‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 23 sur 56 · EXTRAIT DU POËME DES NIBELUNGEN · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU POËME DES NIBELUNGEN

Écrit en 4316 strophes |Je quatre vers rimésf espèce d*aieTandr{p8 ][, dî^^sè en quarante

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V - - Ornlhers Als ^ Danckart et- d'.Ute, roi de Bourgogne , résidant àWoroi^ t^soj^ deui frères, Gernot cl Gisclhw.t et une soeiur* û^j^de.leitf«^«CMri#,.i|aMi^ 4)hH9mhUdf}em «<mr«ieai§ première de M4eiii|ii^ie(i|(Mjil«tf cilèbrf^.cteviMers

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y serTOient : la Jeune princesse étoit également célèbre dans tout le monde par sa beauté et la noblesse de son cœur. Elle eut un songe : elle rêva que , tenant dans ses mains un faucon , deux aigles se précipitoient sur lui et le tuoient. Sa mère lui expliqua ce songe : le faucon signifîoit un noble chevalier qu'elle auroit pour époux, et qu'elle perdroit par une mort violente.

En ce temps-là , il y avoit à Santen un héros qui , par sa beauté et sa bravoure , surpassoit tous les chevaliers : Sigfrid, fils de Sigmunt et de Sigelint, Après avoir tué un dragon , dont le sang le rendit invulnérable, k l'exception d'un endroit entre les deux épaules , après avoir vaincu les frères Nibelong et Schilbong , propriétaires d'un trésor, il alla à la cour de Worms pour demander la main de Chriemhild. Uagen , le premier des chevaliers du roi, s'y opposoit ; mais Sigfrid ayant rendu deux grands services au roi , le roi lui promit de lui donner sa fille en mariage.

Le premier service fut de combattre, les puissants ennemis de Gunther, les Saxons et les Danois : le second fut de l'aider k vaincre la célèbre amazone Brunehild y reÀDQ d'Isenlant; elle obligeolt tous ceux qui venoient demander sa main de combattre trois fois avec elle ; ils perdoient la tête s'ils étolent vaincus ; ils obtenoient la reine pour épouse s'ils réussissoient à la vaincre. Jusqu'ici tous avoient péri : Gunther auroit eu le même sort si Sigfrid ne Tavoit assisté invisiblement : un habit magique , qu'il avoit enlevé à un nain , Albrich, gardien du trésor des Nibelongs , lui procura cet avantage.

Brunehild, vaincue, fut emmenée à Worms, où l'on célébra les noces de Gunther et de Sigfrid. La fière Brunehild ne permit pas à Gunther d'user de ses droits : lorsqu'il s'approcha d'elle, elle le lia , et lui fit promettre de n'attenter Jamais k sa virginité. Mais Sigfrid aida encore son beau-frère à vaincre la belle amazone : ils attachèrent une nuit Brunehild sans qu'elle s'en aperçût; elle cria merci , et devint dès lors épouse obéissante de Gunther.

Dans la lutte avec Brunehild , Sigfrid lui enleva sa ceinture et l'emporta : cette ceinture fut la première cause de son malheur et de la chute de toute la maison de Bourgogne.

Chriemhild, ayant découvert cette ceinture, tourmenta son mari par sa Jalousie, jusqu'à ce que celui-ci dans un moment de foiblesse , et contre la parole donnée i Gunther, trahit le mystère : il donna la ceinture de Brunehild à sa femme, qui , de son cêté, lui promit de la garder secrètement.

Quelque temps après, les deux princesses se rendirent à l'église ; Brunehild ne voulut pas permettre à l'épouse de Sigfrid , qui avoit été présentée comme vassale de Gunther, d'entrer à côté d'elle. Chriemhild offensée lui montra la ceinture , et l'appela concubiqe de son mari. Brunehild Jura de tirer vengeance de cet affront; elle accusa SigOrid de s'être vanté d'avoir Joui des faveurs de la reine : celui-ci prouva son innocence par un serment public. Le roi étoit satisfait , mais la reine appela Hagen , qui lui promit de la venger par la mort de SigfHd..ll communiqua son dessein aux princes et au roi , qui céda aux insinuations du traître et aux larmes de sa feoune. Hagen feignit la plus grande amitié pour Sigfrid , et voyant G|iriemhild , ^ui^ n'oublioit point son rêve , inquiète sur le sort de son mari , il loi promit de ne s'éloigner Jamais de lui î en ajoutant toutefois qilië'cdâ'paLrbissoil assez inutile, puisque le héros étoit invuhiérable. Alors Chriemhild révéla à HagèB'fê tiohit vt^lnéràbltfve(-Aiarqd«,'par Une croix revge, l^adroiitKUeles êj^Tbà'Oâ lé^ftir'au'^iigOh n'atmi pM'pétoétrft. ^.-'..r

ÉCLAIRaSSEMENTS. 445

Rhin; et, lorsque le héros alla se désaltérer à une fontaine dans la forêt, Hagen le perça : il fit placer le corps inanimé de Sigfrid devant la porte de Ghriemhild , qui le lendemain fut épouvantée de ce spectacle lorsqu'elle sortit de ses appartements.

La première partie du poëme se termine ici. Ghriemhild vécut dans le deuil le plus profond pendant treize années, pleurant la perte de son mari et le trésor des Nibclongs qu'on lui avoit enlevé.

