‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 148 sur 201 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ie combat moral et in- 'tellectuel se termina de la même manière que le combat politique. Après le sac de Rome , l'idolâtrie accusa les fidèles d'être la cause de tontes les calamités publiques, accusation qu'elle avoit souvent reproduite et qu'elle renouveloit à sa dernière heure. Des chrétiens foibles joignoient leur voix à celles des païens, et disoient: «Pierre, Paul, Lau- « rent, sont enterrés à Rome, el cependant (I Rome est saccagée ' . » Pour réfuter cet argument rebattu , saint Augustin composa le grand ouvrage de la Cité de Dieu. Son but, en relevant la beauté , la vérité et la sainteté dn christianisme, est de prouver que les Romains n'ont dû leur perte qu'à la corruption de leurs mœurs et à la fausseté de leur religion. Il les poursuit leur histoire à la main.

« Vous dites proverbialement : Il ne pleut « pas , les chrétiens en sont la cause. » Vous oubliez donc les tléaux qui ont désolé l'Empire avant qu'il se soumit à la foi? Vous vous confiez en vos dieux : quand vous ont-ils protégés ? Les Barbares , respectant le nom de Jésus- Christ, ont épargné tout ce qui s'étoit réfugié dans les églises de Rome : les guerres des païens n'offrent pas un seul exemple de cette nature ; les temples n'ont jamais sauvé personne. An temps de Marins le pontife Mutins Scévola fut tué au pied de l'autel de Vesta , asile réputé inviolable , et son sang éteignit presque le feu sacré. Rome idolâtre a plus souffert de ses discordes civiles , que Rome chrétienne du fer des Goths ; Sylla a fait mourir plus de sénateurs qu'Alaric n'en a dépouillé.

<i La Providence établit les royaumes de la terre; la grandeur passée de l'Empire ne peut pas plus être attribuée à l'influence chimérique

* Aiifi. Sfrm , p. 1200.

KTLDliS

des astres , qu'à la puissance de dieux impuissants. La théologie naturelle des pliilosophes ne sauroit être opposée à son tour à la théologie divine des chrétiens , car elle s'est souvent trompée. L'école italique que fonda Pythagore , l'école ionique que Thaïes institua , sont tombées dans des erreurs capitales. Thaïes, appliqué à l'étude de la physique , eut pour disciple Anaximandre ; celui-ci instruisit Anaxiniène , qui fut maître d'Anaxaijore , et Anaxagore de Socrate , lequel rapporta toute la philosophie aux mœurs. Platon vint après Socrate et s'approcha beaucoup des vérités de la foi.

« Mais comment est-il que les chrétiens , tout en prétendant n'adorer qu'un seul Dieu , élèvent des temples aux martyrs? Le fait n'est point exact. Notre respect pour les sépulcres des confesseurs est un hommage rendu à des hommes témoins de la vérité jusqu'à mourir : mais qui jamais entendit un prêtre , officiant à l'autel de Dieu sur les cendres d'un martyr , prononcer ces mots : « Pierre , Paul « ou Cyprien, je vous offre ce sacrifice? »

<( Les païens se glorifient des prodiges opérés par leur religion : Tarquin coupe une pierre avec un rasoir ; un serpent d'Épidaure suit Esculape jusqu'à Rome ; une vestale tire une galère avec sa ceinture ; une autre puise de l'eau dans un crible : sont-ce là des merveilles à comparer aux miracles de l'Ecriture ? Le Jourdain , suspendant son cours , laisse passer les Hébreux ; les nuirs de Jéricho tombent devant l'arche sainte. Ah ! ne nous attachons point à la cité de la terre ; tournons nos pas vers la cité du ciel qui prit naissance avant la création du monde visible.

M Les anges sont les premiers habitants de cette cité divine; ils tiennent du ciel et de la lumière ; car au commencement Dieu fit le ciel, et il dit : que la lumière soit faite. Dieu ne créa qu'un seul homme; nous étions tous dans cet homme. 11 répandit en lui une âme douée d'intelligence et de raison , soit qu'il eût déjà créé cette àme auparavant, soit qu'il la communiquât en soufflant contre la face de l'homme dont le corps n'étoit que limon. Il donna à l'homme une femme pour se reproduire ; mais, comme toute la race humaine devoit venir de l'homme , Eve fut formée de l'os , de la chair et du sang d'Adam.

o L'homme à qui le Seigneur avoit dit : « Le jour que vous mangerez du fruit défendu, vous mourrez , » mangea du fruit défendu , et mourut. La mort est la peine attachée au péché. Mais si le péché est effacé par le baptême , pourquoil'homme meurt-il à présent? Il meurt afin que la foi, l'espérance et la vertu ne soient pas détruites.

'I Deux amours ont bâti les deux cités : l'amour de soi-même jusqu'au mépris de Dieu a élevé la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même a édifié la cité céleste. Caïn , citoyen de la cité terrestre , bâtit une ville ; Abel n'en bâtit point : il étoit citoyen de la cité du ciel , et étranger ici-bas. Les deux cités peuvent s'unir par le mariage des enfants des saints avec les filles des hommes à cause de leur beauté : la beauté est un bien qui nous vient de Dieu.

(I Les deux cités se meuvent ensemble : la cité terrestre, depuis les jours d'Abraham , a produit les deux grands empires des Assyriens et des Romains ; la cité céleste arrive , par le même Abraham , de David à Jésus-Christ. 11 est venu des lettres de cette cité sainte dont nous sommes maintenant exilés : ces lettres sont les Ecritures. Le roi de la cité céleste est descendu en personne sur la terre pour être notre chemin et notre guide.

" Le souverain bien est la vie éternelle ; il n'est pas de ce monde : le souverain mal est la mort éterneUe , ou la séparation d'avec Dieu. La possession des félicites temporelles est une f.usse béatitude, une grande infirmité. Le juste vit de la foi.

