‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 139 sur 201 · I- TtDKS · texte numérisé non relu

I- TtDKS

lions des frontières; battit, à Taide de ses associés et de ses généraux , les Blenimyes en Egypte , les Maures en Afrique, les Francks, les AUamans, les Sarniates en Europe; il

« strait aux frayeurs du tombeau qu'en se faisant don- « ner les titres impies de Dieu et d'Éternité. Réglé dans i> ses mœurs, patient dans ses entreprises, sans plaisirs « et sans illusions, ne croyant point aux vertus, n'atten- -< dant rien de la reconnoissance. on verra peut-être ce « chef de l'empire se dépouillfr di" la pourpre par nié-

• pris pour les hommes, et adn d'apprendre à la terre !> (|nil étoit aussi facile à Dioclétien de descendre du

• trône que d'y monter.

« Soit foiblcsse, soit nécessité, soit calcul. Dioclétien ■■■ a voulu pirtager sa puissance avec M iximien , Con- •< stance et Galériiis. Par une politique dont il se rcpen- " lira peut-être, il a pris soin (jue ces princes fussent in- >< férieurs à lui. et qu'ils servissent seulement à rehausser ■( son mérite. Constance seul lui donnoit (juelque oni- « brag ', à cause de ses veitus; il l'a relégué loin de la « cour, au fond des Gaules, et il a gardé prés de lui Ga-

0 lérius. Je ne vous parlerai point de Maximien, aui> guste, guerrier assez brave, mais prince ignorant et « grossier, qui n'a aucune inibience. Je passe à Galérius.

« Né dans les buttfs di^s Daces. ce gardeur de trou-

1 peaux a nourri dès sa jeunesse, sous la ceinture du « cbevrier, une ambition effrénée. Tel est le malheur " d'un état oii les lois n'ont point fixé la succession au .1 pouvoir ; tous les cœurs sont enflés des plus vastes dé- « sirs ; il n'est personne qui ne puisse prétendre à l'emn pire; et comme l'ambition ne suppose pas toujours le « talent, pour un liomme de génie qui s'élève, vous avez « vingt tyrans médiocres qui fatiguent le monde.

« G.dérius semble porter sur son front la marque, ou « plutôt la flétrissure de ses vices : c'est une espèce « de géant dont la voix est effrayante et le regard bor- « rible. Les pUes descendants des Romains croient se « venger des frayeurs que leur inspire ce césar, en lui ■I donnant le surnom A' Aiment nrius. Comme un « homme qui fut affamé la moitié de sa vie. Galérius « passe les jours à table et prolonge dans les ténèbres de « la nuit de basses et crapuleuses orgies. Au milieu de « ces saturnales de la grandeur, il fait tous ses efforts « pour déguiser sa première nudité sous l'effronterie de « son luxe ; mais plus il s'enveloppe dans les replis de la « robe du césar, plus on aperçoit le sayon du berger.

(I Outre b soif insatiable du pouvoir et l'esprit de « cruauté et de violence , Galérius apporte encore h la « cour une autre disposition bien propre à troubler l'em- « pire : c'est une fureur aveugle contre les chrétiens. « La mère de ce césar, paysanne grossière et supersti- * lieuse, offroit souvent, dans son hameau, des sacrifi- '■■ ces aux divinités des montagnes. Indignée que les « diciples de l'Évangile refusassent de partager son ido- » latrie , elle avoit inspiré à son fils l'aversion qu'elle .1 sentoit pour les fidèles. Galérius a déjà poussé le foi- <i ble et barbare Maximien à persécuter l'Église; ma'is « il n'a pu vaincre encore la sage modération de l'em- « percur. »

sema la division parmi les Goths , les Vandales, les Gépides, les Bourguignons, qui se consumèrent en guerres intestines. Ceux des Barbares du Nord que l'on avoit faits prisonniers furent ou distribués comme esclaves aux habitants des territoires de Trêves, de Langres, de Cambrai, de Beauvais et deTroyes, ou adoptés comme colons , nommément quel- «lues tribus de Sarmates, de Bastarnes et de Carpiens.

