasseur, pour le déterrement du gibier ou du poisson cachés, pour le larcin d'une barque ou d'un filet à anguilles. Toutes les espèces d*arbres sont mises à l'abri par des dispositions spéciales *, veiller à la vie des forêts ' , c'étoit faire des lois pour la patrie.
L'association militaire , ou la responsabilité de la tribu et la solidarité de la famille , se retrouvent dans l'institution des co-jurants ou compurgateurs : qu'un homme soit accusé d'un délit ou d'un crime, il peut, selon la loi allemande et plusieurs autres, échapper à la pénalité , s'il trouve un certain nombre de ses ptùr» pour jurer avec lui qu'il est ronocent. Si l'accusé étoit une fenune, les compurgateurs dévoient être femmes ^.
Le courage étant la première qualité du Barbare, toute injure qui en suppose le défaut est punie ; ainsi appeler un homme lepus, lièvre , ou coNCACATUs , enibreni , amène une composition de trois ou six sous d'or 4; même tarif pour le reproche feit à un guerrier d'avoir jeté son bouclier en présence de l'ennemi.
La barbarie se montre tout entière dans la législation des blessures; la loi saxonne est la plus détaillée à cet égard : quatre dents cassées au-devant de la bouche ne valent que six schillings; mais une seule dent cassée auprès de ces quatre dents doit être payée quatre schillings; l'ongle du pouce est estimé trois schillings, et une des membranes du nez le même prix ^.
La loi ripuaire s'exprime plus noblement : elle demande trentesix sous d'or pour la mutilation du doigt qui sert à décocher les flèches ^ : elle veut qu'un ingénu paye dix-huit sous d'or, pour la
I Lex Salie., tit. xxt. — Lex Rip^ lit. xui.
> Lex Sulic.y tu. vui. — Lex Mpu., tiU LXTin. — ^ Leg. pyalL
4 Lex salie, tiu xxm.
Reoirt M penie (pill Mn, El eoouMQt le dramditart.
( lomaii A JUnorl , tpvd Ctof • floti., Toce Coneoc. )
5 Lex Angl<htax<mic. , p. 7.
^ Si secundus digilus, undc Mgiltutur. [Lex mpuar., tit. t, art. su.. )
blessure d'un autre ingénu dont le sang aura coulé jusqu'à terre ^ Une blessure à la tête^ ou ailleurs , sera compensée par trente-six sous d'or y s'il est sorti de cette blessure un os d'une grosseur telle qu'il rende un son en étant jeté sur un bouclier placé à douze pieds de distance *. L'animal domestique qui tue un homme est donné aux parents du mort avec une composition ; il en est ainsi de la pièce de bois tombée sur un passant. Les Hébreux avoient des règlements semblables.
Et néanmoins ces lois , si violentes dans les choses qu'elles peignent , sont beaucoup plus douces en réalité que nos lois : la peine de mort n'est prononcée que cinq fois dans la loi salique et six fois dans la loi ripuaire, et, chose infiniment remarquable! ce n'est jamais , un seul cas excepté , pour châtiment du meurtre : l'homicide n'entratne point la peine capitale , tandis que le rapt, la prévarication, le renversement d'une charte, sont punis du dernier supplice ; encore , pour tous ces crimes ou délits , y a-t-il la ressource des co-jurants.
La procédure relative au seul cas de mort en réparation d'homicide est un tableau de mœurs. Quiconque a tué un homme et n'a pas de quoi payer la composition , doit présenter douze cojurants, lesquels déclarent que le délinquant n'a rien ni dans la terre , ni hors la terre , au delà de ce qu'il offre pour la composition. Ensuite l'accusé rentre chez lui, et prend de la terre aux quatre coins de sa maison ; il revient à la porte , se tient debout sur le seuil , le visage tourné vers l'intérieur du logis; de la main gauche , il jette la terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. Si son père, sa mère et ses frères ont fait l'abandon de tout ce qu'ils avoient, il lance la terre sur la sœur de sa mère ou sur les fils de cette sœur , ou sur les trois plus proches parents de la ligne maternelle ^ Cela fait, déchaussé et en chemise, il saute à l'aide d'une perche par-dessus la haie dont sa maison est entourée; alors les trois parents de la ligne maternelle se trouvent chargés d'acquitter ce qui manque à la composition. Au défaut des parents maternels, les parents paternels sont appelés. Le parent pauvre qui ne peut payer jette k son tour la terre recueillie aux quatre coins de la maison, sur un parent plus riche. Si' ce parent ne peut achever le montant de la composition, le demandeur oblige
' L't sanguis ewat, terrain tangal. [îd. , lit. ii , arl. m.)
< Osexinde eiierit, quod , super viam duodecim pcdum in scuto jactunii sonarcrit. {Lex Ripttar., lit. lxx, art. i.) ) Voilà l'exemple de la préférence dans la ligne materBelle.
le défendeur meurtrier à comparoltre à quatre audiences successives ; et enfln , si aucun des parents de ce dernier ne le veut rédimer, il est mis à mort : de vïta componat.
De ces précautions multipliées pour sauver les jours d'un coupable, il résulte que les Barbares traitoient la loi en tyrans et se prémunissoient contre elle; ne faisant aucun cas de leur vie ni de celle des autres, ils regardoient comme un droit naturel de tuer ou d'être tués. Un roi môme , dans la loi des Saxons , pouvoit être occis; on en étoit quitte pour payer sept cent vingt livres pesant d'argent. Le Germain ne concevoit pas qu'un être abstrait, qu'une loi pût verser son sang. Ainsi, dans la société commençante, l'instinct dé l'homme repoussoit la peine de mort , comme dans la société achevée la raison de l'homme l'abolira : cette peine n'aura donc été établie qu'entre l'état purement sauvage et l'état complet de civilisation , alors que la société n'avoit plus l'indépendance du premier état , et n'avoit pas encore la perfection du second.
SECONDE PARTIE