" Lorsque les deux cités seront parvenues à leurs fins au moyen du- Christ , il y aura pour les pécheurs des supplices éternels. La peine de mort sous la loi humaine ne consiste pas seulement dans la minute employée à l'exécution du criminel, mais dans l'acte qui l'enlève à l'existence : le juue éternel retranche le coupable de la vivante éternité , comme le juge temporel retranche le coupable du temps vivant. L'Éternel peut-il prononcer autre chose que des arrêts éternels ?

(' Par la niême raison , le bonheur des justes sera sans terme. L'âme toutefois ne perdra pas la mémoire de ses maux passés : si elle ne se souvenoit plus de son ancienne misère , si

HISTORIQUES

même elle ne connoissoit pas la misère impélissable de ceux qui auront péri , comment chanteroit-elle sans fin les miséricordes de Dieu, ainsi que nous l'apprend lePsalmiste? Dans la cité divine cette parole sera accomplie : " Demeurez en repos; reconitoissez- que je suis Dieu y » c'est-à-dire qu'on y jouira de ce sabbat , de ce long jour qui n'aura point de soir , et où nous reposerons en Dieu. »

Cet ouvrage du Platon cbrétien est empreint (le la mélancolie la plus profonde : on y sent une âme tendre , inquiète , regretlanl peutêtre des illusions , et dont les vagues sentiments passent à travers un esprit abstrait et une imagination mystique. Celui qui , jeune encore s'étoit confessé avec tant de cliarme tl'avoir demandé la pureté, mais pas irop tôt*, (l'avoir désiré d'aimer - ; celui qui avoit dit : " Lorsque vous m'aurez connu tel que je suis, « priez pour moi ^ ; » le père d'Adéodat répand sur les pages échappées à sa vieillesse ce dégoût de la terre , bonheur des saints , et partage des infortunés. Le spectacle des calamités publiques contribuoit sans doute à attrister le génie d'Augustin : quel temps pour écrire <[ue les années qui séparent Alaric de Genseric , second destructeur de Rome et de Cartilage ; que les années qui s'écoulèrent entre le sac de la ville éternelle par les Gotlis et le sac d'Hippone par les Vandales !

Vohisien , homme d'une famille puissante à Carthage, avoit mandé à saint Augustin qu'un de ses amis manifestoit le désir de trou.er un chrétien capable de résoudre certaines difficultés relatives au nouveau culte. Saint Augustin , dans une réponse affable et polie , lui envoie une sorte d'abrégé de la Cité de Dieu.

Le même Père entretient une correspondance avec la population païenne de Madaure : " Réveillez-vous , peuples de Madaure , mes " parents! mes frères^ !... Puisse le vrai Dieu « vous convertir à la foi , vous délivrer des va- « nités de ce monde ! « Un évêque , un con-

' Confes., lib. VIII, c. vu, num. 17.

- ld..ihid , lit), m et IV.

5 fcL, epist. CCXXXI, num. 6.

' Expersiscimiiii aliqu.indo , fr.itres mei et pareilles iiiei madaurcnses. (Epist. CCXXXII.)

iroversiste ardent , saint Augustin , appelle des idolâtres ses parents, ses frères.

Quelques années auparavant il avoit eu un commerce de lettres avec Maxime , grammairien dans cette même ville deMadaure : Maxime l'avoit prié de laisser de côlé son éloiiuence c( les subtiles arguments de Chrysippe , pour lui dire quel éloit le Dieu des chrétiens. « Et à " présent , homme excellent ' qui as abandonné « ma communion , cette lettre sera jetée au feu » ou détruite d'une autre manière. S'il en est " ainsi , un peu de papier périra , mais non ma « doctrine... Puissent les dieux te conserver ! " les dieux par qui les peuples de la terre ado- " rent en mille manières différentes , dans un " harmonieux discord , le père commun de ces <' dieux et des hommes -. » Voici le païen qui appelle à son tour les bénédictions du Ciel sur la tête d'un chrétien.

Longinien écrit ces mots à saint Augustin : " Seigneur et honoré Père , quant au Christ , « en qui tu crois , et l'esprit de Dieu par qui tu " espères aller dans le sein du vrai , du souve- " rain , du bienheureux auteur de toutes cho- " ses, je n'ose ni ne puis exprimer ce (pie je " pense; il est difficile à un homme de définir " ce qu'il ne comprend pas ; mais tu es digne " du respect que je porte à tes vertus •'. »

Saint Augustin répond : « J'aime ta circon- " spection à ne rien nier, à ne rien affirmer « touchant le Christ ; c'est une louable réserve " dans un païen ''. »

L'illustre évêque d'Hippone expira à soixanteseize ans dans sa ville épiscopale assiégée , en plein exercice des devoirs d'un pasteur courageux et charitable. » Il mourut , » dit l'élégant auteur que vous aimerez encore à retrouver , « il mourut les yeux attachés sur cette citécc-

^ Vir eximie.

- Dii te s(^rvent , pcr ([uos et eorum atqiie cuiictorniii raortaliiim comiiiuneni patrem, universi niortales, (|Uiis terra susiinet, mille modis concortJi discordia vt?neramuret colimusl (^p. Augustin., epist. XVI, al. xliu. tit. u.)

» Dt autem me cultorein tiiarum virtntmn dignatiis est. (ALCUST.N., epist. CCXXXIII, n. 3.)

^ Proinde quod deCtiristo iiiliil tibi negandum allirmandum putasti, tioc in pagani animo temperamentiiii) non invitus acceperim. (Epist. CCXXXV.)