Au moment de triompher, le christianisme eut à soutenir une persécution générale. Poussé par Galérius, (lu'excitoit sa mère, adoratrice des dieux des montagnes , Dioclétien assembla un conseil de magistrats et de gens de guerre. Ce conseil fut d'avis de poursuivre les ennemis du culte public. L'empereur envoya consulter Apollon de Milet : Apollon répondit que les justes répandus sur la terre l'empèchoient de dire la vérité ; la pythonisse se plaignoit d'être muette. Les aruspices déclarèrent que les justes dont parloit Apollon étoient les chrétiens. La persécution fut résolue. On en fixa l'époque à la fête des Terminales, dernier jour de l'année romaine ', jour répiUé heureux et qui devoit mettre fin à la religion de Jésus. Dioclétien et Galérius se trouvoient à Nicomédie.

L'attaque commença par la démolition de la basilique bâtie dans cette ville, sur une colline, et environnée de grands édifices -. On y chercha l'idole qu'on n'y trouva point.

Le décret d'extermination portoit en substance : Les églises seront renversées et les livres saints brûlés ; les chrétiens seront privés de tous honneurs , de toutes dignités , et condamnés au supplice sans distinction d'ordre et de rang ; ils pourront être poursuivis devant les tribunaux , et ne pourront poursuivre personne , pas même en réclamation de vol , réparation d'injures ou d'adultère ; les affranchis redeviendront esclaves •'.

C'est toujours par l'effet rétroactif des lois ou par leur déni , que les grandes iniquités sociales s'accomplissent : le refus de justice est

< 23 février 302.

■ EusEB., lib. VII, cap. II.

' Id.. ihid.

iiisTonio[ i:s.

le point où riiomme se trouve le plus éloigné (le Dieu. Un édit particulier frappoit les évc- (jues , ordonnoit de les mettre aux fers, et de les forcer à abjurer.

La persécution, d'abord locale, s'étendit ensuite à toutes les provinces de TEnipire. La maison de l'empereur fut particulièrement tourmentée. Valérie, fille de Dioclétien, et Prisca sa femme, accusées de christianisme, sacrifièrent; Dorothée, le premier des eunu- (jues, Gorgonius, Pierre, Judes, Mygdonius et Mardonius souffrirent. On mit du sel et du vinaigre dans les plaies de Pierre ; étendu sur un gril , ses chairs furent rôties comme les viandes d'un festin '. On jeta pêle-mêle dans les bûchers femmes, enfants et vieillards; d'autres victimes , entassées dans des barques, furent précipitées au fond de la mer -.

' Lact., de, Morle -persec. marlyr. 26 déc.

- Voici le tableau de cette persécution, encore emprunté des Martyrs : ce n'est qu'un abrégé exact du long récit d'Eusèbe et de Lactancc. (EustB., cap. VI, VII, VIII, IX, X, XI, lib. IV, Lact.) :

« La persécution s'étend dans un moment des bords c du Tibre aux extrémités de l'empire. De toutes parts Il on entend les églises s'écrouler sous les mains des soln dats; les magistrats, dispersés dans les temples et dans Il les tribunaux, forcent la multitude à sacrifier ; quicon-

I que refuse d'adorer les dieux est jugé et livré aux « bourreaux ; les prisons regorgent de victimes : les cheo mins sont couverts de troupeaux d'hommes mutilés

