PREMIÈRE PARTIE
DE JULES CÉSAR A DÈCE OU DÊGIUS.
Après avoir prêché TÉvaDgile , Jésus-Christ laisse sa croix sur la terre : c'est le monument de la civilisation moderne. Du pied de cette croix, plantée à Jérusalem, partent douze législateurs, pauvres, nus, un bâton à la main, pour enseigner les nations et renouveler la face des royaumes.
Les lois de Lycurgue n'avoient pu soutenir Sparte ; la religion de Numa n'avoit pu faire durer la vertu de Rome au delà de quelques centaines d'années : un pêcheur, envoyé par un faiseur de jougs et de charrues , vient établir au Capitole cet empire qui compte déjà dix- huit siècles, et qui, selon ses prophéties, ne doit point finir.
Depuis longtemps Rome républicaine avoit répudié la liberté, pour devenir la concubine des tyrans : la grandeur de son premier divorce lui a du moins servi d'excuse. César est l'homme le plus complet de l'Histoire, parcequ'ii réunit le triple génie du politique, de l'écrivain et du guerrier. Malheureusement César fut corrompu comme son siècle : s'il fût né au temps des mœurs , il eût été le rival des Cincinnatus et des Fabricius, car il avoit tous les genres de force. Mais, quand il parut à Rome, la vertu étoit passée ^ il ne trouva plus que la gloire : il la prit , faute de mieux.
Auguste, héritier de César, n'étoit pas de cette première race An d* R. 7t5. d'hommes qui font les révolutions ; il étoit de cette race secondaire qui en proGte , et qui pose avec adresse le couronnement de l'édifice dont une main plus forte a creusé les fondements : il avoit à la fois l'habileté et la médiocrité nécessairesau maniement des affaires, qui se détruisent également par l'entière sottise ou par la complète supériorité.
La terreur qu'Auguste avoit d'abord inspirée lui servit ; les partis tremblants se turent : quand ils virent l'usurpateur faire légitimer son autorité par le sénat % maintenir la paix , ne persécuter per-
> HaK cum Cssar ila récitasse!, mire scnatorum animi afTecli sunl. Fuerunt pauci qui ct)u8 animum intelligerent ideoque adslipularentur ; reliqui aut suspicabantur quo hsc
AVOUflTB.
At. J. C ».
sonne , se donner pour successeur au consulat un ancien ami de Brutus , ils se réconcilièrent avec leurs chaînes. L'astucieux ennpereur afTectoit les formes républicaines -, il consultoit Agrippa , Mécène et peut-être Virgile *, sur le rétablissement de la liberté, en môme temps qu'il envahissoit tous les pouvoirs % se faisoit investir de la puissance législative^, et instituoit les gardes prétoriennes^. Il chargea les Muses de désarmer l'Histoire , et le monde a pardonné l'ami d'Horace.
Les limites de l'Empire romain furent ainsi fixées par Auguste ^.
Au nord , le Rhin et le Danube -,
A l'orient , l'Euphrate ;
Au midi , la Haute-Egypte , les déserts de l'Afrique et le mont Atlas -, A l'occident, les mers d'Espagne et des Gaules. Trigan subju-
concilia dicta essent, aul fidem lis habebanL Horum alteri arliflciuin in occultanda callide ■ua sententia Cffsaris admirabantur ; alteri hoc ejus propositum : alteri cgre ejus venutlam : alteri pœnitcntiam capt« reipublicœ procurationis fcrcbant : jam enim extilerant qui popularcm reipubliœ forinam ut turbulentam odissent ac mutationem ejus approbarent, Cœsarisque imperio delectarentur.... proinde , cum fréquenter etiam dicenti adhuc acclamassent, ubi pcroravit, multis omnes eum verbis precati snnt, ut solus imperii summam gereret : multisque quibus id ei persuadèrent adductis argumentis tandem eo compulcrunt ut principatum solus obtineret. ( DiONis., Hisi. rom.^ lib.Lin,ed.Joannis Leunclavii, pag. 503, 503. )
> Ad quam délibéra tionem quum Agrippam Mœcenatemque adhibuisset ( nam cum his de omnibus arcanis suis communicare solebat) , prior in banc sentcntiam Agrippa locutus est. ( DioNis., Hist. rom., lib. ui,pag. 463, edit. Joannis Leunclavii. )
In qua re diversœ sentcntiee consultos habuit Mœcenatem et Agrippam.... quare Augusti animus hinc ferebatur et illinc... Rogavit igltur Maronem an conférât privato homini se in sua republica tyrannum facere. ( Pag. ultim. Fitm f^irgitii tributs Donato, edit. 1699, a P. RuKO. Parisiis. )
' In hune modura pugna navalis facta est 4 nonas septembris. Id a me non frustra commemoratum est , dies annolare alioquin non soUto : sed quod ab ea die primum Ga»ar solus rerum potitus est, imperiique ejus recensio prapcise ab ea sumitur. ( Dioms. Cassii ffist. rom.y lib. li, pag. 443 , edit. Joannis Leunclavii.)
Hoc autem anno(abUrbe condiia 735 ) , Vere iterum pênes unum homincm summa totius reipublicffi esse cœpit. Quamquam armorum dcponendorum, resque omnes senatos populique potestati tradendi consiliura Cssar agitaverit. ( ibid., lib. lu, pag. 465 ; lib. lui, pag. 474, 511 , no 3, p. 40.)
3 Quod princtpi placuit, legis babet vigorem : utpote cum lege régla , qu» de imperio ejus lata est, populus ei et in eum omne suum imperium et potestatem conférât (Ulpian. , lib. i,PHnr., e(c., de Co^istit, princip. )
4 Gertum numerum partim in urbis, partim in sui custodiam allegit, dimissa Calagurltanorum manu quam usque ad devictum Anionium, item Germanorum quam usque ad cladem varianam, inter armigeros circa se habuerat. ( Subt., <n Fita Aug.)
^ Tcrmini igltur flnesque imperii romani sub Augusto erant : ab oriente Eupbrates ; a meridie Nili cataractœ, et déserta Africœ et mons Atlas ; ab occidente Oceanus ; a septentrione Danubius et Rbenus. ( Just. Lips., de Magti. rom»t lib. i, cap. lU. Antuerpis, 1637, 6 tom. in-fol. ; — tom. m, pag. 379. )
Retenti fines , seu dati imperio romano ( sous Claude ) : Mcsopolamia per orieniem ,
gua la Dacie au nord du Danube «, ta Mésopotamie et TArtnénie à l'est de l'Eupbrate; fnais ces dernières conquêtes furent abandonnées par Adrien. Agricola acbeva , sous le règne de Domitien , de soumettire la Gï^nde-Bretagne* jusqu'aux deux golfes entre Dunbritton et Edimbourg.
SoUs Auguste et sous Tibère , TEmpire entretehoit vingt-cinq l^ohs'-, elles furent portées à trente sbus le règne d'Adrien*. Le
Rhenus Danubiusqucad 8eplenlrionem, el a mcridic Mauri accepere provinciis. ( AuR. ViCT., Wf*r. (rbbr'ev., patl. li, chap. ir ; Scbt., Hist: rom , vol. li, pag. ^27. )
Hadriaiius gloris Trajanî cerlum est invldissc, qui ei suscepeHt in imperio ; sponte propria reducUs eiercitibus, Armeniam, Mcsopotamiam et Assyriam concessil, et inlcr Romanos et Parthos médium Euphratefti esse voluit. ( Sbxt. RuF., Bttt^. ; SuBt., Hist. t*6m., vol. II, pag. 106. )
' Romani imperii, quod post Augustum dercDSum magis fuerat quam nobililcr amplialum, fines longe iateque difTudil: urbes trans Rhenum in Germania reparavit : Daciam , Decibalo vibto, subcgit, provincla Irans Danublum facla in his agris quos nuhc Teriphali , cl Nolophali, et Thcnbirgi habenl. Ea provinciadccics ccnlena millia passuum in circuilu tenuil. Aruieniam, quam occupaverant Parlhi, reccpit, Parthamasirc occis^o, qui eam icncbat. Albanis rcgem dédit. Ibcronem regem,et Sauromalorum , et Bosporanoruni , cl Arabum, et Osdroenorum et Golchorum , in (idem accepit. Corduenos , Marcomedos occupavit ; et Anlhemusium, magnam Persidis regioncm ; Scicuciam ot Ctesiphonleni , Babylonem et Messenios vieil ac tenuil : usquc ad flncs cl marc Rubrum accepit : alque ibi 1res proviacias fccit, Armcniam, Assyriam, Mesopotamiani, cum his gcntibus, quo; Madcnam allingunt. Arabiam postea in provinciœ formam redegit : in mari Rubro classcm instituit , ut per eam Imbriœ unes vastarei. (Eutrop, lib. viii, cap. ii cl m. Lugduni Balavorum, 1762, in-B», pag. 360 et scqq )
Traganus, qui posl Augustum romans reipublica^ movit lacertos, Armeniam reccpil a Parlhis. Sublalo diademate, régi Armeniœ majoris regnum ademit. Albanis regem dédit. Iberos, Bosporanos, Golchos, in fidem romanœ dilionis accepit. Saracenorum loca cl Arabum occupavit. Corduenos et Marcomedos oblinuit, Anthemusiam, oplimam Pernidis rogioneni, Seleuciamque cl Clcsiphontem ac Babyloniam accepit cl tenuil. Usquc ad Indo; fines post Alexandrum accepit. In mari Rubro classent insliluil. ( Sbxt. Ruf., Brev. ; éuBT., Hist. rom.y vol. ii, pag. iM. )