KTL'DnS

« leste dont il avoil écrit la merveilleuse his- « toire'. «

Mais, avant ces leltrescV Augustin .on trouve peut-être un monument encore plus extraordinaire (le la tolérance religieuse entre des esprits supérieurs : ce sont les lettres de saint Basile à Libanius , et de Libanius à saint Basile. Le sophiste païen avoit été le maître du docteur chrétien à Constantinople. « Quand vous fûtes " rétourné dans votre pays, écrit Libanius à « Basile , je me disois : Que fait maintenant " Basile? Plaide-t-il au barreau ? ensei:;ne-l-il " léloquer.ce? J'ai appris (jue vous aviez suivi " une meilleure voie : que vous ne vous étiez " occupé qu'à plaire à Dieu , et j'ai envié votre « bonheur-. »

Basile envoie déjeunes Cappadociens à l'école de Libanius sans crainte de les infecter du venin de l'idolâtrie. " Ilsulïira , lui mande- « t-il, qu'avant l'âge de l'expérience ces jeunes " gens soient comptés parmi vos disciples ^. » — « Basile est mon ami, s'écrie Libanius dans " une autre lettre , Basile est mon vainqueur , " et j'en suis ravi de joie'*. » — « Je tiens votre ' harangue, dit Basile; je l'ai admirée : ô mu- " ses ! ô Athènes ! <\ne de choses vous ensei- " gnez à vos élèves ■" ! »

Est-ce bien l'ennemi de Julien, l'ami de Grégoire de Nazianze, le fondateur de la vie cénobitique ; est-ce bien l'ardent sectateur de Julien , le violent adversaire des moines , l'orateur qui défendoil les temples ; sont-ce bien ces deux hommes qui ont ensemble un pareil commerce de lettres ?

Synésius , de la colonie lacédémouienne fon- <lée en Afrique dans la Cyrénaïque , descendoit d'Eurystène , premier roi de Sparte de la race tîoriqne : il étoit philosophe ; comme saint Augustin dans sa jeunesse, il partageoit ses jours tntre la lecture et la chasse. Le peuple de Ptolémaïde, en Libye, le demande pour évèque. Synésius déclare qu'il ne se reconnoit point la pureté de mœurs nécessaire à un si saint état ;

' Traduct. do M. Villemmk, McI. Iii.st. et liil. - Ep st. CCCW.WI. — Eilit. Bencd.

■' Epist. CCCWAVII.

' Epi>t. CCCXXXVllI.

•• pst. CCCLÎU.

que Dieu lui a donné une femme, qu'il ne veut ni la quitter ni s'approcher d'elle furtivement comme un adultère ; qu'il souhaite avoir un grand nombre d'enfants beaux et vertueux, li ajoutoit : " Je ne croirai jamais que l'âme soit « créée après le corps; je ne croirai jamais que « le monde doit périr en tout ou en partie : la n résurrection meparoit une chose fiiil mysté- " rieuse , et je ne me rends point aux opinions " du vulgaire'. -' On lui laissa sa femme et ses opinions , et on le fil rvôque. Quand il fut ordonné, il ne put [)enr.;mt sept mois se résoudie à vivre au milieu de stu troupeau ; il pensnit que sa charge étoit hicmipatibleavecsa philosophie ; il vouloit s'expatrier et passer en Grèce-. On lui laissa sa iihilosophie , et il resta à Ptolémaide.

Synésius avoit été disciple d'Hypalhia , à Alexandrie. Les lettres qu'il lui écrit sont ainsi suscrites : Au philosophe. Auiiliilosophe Htjp - Ihiu^. Dans mie de ces lettres fet il étoit alors évèque ), il l'appelle sa mère , sa sœur , sa maîtresse ''. 11 lui trouve une âme très-divine"'. Il félicite Herculien de lui avoir fait connoîlre celte femme extraordinaire qui révèle les mystères de la vraie philosopiiie^. Ces relations paisibles s'entretenoient dans un coin du monde , l'an 410 de J.-C, l'année même qui vil entrer Alaric dans la ville éternelle. Cinq ans auparavant, les Macètes et d'autres peuples barbares avoient assié'j:é Cyrène". La main de Dieu se montroit dans la nue ; sous cette main , les siècles , les empires , les monumenls s'abiinoient , et les hommes jjoursuivoient le cours ordinaire de leur destinée : en ce temps-là il y avoit beaucoup de vie , parce qu'il y avoit beaucoup de mort.

Il n'est pas jusqu'aux poètes dans les deux cultes qui ne gémissent de ne pouvoir chanter aux mêmes fontaines et sur la même montagne. Ausone, de la religion d'Homère , écrit à Pau-

< Syv., epist. LVn.— CV.

= Episr. ACV. — ad Ohjmp.

^ Jr, ft).o'7o<p-ji. Tf, (ft).0'76o'j> 'Xrocricf. Ep. XV, p. 172; ep. X, p. 170.

* Jdr.rs.p, zai àoï/fv;, x«t ôiiàsxaXî. Ep. XVI, pag. 17.">. ' Tr.i dsoràrr.i aoCi ^J/f,<;. Ep. X , pag. 170.

« r.p. CXXXVI. p. 272.

• Ep. CCXLV.— CCXLIX.

iiiSI (MIIQUIÎS.

lin, de la religion du Christ : «Muses, divinités » de la Grèce, entendez cette prière, rendez « «n poële aux muses du Latiiun ! » Le poëte de la croix répond : « Pourijuoi rappelles-tu en « ma faveur les muses que j'ai répudiées ? Un « plusgrand Dieu subjugue mon àuie... Rien ne « t'arrachera de ma mémoire... Cette âme ne « peut t'ouhlier, puisqu'elle ne peut mourir'.» I.e temps , comme vous le voyez , avoit usé la violence des partis : les hommes supérieurs , le moment de l'action passé , ne lardent pas à s'entendre ; il est entre ces hommes une paix naturelle (pj'on pourroit appeler la paix des talents, semblable à cette puix de Dieu qu'une religion commune établissoit entre les vaillants et les forts. Aussi , vers la fin du quatrième siècle et dans les deux siècles suivants , la tendance que les philosophes des deux reli.'^ions ont à se rapproclier est visible : la haine a disparu : il ne reste que les regrets. Les contentions n'existent plus que parmi les chrétiens des différentes sectes.