II qu'on envoie mourir au fond des mines on dans les « travaux publics. Les fouets, les chevalets, les ongles de 11 fer, la croix, les bêtes féroces, déchirent les tendres .1 enfants avec leurs mères; ici l'on suspend par les pieds •1 des femmes nues à des poteaux , et on les laisse expi- 11 rer dans ce supplice honteux et cruel; là, on attache « les membres du martyr à deux arbres rapprochés de i( force : les arl)res, en se redressant, emportent les lani- « beaux de la victime. Chaque province a son su|)plice « particulier; le feu lent en Mésopotamie, la roue dans 1- le l'ont , la hache en Arabie , le plomb fondu en Cap- " padoce. Souvent , au milieu des tourments , on apaise 11 la soif du confesseur, et on lui jette de l'eau au vi- 1' sage, dans la crainte que l'ardeur de la fièvre ne hâte •1 sa mort. Quelquefois, fatigué de brûler séparément ' les fidèles, on les précipite en foule dans le bûcher : <i leurs os sont réduits en poudre , et jetés au vent avec ■> leurs cendres

« Les villes sont soumises à des juges militaires , sans " connoissances et sans lettres, qui ne savent que donner « la mort. Des commissaires font les recherches les plus « rigoureuses sur les biens et les propriétés des sujets ; 11 on mesure les terres, on compte les vignes et les ar- » bres, ou tient registre des troupeaux. Tous les citoyens

La bassesse , comme toujours , se trouva à point nommé pour faire l'apologie du crime; deux philosophes * écrivirent à la lueur des bûchers contre les chrétiens.

Le martyre de la légion thébéenne , massacrée par ordre de Maximien , est de cette époque. Nantes , dans l'Armorique , se consacra par le sang des deux frères Donatien et Piogatien -.

Arnobe et Lactance défendirent le christianisme ; le dernier nous a peint la mort des persécuteurs et l'extinction de leur race ^ : Licinius Galériuset Candidien son fils ; Maximien avec son fils âgé de huit ans , sa fille âgée de sept, sa femme noyée dans TOronte où elle avoit fait noyer des chrétiennes ; Dioclétien , Valérie et Prisca fugitives, cachées sous de misérables habits , reconnues , arrêtées , décapitées à Thessalonique , et jetées dans la mer : victimes de la tyrannie de Licinius , elles n'étoient coupables que d'appartenir à un sang maudit.

Dioclétien et Maximien étoient venus triompher en Italie , l'un des Égyptiens , l'autre des peuples du Nord ; c'est le dernier triomphe authentique qu'ait vu Rome. L'empereur ne des-

de l'empire sont obligés de s'inscrire dans le livTe du cens, devenu un livre de proscription. De crainte qu'on ne dérobe quelque partie de sa fortune à l'avidité de l'empereur, on force, par la violence des supplices, les enfants à déposer contre leurs pères, les esclaves contre leurs maîtres, les femmes contre burs maris. Souvent les bourreaux contraignent des mallieureux : à s'accuser eux-mêmes et à s'attribuer des richesses 1 qu'ils n'ont pas. Ni la caducité , ni la maladie , ne sont 1 une excuse pour se dispenser de se rendre aux ordres I de l'exécuteur ; on fait comparoître la douleur même 1 et l'infirmité; afin d'envelopper tout le monde dans I des lois tyranniques. on ajoute des années à l'enfance, ' on en retranche à la vieillesse : la mort d'un homme

I n'ôte rien au trésor de Galérius, et l'empereur par- « tage la proie avec le tombeau. Cet homme, rayé du :< nombre des humains , n'est point effacé du rôle du « cens, et il continue de payer pour avoir eu le malheur « de vivre. Les pauvres, de qui on ne pouvoit rien exi- « ger, sembloient seuls à l'abri des violences par leur « propre misère; mais ils ne sont point à l'abri de la

II pjtié dérisoire du tyran : Galérius les fait entasser dans « des barques, et jeter ensuite au fond de la mer. atin 11 de les guérir de leurs maux. » {Martyrs, liv. XVllI.)

* PACi,an. 302, u" 15; Epipuan. hceres. 08. '^ Act. «inc.pag. 295.

' De Morte persecut.

