‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 149 sur 201 · AA · texte numérisé non relu

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St:CONDE PARTIE.

DE THÉODOSK II ET VALKNTIMEN IH A MAR- CII.N, AVITUS, LÉON \" , MAJOlUliN , AN- THÈME, OLYBUE. GLVCÉKIUS, NÉi'OS, ZENON El ALGUSTULE.

0. EMPERECRcVOccidenl, ' ValenlinienjlIl*,éloit à Constanlinople avec sa 'mère Placidie lursque Honorius décéda.

Jean, premier secrétaire, prolilade la vacance du trône, et se fil déclarer auguste à Rome. Pour soutenir son usurpation il sollicita lalliance des Huns. Théodose défendit les droits de son cousin. Ardaburius passa en Italie avec une armée. Jean , abandonné des siens , fut pris : on le promena sur un âne an milieu de la populace d'Aquilée; on lui avoit déjà coupé une main ' , on lui trancha bientôt la tête. Ce prince dun moment décréta la liberté perpétuelle des esclaves - : les grandes idées sociales traversent rapidement la tète de queUpies hommes , longtemps avant (pi'elles puissent devenir des faits : cesl le soleil qui essaie de se lever dans la nuit.

Valentinien avoit six ans lorsqu'on le proclama auguste sous la tutelle de sa mère. L'Illyrie occidentale fut abandonnée à l'empire d'Orient. Un édit déclara qu'à l'avenir les lois des deux empires cesseroient d'être communes.

Deux hommes jouissoient à cette époque d'une réputation méritée : Mtius et Bonifi.ce

'Théodose II, Valentinien III, Marcicn , Axitns. Léon l^', .Majorien , Antlièine , Olybre , Glycérius , Népos , Zenon et Augiistule , empereurs. Céieslin P'' Sixte III, Léon I*^'', IJilaire et Siniplicius, papes. An de J.-C. 42Î-47I-.

' PuiLOST., p.3g.o38; Pbocoi'., de Bell, vond., lih. I, cap. m.

2 Cod. Tlieod , ton». III, pig. 9-g.

ont été surnommés les derniers Romains de l'Empire , comme Brutus est appelé le dernier Romain de la République : malheureusement ils n'étoienl point, ainsi que Brutus, enllammés de l'amour de la liberté et de la patrie : cette noble passion n'existoit plus. Brutus aspiroit au rétablissement de l'ancienne liberté affranchie de la tyrannie domesticjue : qu'auroient pu rêver TEtius et Boniface ? le rétablissement du vieux despostisme délivré du joug étranger. Ce résultat ne pouvoit avoir pour eux la force d'une vertu publique : aussi combattoient-ils aA'ec des talents personnels pour des intérêts privés nés d'un autre ordre de choses. 11 se mêloit à leurs actions un sentiment d'honneur militaire ; mais l'indépendance de leur pays, s'ils l'avoient conquise , n'eût été qu'un accident de leur gloire.

La défaite d'Attila a immortalisé ^tius ; la défense de Marseille contre Ataulphe et la reprise de l'Afrifiue sur les partisans de l'usurpateur Jean, ont fait la renommée de Boniface : il est devenu plus célèbre pour avoir livré l'Afrique aux Barbares (lue pour l'avoir délivrée des Romains. Dans les litres dilluslralions de Boniface, on trouve l'amitié de saint Augustin. Placidie de voit tout à ce grand capitaine : il lui avoit été fidèle au temps de ses malheurs; YEtius, au contraire, avoit favorisé la révolte de Jean , et négocié le traité qui faisoit passer soixante mille Huns des bords du Danube aux frontières de l'Italie.

jEtius étoil fils de Gaudence , maître de la cavalerie romaine et comte d'Afrique : élevé dans la garde de l'empereur, on le donna en otage à Alaric vers l'an 403 , et ensuite aux Huns , dont il acquit l'amitié. iEtius avoit les qualités d'un homme de tête et de cœur : un trait particulier le distinguoit des gens de sa sorte : l'ambition lui manquoit, et pourtant il ne pouvoit souffrir de rival d'inlluence et de gloire. Cette jalouse foiblesse le rendit faux envers Boniface , quoiqu'il evit de la droiture : il invita Placidie à retirer à Boniface son gouvernement d'Afrique, et il mandoit à Boniface que Placidie le rappeloit dans le dessein de le faire mourir K Boniface s'arme pour défendre

PnocOP., de ne II. raiul., lib. I , c ip. iil , pig. 183.

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ETUDliS

sa vie qu'il croit injustement menacée ; iElius représente cet armement comme une révolte (ju'il avoit prévue. Poussé à bout , Boniface a recours aux Vandales répandus dans les provinces méridionales de l'Espaj^ne.

Gonderic , roi de ces Barbares , venoit de mourir ; son frère bâtard Genseric , on plus correctement Gizericli , avoit pris sa place. Sollicité par Boniface, il fait voile avec son armée et aborde en Afrique , au mois de mai 420 : trois siècles après, le ressentiment et la trabison d'un autre capitaine dévoient appeler d'Afrique en Espagne des venj^eurs d'une autre querelle domestique : les Maures s'embarquèrent où les Vandales avoient débarqué ; ils traversèrent en sens contraire ce détroit dont les tempêtes ne purent défendre le double rivage contre les passions des bommes.

Les troubles que produisoit en Afrique le scbisme des donatistes facilitèrent la conquête tle Genseric : ce prince étoit arien ; tous ceux (|u'opprimoit l'Eglise orlliodoxe regardèrent l'étranger comme un libérateur '. Les Vandales , assistés des Maures , furent bientôt devant Hippone, où mourut saint Augustin.

Boniface et Placidie s'étoient expliqués : la fourberie d'jElius avoit été reconnue. Boniface repentant essaya de repousser l'ennemi : on réjiare le mal qu'un autre a fait , rareuiCnt le mal qu'on fait soi-même. Boniface , vaincu dans deux combats, est obligé d'abandonner l'Afrique, quoiqu'il eût été secouru par Aspar, général de Tliéodose - : Placidie le reçut généreusement , l'éleva au rang de patrice et de maître général des armées d'Occident. jEtius, «jui triomphoit dans les Gaules , accourt en Italie avec une multitude de Barbares. Les deux généraux, comme deux empereurs, vident leur différend dans une bataille : Bonif.ice reuqjorla la victoire (452j, mais iEtius le blessa avec une longue pi(iue qu'il s'éloit fait tailler exprès ^. Boniface survécut trois mois à sa blessure : par une magnanimité que réveilluient en lui les malbeurs de la patrie , il con-

' Clan., Fiill of the Rom. Enip.