Néanmoins quelques caractères rigides , instruits aux rudes enseignements apostoliques , désapprouvoient ces ménagements : ils condamnoient orateurs et poètes , et méprisoient la délicatesse du langage. Saint Jérôme confesse avec larmes son penchant pour les auteurs profanes; il expie d'avance par le jeûne, les veilles et les prières , la lecture qu'il se prépare à faire de Cicéron et de Platon. Paiiin accuse Jé.ôme il'un crime énorme : d'avoir occupé certains religieux du mont des Olives à copier les dialogues de Cicéron , et d'avoir, dans sa grotte de Bethléem , expliqué Virgile à des enfants chrétiens.

Les philosophes, après le règne de Julien, avoient cessé de se distinguer de la foule par les habits et les mœurs ; mais la suite des doctrines et la succession des maîtres se prolongèrent bien au-delà du règne de l'Apostat. Dans le cinquième et dans le sixième siècle , les chaires publiques à Athènes étoient encore occupées par des païens ^ : Syrannius fut le prédécesseur de Proclus , qui transmit le doctorat à ^larinus.

* VILLEMAKV Mél. hist. et litt., pag. 449.

' lonlius floniic le catalogue de la succession des philosophes athéniens. Pag. 30( cl 302 : De Sciiptonbus hisL j.hiloso'phicœ.

converti du judaïsme samaritain à riiellénisme. Proclus étoit auteur d'un double commentaire sur Homère et sur Hésiode, de deux livres de théurgie, de quatres livres sur la République de Platon, de dix livres sur les Oracles, de plusieurs autres traités, et de dix-huit Arguments contre les chrétiens , réfutés par Piiiloponus ' . Marinus nous a laissé la biographie de son maître : alors un saint écrivoit la vie d'un saint, un philosophe la vie d'un philosophe ; ils se partageoienl la gloire du ciel et de la terre.

Marinus attribue à Proclus une vertu surnaturelle de bienfaisance : il en apporte en preuve la guérison miraculeuse de la jeune Asclépigenie, lille d'Archiades et de Plutarclia. Il remarque que la maison de Proclus touchoi! au temple d'Esculape ; car, dit-il, Athènes étoit encore assez heureuse pour conserver dans son entier le temple du Sauveur. Platon étoit pauvre ( c'est toujours Marinus (jui parle ) , il n'avoit qu'un jardin dans l'enceinte de l'Académie, et un revenu de la valeur de trois pièces d'or ; mais du temps de Proclus , le revenu de l'Académie s'clevoit à plus de mille-.

Marinus nous donne encore l'époque certaine de la perte île la fameuse statue de Phidias , la Mmervedu Parthénon : échappée aux ravages des Goths , elle n'échappa point à ceux des Chrétiens. « Minerve, dit- il , manifesta le grand attachement ([u'elle avoit pour Proclus , quand la statue de cette déesse, qui jusqu'alors étoit restéeau Parthénon , fut enlevée par ceux qui touchent aux choses qui ne decroient /a/.s être touchées. Quand donc INIinerve eut été chasséede son temple, unefemmed'une beauté exquise apparut en songe à Proclus; elle lui commanda de parer ses foyers , en lui disant : "Minerve veut habiter et dormir avec loi''. »

' SiiDiS. Lex. voce Procl. ; Fabbic. , de Procli scrip. edit., pag. 80.

- Puoj. ,cod. CCXLII, pag. tOj4; Damvsc, in f^il. Isidjr.

' Makin., in f^it. Procli, cap. XXX, pag. 62. Nous devons à .M. Boissonnade une excellente édition de l.i Vie de Proclus par Marinus, et du commentaire iuéd.t de Proclus sur le Cratyle.

Je ne sais si , par rapport à l'histoire de l'art , ce passage a jamais été remarqué. Il m'avoit échappé

Marinns date la mort de Proclus de l'an 124 à iwrtir de celle de Julien ' : c'éloit inie ère à l'usage des re;^rets et de la reconnoissance philosophique. Les chrétiens comptoient ainsi de l'époque des martyrs.

Plus tard encore , vers l'an o30 , nous trouvons Damascius le stoïcien , lié d'amitié avec Simplicius et Eulanius. L'aventure de ces derniers philosophes du monde romain mérite d'être racontée.

Damascius de Syrie , Simplicius de Cilicie , luilanius de Phrygie, Ermias et Diogène de Phœnicie , Isidore de Gaza , accablés du triomphe de la croix, résolurent de s'expalrier et (l'aller vivre c'aez les Perses. Arrivés dans la contrée des mages , ils trouvèrent que le roi n'étoit pas un philosophe, que les nobles étoient pleins d'orgueil , que le peuple, rusé et voleur, nevaloitpas mieux que le peuple romain. Ils furent surtout révoltés du spectacle de la polygamie , impuissante même à prévenir l'adultère: ils se repentirent et désirèrent rentrer dans leur pays. Chosroës, qui négocioit alors un traité avec la cour de Constantinople, y fit généreusement insérer une clause en faveur de ses hôtes : on ne les inquiéta point à leur retour , et ils jouirenten paix à leurs foyers de la liberté de conscience^.

Dans cette agonie d'une société prête à passer , l'assimilation de langage , d'idées et de mœursétoit presque complète entre les hommes .supérieurs des deux religions ; mêmes principes ile morale , mêmes expressions de sahit , de (jrdce di\ine, mêmes invocations au Dieu unique , éternel , au Dieu Sauveur. Quand on lit Synésius et Marlnus , Fulgence et Damascius ,

dans mon mémoire sur l'histoire de Sparte et d'Athènes, dans l'introduction à \' Itinéraire de Paris à Jérusalem. M. Quatremère de Quincy ne le cite point dans son Jupiter Olympien. Il y avoit deux statues de Minerve à Athènes de la main de Phidias : celle de la citadelle; elle étoit de bronze, et l'on apercevoit l'aigrette de son casque du cap Sunium : celle du Partliéiion; elle étoit d'or et d'ivoire. Marinus parle évidemment de la dernière.