B Quarta «stas obtinendis , qua) percurrerat, insumpta. Ac, si virtus excrcilum cl romani nominis gloria pateretur, inventus in ipsa Brilannia terminus. (Tac, Jgric.^ cap. XXIII ; SuBT., Hùt. roin.^ vol. m, pag. 366. )
Britanniœ sllum populosque muliis scriploribus numérales, non in comparationcni curie iogeniive referam ; sed quia tune primum perdomita est. (Tac, ^j/r/c, cap. x; Subt., ffist. rom.f vol. m , pag. 569. )
^ Sed prvcipuum robur Rhenum juxla, commune in Gcrmanos Gallosque subsidium, octo Icgiones erant. Hispaniso recens pcrdomiue, tribus liabebantur. Mauros Juba rex acceperat donum populi romani. Castera Arricœ per duas legiones : parique numéro ^ypiua. behinc inilioab Syria usquc ad flumen Euphraten, quantum ingcnli tcrrarum sinu arobltur, quatuor legionibus coercfla : accolis Ibcro Albanoque et aliis rcgibus, qui magnitudine noslra proteguntur advorsum externa impcria. Et Thraclariti Rhœmelalccs ac liberi Golyis; ripamque Danubii legionum duœ in Pannonia, dus in Mœsia atlinebanl: totidem apud Dalmatiam localis, qu», positu rcgionis, a tergo illis, ac, si rcpentinum auxllium lUlla posceret, haud procul acclrenlur. ( Tac , An». , lib. iv, cap. v; Subt., HUItvtn, , vol. m, p. 185. )
Alcbantur eo tcmpore legiones civium romanorum XXIH , aui , qucm alii niimcrum ponunl, XXV. ( Dion. , lib. lv, c. xxiii. Slamburgi , 1752, fol. , pag. 791. )
4 Arguentibus aniicis quod ( Favonius } malc ccderel Hadriauo , de vcrbo quod idonei auctores usurpassent, risùm jucundisi<imum movit. Ail cnim: « Non recle suadctis, Ta-
HISTORIQUES. Ot
nombre des soldats qui composoient la légioh Ifie jfût pàè tbUjôurâ le même ; en le fixant à douze mille ciriq cents hommes^ on trouvera qu'un si vaste État n'éloit gardé du temps deà premiers empereurs que pai- trois cent vingt-deux mille cinq cents, et ensuite par trois cent Soixante-quinze mille hommes. Sit mille hûil cêflt trente et un ftortiëltis proprement dits , et cîhij[ hiille Six cmt éoixante-neuf aillés où étrangers , formoietit le complet (le la légion: sous la tyrannie, ce n'cloit plus Rome, c'ëlbienî les jirovinces qui fournissoient les îlolnàitis. Les CôUlbériertë fbreht les premières, troupes salariées introduites dans les iéè;îonS». l^'ôme avoit combattu elle-même pour sa liberté; elle confia à des liïercenaires le goîn dé défendre son esclavage. Seize légidnâ bordoient le Rhin et le Danube » ; deux étôièht
miliarcs, qui non patimini me fllura docUorcm omnibus credere, qui habel triginU legioncs. )) ( Spart. , in Hadrian. , cap. xv ; Subt. , HUt. rom. , vol. ii , pag. 28). )
Sub Auguslo et Til^erio. viginti quinque legioncs (iierunt , ex Dione et Tacilo ; quin postea tanicn auxcrinl, vix dnbito, et subTrajano atque Hadriaiio certum fuisse Iriglnta, aul ot sdpra. (Lips., de Magnit, rom. , Mb. i, cap. iv. Antuorpi«p, 1637 ^ fol., toni. ui, pag. S79. )
I Id modo ejus annf in Hispania ad roomoriara insigne est quod mercenarium mililem in caslris nemincra ante , quam tum Geltibcros, Romani habuerunl. (Tir. Liv., Kb. xxiv, cap. XLix. Lugduni Balavorum et Àmslelodami , 1740, 4«, lom. iii,pag. 934. )
B 11 y avoit vingt-huit légîons sous Auguste , dont on peut voir la distribution dans le passage de Tacite ; ensuite on en changea le nombre et la destination.
Scd hsc ila sub AugusU) : ut tamen tetigi crcverunt , et primum Glaudius impcrator, Britannia domita, legioncs in ca très locavit, manseruntque. Tum Ves(>asianus duas etiani in Cappadocia : et Trajanus deindc in Dacia duas. ( JusT. Lips. , de Magn, rotn.^ lib. i , cap. iT. Antuerpiffi, 1637, fol., tom. lU, pag. 397. )
Sous le règne d'Alexandre Sévère, il n*en rcsloit que dii-neurdes vingt-huit â*AuguSle, les autres ayant été ou dissoutes ou réunies, ainsi que Dion le dit ; mais d'autres y furent i^outées par les successeurs d'Auguste.
Alebantur eo tempore ( Augusti a^vo } legiones civium romanorum xxnt , aul , quem alii numerum ponunt, quhiquc et viginti; nostro tempore soIad novemdecim ex ils restant : nempe secunda Icgio Augusta, cujus in Superiori Britannia sunt hyberna: 1res Tertia), una In Phœiiicia , Gallioa nomiiic; altéra in Arabia , Cyrenaica dicta legio : lerlia Augusta in Numidia : Quarta , ScyOïica , in Syria : quinta, Macedonica, in t>acla : sext!ae du'œ, ïïna in Inferiori Britannia , Victrix : altéra in Judœa, Ferrata : seplinriam Mfsia supériure, CUudiana priecipue nuncupata : uctava, Augusta, in Gernianià superfore : deçima ntraque gemina,cum quœ in Pannonta superiore, tum quas in Judœa ^osita est: undéclma In MvsîÀ Miferiore, Claudiana cognomento (hs dus legionea a Glaudio sunt i\ominatép, quôd'adveïsuk eum in seditione Gamilli non rebellassent ) : duodecima in Gappadocia , Fulminîfera : decimalertia gemina in Dacia : decimaquarta gemina in Pannonia superiore : decimaqurtità Apotlinaris, in Gappadocia; vicesima Valeria et Victrix, in Britannia superiore versantes: quam vicesimam , ut mihi vidclur, eamdeoi cum ca legione, cui pariier nomen est Viccsimte, et cui hyberna in superiore sunt Gcrmania'( quamvis non ko omnfbus VaYerla dicalur, ncque hodic id nomen rclincat ), Augustus acceptam scrvavit. H «p flaque té^ônes Augusli supersunl , reliquis aul omnino dispersatis , aul ab ipso Aoguslo , et alffs ïmpcratoribus, inter racleras legiones admiitis, undc Geminarum appcllalio tracta putatur. — Ac quoniam quidem semel de legionibus dicerc cœpi, lubci reliquas cliam superstitcs, ab aliis imperatoribus deincep» leclas , hoc loco rcferrc, ut qui de his cognoscere cuplt uno omnia loco facilius pcrcipiat. Nero Icgionem primam , Italtcam nuncupalàtti , fiistl-
cantonnées dans la Dacie , trois dans la Mœsie , quatre dans la Pannonie, une dans la Norique, une dans la Rbétie, trois dans la Haute et deux dans la Basse-Germanie ; la Bretagne étoit occupée par trois légions; huit légions, dont six séjoumolent en Syrie et deux en Gappadocc, suffisoient à la tranquillité de l'Orient. L'Egypte, l'Afrique et l'Espagne se raaintenoient en paix , cha- , cune sous la police d'une légion. Seize mille hommes de cohortes de la ville et des gardes prétoriennes» protégeoient en Italie le double monument de la liberté et de la servitude, le Capitole et le palais des Césars.
Trois flottes , la première à Ravenne , la secorfde à Mjsène , la troisième à Fréjus, veilloient à la sûreté delà Méditerranée orientale et occidentale ' : une quatrième commandoit l'Océan entre la Bretagne et les Gaules , une cinquième couvroit le Pont-Euxin , et des barques montées par des soldats stationnoient sur le Rhin et
luit in inferiori Mjsia hjemantem : Galba primam Adjutricem , in inreriori Pannonia , scptimam in Hispanta: Vespasianus sccundam Adjutricem in Pannonia inreriori, quartam in Syria Harsam : Doroitianos primam Minensiam, in Germanîa inreriori : Trajanus secundam iEgypliam, et trigesimara Germanicam , quibus a suo noniine nomcii imposuit. Marcus Antoninus secundam in Norico, terliam in Rhvtia : qu«> cliani ItaUcœ vocantur: Scvenis Parthicas primam et tertiam in Mcsopotamia, secundamque Mediam in Ilalia. Nostro itaque tempore tôt aunt Icgiones civium pripter urbanos et pra>torianos : sub Angusto autem sen xxiii , seu xxy ict» alebantur, ac mults etiam ali» auxiliario*, equitum peditumque et clauiariorum, qua non certus numerus mihi non constat. ( Dion. , lib. lt, cap. XXIII et Liv. — Hamburgi , 1753 , fol. , pag. 7M et seq. }
' Ofre m/iÂXTO^if'^oc.xgç , /ijptot ôvrc(, xeil d^sx«x9 rtTecyyctivoc , xœc oc rm ir^r«)$ f^povpol
Decies item mille prstoriani milites in decem divisi cohortes : ultro priesidiani , ad sex millia, in quatuor cohortes distributi. ( Dion.» lib. lv, cap. xxiy. Hamburgi , I75*J, fol., pag. 797. )
Tolidem ( legionibus ) apud Dalmaliam localis , qua*, positu regionis, a tergo illis , ac si repenlinum auxilium Italia posceret , haud procul accirenlur : quamquam insideret urbem proprius miles, très urbana», novem prffitoris cotiortes, Etniria ferme Umbriaque dclecto», aut vetcre Latio , et coloniis antiquitus romanis. (Tac, Ann,, Mb, iv, cap. y; ScKT. , Hist. rom , vol. lu , pag. 185. )
Elles furent augmentées sous Vitellius.