ETLDHS

cendit du char de sa victoire que pour mouler à Nicomé'die sur le tribunal de sou abdication. Cette scène eut lieu dans une plaine qu'inondoit la foule des |?rands, du peuple et des soldats. Dioclt'tien déclara qu'ayant besoin de repos , i' cédoit l'empire à Galérius. En même temps il indiqua le césar qui devoit remplacer Galérius, devenu auguste : c'étoit Daïa ou Daza Maximin, (ils de la sœur de Galérius. 11 jeta son manteau de pourpre sur les épaules de ce pâtre ', et Dioclétien , redevenu Dioclès , prit le chemin - de Salone , sa patrie.

Cet homme extraordinaire avoit les larmes aux yeux en déposant le pouvoir ; il avoit également pleuré lorsque Galérius , dans un entretien secret, lui signifia qu'il prétendoit être le maître , et que si lui , Dioclétien , ne vouloit pas s'éloigner, lui, Galérius, l'y sauroit contraindre. D'autres ont écrit que Dioclétien renonça au trône par mépris des grandeurs humaines''. Soit que ce prince ait quitté l'empire de gré ou de force ,avec courage ou foiblesse, sa retraite à Salone a donné à sa vie un caractère de philosophie qui fait aujourd'hui sa principale renommée.

Dioclétien habitoit , au bord de la mer , une maison de campagne '' que Constantin-le-Grand dit avoir été simple ^ , et que Constantin Porphyrogénète ^ a crue magnifique. 3Iaximien Hercule se dépouilla de l'autorité souveraine à i\îilanenfaveur de Constance Chlore, et nomma césar Valcrius Sévère , obscur favori de Galérius , le même jour que Dioclétien accomplissoitson sacrifice à Nicomédie. 3Iaximien ayant dans la suite ressaisi la pourpre, fit inviter Dioclétien à suivre son exemple. Dioclétien lépondit : « Je voudrois que vous vissiez les " beaux choux que j'ai plantés , vous ne me « parleriez plus de l'empire''. » Paroles démenties par des regrets.

Pendant les neuf années que Dioclétien vécut

* Eltbop.. pa». 56, VicT., Epit.

' flhptiœ iniposilvs, dit le texte.

• ECTROP.. lib. IX, cap. xviii. AUREL. V;CT. Lumen Prtnigyr. vet. VIT, 13

* Peut-être Spalatro.

' yJdcœlumsancl., cap. XXV. Elshb.

• De /idminist. iiiip. ad Hoiti. fil., pa^. 72, S3, 86. ' ViCT., Ep., pa;*. 223. Enwop.. pag. 389.

à Salone , sa femme et sa fille périrent misérablement , et il ne put les sauver, obligé qu'il fut alors de reconnoître l'impuissance d'un prince auquel il ne reste d'autorité que celle des larmes. Menacé par Constantin elLicinius, peut-être même par le sénat \ il résolut d'abréger sa vie. On est incertain du genre de sa mort; on parle de poison , d'abstinence , de mélancolie ■-. L'empereur sans empire ne dormoit plus, ne mangeoit plus ; il soupiroit, il gémissoit : saint Jérôme laisse entendre qu'avant d'expirer il vomit sa langue rongée de ^ers '.

La philosophie fut aussi inutile à Dioclétien, pour mourir, que la religion à Charles-Quint: tous deux eurent des remords d'avoir abantlonné le pouvoir : le premier , sur son lit et sur la terre , où il se roidoit au milieu de ses larmes '' ; le second , au fond du cercueil , où il se plaça pour assister à la représentation de ses funérailles ^.

' LiCT., de Morte pers.

^ Id., ibid. EusEB., lib. VIII, cap. xvii. ViCT. Epit.