' Marin., in Fit. ProcH, cap. XXXVI, pag. 73.

-AcàTiiiAS, lib. II, pas. 67 et seq.; Suidas, voce îT.osagîi;. Brucker, Hisl. crit. de la phitosoph., tom. II, pig. 451.

et les autres écrivains religieux et moraux de celte époque , on auroit peine à déterminer la croyance à laquelle ils appartiennent, si les uns ne s'appuyoient de l'autorité homérique , les autres de l'autorité biblique.

Boëce dans l'Occident, Simplicius dans rOrient , terminèrent cette série des beaux génies qui s'étoient placés entre le ciel et la terre : ils virent entrer la solitude dans les écoles où le christianisme avoit été nom ri , et dont il chassa l'auditoire ; ils fermèrent avec honneur les portes du Lycée et de l'Académie des sages. Justinien supprima les écoles d'Athènes quarante-quatre ans après la mort de Proclus ^ Boëce, chrétien et persécuté, étoit un philosophe; Simplicius, philosophe et heureux , avoit le caractère d'un chrétien. « O Seigneur, » dit-il (dans la prière qui termine s(m commentaire ûeYEnchiridion d'Epictète : " O Seigneur, père , auteur et guide de notre " raison, permets que nous n'oubliions jamais • la dignité dont tu décoras notre nature ! " Fais que nous agissions comme des êtres " libres ; que , purifiés de toutes passions déré- " glées , nous sachions , si elles s'élèvent , les " combattre et les gouverner ! Guidé par la u lumière de la vérité , que notre jugement " nous attache aux choses véritablement bou- « nés ! Je te supplie , ô mon Sauveur ! de dissiper les ténèbres qui couvrent les yeux de >( nos âmes ,alinque nous puissions, comme le " dit Homère, distinguer et l'homme et Dieu. » Boëce , enfermé dans un cachot à Ticinum (Pavie), se plaint du changement de sa fortunv et des malheurs de sa vieillesse : les muses l'environnent dans des vêtements de deuil. Tout à coup une femme majestueuse se montre à lui ; ses regards sont perçants , ses couleurs brillantes. Elle est jeune , et pourtant on voit que sa naissance a précédé celle des hommes du siècle : tantôt elle neparoîtpas s'élever audessus de la taille commune; tantôt son front touche aux nues , et se cache aux regards des mortels. Un tissu d'une matière incorruptible forme sa robe ; l'éclat de celte robe est légèrement adouci par une espèce de teinte semblable à celle que le temps répand sur les vieux

.lOAN. Matt.. ton). II. pas. 187 ; Aleman., pnc. lOT.

HfSTOP, IQllKS.

t»ibleaiix. Celle femme lient un livre dans sa main droile , un sceplre dans sa main gauche. Dès qu'elle aperçoil les muses diclant des vers à la douleur de Boëoe , elle chasse ses courtisanes, qui, loin de fermer les blessures, lesliennenl ouvertes avec un poison subtil. Ensuite t^le s'assied sur le lit du prisonnier et lui adresse ces paroles : « Est-ce donc toi que j'ai nourri « de mon lait , que j'ai élevé avec un si tendre « soin? Toi dont j'avois fortilié l'esprit et le <' cœur, tu te serois laissé vaincre à l'adversité ! " Me reconnois-tu? Tu gardes le silence ! » La tlivinité essuie avec un pan de sa robe les larmes qui roulent dans les yeux de Boëce : aussitôt il reconnoîl la mère féconde des vertus , -von amie céleste , la Philosophie. Elle donne ses dernières leçons à son élève ; elle lui répète <jHe le souverain bien ne se trouve qu'en Dieu , et, comme Simplicius, la Philosophie, ou plutôt Boëce , s'écrie : « Etre infini ! source de <' tous les biens! Dieu Sauveur! élevez nos ■" âmes jusqu'au séjour que vous habitez! ré- ■" pandez sur nous cette lumière qui seule peut « donner à nos yeux la force de vous contem- V pler ! H

Y a-t-il rien de plus beau et en même temps de plus semblable que ces derniers accents fie Simplicius et de Boëce ? A cette époque le ciiristianisme étoit philosophique ; il rétrograda ; il devint monacal par l'ignorance et les mallieurs répandus sur la terre : c'est préci- .'^ément ce qui fit sa force. Le temps de la barbarie couva les germes de la société moderne , et son incubation fut d'une énergie prodigieuse. Le christianisme , philosopliique trop tôt à la suite d'une vieille civihsation qui ii'étoit pas née de lui , se seroit épuisé ; il falloit qu'il traversât des siècles de ténèbres, qu'il fût lui-même l'auteur de la civilisation nouvelle, [)Our arriver à son âge philosophique iuiUirel, âge qu'il atteint aujourd'hui.

Entre Platon et saint Augustin , entre Soci-ate et Boëce, s'accomplit une des grandes périodes de l'histoire de l'esprit humain. Les maîtres de la sapience païenne remirent, en .se retirant , le style et les tablettes aux maîtres lie la sa[tience évangélique. Le principe de la philosophie ne périt point , parce qu'aucun principe ne se détruit , parce que la pliilosoj)hie est à la fois la langue de l'esprit , el la

haute région où l'âme habite à part de son enveloppe. La théologie s'assit sur les bancs que la philosophie abandonnoit , et la continua. Les systèmes d'Aristote et de Platon, la fœ-me et l'idée , divisèrent toujours les intelligences , jusqu'au temps où les ouvrages du Slagyrile, rapportés à l'Europe par les Arahes, renouvelèrent la doctrine des péripatéticiens et enfantèrent la scolastique. La hranche gourmande du christianisme, l'hérésie, qui ne cessa de pousser avec vigueur, reproduisit de son côté le fruit philosoplùque dont le germe l'avoit fait naître.