^ PROCOP., de Bell, vtnd., l b. I, c.ip. m. ' IDAT.. Cliron. ; Maucel., Clii-on. ; Exceip. ex Hiil. Cul II.} Pni.sc.

jura sa femme , riche Espagnole , veuve bientôt , de donner sa main à iEtius * . Placidie déclare jEtius rebelle, l'assiège dans les forteresses où il essaie de se défendre, et le force de se réfugier auprès de ces Huns qu'il devoit battre aux cbamps catalauniques.

Après avoir négocié un traité de paix avec Valentinien III, pour se donner le temps d'exterminer ses ennemis domestiques , Genseric s'approcha de Carthage, surnommée la ]\ome africaine ; il y entra le 9 octobre 459. Cinq cent qu;!tre-vingt-cinq ans s'étoient écoulés depuis (pie Scipion le jeune avoit renversé la Carthage d'Annibal.

L'année de la prise de la Carthage romaine par un Vandale , fut celle du voyage d'Eudocie, l'Athénienne , femme de ïliéodose II , à Jérusalem. Assise sur un trône d'or, elle prononça , en présence du peuple et du sénat , un panégyricpie des Antiocliiens -, dans la ville dont Julien avoit fait la satire. De Jérusalem , elle envoya à Pulchérie, sa belle-sœur, le portrait de la Vierge, fait , disoit-on , de la main de saint Luc ^. La tradition de cette image arriva, par la succession des peintres, jusqu'au pinceau de Raphaël : la religion , la paix et les arts marchent inaperçus à travers les siècles , les révolutions , la guerre et la barbarie. Eudocie, soupçonnée d'un atachement trop vif pour Paulin , retourna à Jérusalem où elle mourut. Une pomme que Théodose avoit envoyée à Eudocie, et quEudocie donna à Paulin, découvrit un mystère dont l'ambition de Pulchérie profita ^ .

Maintenant que je vous ai retracé l'invasion des Goths et des divers peuples du Nord , il me reste à vous parler de celle des Huns , qui engloutit un moment toutes les autres.

Lorscjue les lîuns passèrent les Palus-Méotides, ils avoient pour chef Balamir ou Balamber ; on trouve ensuite Uldin et Caralon ^. Les ancêtres d'Attila avoient régné sur les

• Marcel.. Chrun.

•■' Ciirun. Aléa-., pag. 732; Le Sac, de I/ist. ceci., i)ag. 227.

' NiCEPiiOR., lib. MV, cap. il, pag. 44, b, c.

4 Chron. Pascal, aeu Jlexaiid., pag. 313-16.

5 .roRNiM)., cap, XXIV-XLVIII; Yales., fie. Franc, lib. Ill; Pii()T.,ca(>. L.\XX.

IllSTORIQL i:S.

lliins, ou, si l'on veut, ils les a\ oient commandés. Munduique ou Mundzucque , son père, avoit pour frères Octar et Rouas, ou Roas , ou Rugula , ou Rugilas, et il éloit puissant. Les Huns multiplièrent leurs camps entre le Tanaïs et le Danube ' : ils possédoient la Pannonie et une partie de la Dacie , lorsque Rouas mourut - ; il eut pour successeurs ses deux neveux , Attila et Bléda, qui pénétrèrent dans riUyrie. Attila tua Bléda, et resta maître de la monarchie des Huns ^. Il attatjua les Perses en Asie, et rendit tributaire le nord de TEurope : la Scytliie et la Germanie reconnoissoient son autorité; son empire touchoit au territoire des Franks et s'approclioit de celui des Scandinaves ; les Ostrogolbs et les Gépides étoient ses sujets ; une foiUe de rois et sept cent mille guerriers marchoient sous ses ordres^.

On veut aujourd'hui, sur l'autorité des J\'ihehuKjen , poënie allemand de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième , que le nom original d'Attila ait été Etzel : je n'en crois rien du tout. Dans tous les cas il n'est guère probable que le nom d'Elzel fasse oublier celui d'Attila •'.

Vainqueur du monde barbare, Attila tourna ses regards vers le monde civilisé. Genseric , craignant que Théodose H n'aidât Valentinien ni à recouvrer l'Afrique, excita les Huns à envahir de préférence l'empire d'Orient ". Vous remarquerez combien les Barbares étoient rusés, astucieux, amateurs des traités, combien les intérêts des diverses cours leur étoient connus, avec quel art ils négocioient en Europe, en Afrique, en Asie au milieu des événements les plus divers et les plus compliqués. Une querelle pour une foire au bord du Danube fut le prétexte de la guerre entre Attila' et Théodose (407 ou 408).

Le débordement des Huns couvrit l'Europe

' Amm. Makcei,., lili. XX.M.

' Pbisc, p ir. -47 ; PllOSP. Tis.. Chron.

"' I ROSP. ; jNUUCEL.

* PniSC, pis 'J4; PnOSP.i C///OI!. ; JOUNANO.

' Voyez les Éclniicin.eiucnln à la fin de rc.i!vr;i£;r.

* l'RISC, p (g. 40.

dans toute sa largeur, depuis le pont-Euxin jusqu'au golfe Adriatique. Trois batailles perdues par les Romains amenèrent Attila aux portes de Constantinople. Une paix ignominieuse termina ces premiers ravages. Attila en se retirant emporta un lambeau de l'empire d'Orient : Théodose lui donna six mille livres d'or, et s'engagea à lui payer un tribut annuel du sixième ou des deux sixièmes de cette sonnne '.

