‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 120 sur 201 · CHAPITRE XLVIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIU

De l'esprit des prêtres cliez les anciens et chez les I modernes , considéré dans on gouvernement pop.ilaire.

oL's avons consacré la

^^IJx^^ ËMI^^S^^iH^^' ''" *^^ ce premier livre

ù des recherches sur les religions. Les prêtres tiennent de si près à ce sujet , et leur influence i été si grande dans tous les siècles , qu'on ne peut s'em|»ècher d'en dire un mot, en parlant du culte. Au reste, ceci demanileroit un volume , et je n'ai que quelques chapitres à y consacrer.

J'entends par prêtres des ministres dévoués au service de l'autel ; qui ont souvent des vertus, quelquefois des vices ; vivent des préjugés du peuple, comme mille autres états ; ne sont ni moins ni plus fripons que le reste de leur siècle , ni meilleurs ni pires que les autres hommes ".

Ceux de l'antiquité nous offrent un esprit un peu différent de ceux de notre âge : ceci tient )>@ aux positions politiques des nations. Distinguons donc entre les prêtres dans un état monarchique, et les prêtres dans une république. Commençons par les derniers.

Chez les Grecs et chez les Romains , l'influence du sacerdoce étoit considérable ; mais l'état se trouvant administré sous une forme populaire, l'intérêt des prêtres penchoit du côté de la liberté. Lorsqu'on alloit consulter l'oracle de Delphes , les réponses du dieu se faisoient généralement dans le sens de l'indépendance; cependant il se ménageoit toujours adroitement une porte de retraite , et les trépieds des tyrans étoient suspendus aux voûtes du temple comme ceux des patriotes. En cela les prêtres anciens et les prêtres modernes se ressenibloient parfaitement.

=• Quoique dur, le jugement est inipailial. Mais le mot de fripon , (lui vient sans cesse sons ma plnme en parlant du siècle, est très-peu poli. (N. Éd.)

Autre ressemblance. La caste religieuse d'Athènes n'étoit guère moins persécut mte que les ministres du christianisme \ Les sophistes s'en trouvaient aussi mal en Grèce (pie les encyclopédistes en France ; mais comme la loi , dans le premier pays, protégeoit le citoyen, lorsque la charge d'ijiijjjf/p n'étoit pas prouvée, le magistrat renvoyoit l'accusé. Pour claquemurer parmi nous un philosophe à la Bastille, il ne falloit pas tant de cérémonies ''. Venons mahitenani aux différences.

D'abord une très-importante se présente.

Les prêtres des Grecs avoient un pouvoir considérable sur la masse du peuple, mais ils n'en exerçoient aucun sur les particuliers : les nôtres, au contraire, nous environnoient , nous assiégeoient. Ils nous prenoient au sortir du sein de nos mères, et ne nous quittoient plus qu'après nous avoir déposés dans la tombe. II y a des hommes qui font le métier de vampires, qui vous sucent de l'argent, le sang et jusqu'à la pensée *■.

Seconde différence. Cliez les anciens , surtout à Rome, les prêtres ignoroient ce système d'association , (pii communique tant de force aux choses religieuses. Les ministres des dieux, dispersés dans l'état, ne s'appuyoient point les uns les autres, et par conséquent ne pouvoient, comme individus , devenir dangereux à la liberté. La constitution hiérarchique de l'Église romaine , chez les peuples modernes , infusoit dans tout le clergé un esprit de corps trop formidable. Au reste, les gardiens du culte en

"Les ministres de la philosophie ont-its été moins pcrséculauts que les ministres du cliristianisme ?

(N. ÉD

" Ici je suis extrêmemeiit injuste , même liistorii|nemcnt parlant. On condanmoit Irès-lnen à l'exil on à la mort àjAtliènes pour cause d'impiété , et cela sur uti simple écrit, quelquefois siu' un senf vers. H ne tant ni tuer ni euqirlsonncr personne pour cause de religion ; mais quand on é^rit l'histoire, il ne faut pas; dénaturer les faits. Il n'est pas bien de représenter les pliilosoplies persécutés par les prêtres , à l'époque même où les philosophes triomp])oient des prêtres. J'aurois dû être averti , quand jécrivois ces chises-là: n'avois-je pas son? les yeux, dans les rues de Londres, ces piélats vénérables, ces nii.liers de prêtres déportés , exilés par les disciples des encyclopédistes? (N. Éd.)

•^ Tontes ces injures sont ignobles , et j'en ai fait justice datis le Gcvie du Clirislianisme, ( N. Fd. )

REVOLUTIONS ANCIENNES

clans la mesure de leur profession '. Nos abbés en manteau court exhiljoient à Paris le vice , le ridicule et la sottise '' ; et l'on concevroit à peine conmient des hommes pouvoient ainsi se donner en spectacle, si Ion ne connoissoit la bêtise et la friponnerie du monde. Lorsque je vois les différents personnages de la société , je me figure ces escrocs qui se rendent exprès sur les promenades publiques bizarrement vêtus. Tanilis que la foule hébétée se rassemble à considérer le bout du ruban rouge , bleu , noir, dont le pasquinest bariolé, celui-ci lui vide adroitement ses poches ; et c'est toujours le plus chargé de décorations qui fait fortune ''.

Tout considéré , les prêtres sont nécessaires aux mœurs, et excellents dans une république ; ils ne sauroient y causer de mal, et peuvent v faire beaucoup de bien.

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