En lisant le récit de la spoliation des temples sous le règne de 'J'héodose, vous aurez cru assister à la destruction des églises, perpétrée de nos jours. Mais l'écroulement de nos églises n'a point amené la chute de la religion du Christ , tandis que la religion de Jupiter, ruinée d'ailleurs, disparut avec ses lemples. La vérité ne tient point à une pierre, elle suhsiste indépendamment d'im autel ; l'erreur ne peut vivre si elle n'est enfoncée dans les ténèbres d'un sanctuaire. Le christianisme, au temps de Théodose et de ses lils, se irouvoit prêt à remplacer le paganisme : le christianisme n'a point d'héritier dans notre siècle. ÏJi philosophie humaine qui se présenteroit î)our succéder à la foi , ainsi qu'elle s'offrit pour tenir lieu de l'idolâtrie , qu'auroit-elle à nous donner? LTne théurgie? Qui l'admeltroit? j^t cette théurgie que cacheroit-elle sous ses voiles , sinon ces mêmes vérités de l'essence divine , ([ue les enseignements publics de l'Eglise ont mises à la portée du vulgaire? Les mystères des initiations sont révélés à la foule dans le symbole que répète aujourd'hui l'enfant du peuple.

Si l'on imaginoit d'établir autre chose que les vérités reçues de la foi, le panthéisme, par exemple, lepourroit-on? Le christianisme est la synthèse de l'idée religieuse ; il en a réuni les rayons : le panthéisme est l'analyse de la même idée, il en disperse les éléments. Chacun aura-t-il à ses foyers une petite fraction de la A érité divine , dont il se fei*a un dieu pour sa consommation particulière? Les pénales, les féticlies , les manitous , les énones , les génies ressusciteroienl-ils ? L'idolâtrie reviendroit-elle encore une fois par cette roule fausser la so-

LTi DliS

ciélé ? Y aiiroit-il autant d'autels que de fainilles? aillant de prêti-es, de cérémonies, de rites que d'imaginations pour les inventer? La pluralité des religions privées remplaceroit-elle l'unité de la religion publique? Auroit-elle le même effet sur l'homme ? Quel chaos que le mouvement et l'exercice de ces cultes infinis et divers I toutes les bizarreries , tous les désordres d'esprits et de mœurs qui ont décrédité les sectes philosophicjues et les hérésies, revivroient ; toutes les aberrations sur la nature de Dieu renaltroient. Qu'est-il, ce Dieu? est-il éternel ? îa-t-il créé la matière? existe-t-il à part auprès d'elle? est-il une source d'où sortent et où rentrent les intelligences ? La matière même existe-t-elle? L'univers est-il en nous ? hors de nous ? Qu'est-ce que l'esprit , effet ou cause? Irat-on jusqu'à supposer, dans un nouveau système, que Dieu n'est pas encore complet , qu'il se forme chaque jour par la réunion des âmes dégagées des corps ; de sorte que ce ne seroit plus Dieu qui auroit formé l'homme , mais les hommes qui seroient les créateurs de Dieu ? Et comment revètirezvous d'une forme sacrée pour remplacer la forme chrétienne , ces allégories , ces mythes , ces rêveries, ces vapeurs des esprits défectueux , nébuleux et vagues , qui cherchent la religion et qui n'en veulent pas? Le mysticisme, l'éclectisme ou le choix des vérités dans chaque système, peuvent-ils devenir un culte ? ces vérités sont-elles évidentes , et tous les esprits consentent-ils aux mêmes abstractions métaphysiques ?

Enfin tout système philosophi((ue , en s'implantant dans les ruines du cliristianisme , ne trouveroit plus pour véhicule populaire le moyen qui se rencontra autrefois : la prédication de la morale universelle. L'Évangile eut à développer ces grands principes de liberté et d'égalité qui , connus de quelques génies privilégiés , étoient ignorés des nations et combattus par les lois. Aujourd'hui l'ouvrage est accompli : la [thilosophie peut recommander une réforme , mais elle n'a aucun enseignement nouveau à propager. Comment alors, sans la ressource d'une morale à établir, déterminerezvous les hommes à changer les mystères chrétiens contre d'autres mystères, aussi difficiles à comprendre ?

Ces choses étant impossibles, on n'aperçoit réellement derrière le christianisme que la société matérielle ; société bien ordonnée , bien réglée, jusqu'à un certain point exempte de crimes , mais aussi , bien bornée , bien enfantine , bien circonscrite aux sens polis et hébétés. Lorsque dans la société matérielle on pousseroit les découvertes physiques et les inventions des machines jusqu'aux miracles , cela ne produiroit que le genre de perfectionnement dont la machine même est susceptible. L'homme, privé de ses facultés divines, est indigent et triste ; il perd la plus riche moitié de son être : borné à son corps , qu'il ne peut ni rajeunir ni faire vivre, il se dégrade dans Téchelle de l'intelligence. Nous deviendrions, par l'absence de religion, des espèces d'Indiens ou de Chinois. La Chine et l'Inde , l'une j)ar le matérialisme, l'autre par une philosophie pétrifiée , sont de véritables nations-momies : assises depuis des milliers de siècles , elles ont perdu l'usage du mouvement et la faculté de progression, semblables à ces idoles muettes et accroupies , à ces sphinx couchés et silencieux qui gardent encore le désert dans la Thébaïde.

Religieusement parlant , on est obligé de conclure de ces investigations impartiales, qu'il n'y a rien après le christianisme.

Mais si le christianisme tombe comme toute institution que l'homme a touchée, et à laquelle il a communiqué la défaillance de sa nature, si le temps de celte religion est accompli, qu'y faire? Le mal est sans remède? Je ne le pense pas. Le chi istianisme intellectuel , philosophi(|ue et moral , a ses racines dans le ciel , et ne peut périr ; quant à ses relations avec la terre, il n'atle id pour se renouveler qu'un grand génie. Ou aperçoit très-bien aujourd'hui la possibilité de la fusion des diverses sectes dans l'unité catholique : mais la première condition pour arriver à la recomposition de l'unité, c'est l'affranchissement complet des cultes. Tant que la religion catholique sera une religion soldée , dépendante de l'autorité politique et de la forme variable des gouvernements, tant qu'elle continuera d'être gênée dans ses mouvements , entravée dans ses assemblées particulières et générales , contaminée dans ses chaires et ses écoles par l'argent

HISTORIQUES

du lise; en un mol, tant t(uelle ne retournera pas au pied et à la liberté de la croix , elle languira dégénérée.