Insuper confusus , prayitate vel ambitu , ordo militi». Sedecim prstoriie, quatuor urbanie cohortes, scribcbantur, quels singula roillia incssent. (Tac, nisL^ lib. ii, cap. xciii ; SuET. , HUt. rom, , yol. m , pag. 311. ^
• Ex militaribus copiis legiones et auxilia provinciatim distribuit: classem Misent , et alteram Ravenns, ad tutclam superi et inferi maris, collocayit. (Scbt. , Avg.., cap. XLix ; SuBT. , Hist. rom., vol. m , pag. 30. )
Italiam utroque mari du» clasi^es , Misenum apud et Ravennam , proximumque Gallis , liltus rostrats naves prssidebant, quas actiaca Tictoria captas Augustus in oppidum Forojuliense miserai, valido cum rémige. (Tac, Ann., lib. ly, cap. y; Svet., nitU rom. f yol. m , pag. 185. )
Apud Misenum ergo et Ravennam singulœ legiones cum classibus stabant, ne longius a tutela urbis abscederent : et cum ratio poslulassct , sinemora, sine circuitu ad omncs mundi partes nayigio penrenirent. ( Ybobt. , lib. ly, cap. xxxi. Yesalix Gliyorum, 1670, 8, pag. 133. )
le Danube* : telle étoit la force régulière de l'Empire. Cette force, accrue graduellement , ne s*élevoit pas toutefois au delà de quatre cent cinquante mille hommes, au moment où des myriades de Barbares se préparoient à l'attaquer. Il est vrai que tout Romain étoit réputé soldat , et que , dans certaines occasions, on avoit recours aux levées extraordinaires , connues sous le nom de conjuration ou d'évocation, et exécutées par les conquisUores ». On arboroit dans ce cas du tumuUe deux pavillons au Capitole : un rouge pour rassembler les fantassins , l'autre bleu pour réunir les cavaliers.
Une ligne de postes fortifiés, surtout au bord du Rhin et du Danube*, dans certains endroits, des murailles; des manufactures d'armes , placées à dislance convenable, complétoient le système défensif des Romains. Ce système changea peu depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Dëce. On ajouta seulement à la défense ce que l'expérience avoit fait juger utile.
Sous Auguste s'alluma cette guerre de la Germanie , où Yarus perdit ses légions.
Lorsque Auguste entroit dans son douzième consulat , et que Gains César étoit déclaré prince de la jeunesse , que se passoit-il dans un petit coin de la Judée ?
« Vers ce même temps , on publia un édit de César Auguste pour «( faire le dénombrement des habitants de toute la terre.
» Joseph partit aussi de la ville de Nazareth , qui est en Galilée, « et vint en Judée à la ville de David, appelée Bethléem , parce- (« qu'il étoit de la maison et de la famille de David;
« Pour se faire enregistrer avec Marje, son épouse, qui étoit « grosse.
u Pendant qu'ils étoient en ce lieu , il arriva que le temps au- « quel elle devoil accoucher s'accomplit.
u Et elle enfanta son fils premier né; et, l'ayant emmailloté, u elle le coucha dans une crèche, parcequ'il n'y avoit point de M place pour eux dans l'hôtellerie.
« Or, il y avoit aux environs des bergers qui passoient la nuit
> Igitur degressus caslellis Vanniu», funditur pr«plio; quamquam rébus adversis, laudatus, quod cl pugnam manu capessiit , et corporc adversovulnera oxcepit. Cffterum ad classem iu Danubio opperiontem perrugit. (Tâc.| Ann.f lib. m, cap. 30. Subt. , llist, rom, , vol. III f pag. ^4. )
Nam pcr Rheni quidem ripam quinquaginta amplius castella direxil , Bonnam et Gcconiaro cuin pontibua jurait, classibusque flrmavit. ( HoR. , lib. iv, cap. xii; Subt. , HisL rom , vol. II, p. 51. )
* Quiremfmblicam mlvam esse vuU,nie sequatw, disoil le consul. TumuUus quasi iimoi' tnuUus , vel a tuineo. (Cic. Phil» )
94 ÉTUPES
t( dans les champs , veillant tour à tqur à la garde do leur trou- » peau.
« Et tout d*un ppup un ange du Seigneur sepivsenla k eux , et a une lumière divine les environna, ce qui les remplit d'une « extrême crainte.
« Alors Tango leur dit : Ne craignez point , car je vous viens ap- « porter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une «* grande joie.
u C'est qu'aujourd'hui , dans la ville de David , il vous est né un « Sauveur, qui est le Christ. »
Ces merveilles furent inconnues à la cour d'Auguste , où Virgile chantoit un autre enfant : les fictions de sa muse n'égaloiont pas la pompe des réalités dont quelques bergers éloient témoins. Un en- And«R.7?4; fant dc couditiou scrvilc , dc racc méprisée, né dans une éîable à Bethléem , voilà un singulier maître du monde , et dont Rome eût été bien étonnée d'apprendre le nom ! Et c'est néanmoins à partir de la naissance de cet enfant qu'il faut changer la chronologie et dater la première année de l'ère moderne ». Andej.c.i4. Tibèpc , successcur d'Auguste, ne se donna pas comme lui la peine de séduire les Komains; il les opprima franchement, et les contraignit à le rassasier de servitude. En lui commença cette suite de monstres nés de la corruption romaine.
Le premier dans l'ordre des temps, il fut aussi le plus habile ; tout dégénère, môme la tyrannie : des tyrans actifs on arrive aux tyrans fainéants.
Tibère étendit le crime de lèse-majesté qu'avoit inventé Auguste. Ce crime devint une loi de finances, d'où naquit la race des délateurs ; nouvelle espèce de magistrature que Domitien déclara sacrée sous la justice des bourreaux ^
Tibère sacrifia les droits du peuple aux sénateurs , et les per- . sonnes des sénateurs au peuple , parceque le peuple , pauvre et ignorant, n'avoit de force que dans ses droits, et que les séna-
' La vraie chronologie doit placer la naissance de Jt^sus-Chrihl au,â5 di^ceinbrc do l'an de ^ome 7M, la vingtrseplièmc année du ri^gne d'Auguste; mais l'ère commune la compte , comme Je Val remarqué, de Tan 754 de la fondation de Rome.
B Legem majestatis reduxeral : cui nomcn apud vetercs idem , scd alia in judicium veniebant. Si quis prodillone excrcilum, autplcbcm seditionibus, dcnique malegcsla republica, maijestatem populi romani minuisset. Facta argucbantur, dicta impunc eranl. Primus Auguslus cognitionem de Tamosis libellis specic legisejus Iraclavit , commotus Gassii Severi libidinc , qua viros Teminasque illustres procacibus scriplis difTamaverat. Mm Tibcrius , consultante Pompeio Macro prœtorc : anjudicia majestatis redderentur? Exercendas legts esse , respondit. (Tac. , Ann. , lib. i, cap. lxui , pag. 428 et 1*29, edil. .1745, a Christ. Hauffio, Leipsick. — Cod., lib. ix , lit. viii. Ad legem Juliam majestatis, — Digest. eodem. )
leurs , riches et ioslruits, ne liroient leur puissance que de leur valeur personnelle.
Tibère môloit à ses autres déikuts celui des petite^ ames^ la haine pour les services qu'on lui avoit rendus, et la jalousie du mérite ; le talent inquiète la tyrannie; foible, elle le redoute comme une puissance ; forte , elle le hait comme une liberté.
Les mœurs de Tibère étoient dignes du reste de sa vie ; mais on se taisoit sur ses mœurs , car il appeloit ses crimes au secours de ses vices : la terreur lui Taisoit raison du mépris.
La guerre des Germains continua sous ce prince ; elle servit aux victoires deGermanicus , et celles-ci préparèrent le po|sqn qui les devoit expier. Les triomphes de Germanicus lui coûtèrent la vie : il mourut de sa gloire, si j'ose parler ainsi.
L'année où sa veuve , la première Agrippine, après de longues sûufTrances, alla le rejoindre dans la tombe, le Fils de l'Homme achevoit sa mission : il rapporloit aux peuples la religion , la morale et la liberté au moment où elles expiroient sur la terre.
« Cependant la mère de Jésus , et la cœur de sa mère , Marie , M femme de Gléophas , et Marie-Madeleine , se tenoieqt auprès de « sa croix.
« Jésus ayant donc vu sa mère, et près d'elle le disciple qu'il w aimoit , dit à sa mère : Femme , voilà votre fils.
« Puis il dît au disciple : Voilà votre mère. Et depuis cette heure- « là , ce disciple la prit chez lui.
« Après, Jésus sachant que toutes choses étoient accomplies, « afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplît encore , il dit : J'ai « soif.
« Et comme il y avoit là un vase plein de vinaigre , les soldats « en emplirent une éponge, et, l'environnant d'hysope, la lui « présentèrent à la bouche.
« Jésus, ayant donc pris le vinaigre, dit : Tqut est accompli. « Et baissant la tète , il rendit l'esprit. >»
A cette narration , on ne sent plus le langage et les idées des historiens grecs et romains; on entre dans des régions inconnues. Deux mondes étrangement divers se présentent ici à la fois : Jésiis-Christ sur la croix , Tibère à Caprée.
La publication de l'Evangile commença le jour de la Pentecôte mku. de cette môme année. L'Église de Jérusalem prit naissance: les Andej. c. n. sept diacres Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor , Timon , Parmenas , et Nicolas, furent élus '. Le premier martyre eut lieu dans
I G4 elegenmt Siephanum , Tirum plénum fide et spiritu sanclo, et Philippum, et Pro-
la personne de saint Etienne • 5 la première hérésie se déclara par Simon le magicien •, et fut suivie de celle d'Apollonius de Tyane. Saul, de persécuteur qu'il étoît, devint l'apôtre des gentils sous le grand nom de Paul. Pilate envoya a Rome les actes du procès du fils de Marie ; Tibère proposa au sénat de mettre Jésus-Christ au nombre des dieux ^ Et l'histoire romaine a ignoré ces faits. CAuavi^. Après Tibère , un fou et un imbécile , Caligula et Claude , furent ^cïiSi."* suscités pour gouverner l'Empire, lequel alloit alors tout seul et Ao éê I.C. .41. de lui-même , comme leur prédécesseur l'a voit monté , avec la servitude et la tyrannie.
Il faut rendre justice à Claude, il ne vouloit pas la puissance : caché derrière une porte pendant le tumulte qui suivit l'assassinat deCaïus, un soldat le découvrit, et le salua empereur''». Claude, consterné , ne demandoit que la vie \ on y ajoutoit l'empire , et il pleuroit du présent.
Sous Claude commença la conquête de la Grande-Bretagne : né à Lyon, l'empereur introduisit les Gaulois dans le sénat.
Les JuiGs persécutés à Alexandrie députèrent Philon à Caligula. Hérode Antipas ^ et Pilate furent relégués dans les Gaules. Corneille est le premier soldat romain qui reçut la foi.