Etzel, roi des Huns, ayant entendu parler de la gloire de Sigfrid et de la beauté de sa veuve, résolut, après la mort de sa première femme, Helche, de demander la main de Ghriemhild. L'idée de se remarier , et surtout à un païen , cfHraya Ghriemhild : elle ne céda que lorsqu'un des vassaux allemands d'Etzel , le margrave Rudiger, lui promit de ne l'abandonner jamais, de l'aider à venger l'assassinat de son premier mari et l'enlèvement du trésor des Nibelongs.

Ghriemhild épousa le roi des Huns , qui la reçut à Vienne. .Sa douleur continua , et sa soif de vengeance contre Hagen s'accrut. Elle feignit de mourir du désir de revoir ses parents. Etzel , pour la consoler , lui promit d'inviter toute la cour des Bourguignons à venir la voir. Gunther fut ainsi invité : Hagen lui conseilla de ne pas y aller, mais le roi partit avec mille soixante chevaliers et neuf mille de ses gens.

Arrivés au Danube , Hagen se fit prédire l'issue du voyage par les nymphes du fleuve y auxquelles il enleva leurs habits : elles lui déclarèrent que tous dévoient périr dans cette expédition , hors le chapelain du roi. Hagen , pour faire nnsntir la destinée , précipita le prêtre dans le fleuve : mais celui-ci fut sauvé miraculeusement. Alors Hagen brisa le seul vaisseau sur lequel ils avoient traversé le Danube, et annonça à ses compagnons qu'ils ne retournerolent plus chez eux.

Etzel reçut ses hôtes avec cordialité : mais la reine ne cacha point sa fureur contre Hagen. Elle tenta de le faire tuer lui seul ; n'ayant pu réussir , elle résolut de les faire périr tous. Tandis que les héros de Bourgogne étoient assis à un banquet , le maréchal du roi arriva , tout ensanglanté , avec la nouvelle que ses neuf mille soldats avoient été massacrés par Blodei , frère d'Klzel , qu'il vcnoit de tuer. Hagen se lève, abat la tète du jeune prince, fils d'Etzel et de Ghriemhild, assis à table, et se retire avec les autres Bourguignons au château qui leur avoit été assigné pour demeure. Les Huns envoyés par la reine, ne pouvant pas y pénétrer, mirent le feu aux quatre coins de la forteresse : les chevaliers de Bourgogne étoufTèrent l'incendie sous les cadavres des ennemis , et ranimèrent leurs forces épuisées en buvant du sang , d'après les conseils de Hagen , ce qui leur donna une rage et un courage invincibles.

Le lendemain , Rudiger et Théodoric cherchèrent en vain k obtenir le libre retour des Bourguignons : Ghriemhild voulut la tête de Hagen, mais le roi refusa fortement de le li>Tcr à sa vengeance. Rudiger , dont la fille devoit épouser le prince Giselhcr de Bourgogne , fut forcé , comme vassal d'Etzel , de renouveler l'attaque : après une scène attendrissante entre ce prince et Hagen , auquel il donna son bouclier (touché de l'héroïsme de son ennemi qui lui demanda ce dernier signe de son estime), il attaqua les héros de Bourgogne: le prince Gernot tomba entre ses mains : enfin lui et Giselher périrent au même moment en combattant corps à corps l'un contre l'autre.

Les gens de Rudiger furent tous tués. Lorsque les vassaux de Dietrich , roi des Amelongs (Ostrogoths) , apprirent cette nouvelle , ils demandèrent la permission

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d'enlever le corps du margrave. Le roi Ganlher étoit disposé à le leur donner, mais Volkner et Hagen exigèrent d'eux de venir le reconnoUre parmi les autres morts. Ainsi commença une querelle qui eut pour suite un nouveau combat , àk tous les hommes de Dietrich , envoyés vers les Bourguignons , restèrent sur la place.

Le grand prince des Amelongs s'avança alors avec Uildcbrandt , le plus brave de ses compagnons. 11 pria le roi de se livrer à lui avec le peu de héros qui vivoient encore : sous cette condition il promit de sauver leur vie.

Les fiers Bourguignons refusèrent de se rendre : le héros des Ostrogoths vainquit le roi et Uagen, l'un après Vautre , et les emmena liés devant Chricmhild , en l'exhortant k respecter leur vie. Chriemhild parla d'abord à Uagen seul , en lui promettant la vie sauve , s'il vouloit lui dire ce qu'éloit devenu le trésor des Mbelongs. Hagen refusa de trahir le secret tant que son roi vivroit. Chriemhild lui fit montrer aussitôt ia tète deGunthér. En la voyant, Hagen lui dit qu'il avoit prévu la cruauté, et qu'il avoit voulu la, pousser jusqu'au meurtre de son propre frère : Il lui déclara qu'elle ne sauroit jamais le secret, que maintenant lui seul possédoit, après la mort de tous les princes de Bourgogne.

A ces mots, Chriemhild saisit un glaive, et fit voler la tète du héros. Hildebrandt, ci^mpagnonde Dietrich, a qui la garde de Uagen étoit confiée , saisi d'horreur, HSftomma la reine. Ainsi périrent les Bourguignons, et Etzel resta seul avec Dietricl^pour pleurer les morts.

J'ajouterai à ces notes, communiquées par S. Exe. M. Bunsen, que les Allemands ont une tragédie d'Attila, de Warner. Il existe une Vie d'Attila, écrite dans le douzième siècle par Juvencus Cccilius Calanus Delmaticus , et une autre Vie écrite dans le seizième par OlaUs , archevêque d'Upsal. H a paru dernièrement en Allemagne une Histoire des Huns.

Teulonique. Ulphilas '.

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