Le tableau de la chute du polythéisme et de la destruction des écoles philosophiciues auroitété malapenju, s'il s'ctoit déroulé lentement dans Tordre chronoloa^ique du récit : le triomphe complet de la religion chrétienne, sous le règne de Théodose , indiquoil la place oîi ce tal)leau devoil être exposé. Reprenons la suite des faits politiques et militaires.

QUATRlÈiAIE DISCOURS.

PREAllEIlt: PAHTIE.

^,,.. DAUCAUE ET HONOKILS A TUÉODOSE II ET t(^-|/^rf VALENTINIEN III.

iiÉODosE ne survécut que trois mois à sa victoire sur Eugène : il mourut à Milan ; son corps fut transporté à Conslantinople. îl laissa deux fils, Arcade et ïlonorius*. Arcade avoit été déclaré auguite par son père, la cin-

' Arcade, Ïlonorius, eiii|tcrciirs. s ricins, AïKi.'tiisc I"', Innocent l"', paiics. An t.e J.-C. 5J.Ï-40Ï.

quième année du rè.'ne de ce dernier. Honorius fut revêtu de la même dignité après la mort de Valentinien II , et lors(|ue Théodose se préparoit à marcher contre Eugène . Arcade hérita de l'empire d'Orient , Honorius de celui d'Occident ; Arcade s'ensevelit dans le palais de Constantinople , Honorius dans les murs de I^avenne. Arcade étoit petit, mal fait, laid, noir et l)ête ; il avoit les yeux à demi endormis , comme un serpent < ; Honorius étoit fainéant et léger -. Rufin se chargea de tromper et d'avilir les deux enqiereurs ; Stilicon de les trahir et de les défendre. Arcade subissoil le joug des eunuques et de sa femme ; Honorius élevoit une poule appelée Rome, et Alaric prenoit la cité de Romulus.

Rufin fut le ministre d'Arcade , comme Stilicon le ministre d'Honorius. Originaire d'Éause, dans les Gaules, Rufin avoit obtenu sous Théodose, qui le favorisa trop, les charges de grand-maître du palais , de consul et de préfet du prétoire. 11 est accusé d'ambition , (le perfidie, de cruauté et surtout d'avarice !iar Claudien, Suidas, Zosime, Orose, saint Jérômeet Symmaque^, lequel louant tout le monde ne louoit personne , ainsi qu'on la remarqué.

Déclaré préfet dOrient , aspirant secrètement à l'empire, Rufin avoit une fille quil prétendoit donner en mariage à Arcade. Eutrope reunu(|ue déjoua ce projet, et Arcade mit dans le lit impérial Eudoxie, fameuse par ses démêlés avec saint Jean Chrysostome; elle étoit fille de Bauton , vaillant chef frank , devenu comte et général romain.

Stilicon gOHvernoit l'Occident sous Honorius : c'éloit un grand capitaine de race vandale ^. Il avoit épousé Serène , nièce de Théodose. Cette alliance enfloit le cœur du ilenii-barbare ^ ; il prétendoit que son oncle

* Philost., Ilist.ercL, lib. XI, cap. iii;Pnocop., de Bell. Persic, lib. I, cap. ii.

* Procop., de Bell, vandal., lil). I', cap. u; Phot.. cap. LXXX.

^ In Ruf. StiD. , pas. G90; ZOSiM., lib. V; OllOS., pag. 221 ; IIiEB., epist. III; SïM.M., lil). VI, opist. xv.

* t)iio<., lib. VIII, cap. XXXVII.

'"■ HlKU., cp. XXI.

ETUDES

Tliéodose lui avoit laissé la Uitelle île sesueux fils , et ne supportoit qu'avec impatience Tautorité dont Rufin jouissoit en Orient.

Celui-ci , trompé dans ses projets par le mariage d'Eudoxie , craignant les entreprises de Stilicon qui levoit des soldats , déchaîna les Barlwres sur l'Empire ; il invita les Huns à se précipiter sur l'Asie , et il livra l'Europe aux Gotlis '. Ces derniers étoient commandés par Alaric.

Marie étoit né dans l'île de Peucé, àl'emboucluire du Danube , au sein même de la Barbarie. Claudien appelle poétiquement le Danube le dieu paternel d' Alaric. Cet homme, un des cint} ou six hommes millénaires ou fastiques, n'étoit pas delà famille des Jino/es, la première de la nation des Goths , mais de la seconde, la famUle des Bfl?f/ies. Son courage lui avoit fait donner parmi ses compatriotes le surnom de Balt , qui signifie le hardi ou le vaillant.

Tout jeune encore , Alaric avoit passé le Danube en 376 avec les Visigoths , lorsqu'ils fuyoient devant les Huns. Il s'étoit trouvé aux combats qui précédèrent et amenèrent la défaite et la mort de Valens^. Il fit la paix avec Théodose , et le suivit en qualité d'allié dans l'expédition contre Eugène.

Rufin alla déterrer, pour venger sa querelle domestique , l'homme (lue Dieu avoit destiné pour venger la querelle du monde. Afin que le Goth ne rencontrât aucun obstacle , le favori d'Arcade plaça deux traîtres, Antioque et Géronce , l'un à la garde des Thermopyles , l'autre ù celle de l'isthme de Corinthe ^ : ces deux portiers de la Grèce la dévoient ouvrir aux Barbares.

Alaric , feignant donc quelque mécontentement de la cour d'Arcade , marauda tout le pays entre la mer Adriatique et le Pont- Euxin. Les Goths promenoient avec eux quel- (jues troupes des Huns qui , l'hiver d'antan , avoient passé le Danube sur la glace. Les Bar-

' HiEH.. ep. m, XXX. XX, pag. 7?3.