Le nombre des disciples de l'Evangile s'accroît , tes sept Églises
chorum, et Nicanorem.ètTimonem, et Parmcnam, et Nicolaum advenam Aniiocheuum. ( AcL Apoit. V. S. p. 389. Lyon, 4684. )
s Et lapidabani StephaDam invocanlem et dicentem : « Domine Jesu , suscipe spiritum meuni. »
> Simon nimirum quidam Samarilanus, in vico cui Gitthon nomen est, natus sub Claudio Ca^sare.... propter raagicas quas exhibuit virtutes deus habitus , et statua apud cos veluti deus honoratur : quœ statua in amne Tibori , iuter duos pontes est crecia , latinam hanc habens inacriptionem : iimoni deo sawto'.diC Samaritani prope omnes,ex aliis nationibus etiam pcrpauci , illum quasi primum dcum esse coufldentes , adorant quoque. ( Jupp. MarL A fol, , tom. ii , pag. 69. ]
3 Pilato de cliristianorum dogmate ad Tiberium referenle , Tiberius retulit ad senaluu, ut inter estera sacra recipereiur. Verum , cum ex consultu patnim christianos elimiuari Urbe placuisaet , Tiberius post edictum, accusatoribus christianorum comminalus est morlem, scribit Terlullianus in Apologelico. ( Eusbb. Cms., (Aron.^ An. Dom. xxxtui. - Bile. )
4 Neque multo poit, rumore csdis exterrilus , processit ad bolarium proximum , interque prstenta foribus vêla se abdidit : latentem discurrens Tortc gregarius miles , animad- Yenis pedibus, e studio sciscitandi quisnam esset, agnovit, exlractumque , et prœ metu ad genua sibi accidenlem, imperatorem Mlutavit. ( yila Ciaudii^ cap. ii, pag. 202; édil. de 1764, par Ophelot de la Pause. ~ Paris. )
5 Anno Domini 38, — régnante Caligula , — Herodes Lugdunum Galli» mlttilur in cxilium. ( Joseph. 18H4. )
Inlerea Tiberius duobus et viginti circiter annis sui principatus exactis, vivèndi flnem fecit : postquam CaTus imperium suscepit : et conlinuo Judcorum principaïuni tradidit Agrippe simul et Philippi ac Lysianœ telrarchias , cum quibus et paulo post llcrodis eidem pariter contulit. Ipsum vero Uerodem, qui vel in Johannis nece autor exliterat, vel In paisione Domini interfùcrat , multis excruciatnm modis , œlerno damnât exilio , sicut
de l'Asie-Mineure se fondent. C'est dans Antioche que les disciples de l'Evangile reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens '. Pierre, emprisonné à Jérusalem par Hérode Agrippa , est délivré miraculeusement. Ce prince d'une espèce nouvelle , dont les successeurs étoient appelés à monter sur le trône des Césars, entra dans Rome > , le bâton pastoral à la main , la seconde année du Claude, mp. règne de Claude. Avant de se disperser pour annoncer le Messie , ioide j1c7£ les apôtres composèrent à Jérusalem le symbole de la foi. Cette charte des chrétiens, qui devoit devenir la loi du monde , ne fut point écrite : Jésus-Christ n'écrivit rien , sept de ses apôtres n'ont laissé que leurs œuvres; il y en a d'autres dont on ne sait pas même le nom ; et la doctrine de ces inconnus a parcouru la terre ! Jean enseigna dans l'Asie-M ineure , et retira chez lui Marie que le Sauveur lui avoit léguée du haut de la croix ; Philippe alla dans la haute Asie, André chez les Scythes, Thomas chez les Parthes, et jusqu'aux Indes où Barthélémy porta l'évangile de saint Mathieu, écrit le premier de tous les évangiles. Simon prêcha en Perse, Matthias en Ethiopie*, Paul dans la Grèce ^ Marc, disciple de Pierre, rédigea son évangile à Rome, et Pierre envoya des missionnaires en Sicile, en Italie, dans les Gaules, et sur les côtes de l'Afrique. Saint Paul arrivoit à Éphèse lorsque Claude mourut, et il catéchisa lui-même dans la Provence et dans les Ëspagnes.
Nous apprenons par les épîtres de cet apôtre que les premiers chrétiens et les premières chrétiennes à Rome furent Épenilas,
Josephus in his quœ supra inseruimus scribit. ( Eosbbii Cms. Hislonœ , lib. ii , pag. 482 ; edil. 1S59; BasilciP, per Henricum Pelri , iD-4o. }
Voici le passage qu'Eusèbe , d'après Nicéphore et Joséptie ( Anliq.jud. ) rapporte dans l'endroit indiqué :
In lanlas et tam graves calamitates , ut Tertur, incurril, ut necessitale adductus, sibi propria manu mortein conscisceret , suorumque ipse scelerum vindcx existeret (Eusbb. iilst. ecclesiast. y \ih. ii, cap. vu. )
1 Elannum tolum conyersali sunt ibi in Ecclesia^eldocuerunt turbaui multam; ita ut cognominarentur primum Antiochiœ dlscipuli,chri^tiani. {/4rl. Aposlolor., cap. xi, vers. XXVI , pag. 295. Lugduni , 1684. )
3 Continuo namque in ipsis Glaudii tcmporibus, clemenlia divinœ Providenliie proba* lissimum omnium apostolorum et maximum fldei , magnificentiœ et virtutis merito primorum principem Petrum » ad iirbem Romam , veiut adversum humani generis communcm peruiciem repugnaturum deducit , duccm qucmdam et magislrum militise sua;, scienlemdivina preelia gerere,et virtutum castra ductare, isteadveniensex orienlis partibus, ut cœleslis quidam negociator , mercimonia divini luminis, si quis sil coraparare paratus, advexit, et salutaris prœdicalionis verbo primus in urbe Roma Evangelii sui clavibus januam regni cœlcstis aperuit. ( Eosbb. Cas., Eccles. Hisi.^ lib. ii, pag. 487, edit. Basileaî, per Henric. Pelri , 1539, in-4o. )
Petrus Apostolus , nationc Galila>us , christianorum pontifex , cum primum Antiochenam Ecclcsiam fundassct , Romam proficiscilur, ubi Evangelium prcpdicans viginti quinquc annis ejus urbis episcopus persévérai. ( Ecsebii G;C8abi9 Chronicon, D. Hleronymo inlerprelc. Aano Dom. 44 , p. 77 ; cdil. Basilcop , per Henricum Pelri , 1559. )
Marie, Andronic, Jdnia, Ampliat, Urbain, Slacïiys, Appelés. Paul salua encore les fidèles de la maison d'Arîstobule et ceux de la maison de Narcisse * , le fameux favori de Claude. Ces noms sont bien obscurs, et ne se trouvèrent point dans les documents fournis à Tacite-, mais il est assez merveilleux , sans doute, de voir, du point où nous sofnmes parvenus, le monde chrétien commencer inconnu (ïafts la maison d'un a(tranchi que THistoire a cru devoir inscrire daris ses fastes.
N^ioR, «Bip. De même que tous les concjuérants sont devenus des Alexandre , ^iuSj.c"«4^ tous les tyrans ont hérité du nom de Néron. On ne sait trop pourquoi ce prince a joui de cet insigne honneur , car il ne fut ni plus cruel que* Tibère , ni plus insensé que Caligula , ni plus débauché qu*Éliogabale : c'est peut-être pafcequ'il tua sa mère, et qu'il fut le premier persécuteur deâ chrétiens. Peut-être encore son enthousiasme pour les arts donna-t-il à sa tyrannie un caractère ridicule qui a servi à la faire remarquer. Le beau ciel de fiàia et des fêtes étoient les tableaux où Néron aimoit à placer ses crimes.
Les sénateurs qui le condamnèrent à mort lui prouvèrent qu'un artiste ne vit pas partout, comme il avoit coutume de le dire, eti chantant sur le luth \ Ces esclaves, qui jugèrent leur maître tombé , n'avoient pas osé l'attaquer debout : ils laissèrent vivre le tyran -, ils ne tuèrent que l'histrion. AiideJ.a64. L'incendie de Rome, dont on accusa les chrétiens, que l'on contbndoit avec les juifs, produisit la première persécution : les martyrs étoient attachés en croix comme leur Maître, ou revêtus de peaux de bêtes et dévorés par des chiens , ou enveloppés dans des tuniques imprégnées de poix, auxquelles onmettoitle feu ' : la matière fondue couloîl à tefre avec le sang. Ces premiers flambeaux de la foi éclairoient une fête nocturne que Néron donnoit dans ses jardins : à la lueur de ces flambeaux il conduisoit des chars.
> Salutate oos qui sunt ex Narcissi domo, qui sunt in Domina {Ep. 16 B. Pàuu ad Romanoif vers. 14. ) * Prœdictum a mathematicis Neroni olim erai, fore ut quandoque dcstituerclur. Undc ' vox ejus celet)errima : to ts^vcov k&w. y«w( r/tefti» ( Subt. , in vil. Neronit. )
3 pone TlfeninniD , teda locebti In lUa Qoa liantes ardeol : qnl flxo gnttnra fomant , Et latnm média Milcnm dedocft arena.
(JoT., 8at. i.Tew. «3».)
Amicti periculis chrisliani. (Subt., in vit. Neronis^ p. 251, cap. xti.) Nero quaMitisaimis pcpnia adfecil quo» per flagilia Invisos vulgus chHsiianos appellabat.
Et pereuntibus addiU ludlbria, ut fcrarum tergis contccli , lanialu canum Inlerirent,
M]«in.
Paol , accusé devant Félix et devant Festus , vient à Rome, où il prêche l'Évangile avec Pierre ».
. Hérésie des nicoîrfftes , laquelle avoit pris son nom de Nicolas , un des premiers sept diacres. Saint Jacques, évoque de l'Eglise juive, avoit souffert le martyre. La guerre de Judée commençoit sous Sextus Gallus, et les chrétiens s^étoient retirés de Jérusalem.