A la suite de ces événements le roi des Huns avoit envoyé à Constantinople (449) une députation dont faisoit partie Oreste, son secrétaire, qui fut père d'Augustule, dernier empereur romain. Ces guerres prodigieuses , ces changements étranges de destinée , nous étonnoient plus il y a un demi-siècle qu'ils ne nous frappent aujourd'hui : accoutumés au spectacle de petits combats renfermés dans l'espace de quelques lieues et qui ne changeoient point les empires , nous étions encore habitués à la stabilité héréditaire des familles royales. Maintenant (pie nous avons vu de grandes et subites invasions ; que le Tartare , voisin de la muraille de la Chine, a campé dans la cour du Louvre, et est retourné à sa muraille; que le soldat françois a bivouaqué sur les remparts du Kremlin ou à l'ombre des Pyramides ; maintenant que nous avons vu des rois de vieille ou nouvelle race mettre le soir dans leurs portemanteaux leurs sceptres vermoulus ou coupés le matin sur l'arbre , ces jeux de la fortune nous sont devenus familiers : il n'est monarque si bien ap])arenté qui ne puisse perdre dans quelques heures le bandeau royal du trésor de Saint-Denis ; il n'est si mince clerc ou gardeur de cavales qui ne puisse trouver une couronne dans la poussière de son étude ou dans la paille de sa grange.

L'eunuque Clirysaphe , favori de Théodose , essaya de séduire Edécon , un des négociateurs d'Attila, et crut l'avoir engagé à poignarder son maître. Edécon de retour au camp des Huns révéla le complot. Attila renvoya Oreste à Constantinople avec des preuves et des repro-

^ EvKC, de Hisl. eecl., Tpag. 62; Marcel. . Chron. JOR?i., Rer.Coth., cap. XLIV;Priisc., pag. 4'»;TiiÉ0Pri. Chron., pag. S8.

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KTtl»IiS

ches , demandant pour satisfaction la tète du coui>able. Les patrices Anatole et Nomus furent chargés d'apaiser Attila avec des présents * ; Priscus les accompagnoit; il nous a laissé le récit de sa mission et de son voyage. Ce même Pi iscus avoit vu Mérovée, roi des Francks , à Rome ^.

Sur ces entrefaites Tliéodose mourut à Constantinople , lan 450 , d'une chute de cheval 3 ; il ttoit âgé de cin(|uante ans. Le code qui porte son nom a fait la seule renommée de ce prince ; monument composé des débris de la législation antique , sei»blal)le à ces colonnes qu'on élève avec l'airain abandonné sur un champ de l)ataiile ; monument de vie pour les Barbares, de mort pour les Romains, et placé sur la limite de deux mondes.

Les historiens ecclésiastiques sont de cette époque -, les rappeler, c'est reconnoître la position de l'esprit humain : Sozomène , Socrate , Théodoret, Philostorge , Théodore , auteur de ï Histoire Tripariite , Philippe de Side , Priscus et Jean l'orateur.

Pulchérie, depuis longtemps proclamée ou- (justa, plaça la couronne de son frère Théodose sur la tète de Marcien: pour mieux assurer les droits de ce citoyen obscur, moitié homme d'épée, moitié homme de plume, elle l'épousa et demeura vierge (4GI ) ''. Cette élection ne fut contestée ni du sénat , ni de la cour, ni de l'armée; prodigieux changement dans les mœurs. Ici commence un esprit inconnu à l'antiquité , et qui fait pressentir ce moyen âge où tout étoit aventures : des femmes disposoient des empires ; Placidie , sœur dHonorius et captive d'un Goth, passe dans le lit de ce Golh qui aspire à la pourpre; Pulchérie, sœur de Théodose II , porte l'Orient à Marcien ; Tlonoria , sœur de Valentinien Ilf, veut donner l'Occident à Attila; Eudoxie, fille de Théodose Il et veuve de Valentinien III, appelle Genseric à Rome ; Eudoxie , (ille de Valentinien III , épouse de Hunneric , fils de Genseric. C'est par les femmes que le monde ancien

• [d.. ihid., p;ig. m.

2 Tbkodor., pg. 5o.

5 EVAClib. I, c.ip I.

* Puise, (le Lc'j., pag. "4 rt so;

s'unit au monde nouveau : dans ce mariage , dont nous sommes nés , les deux sociétés se partagèrent les sexes : la vieille prit la que nouille , et la jeune l'épée.

Marcien étoit digne du choix dePulcliérie; il possédoit ce mérite qu'on ne retrouve que dans les classes inférieures au temps de la décadence des^ nations. Il a été loué par saint Léon- !e-Grand ' : on a dit qu'il avoil le cœur au-dessus de l'argent et de la crainte. Il apaisa les troubles de rÉ;ilise par le concile de Calcédoine; il répondit à Attila qui lui demandoit le tribut : « J'ai de l'or pour mes amis, du fer " pour mes ennemis -. » Lorsque Aspar, général de Théodose, attaqua l'Afrique, Marcien l'accompagnoit en qualité de secrétaire ; Aspar fut défait par les Vandales, et Marcien se trouva au nombre des prisonniers de Genseric : attendant son sort, il se coucha à terre, et s'endormit dans la cour du roi. La chaleur étoit bridante ; un aigle survint , se plaça entre le visage de Marcien et le soleil , et lui fit ombre de ses ailes. Genseric l'aperçut, s'émerveilla, et, s'il en faut croire cette ingénieuse fable , il rendit la liberté au prisonnier dont il préjugea la grandeur -.

La fière réponse de Marcien à Attila blessa l'orgueil de ce conquérant : le Tartare hésitoit entre deux proies ; du fond de sa ville de bois , dans les herbages de la Pannonie, il nesavoit lequel de ses deux bras il devoit étendre pour saisir l'empire d'Orient ou l'empire d'Occident, et s'il arracheroit Rome ou Constantinople de la terre.

11 se décida pour l'Occident, et prit son chemin par les Gaules. jEtius étoit rentré en grâce auprès de Placidie : on a vu qu'il avoit été l'hôte et le suppliant des Huns.

< LEO. cp. LXXXlX.p. GIG; /</., cp. XCIV, pag. 628.

- Pi'.rsc., pag. 39.