' Xos autem rticemus, oinnes persecutores qui aftlixerunt Eccl' siani Domini, ut taceainus de futuris cruciatibus, eliam in praesenli seculo récépissé quae fecerint. Legaraus ecclesiasiicas bistorias : quid Valerianus , quid Itecius, quid Diocletianus, etc., passi sint, et tuuc rellU^p^o!'abimus etiam juxta littcram prophetiae veritatera esse coniiiletain : quod compulrucrint carnes eorum . et oculi contabuerint , et lingua in pedorem et sauiem dissoluta >it. {Commentari')r. D. Hiekon., in Zrtf/mr., lib. III. p. xiv, pag. 570-h. Romae, in aedibus populi romani 1371.)

■■ Lact., de Mort. pers.

'^ He resolved to celebrate Iiis own obseqnies before liis deatb. He ordered bis tomb to be erected in tlie chnpel of the Mona^tery. His domestiks niarched tbi- Iber in funeral procession , wilh blaclc tapers in tbeir bands; be bimsel followed bis shroud , lie was laid in bis coffin witb niucb soleninity. Tbe service for tbe dead was chanted , and Charles joined in tbe prayers which vvere offered up for tbe rest of his soûl, mingling bis tears wilh tbose wbich bis attendants shed , as if Ihey had been celebrating a real funeral. The cereniony closed witb sparkling holy water on the coffin in the usual form and at the assistants retiring, the doors, of the chapel v.ere shut. Then Charles arose out of Ihe coffin. i Robertson's, Hint. of Charles F, vol. the Ihird, pag. 317, 17(50.)

Sibi auluic viventi suprema officia repraesentai'i suoque ipse funeri interesse voluit atratus. Itaque monachis imniistus mortuale sacrum caneutibus, aeternam sibimet rc(iuiem tanquam deposito inter sedes beatas apprecatus fuit, majori c'numstaiitium luclu quam

inSTORIQLES.

Dioclétien multiplia les impôts ; il couvrit l'empire de momiments onéreux qu'il faisoi; souvent abattre , et recommencer sur un plan nouveau. La Providence a voulu qu'une salle des Thermes du persécuteur des chrétiens soil devenue , à Rome, l'église de yotre-Dume-des- Ancjes. Dans le cloître, jadis vaste cimetière de cet édifice, l'espace se trouve aujourd'hui trop grand pour la mort; un petit retranchement , pratiqué au pied de trois ou cjuatre colonnes, suffit aux tombeaux diminuants de quelques chartreux qui finissent aussi , et qui , dans leur abdication du monde , ne regrettent rien de la terre.

Les faits sont comme il suitjaprès l'abdication de Dioclétien.

* Constance gou vernoit les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne; il étoit doux, juste, tolérant envers les chrétiens , et si dénué de fortune , qu'il étoit obUgé d'emprunter de l'argenterie lorsqu'il donnoit un festin '. Suidas l'appelle Constance-le-Pauvre 2, un des plus beaux surnoms que jamais prince absolu ail portés.

Il eut d'Hélène, fille d'un hôtelier, sa femme ou sa concubine, Constantin-le-Grand ; et de Théodora , fille de la femme de Waximien- Ilercule, trois filles et trois garçons. On le força de répudier Hélène, comme étant d'une naissance trop inférieure.

Constantin avoit alors dix-huit ans : entrahié dans riiumiliation de sa mère , il fut attaché à Dioclétien , et porta les armes en Egypte et dans la Perse. Galérius , jaloux de la faveur dont le fils de Constance jouissoit auprès des

cantu : et genibus Jnixus sumino rerurn conditori aniniain suam liumili precatione commendavit : inde inter gfineritiiim faniulorunif manus in cellam relatus. (SlAHiAN^, Hit. His}).,:coniinn<itio ab Emmanuel^ Miniana, lib. V, tom. IV, pag. 216.;

' Galérius. Constance, einp. Marcellin, pape. An de J.-C. 306.

* Eut., p. 387. Adeo autem cultus modici, ut feriatis diebus, si cnin' amicis numerosiorihus csset epnlaiidiini, privatorum ei argenîo ostiatini petito triciinia sternerentur. CEctbop. Pier. romanar.. lib. II , p. 133. Uasileœ, anno 133J.)