Apollonius de Tyane, débarqué dans la capitale du monde pour voir, dîsefîl-il, quel animal c'étoit qu'un tyran ', s'en fit chasser avec les autres philosophes. Pierre et Paul , enfermés dans la prisoA An «• j.c. v* Mamertine au pied du Capitole, sont mis à nfiort : Paul a la tête tranchée, comme citoyen romain, auprès des eaux Salvienties^ dans un lieu aujourd'hui désert où l'on voit trois fontaines , à quelque distance de la basilique appelée Saint-Paul-hors-des-murs , qu'un incendie a détruite au moment môme de la mort de Pie YII . Pierre , réputé juif et de condition vi4e , fut crucifié la tête en bas sur le mont Janicule, et enterré le long de la voie Aurélia, près du temple d'Apollon ^ : là s'élèvent aujourd'hui le palais du Vatican , et cette église de Saint-Pierre qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome. Néron ne savoit pas sans
aut crucibus affixi , aul flammandi, alquc ubi dcfecisset dics, in usum noclurni lumiiiis urcrcntur. ', Tàcit. , Annal. , lib. xv , édit. de Barbou. )
I Gum autcm vcnissemus Homam, pcrniissum ost Patilo mancre sibimet cum custodîente se miliie. ( Aci, Apost. , cap. xxfiii , vers. 16. )
Mansil aulem bicnnio loto in suo conduclo : et suscipiebal omucs qui ingrediebantur ad eum.
Prœdicans regnum Dei , cl doccns qua' sunt de domino Jesu-Chrislo cum omni flducia, sine prohibilione.
• Prœterea tanlum qui peragrayerim terrarum, quantum antca mortailam nemo, l>elluasque vidcrim arabicas, indicasque varii generis; hipc taroon bellua quam lyrannum vuigo vocant, neque quot capita habeat novi , nequc utrnm curvis anguîbus serratisqùe sit dcntibus.
ff^ov , To «Te OTuptGv TovTO 0 yal*«stv o« KoXXot rbflocwov , oure cicovxi xtfeiX*t «urA (,1fx , 0UT« et yufx^'MVVX09Tt xxl yioLpx9t(i6^0\ii tvxt, { PillLOST. , in Vit. ap. TyOn, )
3 Paulum proinde Roms, eo régnante, securi percussum , et Pelnim eiiam suiTixura cruci, bistoriarum monumentisprodiium est : quin etiam insignisac tcslata Pctriac Pauli inscriptio, quœ in cœmeteriis Roms ad hoc usquc tempus nianct, hujus roi gcsls fldem facit : atquc hsc ita se habere confirmât itidem vir ccclcslasticus, Caïus nomlne, qui Zephyrini pontificis romani lemporibus vixit,.inquc disputatione scriptis prodita !...
Ego, inquit, apostolorum tropsa pcrspicue possum ostcndere: nam, si lubet in Vaticanum proflcisc! , aul in yiam qua? Osticnsisdicitur , te conferre, tropsa eorum qui islam Ecclesiam suo scrmone et virtute stablliverunt , invenics. Porro Dionysius , Corihthiorum episcopus, illos ambos martyrium codcm tcmpore pcrtulissc, sic ad Romanes scribcns commémorât : Pctrum et Paulum , qui Romanos cl Corinthios primum in Ecclesiam Ghristi inèeruerunt, prudcnli quadam admonitione impuisi, in unum locum concliisistis... Nam ambo... eodem tèmporc pariter martyrium subierunt. (Èusbbii Ilist. eccleiiusl.^ lib. II, pag. 49.)
Petrus ad cxtremum cum Romœ versarctur, capite deorsum statu to, sic enim perpeti
doute le nom des deux malfaiteurs de bas lieu condamnés par les magistrats , et c'étoient , après Jésus^hrist , les fondateurs d'une religion nouvelle ; d'une société nouvelle, d'une puissance qui devoit continuer l'éternité de la ville de Romulus. iitioir,eBp. Lin , dont il est question dans les épîtres de saint Paul , succéda ABdtj c.e7^. à saint Pierre; saint Clément ou saint Glet , à saint Lin. cLn,cUMEMT~ Le peuple romain aima Néron, il espéra le retrouver après Andti!a'6f-77.sa mort dans des imposteurs; quelques chrétiens pensèrent que . Néron étoit l'Ante-Christ , et qu'il reparottroit à la fln des temps ' : le monde païen l'attendoit pour ses délices, le monde chrétien pour ses épreuves.
Ce fut encore sous le règne de Néron que saint Marc fonda l'Église d'Alexandrie , qui commença surtout parmi les thérapeutes , secte juive livrée à la vie contemplative » , et qui servit de premier modèle aux ordres monastiques chrétiens. Les thérapeutes différoient des esséniens , qui ne se voyoient qu'en Palestine, et qui vivoient en commun du travail de leurs mains. L'école philosophique d'Alexandrie mêla aussi ses doctrines à celles du christianisme, subtilisa la simplicité évangélique , et produisit des hérésies fameuses.
La mort de Néron causa une révolution dans l'État. L'élection passa aux légions, et la constitution devint militaire. Jusque-là la dignité intpériale s'étoit maintenue dans la famille d'Auguste par une espèce de droit de succession : le sénat , il est vrai , et les
cupiebat, cruci suiDxuB est... Quid allincl de Paulo dicere... Ncrone summara rerum adminUtranle , martyrio occubuit. Isla ab Origene ad verbum tertio tomo Coinmentariorum quos scripsit in Genetim rêvera commémora ta sunt. {jbid. , lib m, cap. i , pag. SI . )
Pelriis ad terram capite verso cruci aflQxus cal in Valicano, juxta viam Triumphalem sepullus... Pauluft verogladio animadvorsus et via Osliensi sepultus. ( Baron., Martyr. , p. 289. )
■ Nero... Dignua exstitit qui perseculionem in cVrleiianos primus incipcret, ncscio an postremus explerit : si quidcm opinione multorum receptum sit , Ipsum Anie-Chrislum vcnlurum. ( Sulpitii Sbvbri Sacrœ HUt. , lib. u , pag. 95 ; edit. EIzeviriana. Lugduni Batavorum , anno 4643. )
Gœterum cum ab eo de fine soDCuli quffreremus , ait nobis ( S. Marlinus ) , Neronem et Ante-Glirislum prias esse venturos : Neronem in occidental! plaga reglbus subactisdcccm, imperaturum , persecutionem autem ab eo hactenus exercendam , ut idola genliura coli cogat. (^ SuLPini Sbtbiii Dialog, ii , p. 906 , edit. ead. )
* Aiunt Marcum primum in iBgyptum trajecisso... Atque tanta hominum et mulierum fldem christianam amplcxantium ex prima aggressione et conatu , per grave in primis , aanctum et severum ejus vivcndi cxemplum, ibi cogebatur mullitudo, ut Philo ipse eorum Btudia . exercitationes , mores, firequentcs congressus , communem inter ipsos vîctus rationem , suisscriptis persc<]ui , operœ prctium existimaret... Apud nos «iffxxrocc, id est monachi... appellati sunt.... Ab Hebrais, ut videtur, duccbant originem. Propterea permulia vetera instiluta, propius ad Judsrarum consuetudinem accedeolU i obscrvabaut, ( EusBB., Uisi, ecctes* , lib. ii/ pag. 89. }
prétoriens avoient plus ou moins ajouté de la force à ce droit; mais enfin l'élection étoit restée attachée à la ville éternelle et au sang du premier des Césars. Usurpée par les légions, elle amena des choses considérables : elle multiplia les guerres civiles, et partant les causes de destruction *, l'armée, nommant son maître, et ne le recevant plus de la volonté des sénateurs et des dieux , méprisa bientôt son ouvrage. Les Barbares introduits dans l'armée s'accoutumèrent à faire des empereurs : quand ils furent las de donner le monde, ils le gardèrent.
Dans le despotisme héréditaire il y a des chances de repos pour les hommes ; il perd dé son âpreté en vieillissant. Dans le despotisme électif, chaque chef surgit à la souveraineté avec la force du prémier-né de sa race , et se porte à l'oppression de toute l'ardeur d'un parvenu à la puissance : on a toujours le tyran dans sa vigueur élective, tandis que la nation, qui ne se renouvelle pas, reste dans sa servitude héréditaire. Et comme l'Empire romain occupoit le monde connu; comme l'empereur pou voit être choisi partout, de là cette diversité de tyrannies, selon que le maître venoit de ÏA frique , de l'Europe ou de l'Asie. Toutes les variétés d'oppression répandues aujourd'hui dans les divers climats s'asseyoient par l'élection sur la pourpre où chaque candidat arrivoit avec son caractère propre et les mœurs de son pays.
Séjan, qui, profitant de la jalouse vieillesse de Tibère, avoit empoisonné Drusus , amené la disgrâce et par suite la mort d'Agrippine et de ses deux fils aînés, n'atteignit point le troisième fils deGermanicus. Celui-ci fut CaïusCaligula : Claude, son oncle, frère de Germanicus , proclamé empereur par les prétoriens, et surtout par les Germains de la garde , eut de Messaline l'infortuné Britannicus. Agrippine, sœur de Caligula et fille de la première Agrippine , femme de Germanicus , épousa en secondes noces son oncle Claude, et lui fit adopter Néron, qu'elle avoit eu de son premier mariage avec Domitius Ahénobarbus. Néron , parvenu à l'empire après s'être défait de Brttannicus , fut contraint de se tuer. En lui s'éteignit la famille d'Auguste. Malgré les vices et les crimes qui l'ont rendue exécrable , cette famille eut dans ses manières quelque chose d'élevé et de délicat que donnent l'exercice du pouvoir, l'habitude des richesses, les souvenirs d'une lignée historique. La maison de Jules prétendoit remonter d'un côté à Énée par les rois d'Albe , de l'autre à Clausus le Sabin , et à tous les Claudius, ses fiers descendants.
Galba , qui prit ifn moment la place de Néron , étoit encore de
IQ2 ÉTUDES
race aristocratique -, mais après lui commence une nouvelle sorte de pripces. Toutes les fois qii'un grand changement dans la constitution d*un Etat s'opère , les anciennes familles disparoissent , soit qu'elles s'épuisent et s'éteignent réellement , soit qu'obéissant • ou résistant au nouveau pouvoir , elles disparoissent dans le piépris qui s'attache à leur soumission , ou dans l'oubli qui suit leur fierté. Le despotisme étoit aristocratique par l'élection du sénat ; il devint démocratique par l'élection de l'armée.