'" Iili sub diuin coarti circiter mefidicm , cnm .i s île tpiippe xslivo langir'scei'Ciit, sederant :iiiter(pios>Iarcianus iiegligentrr straïus diicebat soiniiiitii; (piadani intérim, iil [lerbibcnt , anuili supeivolante, (pis passis ails ita se librabat, fuindcimpie in aerc locnm insistu batur, timbra blaiidiietur nui Marciaiio. Hem Gizeiidise superiori contemplalus ajdiiim parte, afqiie iit erat sagaci-islmus vir iiigeiiio, diviiium ostentiim iiitrrpretatiis... Dciis illi destinasset iinperiuni. (Procop., (le Bell, viinii., lib. I, pag 183 et li*6.)

UISTOKIOLES.

Le royaume des Visigoths , dans les provinces méridionales des Gaules , s'étoit fixé sous le sceptre de Théodoric , que quelques-uns ont cru fils d'Alaric. Clodion, le premier de nos rois , avoit étendu ses conquêtes jusqu'à la Somme ; JEtius le surprit et le repoussa ^ ; mais Clodion finit par garder ses avantages. Clodion mort, ses deux fils se disputèrent son patrimoine; l'un d'eux, peut-être Mérovée, (|ui tout jeune encore étoit allé en ambassade à Rome-, implora le secours de Valentinien, et son frère aîné rechercha la protection d'Attila 3.

Honoria, sœur de Valentinien, rigoureusement traitée à la cour de son frère, avoit été aimée d'Eugène , jeune Romain attaché à son service ^ Des signes de grossesse se manifestèrent; l'impératrice Placidie fit partir Honoria pour Constanlinople. Au milieu des sœurs de Théodose et de leurs pieuses compagnes , Honoria, qui avoit senti les passions, ne put goûter les vertus : de même que Placidie , sa mère, étoit devenue l'épouse dun compagnon d'Alaric, elle résolut de se jeter dans les bras d'un Barbare : elle en\ oya secrètement un de ses eunu(}ues porter son anneau au roi des Huns : Attila étoit horrible, mais il étoit le maître du monde et le fléau de Dieu ^,

Armé de lanneau dllonoria , le chef des H uns réclamoit la dot de sa haute fiancée , c'està-dire une portion des états romains : on lui répondit que les filles n'hériloient pas de l'Empire. Attila se prétendoit encore attiré par des intérêts que mettoit en mouvement une autre femme. Théodoric avoit marié sa fille unique à Hunneric , fils de Genseric : sur un soupçon d'empoisonnement , Genseric la renvoya à son père , après lui avoir fait couper le nez et les oreilles. Les Visigoths meiiaçoient les Vandales de leur vengeance, et Çen>gric appeloit Attila son allié pour retenir Théodoric son ennemi *'.

< ID\T., Cfirow., pag. )9; Vales., Rc. l'iaur.. lib. III. ' PBrsc, Leg.. pag. 40.

s SID., Car. VU; GitEO. Tlb., lib. II. ■• Marcel., Chron.

^ .lornandès place plus lot l'envoi de cet anneau ; mais il confond les temps.

' Iliijus erga mentcm aJ vastationem orbis paralum

Trois causes ou trois prétextes amenoienl donc Attila en Gaule : la réclamation de la dot d'Honoria , l'intervention réclamée dans les affaires du royaume des Frauks , la guerre contre les Visigoths , en vertu dune alliance existante entre les Huns et les Vandales. Ai bitte des nations , défenseur dune princesse opprimée , le ravageur du monde , devancier de la chevalerie, se prép.ira à passer le Rhin au nom de l'amour, de la justice et de l'humanité.

Des forêts entières furent abattues; le fleuve qui sépare les Gaules de la Germanie se couvrit de barques ' chargées d'innombrables soldats, comme ces autres barques qui transportent aujourd'hui, le long du Pénée , les abeilles nomades des bergers de la Tiiessaiie "-. Saint Agnan , évêque d'Orléans ; saint Loup , évêque de Troyes; sainte Geneviève, gardeuse de moutons à Nanterre, s'efforcèrent de conjurer la tempête : vous verrez l'effet et le caractère de leur intervention quand je vous parlerai des mœurs des chrétiens.

jEtius n'avoit rien négligé pour combattre ses anciens amis : les Visigoths s'étoient , non sans hésitation , joints à ses troupes ; beaucoup de négociations avoient eu lieu entre Théodoric, Attila et Valentinien •'. iEtius marcha audevant des Huns , et les rencontra occupés et retardés devant Orléans , dont la destinée étoit de sauver la France; Attila se relira dans les plaines calalauniques , appelées aussi mauritiennes , longues de cent lieues , dit Jornan-

comperiéns Gizericus, rex Vandalorum, quem paulo ante memoravimus, multis muneribus ad Vesegotliariim bella praecipitat, metuens ne Tbeodoricus , Vesegoibarum rex , filiae ulciscerelur iiijiiriam , (jua; Hnnnericho , Gizericj fiiio, juncla, prius quidim tanto conjngio laetaretur : sed postea , ut erat iile et iii sua pignora ti uculentus , ob suspicionem tantiimmodo veneni ab ea parali, eam, amputatis naribus, spolians dec(^e naturali, patiisuo ad Galbas remiserai, ut turpe funus miseranda seniper offerrel, el crudelilas, qua eliam uioverentur exlerni , vindictam patris effi^acius Wiipelraret. (JOBNAND., de Reb. gel. , cap. XXXM.)

( Cerldit (ito fecla b-penni

Uercyiila lu llnlres, el Ulieiiuin lejuli aliio. (Sin. Ar., cariii. VII, p.ig.ST.)

■POlQtEVM.LE, riujfigetn CirC.

'' .lohN\>D. , cap. .\XXVI.

Kl lui; s

liés , et larges de soixante-dix ' : il y fut suivi par TEtiiis et Tlicodoric.

