‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 11 sur 201 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Première révolution. Les républiques grecques. Si le contrat social des publicistes est la convention primitive des gouvernements.

ES républiques de la Grèce , considérées comme les premiers gouvernements populaires parmi les liommes ' , offrent un objet bien intéressant à la philosophie. Si les cau-

" je n'ai point voulu interrompre par des noies ce débordement d'observations et de noies. Qu'est-ce que cette confusion d'observations sur l'histoire des hommes et sur l'histoire naturelle veut dire? Que je doutois de la nouveauté du monde et de la chronologie de 0 Moïse. Hé bien, dans ce même Essai, vingt passages prouveront que je croyois à l'authenticité historique des livres saints : je ne savois donc ce que je croyois et ce que je ne croyois pas.

Quant aux antiquités égyptiennes et chinoises , il est démontré aujourd'hui (lue ces prétendues antiquités sont extrêmement modernes. Le chinois , le sanscrit , les hiéroglyphes égyptiens, tout est pénétré, et tout se renferme dans la chronologie de Moïse. Le zodiaque de Denderah est venu se faire expliquer à Paris, et l'on a été obligé de reconnoître que des moimments réputés anté-diluviens souvent ne remontoient pas au-delà du second siècle de l'ère chrétienne. Depuis (juc l'esprit philosopliique a cessé d'être l'esprit d'irréligion , on a cessé d'attacher de l'importance à l'âge du monde.

Quant aux monuments de l'histoire naturelle, les études géologiques de M. Cuvier n'ont laissé aucun doute et sur les races qui ont péri , et sur le déluge universel. J'en étois encore , dans l'Essai, à l'histoire naturelle de Voltaire , aux cotiudles des pèlerins et à toutes ces savanles incréduliles. V a-t-il rien de plus puéril que ces générations de chênes ([ue j'ai vues, de mes yeux vues, sur des montagnes de l'Amérique ! L'écolier méritoit de recevoir ici une rude leçon. Si je ne la pousse pas plus loin , on voudra Itien pardonner ([uelque chose à la conunisération fraternelle. ( N. Éd. )

* Ceci n'est pas d'uue exactitude rigoureuse. La répu-

ses de leur établissement nous avoient étë transmises par l'histoire , nous eussions pu obtenir la solution de ce fameux pr (.blême en politique , savoir : quelle est la convention originale de la société ?

Jean - Jacques prononce et rapporte l'acte ainsi : » Chacun de nous met en commun sa " personne et toute sa puissance sous la su- " prême direction de la volonté générale; et Il nous recevons en corps chaque membre, <i comme partie indivisible du tout '. »

Pour faire un tel raisonnement ne faut-il pas supposer une société déjà préexistante? Serace le sauvage, vagabond dans ses déserts, à qui le mien et le tien sont inconnus , qui passera tout à coup de la liberté naturelle à la liberté civile , sorte de liberté purement abstraite , et qui suppose , de nécessité , toutes les idées antérieures de propriété , de justice conventionnelle , de force comparée du tout à la partie, etc.? Il se trouve donc un état civil intermédiaire entre l'état de nature et celui dont parle Jean-Jacques. Le contrat qu'il suppose n'est donc pas l'original.

Mais quel est , dira-t-on , ce contrat primitif? C'est ici la grande difficulté.

Que si on reçoit , pour un moment , celui de Rousseau comme authentique, du moins est-il certain que ce pacte fondamental remonte au-delà des sociétés dont nous nous formions quelque idée , puisque pas une des hordes sauvages qu'on a rencontrées sur le globe n'existoit sous un gou\ernement populaire. Or , de ces deux choses l'une :

Ou il faut admettre , avec Platon ^ , que le gouvernement monarchique , établi sur l'image d'une famille , est le seul qui soit naturel ; que conséquemment le contrat social ne peut être que d'une date subsécpiente ;

Ou que , s'il est original ,

Les peuples , presque aussitôt fatigués de leur souveraineté , s'en sont déchargés sur un citoyen courageux ou sage.

blii]uc des Juifs commence à la sortie de ce peiqiie d'Egypte , l'an 1491 avant notre ère, et Tyr fut fondée l'an 1232 de la même chronologie. ( Cènes.; Joseph. . Jittiq., lib. vni,c. n.)

' Contrai Suc. liv. I, ch. vi.

» l'LAT., lib. UL de Leg., pag. 680.

D'ici cette immense question :

Comment du gouvernement primitif, en le supposant monarchique , les hommes sont-ils parvenus à concevoir le phénomène d'une li- •berté autre que celle de la nature ?

Ou si l'on veut dire que la constitution primitive ait été républicaine :

Par quels degrés l'esprit humain , après des siècles d'observation, après l'expérience des maux qui résultent de tout gouvernement % a-t-il retrouvé la constitution naturelle, depuis si longtemps mise en oubli ^ ?

J'invite les lecteurs à méditer ce grand sujet. Le traiter ici seroit faire un ou\rage sur un ouvrage , et je n'écris que des essais. Dans les causes du renversement de la monarchie en Grèce , peu de choses conduisent à l'éclaircissement de ces vérités.

= On a fait grand bruit de cette phrase , qui , si elle signifie quelque chose, veut dire seulement qu'il y a des vices dans toutes les institutions humaines. Ce n'est d'ailleurs qu'une boutade empruntée au doute de Montaigne ou à l'humeur de Kousseau. ( N. Ed. )

^ Ce chapitre suffiroit seul pour prouver ce que j'ai avancé dans une des préfaces de cette édition complète de mes œuvres , savoir : que jai écrit sur la politique dans ma première jeunesse avec un goût aussi vif que sur des sujets d'imagination. Ce n'est donc pas, comme on a feint de le croire, la restam-ation qui m'a fait passer de la littérature à la politique.

On reconnoit encore ici les deux caractères qui distinguent ma politique : elle est toujours de bonne foi, et toujours monarchique , bien que favorable à la liberté. Malgré l'admiration que je profcssois alors pour J. J. Uousseau, je combats vigoureusement le système de son Contrat social, et l'on va voir bientôt (lue cela me mène à conclure contre les républiques en faveur de la monarchie constitutionnelle. 11 est plaisant qu'on ait voulu faire de moi , dans ces derniers temps , un républicain , parce que j'ai dit que si l'on n'adoptoit pas franchement la monarchie représentative , on iroit se perdre dans la république ; vérité qui me paroît démontrée jusqu'à l'évidence. Le despotisme militaire pourroit peut-être subsister un moment, mais sa durée est impossible dans l'état actuel de nos mœurs. Si l'armée est nombreuse , elle a tous les sentiments de la nation : si elle est fuible, la population la domine et l'entraîne. N'est pas d'ailleurs despote militaire «lui veut; on ne le devient qu'à force de combats et de conquêtes : pom- établir l'esclavage chez un peuple, il faut à ce peuple de la gloire ou des malheurs. Encore une fois, abandonnez la monarchie constitutionnelle , et vous tombez de force dans la république. (N. Éd.)

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