Remarquons , sous la première année du règne de Néron , la naissance de Tacite : il parut derrière les tyrans pour les punir , jcomme le remords à la suite du crime. Tite-Live étoit mort sous ^ Tibère^ Tite-Live et Tacite se partagèrent le tableau des vertus et des vices des Romains ; les exemples rappelés parle premier furent aussi inutiles que les leçons données par le second.
Pendant le règne de Néron , la Grande-Bretagne se souleva et fut
écrasée ] les Parthes remuèrent , et furent contenus par Gorbulon ;
les Germains restèrent tranquilles , hors les Frisons et les Ansi-
^res, qui voulurent occuper le long du Rbin le pays que les
Romains laissoient inculte. Le vieux chef des Ansibares, repoussé
par le général romain, s'écria : « Terre ne peut nous manquer
« pour y vivre ou pour y mourir *. » Nous devons cppter les An-
sibares au nombre de nos ancêtres; ils firent dans ^a suite partie
GiiJA. oreoff, ^^ '^ ^'g"® ^^s Fra«ks. Galba , Othôn et Vitellius passèrent vite ,
^"JJJ;'"^' ils eurent à peine le temps de se cacher sous le manteau impérial.
clet.clé. Galba avoit dit à Pison , dans le beau discours que lui prête Tacite,
ABdt j.'c. 6*-«9. que l'élection remplac^roit pour le peuple romain la liberté : cette
liberté ne fut que la décision de la force.
Quelques mots de Galba sont dignes de l'ancieone Rome, dont il conservoit Ifi sang. Des légionnaires soUicitoient une gratification nouvelle : » Je choisis des soldats, répondit-il , et /fie les achète pas ». >»
Othon venoit de soulever les prétoriens ; un soldat se présente à Galba l'épée nue , affirmant avoir tué Othon : « Qui te l'a ordonné? » dit le vieil empereur^
Galba Ait massacré sur la place publique. Entouré par les séditieux qu'avoit soulevés Othon , il tendit la gorge aux meurtriers, en leur disant : » Frappez , si cela est utile au peuple romain. » Sa
* Déesse nobis tcr^a in qua vivamus , in qua raoriamur, non potest ( Tacit. , Annal. , lib. XIII , pag. 236. Apud Barl>ou , Parisiis , 1779. ) ' Légère se militcm , non cmore consucsse. (SrBT., in vit, Calb. ) ^ Que aucUM-o ?(/</., ibid- ) *
tôte tomba j elle étoit chauve \ un soldat , pour la porter , fut obligé de Tenyelopper dans une étoffe'. Cette tôte auroit dû mieux conseiller un vieillard de soixante-treize ans : étoit-ce la peine de mettre une couronne sur un front dépouillé ?
Othon avoit voulu l'empire 5 il l'avoit voulu tout de suite, non comme un pouvoir, mais comme un plaisir. Trop voluptueux pour régner, trop foible pour vivre, il se troiiva assez fort pour mourir. Ses soldats ayant été battus par les légions de Vitellius, il se couche , dort bien , se perce à son r,éveil de son poignard % et s'en va à petit bruit, sans avoir lu le dialogue de Platon sur l'imqaortalité de l'ame, sans se déchirer les entrailles. Mais Caton expira avec la liberté ; Othon ne quittoit que la puissance.
Vitellius, qui n'est guère connu que par ses excès de table, et dont le premier monument étoit un plat ^ Vitellius , successeur ^'Othon, cassa les prétoriens, quis'étoientdéclaréscontrelui. Bientôt il est attaqué par Priraus , vainqueur au nom de Vespasien ; on se bat dans Rome ; des lUyriens , des Gaulois , des Germains légionnaires, s'égorgent au milieu des festins^ des danses et des prostitutions.
Vitellius fu^t avec son cuisinier et spn boulanger ; rentré dans son palais , il Je trouve désert 5 saisi de terreur, il court se cacher dans la loge d'un portier, près de laquelle éjtoient des chiens qui le içordirent^. )[1 bouche la porte de cette loge avec le lit et le matelas du portier ; les soldats arrivent, découvrent l'empereur, l'arrachent de son a^.ile. Les mains liées derrière le dos , la corde au cou , Jes vêtements déchirés , les cheveux rebroussés , yitellius
> Suétone ajoute quelques ciicoiuianccs à ce récit :
JuguUtus est ad lacum Curlii, ac rclictus ita uti erat , donec gregarius miles, a frumcutatione rediens, abjectoonere, caput ei amputavii : el quoniam capillo pr» calrilic arripere non poterat, in gremium abdidil : mox inserto per os pollice ad Othoncm dclullt.
(ScBT., in vit. Gatbœ, pag 298 et 399. )
* Posthœc, sedata siti gelidie aquœ potione, arripuil duos pugioncs, etexplorata utriusque acie, cum alterum pulvino sobdidisset, foribus adopertis, arctissimo somno quievit : et circa iucem demum expergefactus , uno se trajicit ictu infra Isvam papillam. ( SuET., in vita Othonis^ pàg. 308. )
3 Hanc (cœnam rratri8)'quoque superavit dedicatione jMitriie, quam, ob immensam magnitudinem, cly^êwn Minervœ^ xiyU» ico>toyxou, dlclltabal. (Sobt. , in vît. Aul. Ffteit.,
pag. 517. )
Hanc patinam , cum flctilisesse non posset propter maç^itudinem, argenteam fecil : eâque diu permausit, velutl res diis consecrata , quousque Adrianus eamdem conspicalus i conflari jussfl. ( DioK., ffist. rom., de FiUU., lib. lxt, p. 755. )
4 Confugllque in celiulam janitoris, religalo pro toribus cane. ( Subt. , in rit. /iul. Vin «W/.,pag.52«.)
Vitellius, sordido attriloque sagalo araiclus, se abdit in obscurum locum ubi canes alebantur : sed invesligalus invcntusque, pannis obsilus el sanguine pertusus, quod eum canes lieserant , dcprehendÉbr. CDiom., Uisl, rom,^ lib. lx?i. )
demi^nu est trainé le long de la voie Sacrée. Son visage rouge de vin , son gros ventre, sa démarche chancelante conrime celle d'un Silène % sont des sujets d'insulte et de risées. On l'appelle incendiaire , gourmand , ivrogne ^ on lui jette des ordures ; on lui attache une épée sur la poitrine , la pointe sous le menton , pour le contraindre à lever la tête qu'il baissoit de honte ; on l'oblige de regarder ses statues renversées, et dont les inscriptions portoient qu'il étoit né pour le bonheur et la concorde des Romains». Enfin , après l'avoir accablé d'outrages et de blessures, on l'achève; son corps est jeté dans le Tibre, sa tête plantée au bout d'une pique. Vitellius s'assit à l'empire qu'il avoit pris pour un banquet : ses convives le forcèrent d'achever le festin aux Gémonies.
Les Sarmates Khoxolans furent battus pendant le court règne JOlbon. Tandis que Vespasien attaquoit Vitellius, les Daces altaquoient la Mœsie , et furent repousses par Mucien. Civilis fit révolter les Bataves, et les Germains, alliés de Civilis, insultèrent les fVontières romaines.
La mort de Yitellius suspendit le cours de ces ignominieuses adversités. Quatre-vingts années de bonheur, interrompues seulement par le règne de Domitien , commencèrent à l'élévation de Yespasien. On a regardé cette période comme celle où le genre humain a été le plus heureux ; vrai est-il , si la dignité et l'indépendance des nations n'entrent pour rien dans leurs félicités.
Les premiers tyrans de Rome se distinguèrent chacun par un vice particulier, afin qu'on jugeât ce que la société peut supporter sans se dissoudre ; les bons princes qui succédèrent à ces tyrans brillèrent chacun par une vertu différente, afin qu'on sentit l'insuffisance
* Religatis post torga manibus , injecto cerTicibus laqueo , veste discissa , teminudtis in Forum tractus est. inter magna rerum verboruroque ludibria , per totum vis Sacrn 8patium,reducto coma capite,ceu noxii soient , atque etiam mento mucrone gladii sub- Jecto ut visendam prffberet faciem , nevc submitteret ; quibusdam stercore et cœno incenscntibus, allis incefidiatium etpatinarium vociferantibus , parte vulgi etiam corporis vitia exprobrante : erat enlm ineo enormis proceritas, faciès rubida plenimque ex vinolentla , venter obesus , alterum fémur subdebile. ( Subt. , in vit. Âul. Vitell. , pag . 333. )
B Vitelllum infcstis mucronibus coaclum modo erigere os et oflcrre contumeliis, nunc cadentes statuas suas, plerumque rostra , aut Gallxe occisi locum contueri. (Tacit., Histon, lib. m, pag. 476; édit. de Barbou.)
Statu» équestres cum plurifariam ei ponerentur... laurea rcligiosissime circumdederat. ( SuBT. , in vit. ritetl. )
Solutum a latere pugionem , consuli primum , deindc , illo récusante, magistratibus ac mox singulis senatoribus porrigens , nullo recipiente quasi in œde Goncordiœ posiUirus abfcessit : sed quibusdam acclamantibus ipsum esse Concordiam , rcdiil : nec solum se retinere ferrum affirmavit , veram etiam concardiœ recipeoi cognomen. (Suit, in vit» ruell.)
des qualités personnelles pour l'existence des peuples , quand ces qualités sont séparées des institutions.
Tout ce qu'on peut imaginer de mérites divers parut à la tête de l'Empire : ceux qui possédèrent ces mérites pouvoient tout entreprendre : ils n'étoient gênés par aucune entrave; héritiers de la puissance absolue , ils étoient mattres d'employer pour le bien l'arbitraire dont on avoit usé pour le mal. Que produisit ce despotisme de la vertu? rétablit -il la liberté? préserva-t-il l'Empire de sa chute? non. Le genre humain ne fut ni amélioré , ni changé. La fermeté régna avec Vespasien , la douceur avec Titus, la générosité avec Nerva , la grandeur avec Trajan , les arts avec Adrien , la piété avec Antonin , enfin la philosophie monta sur le trône avec Marc-Aurèle , et l'accomplissement de ce rêve des sages n'amena aucun bien solide. C'est qu'il n'y a rien de durable , ni même de possible , quand tout vient des volontés et non des lois ; c'est que le paganisme survivant à l'âge poétique, n'ayant plus pour lui la jeunesse et l'austérité républicaines, transformoit les hommes en un troupeau de vieux enfants, sans raison et sans innocence.