Les deux armées se niirenl en bataille. Une colline qui s'élevoit insensiblement bordoit la plaine; les Huns et leurs alliés en occupoient la droite ; les Romains et leurs alliés la gauebe. Là se trouvoit rassemblée une partie considérable du genre bumain -, comme si Dieu avoit voulu faire la revue des minisires de ses vengeances au moment où ils aclievoient de remplir leur mission : il lenr alloit partager la con- ([uète, et désigner les fondateurs des nouveaux royaumes. Ces peuples, mandés de tous les coins de la terre, s'ctoient rangés sous les deux bannières du monde à venir et du monde passé, d'Attila et d'TElius. Avec les Romains marcboienl les Yisigotlis, les Lœti, les Armoricains, les Gaulois, les Bréonnes, les Saxons, les Bourguignons , les Sarmates, les Alains , les AUanians, les Ripuaires el les Franks soumis à Mérovée; avec les Huns se trouvoient d'autres Franks et d'autres Bourguignons , les Rugiens , les Érules , les Tburingiens, les Ostrogotbs et les Gépides. Attila barangua ses soklats :

« Méprisez ce ramas d'ennemis désunis de « mœurs et de langage , associés par la peur. » Précipitez-vous sur les Alains et les Gotlis (1 qui font toute la force des Romains : le «c corps ne peut tenir debout (juand les os en « sont arracliés. Courage! que la fureur ac- .. coutumée s'allume ! Le glaive ne peut rien .. contre les braves avant l'ordre du destin. <i Cette foule épouvantée ne [lourra regarder " les Huns en face. Si l'événement ne me « trompe , voici le cbamp qui nous fut promis » par tant de victoires. Je lance le premier " traitai" ennemi: (pàconque oseroit devancer (I Attila au combat est mort 'K »

* c leugas, ut Galli vocant. in longum Icnentes, et lxx in latum. (Jounand., cap. XXXVI.)

- Fit ergo arca innumcrabi.iuin populonim pars illa terraruni. (Id., ibid.)

= Adunatas dfspicile dissonas génies. Indioiiim pavo-

ris est, pocietale défend! Alanos inva-

(iite , in Vcsegotlias incnml)itc Nec potest

stare corpus , cui ossa substraxciit. Consurgant aniini ,

furor soiitiis intnmescat Victuros nulla

Icla convenient, niorituios et in otio fata piaccipitant.

Cette bataille (433) fut effroyable, sans miséricorde , sans quartier. Celui qui pendant sa vie, dit l'bistorien des Gotlis , fut assez beureux pour contempler de pareilles clioses et qui manqua de les voir, se priva d'un spectacle miraculeux'. Les vieillards du temps de l'enfance de Jornandès se souvenoient encore quun petit ruisseau , coulant à travers ces cbamps béroïques, grossit tout à coup non par les pluies , mais par le sang , et devint un torrent. Les blessés se traînoient à ce ruisseau pour y élancber leur soif , et buvoient le sang dont ils l'avoient formé '-. Cent soixante-deux mille morts couvrirent la plaine ; Tiiéodoric fut tue, mais Attila vaincu. Retranclié derrière ses cliariots pendant la nuit, il chantoit en cboquant ses armes ; lion rugissant et nie- .naçant à l'entrée de la caverne où l'avoient acculé les cbasseurs ■'. f

L'armée triompbante se divisa , soit par l'impatience ordinaire des Barbares, soit par la politique d'iEtius, qui craignit qu'Attila passé ne laissât les Visigoths trop puissants. Comme je marque à présent tout ce qui finit , la victoire catalaunienne est la dernière grande victoire obtenue an nom des anciens maîtres du monde. Rome, qui s'étoit étendue peu à peu jusqu'aux extrémités de la terre, rentroit peu à peu dans ses premières limites ; elle alloit bientôt perdre l'empire et la vie dans ces mêmes vallées des Sabins où sa vie et son empire avoient commencé ; il ne devoit rester de ce

Non fallor eventu, liic campus est qiiciii

nobis tôt piospeia promiserant. Primus in hosles tela conjiciam. Si quis potuerit Attila pugnante ociuin ferre, sepultus est. (Jornand., cap. XX.WI.)

» Ulii talia grsta i-eferuntur, ut nihil esset , quod iii vita sua conspiccre potuissetegregius, qui hnjus miraciill privaretur aspectu. {Id., cap. XL.)

^ Nam si senioriinis credere fas est , livuliis memorall campi liumi.i ripa prolabens pereniptorum vulncribus sanguine niuito provectns, non auctus iinbribus, ut s<ilebat, sed liquore concitatus insolito, lorrens faclus est cruoris aiisnienlo. lit (juos illiccoegit in aiidam silini vulaus iiiflictuin , (luenta mixta clade traxerunt : ita constiicti sorte niiserabili sordebant , potantes sanguinem queni fudere sauciati. {Id., ibid.)

' Strepcns armis tubis canebat, incussionemque niinabalur : velnt leo venabulis picssiis, speluncœ aditus obaïubulaiis. (/rf., ib.)

ÎIISTOniQlLiS.

géant (iiMine lèle Oiionne , séparée d'un corps immense.

Attila s'allentloit à cire attaqué; il ne s'apen;ut de [la retraite des vainqiieiiis qu'au long silence des campagnes ' abandonnées aux cent soixante-deux mille nuiels de la mort. Echappé contre toute attente à la destruction , et rendu à sa destinée, il repasse le ]\hin. Plus puissant que jamais , il entre l'année suivante en Italie, saccage Aquilée, et s'empare de Milan. Valentinien quitte sa cache de Ravenne pour se recaclier dans Home, avec l'intention d'en sortir à l'ap-^roclie du péril : la peur le faisoit fuir, la lâcheté le retint ; également indigne de l'empire en l'abandonnant ou en le vendant. Deux consuls, Avienus et Trigesius, et le pape saint Léon, viennent traiter avec Atlila. Le Tartare consent à se retirer, sur la l»romessede ce qu'il appeloit toujours la dot tl'Honoria : une raison plus intérieure le toucha; il fut arrêté par une main qui se montroit partout alors, au défaut de celles des hommes : cela sera dit en son lieu.

Attila se jette une seconde fois sur les Gaules, d'où Thorismond , successeur de Théodoric, le repousse. Le Hun rentre encore dans sa ville de bois, méditant de nouveaux ravages : il y disparoît. Le héros de la barbarie meurt, comme le héros de la civilisation , dans l'enivrement de la gloire et les débauches d'un festin ; il s'endormit une nuit sur le sein d'une femme, et ne revit plus le soleil ; une hémorragie l'emporta : le conquérant creva du trop de sang qu'il avoit bu et des voluptés dont il se gorgeoit. Le monde romain se crut délivré ; il ne léloit pas de ses vices; châtié , il n'étoit pas averti.