- Pauper ita vocabatiir Constantius. iiavzs/s o'jt'm v/m- ;.c!ro X'jjvoTavrtoç. StiD.E iexico»., tom. II, Genevaî , <690.

soldais, se voulut défaire de lui en l'excitant à se battre, d'abord contre un Sarmate , ensuite contre un lion '. Constantin, sorti heureusement de ces épreuves , se déroba par la fuite aux complots de Galérius; alin de n'être pas poursuivi , il lit couper de poste en poste les jarrets des chevaux dont il s'ctoit servi *. 11 rejoignit son père à Boulogne , au moment où celui-ci, vainqueur de Carausius , s'embarquoit pour la Grande-Bretagne. Constance mourut à York. Les légions, par un dernier essai de leur puissance, sans attendre l'élection du palais, proclamèrent Constantin empereur, au nom des vertus de son père. Galérius n'accorda à Constantin que le titre de césar, conférant à Valère celui d'auguste.

Galérius avoit ordonné un recensement des propriétés , afin d'asseoir une taxe générale sur les terres et sur les personnes; il y voulut soumettre l'Italie : Rome se soulève, appelle à la pourpre Maxence , gendre de Galérius , et fils de Maximien-IIercule. Le vieil empereur abdiqué sort de sa retraite , se joint à son fils. Sévère , réfugié dans Ravenne , qu'il rend par capitulation à Maximien-Hercule , est condamné à mort , et se fait ouvrir les veines.

* Maximien s'allie avec Constantin , lui donne Fausta , sa fille , en mariage , et le nomme auguste. Galérius fond sur l'Italie avec une armée : parvenu jusqu'à Narni , et forcé de retourner en arrière , il élève Licinius , son ancien compagnon d'armes , au rang d'où la mort avoit précipité Sévère. Maximin Daïa, le césar qui goiwernoit l'Egypte et la Syrie, enflammé de jalousie , se décore aussi de la dignité d'auguste. Six empereurs ( ce qui ne s'étoit jamais vu, et ce qui ne se revit jamais) régnent à la fois : Constantin, Maxence et Maximien en Occident; Licinius , Maximin et Galérius en Orient.

La discorde éclate entre INIaximien-Hercule et Maxence, son fils. Maximien se retire en Illyrie, ensuite dans les Gaules, auprès de Constantin , son gendre. Il conspire contre

< PnoTii Bih., cap.LXII, In Praxaq.. Zo\ah., Ann. niœ Dîorl.

- Zosni., lib. II, et les deux Victor.

'Constantin, cmp. Marcellin, Rusèbe, Melcl.iade , Sylvestre K''. papes An de .(.-C. .'07.-."-.

lui, et, sur une fausse noinelle de la mort île ce prince , s'empare d'un trésor déposé dans la ville d'Arles. Constantin, occupé au bord du Rhin à repousser un corps de Franks , revient , assiéu^e son beau-père dans Marseille, le prend, et condamne à mort un vieillard dont l'ambition étoit tombée en enfance '.

Galérius meurt à Sardique, d'une maladie dégoûtante -, attribuée par les chrétiens à la vengeance céleste. Galérius avoit été le véritable auteur de la persécution. Maximin Daïa et Licinius se partagent ses états. Licinius fait alliance avec Constantin , Maximin avec Maxence. Constantin, vainqueur des Franks et des Allamans , livre leur prince aux bêtes dans l'amphithéâtre de Trêves ^.

Maxence, oppresseur de l'Afrique et de l'Italie , invente le don gratuit ^ que les rois et les seigneurs féodaux exigèrent dans la suite pour une victoire , une naissance , un mariage, et pour l'admission de leur fils à l'ordre de chevalerie: sous les Romains, il s'agissoit du consulat du jeune prince. Maxence immole les sénateurs et déshonore leurs femmes. Sophronie, chrétienne et femme du préfet de Rome, se poignarde afin de lui échapper ^.