Il y avoit dans l'Empire des chrétiens obscurs , persécutés même par Marc-Aurèle , et ils faisoient avec une religion méprisée ce que ne pouvoit accomplir la philosophie ornée du sceptre : ils corrigeoient les mœurs, et fondoient une société qui dure encore.
Vespasien mit fin à la guerre deCivilis , et à la révolte d'où sortit vespaoe», ti- 1a touchante aventure d'Éponine. Cette Gauloise doit être nommée ci&uS', dans une histoire des François. AadejTWti.
Du petit nombre de ces hommes que la prospérité rend meilleurs , Titus ne fut point obligé de soutenir au dehors l'honneur de l'Empire ; il n'eut à combattre que ses passions : il les vainquit pour devenir les délices du genre humain. On a voulu douter de sa constance pour la vertu , au cas que sa vie se fût prolongée ' : pourquoi calomnier le néant d'un avenir si vain qu'il n'a pas même été ?
On appliqua à Titus et à Vespasien les prophéties qui annonçoient des conquérants venus de la Judée \ Le Messie devoit être un prince de paix : en conséquence Vespasien fit bâtir â Rome , et consacrer â la Paix éternelle , un temple qui vit toujours la guerre, et dont les fondements, mis à nu aujourd'hui , ont â peine résisté aux assauts du temps. Le véritable prince* de paix étoit le roi de
> DioM , pag. 751.
> Pluribus persuasio inerat, aniiquis sacerdoUini litteris contineri , eo ipso tempore Tore ut valescerefOriens , profectique Judva rerum polirenlur : quœ ambagOB Vespasianum ac Tilum prcdixerant. (Tacit., Hht., lib. v, cap. xui.)
ce nouveau peuple qui croissoit et multiplioit dans les catacombes, sous les pieds du vieux monde passant au-dessus de lui.
Saint Clément écrivit aux Corinthiens pour les inviter à la concorde. 11 raconte que saint Pierre avoit soufTert plusieurs fois ^ que a^int Paul , battu de verges et lapidé , avoit été jeté dans les fers ' à sept reprises différerues. Il indique Tordre dans le ministère eccléai^istique, les oblations, le$ olQces , les solennités : Dieu a envoyé /ésus-Cbrist , Jésus-Christ les apôtres , les apôtres ont établi les évèques et les diacres.
La religion accrut sa force , sous les règnes de Yespasien et de Titi^, par la consommation d'un des oracles écrits aux livres saints : Jérusalem périt.
La guerre .de Judée avoit commencé sous Néron. La multitude des Juifs qui se trouva à Jérusalem, l'an 66 de Jésus -Christ, pour la fête des azymes, fut comptée par le nombre des victimes pascales : il se trouva qu'on en avoit immolé deux cent cinquante-six mille cinq cents ^ Dix et quelquefois vingt convives s'assemUoient pour manger un agneau, ce qui donnoit, pour dix seulement , deux millions cinq cent cinquante-six mille assistants puriGiés.
Des prodiges annoncèrent la destruction du Temple : une voix avoit été ^e^tendue qui disoit : Sortons d'ici. Jésus , Gis d'Ananus^ courant autojur des m^urailles de la ville assiégée , s'éloit écrié : « ifalheur ! i)iqlheur sur la ville ! imlheur sur le temple ! malheur sur « le peuple ! malheur sur moi ^ ! » Famine , peste et guerre civile au dedans de la cité ; a,u dehors, les soldats romains cruciGoient tout ce qui voiuloit,s'4&cbapper : les croix manquèrent, et la place pour i}ressejr les qroix. On éyentroit les fugitifs pour fouiller dans leurs eqtr^i|l^ ïqrfm'i}s ayo/ienjt^yalé. Six cent mille cadavres de pauvres fa^enjt j/^s daps ^es fessés , par-dessus les n^urailles. On ^angieoit les maisons en sépuJI^res , et quand elles étoient pleines on en fermoit les portes. Titus, après avoir pris la forteresse Antf^^y atjtaqua le Temple le 17 juillet 70 de J.ésus-Chrjyst, jour où le fiacr^ice (^pé^uel avoit cessé , laute de j^ins consacrées pour
t PetTDS non unum aut allerum , sed plures labores suslulit... Paulus , propter smula- ^ionem (jq Yinciila^plj^s .çoi^ectus, verl>eribu£ cœsus , lapidaïus, palienUœ praeniium repor.Ukvit. (Clbmbntis ad Corinth. cpht,^ pag. 8. )
• Hostiarum quidem ducenU et quinquaginla sex millia et quingentas numeravere. ( JosBPH. , Beil.'Jud., lib. tu, cap. xvii, pag. 960. )
3 Vocera audiere , quaBdiccret: Migremus hinc. Suprsi murutn enim circumiens ilerum: « Vœ! vœ! civilati, ac Tano, ac populo^ » yoce maxima clamitabat : cum anlem ad extroçium ac^didit : Fœ etiam mihi! lapis tormento missus cum staUm percmit , animamque adhuc omnia illa gementcm dimisil. (Joseph. , deSelhJud., Mb. vu, pag. 96. )
l'offrir. Marie , plie d'Éléazar, rôtit son eijfafti et le Rangea « , d^ns la ville où une autre Marie avoit enseveli spn flls. /é$us-0iris)t avoit dit aux femmes de Jérusalem , après le propljiète : «* Un jour « viendra où Von dira : Heureuses les entrailles stérijes et les ma- « melles qui n'ont point allaité ! »
Le TenipLe fut J^rûlé le 8 d*août de cette année 70, ieosuite la ville basse inceiidiée , et la ville haute emportée 4'9ssaut. Titjus fit abattre ce qu^ restoit du Temple et de la villie , e^fjccpté trois iQurs ; on promena la charrue sur les ruines. Telle fut la grandoi^jr du ))ulin , que le prix de Tor baissa de moitié bu Syrie. Poze .cent mille Jui& moururent pendant le siège, quatre-vingt-di^L-^sept mille furent vendus '3 à peine trouvoit-on des ai^^heljeïjrç jpf^ ce vil troupeau. A la fête de la naissance de DomiUen , à cellâ de l'anniversaire de Tavénement de Vespasien à l'Empire (24 Oictol^re 70 et V" juillet 71 ), plusieurs milliers de Jui& périrept par le feu et les bétes , ou par les mains les .uns des autres , co^^ie gladiateurs. A RT)me , Tit^ et son pè^e jtrioipphèrent de la Judée : Je^ ejL Simon , chefs des Juifs de Jérusalem , marchoient euc^inés derrière le char. Des médailles frappées en xu^oii;^ f^ çfit jéyénâmeojt représentent une femme enveloppée d'un manteau, assise au pied d'un palmier, la tête appuyée sur sa m^in , avec çj^e i^gL^ription : la Judée captive.
Les chrétiens Irouvoient dans cette catastrophe d'au/rei^ sujets d'étpnnemeot que l^ çiuUitude païenne : il n'y layoit pas trois années que saint Pierre étoit enseveli au Vatican ^ saint Jean , qui avoit vu pleurer Jjé^us-jChrist sur Jérusalem , yivoit encorde ^ p^têtre même , selon quelques traditionj^, la mère du Fils de l'HpmQaa étoit encore sur la terre ^ elle n'avoit point encore accompli SQn assomption en laissant dans sa tombe , jàn jiieu xie ses iC^dr;^ , 3a robe vii^gifial^ pu une manne céleste ^.
Les Juifs furent dispersés : témoins vivants delà parple vivante , ils subsistèrent, miracle perpétuel, au milieu 4âs nations. Étrangers partout, esclaves dans leur propre pays, Hs virent tomber ce Temple dont il ne reste |Kàs pier;re sur pii^rre, comme mes yeux ont pu s'en convaincre. Upe partie de leur population enchaînée
> Mulier qusBdam... Maria nomine , de vico Vetezobra... tl animi de necesiute compulsa... raptoque fllio quem lactenlem habebat... occidit , coctu^i^e médium comedit, adopcrlumque reliquum jicxvavit. (^q^bpu., Uff. 9m, Çfp. yi^ipi^. ^ et 955. )
B Et captivorum quidem omnium qui toto bdlo comprehefi|ù fjupt, nonaginta et septem millia comprehcnsus est numerus , morluorum vcro per omne tempus obsidionis undecies cenlum millia. (Joseph., de Belto Jud., lib. tu, cap. xrii. )
3 Plurirai assevcrant quia in scpulchro ejus , non nisi manna invcnilur quod scalurire cernilur. ( De assumpt. B. Matiœ sermo, tribtUus divo Ui^onumo , ^çm. |X, iff§. ^. )
vint élever à Rome cet autre monument où dévoient mourir les chrétiens. Le ciseau sculpla sur un arc de triomphe qu'on admire encore les ornements qui brilloient aux pompes de Salomon , et dont, sans ce hasard, nous ignorerions la forme : l'orgueil d'un prince romain et le talent d'un artiste grec ne se doutoient guère qu'ils fournissoient une preuve de plus de la grandeur de la nation vaincue et de ses mystérieuses destinées. Tout devoitservir, gloire et ruine, à rendre étemelle la mémoire du peuple que Moïse forma , et qui vit nattre Jésus-Christ.
Le Gapitole, incendié dans les désordres qui signalèrent la fin de Yitellius , étoit la proie des flammes presque au moment où le temple de Jérusalem brûloit. Domitien fit dans la suite la dédicace du nouveau Capitole : l'autel de la servitude y remplaça celui de la liberté; on eut encore le malheur de n'y pouvoir rétablir l'image fameuse du chien, dont les gardiens répondoient sur leur vie. Soixante millions furent employés à la seule dorure de cet édifice. Jupiter, en vendant tout l'Olympe, disoit Martial *, n'auroit pu payer le vingtième de cette somme. Le dieu des Juifs avoit prononcé la destruction de son Temple, et Julien essaya vainement de le relever.
La grande peste, et l'éruption du Vésuve qui fit périr Pline lo naturaliste , sont de celte époque^.