L'invasion d'Attila en Italie donna naissance à Venise. Les habitants de la Yénétie se renfermèrent dans des îlots voisins du continent. Leurs murailles étoient des claies d'osier : ils vivoient de poisson; ils n'avoient pour richesse (|ue leurs gondoles et du sel qu'ils vendoient le long des côtes. Cassiodore les compare à des

* Sed uiii liostium absentia siint longas'lentiaconsecuta, erigitur mens ad victoriam, gandia prœsumutitur, atque potentis régis aniinus in anliciua fata revertitur. JouNA^u., cap. XLI.)

oiseaux aquatiques qui font leur niti au luilieu des eaux '. Voilà cette opulente, cette mystérieuse , cette voluptueuse Venise , de qui les palais rentrent aujourd'hui dans le limon dont ils sont sortis.

La Grande-Bretagne , malgré ses larmes et ses prières, avoit été abandonnée des Romains.

Quand l'épée d'Attila fui brisée, Valentinien , tu-ant pour la première fois la sienne , l'enfonça dans le cœur du dernier Romain : jaloux d'jEtius, il tua celui qui avoit retardé si longtemps la chute de l'Empire -. Valentinien viole la femme de Maxime, riche sénateur de la famille Anicienne^; Maxime conspire; Valentinien, dernier prince de la famille de Théodose, est assassiné en plein jour par deux Barbares, Transtila et Optila , attachés à la mémoire d'^lius ^. Maxime est élu à la place de Valentinien; son règne futde peu dejours,et il le trouva tropf long. « Fortuné Damoclès Is'écrioil- « il , regrettant l'obscurité de sa vie, ton règne " commença et finit dans un même repas ^. >>

Maxime, devenu veuf, avoit épousé de force Eudoxie, veuve de Valentinien et fille de Théodose II. Eudoxie cherche un vengeur, et n'en voit point de plus terriljle que Genseric. Les Vandales étoient devenus des [ irates habiles et audacieux; ils avoient dévasté la Sicile, pillé Palerme, ravagé les côtes de la Lucanie et de la Grèce. Genseric , appelé par Eudoxie '', ne refuse point la proie ; ses vaisseaux jettent l'ancre à Ostie. Maxime se veut écliapper ; il

' Aquatiliuin aviuin more doraus est. Vaisui!,, 1. M!, ep. ssiv.

Voyez aussi Ferona Ulitsirata de Maffei , et V/Ihtoire de Venise, par .M. Daru.

- PaoSP., IDAT., an 451.

5 Maximus quidam erat senator ronianus... Uxorcin lial)el)at singulari continenlia et forma, commendatissimae fauiaî prœditam... lluic nacta3 conciibitu ob-

sciciii libidiue ardens Vaientiniaiius vim altulit

obluctanti. (Procop., da Bell. Fniul., lib. II, cap. iv ,

' [d.. ibid. ; EvAC. lib. 11,'cap. vil.

' Dicerc solcliat vir littcratus alcpie <il) ingenii mérita qu.Tstorius Fulgenlius , se ex oie cjus l'rei|untifcr an di-se, eiuu peroMi-piiidusimpciii vcte em desidcraret securitateni : « Feliccm te, DauDcli's.ijui non u'io lougius prandio regni necessitatem toleravisti! (Sii). Ai'., ep. XII, lib. Il, pag. lUfJ.)

• PUOCOP., de liell. Vi/vd.. pag. 1P8.

Ao2

F/riiDES

€sl arrêté par le peuple, qui le déchire. Saint ].éon essaie de sauver une seconde fois son troupeau , et n'obtient point de Genseric ce (ju'il avoit obtenu d'Attila : la ville éternelle est livrée au pillage pendant quatorze jours et quatorze nuits. Les Barbares se rembarquent ; la flotte de Genseric apporte à Cartha;;e les richesses de Rome , comme la flotte de Scipion avoit apporté à Rome les richesses de Cartilage. Le chantre de Didon sembloit avoir prédit Genseric dans Annibal. Parmi le butin se trouvèrent les ornements enlevés au temple de Jérusalem : quel mélange de ruines et de souvenirs ! Tous les vaisseaux arrivèrent heureusement , excepté celui qui étoit chargé des statues des dieux '. Ces nouvelles calamités n'étonnèrent pas : Alaric avoit tué Rome ; Genseric ne fit que dépouiller le cadavre.

Avitus, d'une famille puissante de l'Auvergne, beau-père de Sidoine Apollinaire, et maître général des forces romaines dans les (iaules, remplaça Maxime. Il reçut la pourpre des mains de Théodoric II, roi des Visigoths, régnant à Toulouse. Ce Théodoric étoit frère de Thorismond , lîls de Théodoric I" , tué aux champs calalauniques. Il soumit le reste des Suèves en Espagne; mais, tandis qu'il avoit l'air de combattre pour la gloire de l'empereur, son ouvrage, Avitus étoit déjà tombé : il fut dégradé par le sénat de Rome, qui sembloit puiser ce pouvoir d'avilir dans sa propre dégradation. Ricimer ou Richimer , (ils d'un Suève et de la fille du roi goth Vallia, comme je vous l'ai dt^à dit, fut le principal auteur de cette chute. Ce chef des troupes barbares, à la solde des Romains en Italie, donna une double marque de sa puissance en nommant l'emjtereur déposé (10 octobre 45()) , évèque de Plaisance ^ : la tonsure alloil devenir la couronne des rois sans couronne. On ne sait trop comment finit Avitus : privé de l'empire, il le fut aussi de la \ie, dit pourtant un historien ■^

Ricimer passa la pourpre à Majorien, ancien compiignon d'iEtius. Majorien étoit un de

' Navilins Giscriri imain (|im simiilacra velu'lianfiir Iteriis e IVnmt. ( Piiocop. , de Bell. I^and., lil). II, lia?. 189.)

- ViCT. TlilM.