Maxence médite d'envahir la Gaule. Constantin, décidé à prévenir son ennemi, voit dans les airs le labarum , et commence à s'instruire de la foi. Maxence avoit rétabli les prétoriens ; son armée se composoit de cent soixante-dix mille fantassins , et de dix-huit mille cavaliers. Constantin ne craignit pas d'attaquer Maxence avec quarante mille vieux soldats. Il passe les Alpes Coltiennes sur une de ces voies indestructibles qui n'existoient pas du temps d'Annibal; il emporte Suse d'assaut, défait un corps de cavalerie pesante aux environs de Turin, un autre à Bresse. Vérone capitule : la garnison captive est liée de chaînes forgées avec les épées des vaincus ^, Constantin marche à

' II y a divers récits contradictoires de sa mort.

^ LiCT., de Morte fers. Euseb., cap. XVI. Aurel.

ViCT., lifil.

' Paneg. Orat. int. vet.fancg.

* AUREL. ViCT., pag. 526.

' Rupin., Hist. «rc/.jpag. 143.

• Tu divino monitus instinctu, de gladiis coriiin ge-

Rome , et gagne la bataille ou Maxence perd l'empire et la vie.

Cette bataille est du petit nombre de celles qui , expression matérielle de la lutte des opinions, deviennent, non un simple fait de guerre, mais une véritable révolution. Deux cultes et deux mondes se rencontrèrent au pont Milvius ; deux religions se trouvèrent en [irésence, les armes à la main, au bord du Tibre , à la vue du Capitole. Maxence interrogeoit les livres sibyllins, sacrifioit des lions, faisoit éventrer des femmes grosses, pour fouiller dans le sein des enfants arrachés aux entrailles maternelles : on supposoit que des cœurs qui n'avoient pas encore palpité ne pouvoient receler aucune imposture. Constantin , dans son camp , se contentoit de dire , ce (pi'on grava sur son arc de triomphe, qu'il arrivoitpar l'impulsion de la divinité et la grandeur de son génie '. Les anciens dieux du Janicule rangèrent autour de leurs autels les légions qu'ils avoieni envoyées à la conquête de l'univers : en face de ces soldats étoientceux du Christ. Le labarum domina les aigles , et la terre de Saturne vit régner celui qui prêcha sur la montagne : le temps et le genre humain avoient fait un pas.

Six mois après la victoire de Constantin , Maximin Daïa voulut enlever à Licinius la partie de l'empire qu'il gouvernoit ; vaincu auprès dTIéraclée , il alla mourir à Nicomédie. Des six empereurs il ne restoit plus que Constantin et Licinius.

Ceux-ci se brouillèrent. Une première guerre civile, suivie d'une seconde, amenèrent les batailles de Cibalis , de Mardie , d' Andrinople et de Chrysopolis , où Constantin fut heureux. Licinius, resté aux mains du vainqueur , fut exilé à Thessalonique. Quelque temps après, on lui demanda sa tète, sous prétexte d'une conspiration ourdie par lui dans les fers : ce moyen de crime , si souvent reproduit dans l'histoire , accuse de stérilité les inventions de la tyrannie.

niLria manibus aptari claustra jussisti, ut servarentdeditns gladii sui , quos non defenderant répugnantes. (Incerli panigyricus Constontino Auguxlo , tom. II. cap. n, pag. >i9%. Trajecti ad Rhenuin, 1787.) • fnstincin divinilalis, nicnlis magniliuline.