Ébion ,»Cérinthe , 3fénandre, disciples de Simon , alloient préchant leurs hérésies. Les philosophes furent de nouveau exclus de Rome. C'étoient Euphrate, Tyrien ; d'abord ami et ensuite adversaire d'Apollonius de Tyane. Démétrius le cynique , Artémidore , Damjs le pythagoricien , Epictète le stoïcien , Lucien l'épicurien , Diogène le jeune cynique , Héras et Dion de Pruse -, Musonius seul trouva grâce auprès de Vespasien.
Le pape Clément acheva de gouverner TÉglise la soixante-dîx-
I Qaantom )toi niperls, G«iar, c(Blo<|ue dedUU ,
SI répétas , et fi eredltor etie tells ; Grandis In ethereo licet aoetlo Oat Olympo ,
Cofantorqne det Tendere qoid<iuld liabent ; ContarbaMLAtlas « et non erit nnda tota ,
Deddat tecvn qna pater Ipse deam.
Pro Capltoliidfl qald enlm cedere lenpllf,
Qold pro Tarpeio frondli honore potest?
Qald pro enlmlnlbns geminls matrone Tonantls?
Pallada pr«tereo ; res agit lUa toas.
Qald loqnar Alcldem « PbobaoHine , ploaqve Laeonas ,
Addlta qald Latio llaTla templa polo ?
Eipectas, et sustlneas, Aagaste, neoease est :
Nam tibi quod foltat non habet arca Jovfs.
( Mait. , Ub. iz , Epifr* 4. ) • PlIR. , lib. XZXIV, c«p. Yll.
septième année de Jésus-Christ; il céda sa chaire à saint Ânaclet amàclet, pape* ou Clet , pour éviter un schisme *. On attribue à saint Clément les ^"'**''^* "• ouvrages les plus anciens après les livres canoniques.
Jamais frère ne ressembla moins à son frère que Domitien à DoMtTinr,«ap. Tilus. Sous Domitien , les peuplades du Nord , pressées peut-être um^ùvn]
PtpM.
par le grand corps des Goths qui s'approchoient , remuèrent aux Anitoj.c! frontières de l'Empire. Domitien fut battu par les Quades et les Marcomans en Germanie; il acheta la paix de Décébale, chef des Daces, en lui payant une espèce de redevance annuelle. Ce premier exemple de foiblesse profita aux Barbares : selon les temps et les circonstances, ils continuèrent à vendre aux empereurs une paix dont le prix leur servoit ensuite à recommencer la guerre.
Domitien vaincu ne s'en décerna pas moins les honneurs du triomphe : il prit avec raison le surnom de Dactque. Il donna des jeux , se consacra des statues , et se traîna dans la gloire où d'autres empereurs s'étoient précipités.
Ses armes furent plus heureuses dans la Grande-Bretagne. Âgricola battit les Calédoniens , et sa (lotte tourna l'île au septentrion.
Un coup funeste fut porté à l'Empire par l'augmentation de la paie des soldats; leur influence, déjà trop considérable, s'accrut; le gouvernement dégénéra en république militaire : il faut toujours que la liberté, d'elle-même impérissable^ se retrouve quelque part.
Domitien persécuta les philosophes % que l'on confondoit avec les chrétiens : ils se retirèrent à l'extrémité des Gaules, dans les déserts de la Libye et chez les Scythes. Apollonius, interrogé par Domitien , montra du courage et une rude franchise.
On commença à voir de tous côtés la succession des évêc|ues : à Alexandrie , Abilius succéda à saint Marc ; à Rome , saint Évariste à saint Clet; Alexandre T" ou Sixte I*"", à saint Evariste. Vers la fm de son règne, Domitien se jeta sur les fidèles. L'apôtre saint Jean, relégué dans l'ile de Pathmos , eut sa vision. Flavius Clément , consul et cousin germain de l'empereur, qui destinoit les deux enfants de Clément à l'empire, avoit embrassé la foi , et fut décapité. L'Évangile faisoit des progrès dans les hauts rangs de la société.
1 Accepit imposiiionem manuuin eplscopatus, et eo recusato remoratusest; (dicit enim in uiia epistolasua: Secedo, abeo, erigatur populus Dei...) Clelus consUluilur. ( Epi- PHA?(iiis contra hœreses ^cap. vi. )
3 Philusophiaautemadco perlorrita est, ut, Iiabilu inulalo, alii in cxlremani Galliam aufugcreni, alii in Libycc ScylhiaKiue déserta. ( EusBB. , Chron*, aiin. 93; PaiLOST., vit, J^ll , lib. Tii y cap. IV. )
no ÉtUDfÉS
mm.TMjAîr, Domitieh fissassirié, Nerva ne parût après lui que pour abolir
ÉVÀiim, le crÎTWè de lèse-majesté • , punir les délateurs , et appeler Trajan ^'^i^ à la pourpre : trois Mèiï faits qui lur ont mérité la reconnoissancè
^V5i^ «es heiiittte.
Strt» le tègna de trâjan, TEmpire s*éleva à son plus haut point de prospérité et de ptfîssance. Cet admirable prince n'eut que la (biblesse des grands eœurs : il aima trop la gloire. Vainqueur dé Décébale , H réduisit la Dacie en province. Cette cônquôte , qui fût un Suj^ d^ trîonfïphe, devoit être un sujet de deuil , car elle détruisit te def hier peuple qui séparoît les Golhs des Romains. Trajan porta la guerre en Orient, donna un ttA aux Parthes, prit Suzeèt Ctésij[*<yn , sofumit rArrtiénie, la Mésopotamie et l'Assyrie , descendit au golfe Persiqûe , vit la mer des Indes , se saisit d'un port Sirr les côtes de l'Arabie ; après tout cela il mourut, et son successeur, sbit sagesse, sôit jalousie , abandonna ses conquêtes.
11 faut placer à la dernière année du premier siècle de Tère chrétienne là ntori de saint Jean à Éphèsc; il ne se nommoit plus lui-même dans ses dernières lettres que le vieillard ou le prêtre , du mot grec presbyteros. « Mes enfants , aimez-vous les uns les autres. » Telles étoient ses seules instructions. Il avoit assisté à la Passion éoixante-Six ans auparavant. Saint Jude, saint Barnabe, saint Ignace , saint Polycarpe , se faisoient connoître par leurs doctrines. Les successions des évoques étoient toujours plus abondantes et plus connues : Ignace et Héron à Antioche, Cerdon et Primin à Alexandrie. Après le pape Évariste vinrent Alexandre, Sixte et Télesphore , martyr.
Les chrétiens souffrirent sous Trajan, non précisément comme chrétiens, mais comme faisant partie de sociétés secrètes. Une lettre de Pline le Jeune, gouverneur de Bilhynie, fixe l'époque où les chrétîetis commencent à paroltre dans l'histoire générale.
« On a proposé un libelle % sans nom d'auteur, con-
« tenant lès noms de plusieurs qui nient d'être chrétiens, ou de « Pavoir été. Quand j'ai vu qu'ils invoquoient les dieux avec moi , « et offroient de Fencenset du vin à votre image , que j'avois exprès tt fait apporter avec les statues des dieux , et de plus qu'ils mau- « dissoient le Christ, j'ai cru devoir le^ renvoyer ; car on dit qu'il <( est impossible de contraindre à rien de tout cela ceux qui sont « téritablement chrétiens Voici à quoi ils disoient
'«Claude avoit lente cette abolition.
• Pour ne pas refaire moi-même ce qui est très bien Tait , j^cmprunlc la traduction de Fleury , cl*un s^jl^ pl^ naturel et plus franc que l'élégante traduction de Sacy.
HISTORIQUES. lll
« que se réduîsoit leur faule ou leur cri-eur : qu'ils avoicnl ac- « coutume de s'assembler un jour avant îe soleil levé , et de drfe « ensemble , à deux chœurs , un cantique en l'honneur du Christ « comme d'un dieu; qu'ils s'obligeoient par serment, non à uft « crime, mais à ne commettre ni larcin, ni vol, ni adultère, ne « point manquer à leur parole et ne point dénier un dépdt; « qu'ensuite ils se retîroient , puis se rassetnMoient pour prendre « un repas, mais ordinaire et innocent; encore avoient-ils cessé « de le faire depuis mon ordonnance, par laquelle, suivant vosf
« ordres , j'avois défendu les assemblées La ôhose
« m'a paru digne de consultation , prhicipalement à cause du « nombre des accusés-, car on met en péril plusieurs personnes de « tout âge, de tout sexe et de toute condition. Cette superstition « a infecté non-seulement les villes, maïs les bourgades et la cam- « pagne , et il semble que l'on peut l'arréleip et la guérir. Du moins « il est constant que l'on a recommencé à fréquenter les temples •« presque abandonnés , à célébrer les sacrifices solennels après une « grande interruption , et que l'on vend partout des victimes, au « lieu que peu de gens en achetoient. D'où on peut aisément juger « la grande quantité de ceux qui se corrigeront , si on donne lieu « au repentir. »
L'univers chrétien a depuis longtemps démenti les espérances de Pline. Mais quels rapides et étonnants progrès! Les temples abandonnés! on ne trouve déjà plus à vendre les victimes! et révangéliste saint Jean venoit à peine de mourir!
Trajan , dans Sa réponse au gouverneur , dit qu'on ne doit pas chercher les chrétiens ; mais que , s'ils sont dénoncés et convaincus , H les faut punir : quant aux libelles sans nom- d'auteur , ils ne peuvent fournir matière à accusation -, les poursuivre seroit d'an très mauvais exemple , et indigne du siècle de Trajan '.
L'histoire offre peu de documents plus mémorables que cette correspondance d'un des derniers écrivains classiques de Rome et d*un des plus grands princes qui aient honoré l'Empire , touchant l'état des premiers chrétiens.
Adrien maintint la paix en l'achetant des BâfrbartS, t'^ut-être amuh, pàrceque son prédécesseur avoit trouvé plus honorable et plus sûr Jimj»»^ ' d'employer le môme argent à leur faire la guerre. Naturellement envieux des succès, il ne pardonna pas plus à Apollodore l'archi-
* Eus., lib. m, cap. xxxiii; Pline , lib. x , epist. xcrn, xcTiu. Tertullien a Irés bien fkit remarquer ce qu'il y avoit de contradictoire et d'injuste dans le raisonnement et la décision de Tr^yan.
TÉLESPHOU,
AiLdeJ.C.