' In.vT. C'hrvii.

ces lionmies (pie le ciel montre un moment à la terre dans rabàtardissement des races : étrangers au monde où ils viennent, ils ne s'y arrêtent que le temps nécessaire pour empêcher la prescription contre la vertu ^ Majorien ranima la gloire romaine en attaquant les Franks et les Vandales avec les vieilles bandes sans chef d'Attila et d'Alaric. On a de lui plusieurs belles lois. Ricimer ne l'avoit placé sur le trône que parce qu'il le croyoit sans génie; quand il saperçut de sa méprise, il fil naître une sédition, et Majorien abdiqua. On croit qu'il fut empoisonné '- | 7 août 461). Le faiseur et le défenseur de rois ( à cette époque de révolutions, cela ne supposoit ni talents supérieurs ni grands périls) remit le diadème à Libius Sévère : il prit garde cette fois que le prince ne fût pas un homme, et il y réussit. On ne connoît guère que le litre impérial de ce Libius Sévère : lexcès de l'obscurité pour les rois a le même résultat que l'excès de la gloire ; il ne laisse vivre qu'un nom.

Deux homuies, fidèles à la mémoire de Majorien, refusèrent de reconnoître la créature de Ricimer : Marcellin, sous le litre de patrice de l'Occident, resta libre dans la Dalmalie ; jEgidius, maître général de la Gaule, conserva une puissance indépendante : ce fut lui que les Bretons implorèrent , et que les Franks nommèrent un moment leur chef, quand ils ciiassèrent Childéric.

L'Italie continua d'être livrée aux courses des Vandales; cliaque année , au printemps, le vieux Genseric y rapportoit la flamme. Par un renversement de l'ordre du destin, dit Sidoine, la brûlante Afrique versoit sur P^ome les fureurs du Caucase ^.

Léon P'', surnommé le Grand , ou le Boucher, ou plus souvent Léon de 'J'hrace, avoit été élu empereur d Orient après la mort de Marcien, arrivée vers la fin de janvier, l'an

* SiD Ap. , caiin. V, pag. 512; Pnocop. , de Bell. T'dtid., lib. I, cap. vu.

- Sflun une autre version , Majorien fut iléposé par Ricimer, qui le fit tuer cincj jours après sa dt-position.

:j ronvprsosque ordiiie fiili

llorrlda caiiruseos Infert mllii liyrsa furores.

(SiiioN. AroLi..|

HISTORIQUES

4o7. Constantinople, échappée aux Barbares, obtenoit sur Rome la prééminence, non la supériorité, que donne le bonheur sur l'infortune. L'empire (l'Occident , sur son lit de mort, ressembloit à un guerrier ou à un roi dont on pille la tente ou le palais tandis qu'il expire, ne lui laissant pas un linceul pour l'ensevelir. Léon, qui voyoit donner des maîtres à Rome, lui accorda Anthème ({68) en qualité d'empereur, sur la demande du sénat. Ricimer empoisonna Libius Sévère , et épousa la fdle d' Anthème. Tl y eut de grandes réjouissances ; tout parut consolidé dans une ruine.

Vous avez vu qu'Authème pensoit à rétablir le culte des idoles '. Les deux empires, et surtout celui d'Orient , préparèrent un puissant armement contre les Vandales. Le commandement en fut donné à Basilien, qui laissa brûler sa flotte devant Carthage , réduit à la nécessité de passer pour un traître , afin de conserver la réputation d'un grand général. Sauvé de ce danger, Genseric reprit ses courses et s'empai^a de la Sicile.

Tliéodoric II avoit rompu ses traités avec Rome à la mort de l'empereur Majorien ; il réunit INarbonne à son royaume. Euric, son frère, qui l'assassina , acheva la conquête des Espagnes sur les Romains et sur les Suèves : ceux-ci reconnurent son autorité, en restant en possession de la Galice. Dans les Gaules, Euric ne fut pas moins heureux : il étendit sa domination ,d'un côté, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône; de l'autre jusqu'à la Loire. En ce temps , les Bourguignons étoient alliés de Rome et se déchiroient entre eux ; il en étoit ainsi des Franks et des Saxons.

Cependant Ricimer se brouille avec Anthème, son beau-père, et se détermine à changer encore le maître titulaire de l'Occident. Il appelle à la pourpre Olybre qui avoit épousé Placidie, fille de Valentinien III. Il en résulte une guerre civile. Rome est saccagée une troisième fois , dit le [)ape Gélase , et les misérables restes de l'Empire sont foulés aux pieds. Anthème est tué (H juillet 472), Olybre meurt, et Ricimer le précède dans la tombe

• ci-dessus, p.ig. iti'i.

OÙ il avoit précipité cinq empereurs, tous faits de sa main ' .

Gondivar ou Gondibalde , neveu de Ricimer, et élevé à la dignité de patrice par Olybre , pousse Glycérius à s'emparer du pouvoir. Gondibalde est peut-être le célèbre roi des Bourguignons. A Constantinople, on proclama Julius-lNépos empereur d'Occident. Il surprit son compétiteur Glycérius , le fit raser et ordonner évèque de Salone -. Julius-Népos céda l'Auvergne à Euric , roi des Visigotlis , croyant qu'un pouvoit sacrifier ses amis à ses ennemis. Les troupes que Népos tenoit à sa solde se révoltent; il fuit, traînant dans sa retraite en Dalmatie un titre que lui seul reconnoissoit : il retrouva à Salone son rival impérial qu'il avoit fait évèque ^. Népos ne valoit pas la peine d'un coup de poignard, et fut assassiné pourtant '*. Les Ostrogoths, pendant l'apparition de Glycérius, s'étolent montrés en Italie.

Les autres Barbares , qui opprimoient plus qu'ils ne défendoient ce malheureux pays , avoient alors pour chef Oreste , ce secrétaire d'Attila dont je vous ai déjà parlé. A la mort du roi des Huns, il passa au service des empereurs d'Occident , sous lesquels il devint patrice et maître général des armées ; il avoit eu un fils d'une mère inconnue , ou peut-être de la fille de ce comte Romulus que Valentinien envoya en ambassade auprès d'Attila. Ce fils est Romulus-Auguste , surnommé Augustule : humiliez-vous , et reconnoissez le néant des empires !