HISTORIQUES

Constantin , demeuré en possession du monde , résolut , vers la fin de sa vie , de donner une seconde capitale à ses états : Conslantinople s'éleva sur l'emplacement de Byzance, au nom de Jésus-Christ, comme Rome s'étoit élevée sur les chaumières d'Évandre, au nom de Jupiter '. Le fondateur de l'empire chrétien déclara qu'il bàtissoit la nouvelle cité par l'ordre de Dieu - : il racontoit qu'endormi sous les murs de Byzance , il avoit vu dans un songe une femme accablée dans et d'inlirmités , se changer en une jeune fille brillante de santé et de grâce , laquelle il lui sembloit revêtir des ornements impériaux ^. Constantin , interprétant ce songe, obéit à l'avertissement du ciel ; armé d'une lance , il conduit lui-même les ouvriers qui traçoient l'enceinte de la ville. On lui fait observer que l'espace déjà parcouru étoit innnense : " Je suis , répondit-il , le guide invisible qui marche devant rnoi ; je ne m'arrêterai que quand il s'arrêtera ''.

La cité naissante fut embellie de la dépouille de la Grèce et de l'Asie : on y transporta les idoles des dieux morts, et les statues des grands hommes qui ne meurent pas comme les dieux. La vieille métropole paya surtout son tribut à sa jeune rivale, ce qui fait dire à saint Jérôme que Constantinople s'étoit parée de la nudité des autres villes •". Les familles sénatoriales et équestres furent appelées des rivages du Tibre à ceux du Bosphore , pour y trouver

i Cutn muros, arcemque procul , el rara domorum Tecta vident, quœ nuuc romana polentia cœlo AEquavlt. |ViRG.|

' Cod. Theod., lib. V.

5 SozOMÈJiE, pag. 444, Conq. de ( onst., liv. I.

* Philostorc, Hist. eccles., lib. II, cap. ix.

' Constantinopolis dedicantur pêne omnium urbium nudilate. Chron., pag. tSi. Nuditas, qui n'est pas (le la bonne latinité , ne peut être employé ici que dans le sens de la Bihle. Les principaux objets d'art transportés à Constantinople turent les trois serpents (|ui soutenoient, à Delphes, le trépied d'or consacré en mémoire de la défaite de Xerxès, le Pan également consacré par toutes les villes de la Grèce, et les Muses dHélicon. La statue de Uliée fut enlevée au mont de Dyndcme; mais, par une barbarie digne de ce siècle, on changea la position des mains de la déesse, pour lui donner une attitude suppliante, et on la sépara des lions dont elle étoit accompagnée.

des palais semblables à ceux qu'elles abandonnoient. Constantin éleva l'église des Apôtres , qui , vingt ans après sa dédicace , étoit tombante , et Constance bâtit Sainte-Sophie , plus célèbre par son nom que par sa beauté. L'Egypte demeura chargée de nourrir la nouvelle Rome aux dépens de l'ancienne.

11 y a des jugements que les historiens répètent sans examen ; vous aurez souvent lu que Constantin avoit hâté la chute de la puissance des césars en détruisant l'unité de leur siège : c'est, au contraire, la fondation de Constantinople qui a prolongé jusque dans les siècles modernes l'existence romaine. Rome , demeurée seule métropole, n'en eût pas été mieux défendue ; l'Empire se seroit écroulé avec elle , lorsqu'elle succomlia sous Alaric , si la nouvelle capitale n'eiit formé une seconde tête à cet empire, tête qui n'a été abattue que plus de mille ans * après la première par le glaive de Mahomet IL

Mais , ce qui fut favorable à la durée du pouvoir temporel tel que le créa Constantin , devint contraire au pouvoir spirituel dont il se déclara le prolecteur. Fixés dans l'Occident , sous l'in- Hueuce delà gravité latine et du bon sens des races germaniques , les empereurs ne seroient point entrés dans les subtilités de l'esprit grec : moins d'hérésies auroient ensanglanté le monde et l'Église. Constantinople naquit chrétienne ; elle n'eut point, comme Rome, à renier un ancien culte, mais elle défigura l'autel que Constantin lui avoit donné.

* Mille quarante-sept ans.

ETUDES

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