Oreste refusa la pourpre que lui offroientses soldats, et en laissa couvrir son fils ">. Les Scy-

' Valois s'appuie de l'auteur anonyme , conforme , pour ces temps obscurs, à ce que l'on trouve dans les Fastes consulaires d'Onuplire, dans les Actes des Conciles, dans Cassiodore, dans Victor de Tunne, dans la Cluonlque d'Alexandrie, etc., etc. (Vales.. fle. Franc.)

2 PUOT., cap. LXXVUI, pas- 372; Onlph.; Jou>., de Rcg. oc teni}). sur., pag, ii54.

5 Quo coinperto , Nt'i>os fiigil in Ualmatias, ibiqne defecit privatus regno, nbi Jan^ Glycérius, dudum iniperator, episcopatuin salonitanum habebat. (Vales., lie. Franc, pag. 227 ; Id. m not. AMM. Marcel.)

* Onlph , pag. •'(77 ; Mahc, Chion. XVI.

" Angustulo a pâtre Oreste in Ravenna impciatore ordinato.(.I.iifMANr)., cap. XLV.)

4âi

res, les Alaius, les Rugiens , les Hérules , les Turcilinges , qui composoient ces tléfenseius redoutables des misérables Romains, enflammés par l'exemple de leurs compatriotes établis en Afrique , dans les Espagnes et dans les Gaules, sommèrent Oreste de leur abandonner le tiers des propriétés de l'Italie : il leur crut pouvoir résister. Odoacre ( peut-être (ils d'Édécon , ancien collègue d'Oreste dans sa mission à Constantinople ) , Odoacre, après diverses aventures , se trouvoit investi d'une charge éminenle dans les gardes de l'Italie ; il se met à la tête des séditieux, assiège Oreste dans Pavie , emporte la place , le prend et le lue *. Le 23 aoiit de l'an 4T6 , Odoacre , arien de religion, est proclamé roi d'Italie. L'empire romain avoit duré cinq cent sept ans moins quelques jours , depuis la bataille d' Actium ; on comploit douze cent vingt-neuf ans de la fondation de Rome.

Quand Augustule, dernier successeur d'Auguste, quitta les marques de la puissance, Simplicius , quarante-septième pontife depuis saint Pierre, occupoit la chaire de l'apôtre dont l'empire avoit commencé sous l'héritier immédiat d'Auguste; les successeurs de Simplicius, après treize cent cinquante-quatre ans, régnent encore dans les palais des Césars.

Odoacre établit son siège à Ravenne. Le sénat romain renonça au droit d'élire son maître; satisfait d'être esclave à merci, il déclara que le capitole abdiquoit la domhialion du monde, et renvoya, par une ambassade solennelle , les enseignes à Zenon , (jui gouvernoit l'Orient. Zenon ^ reçut à Constantinople les ambassadeurs avec un front sévère ; il reprocha au sénat le meurtre d'Anthême et le bannissement de Népos : « Népos vit encore, dit-il « aux ambassadeurs; il sera, jusqu'à sa mort, (( votre vrai maître. » Ce brevet de tyran honoraire , délivré par Zenon à Népos , est le dernier titre de la légitimité des Césars.

Augustule, trouvé à Ravenne par Odoacre, fut dégradé de la pourpre ^ L'histoire ne dit

* E>NODii Ticiîv., Fît. Epiph., Yias;. 387. ■ MvLCiiNO., Exceip. de Leg., pag. 93.

' Non niultnm post , Odovacer, Tui-cilingonim rcx, habeiis secuin Scyros, Ilerulos, divcrsarumiiue gciiliiim

rien de lui , sinon qu'il étoit beau * . Le premier roi d'Italie accorda au dernier empereur de Rome une pension de 6000 pièces d'or : il le fit conduire à l'ancienne villa deLucuUus^, située sur le promontoire de Misène, et convertie en forteresse depuis les guerres des Vandales : elle avoit d'abord appartenu à Marins ; Lucullus l'acheta ^.

Ainsi la Providence assignoit pour prison au fils du secrétaire d'Attila , à un prince de race gothique, revêtu de la pourpre romaine par les derniers Barbares qui renversoient lempire d'Occident, la Providence assignoit , dis-je, pour ju-ison à ce prince une maison où fut portée la dépouille des Cimbres, premiers Barbares du septentrion qui menacèrent le Capitole. C'est là qu Augustule passa sa jeunesse et sa vie inconnues , sans se douter de tout ce qui s'attachoit à son nom , indifférent aux leçons que donnoit sa présence, étranger aux souvenirs que rappeloient les lieux de son exil.

Ajoutons ici , attentifs que nous sommes à l'immutabilité des conseils éternels et à la vicissitude des choses humaines : les reliques de saint Severin succédèrent à la personne d' Augustule dans la demeure que Marius décora de ses proscriptions et de ses trophées , Lucullus cle ses fêtes et de ses banquets : elle se changea en une église ''. Odoacre , n'étant encore qu'un obscur soldat, avoit visité saint Severin dans la Norique. Le solitaire, à l'aspect de ce Barbare d'une haute taille , qui se courboit pour passer sous la porte de la cellule, lui dit : « Va en Italie; tu es maintenant couvert « de viles peaux de bêtes ; un temps viendra (( que tu distribueras des largesses ''.i»

auxiliarios, Italiam occupavit, et, 0:esfe interfecto, Augustulum fiiium ejus de regno pnlsum. (Jornand., cap. XLVI.)

♦ Pulchèr erat Ano.n. Vales.

^ Deposuit (Odovacer) Aiignslulum de rcgno... Tnmcn dona\it li rcditumsexmilliasolidos. (A^0^, Val., p:(g. 706.) In lucullano C uiipaniae castello exsilii pœna damnavit. (Jobnand., cap. XLVI.)

' ri.iiT-, 2)1 Mario cl in Lucul.

* EuGi!". in Vil. s. Severin.

M'ade ad Italiam, vade vilissimis nunc pelliltiiscoopfitus : sed innltis cito pliirima laigitums. (AinOn. ^'AL., pag. 717.)

iiistoiuoul:s.

Enfin , le Dieu qui d'une main abaissoit l'empire romain, tlevoit de l'autre l'empire françois. Augustule déposoit le diadème l'an 476 de Jésus-Glirist, et l'an 481, Clovis, couronné de sa longue chevelure, régnoit sur ses compagnons.

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