' Clacd. , de sext. I/on. consul., \}3g. i\7;id. de Dell, gel., pag. 170 ; SïMM., lib. Il ; JO0IVÀ^n.. cap. XIV, pag. 29.

' Zos., pag. "82.

bares butinèrent juscjue sous les murs de Constantinople , d'où Rufin sortit en habit goth pour parlementer avec eux ' .

Stilicon , sous prétexte de seconrir l'Oi-ient , se mit en marche avec l'armée que Théodose avoit em[>loyée contre Eugène.

Alors arrive un ordre d'Arcade , <iui redemande à Stilicon l'armée de Théodose , et lui défend de passer outre de sa personne : Stilicon obéit : il remet le commandement de l'armée à Gainas , capitaine goth qui servoit sous lui , et le charge secrètement de tuer Rufin ; entreprise dans laquelle il ne manqua pas d'être assisté par l'eunuque Eutrope-.

Rufin se flattoit d'être proclamé empereur par les soldais qui lui apportoient une autre pourpre , il alla avec Arcade au-devant d'eux: Gainas le fit envelopper, et tout aussitôt massacrer aux pieds d'Arcade. Sa tête , détaciiée de son corps , fut portée à Constanlinople au bout d'une pique , et promenée par les rues ;. sa main droite coupée accompagnoit sa tête ; on présentoit cette main de porte en porte ^. Un caillou introduit dans la bouche du mort la tenoit ouverte , et les lèvres entre-bàillées étoient censées demander l'aumône que la main'' attendoit ; satire populaire d'une effrayante énergie contre l'exaction et le pouvoir. On ne gagna rien au changement du ministre : Eutrope prit la place de Rufin.

' Claud., in Ruf., pag. 22.

" Zos., pag. 783; PHiLOST., lih. II, cap. m.

' Data a Gaine tes>ei'a siiinil universi Ruiiiium circiiindatum glailiis feriunt. Et mC quideiii ei dexteraiii adiinebat, ille mantiia alterain [u-ocidebat. Alius a cervice reviilso capite recedeliat consiietos victoriœ Poaiias accinens... et nianuin ejus ubique per urbem circumgestareiit et ab occiirrentibiis pelèrent iusatiabili pecuniam darent. (Zos , Bist., lib. V, pag. 89.)

RiiKnus quidem etiam imperalorium nomen ad se Ipsum trabere oinni aite studebat Milites, in loco qui

Tribunal dicitur, ad ipsos iinperatoris pedes gladiis contrucidaruiit.... Eo ipso die quo ii qui niilituin delfcluin agebanl , purpurani ipsi circumdaturi eranl. ( Philos- Tono., Hist. ceci., lib. LX, pag. 528.)

* Porro milites cnm Kulino caput amputassent, lapidem ori ejus imuiiserunt : Itastaeque intixiiiii eircumfereiites qnaqua vcisum discurrere cœperunt. Dextram (|uoqne ejusdcm pi\TCisani gestantes, per singulas oflicinas urbis circumtulerunt, liaec addentes : Date stipciii insatiabili Magnamque auri vim hujusmodi postulalione Cdllcgernnl. (fd., ihid.)

Alai'ic et ses Goths , n'ayant plus rien à piller ni à combattre, passèrent le ilélilé des Tlierniopyles , qui n'étoit défendu (pie par le tombeau de Léonidas. Des paires avoient ensei!j;né aux Perses le sentier de la montagne ; des liohes noires (ce (pii, dans le langage d'Eunape, signifie des moines) le découvrirent aux Goths ' Quel prodigieux changement dans les temps ! Quelle révolution parmi les hommes !

Les murailles deTIièbes la protégèrent- : les souvenirs de cette ville venoient d'OEdipe , passoient par Épaminondas et Alexandre. Alaric épargna Athènes, (pii n'étoit plus qu'une université , moins fameuse par sa philosophie (|ue par son miel •'. 11 accepta un repas et se baigna dans la cité de Périclès et il'i^spasie pour montrer qu'il n'étoit pas étranger à la civilisation '. Mais l'Attique fut livrée aux flammes. On voit encore aujourd'hui cette Athènes qui ressemble , comme elle ressembloit au temps des Goths , à la peau vide et sanglante d'une victime dont la chair avoit été offerte en sacrifice •". On afiirmoit que Minerve avoit remué sa lance ; que l'ombre d'Achille avoit effrayé Alaric ^. Des esprits débilités par des fables sont bien petits dans les realités des empires : la Grèce , conservée et comme embaumée dans ses fictions , opposoit puérilement les mensonges du passé aux terribles vérités du présent.

Alaric continua sa marche vers le Péloponèse , Gérés périt à Eleusis avec ses mystères ; plusieurs philosophes moururent de douleur, ou par l'épée des Barbares , entre autres Pro-

' El'ivap., cip. VI, pag. 9", in P"ila philosopli .

= Zos., pag. 783.

"' Atliciiic vero quondain civitas fuit, sapi( ntuin doiniciliiiiii. nnnc cam inellatorcs colcbi-ant : (|uil)us p ii> illiiil sapiciitiim pliit.irclieoniin adjicc, (it;i non orationmii siianim lama juvencs iii tlieatris con^ifsai.l , sec! nicl.is ex Hymcto aniplioris. ,SïNES.,cpist. CA.WV, ad fralieiii. pag. 272.)

' Zos., pag. 78-4,

' Niliil enim jain Atlicna> «plendidnm lialient, pr.xler cclelx'i'iiina locorum nomiiia. Ac vcliit ex liostia cnnsiimpta sola pfllissupercst ariimalis, qnod olim aliqii.iiido fiierat iiuliciuiii. ^Sy^je^., ud'fratrein, epist. C.XXW. p.-.g -272.;

« Zos., pag. 781

taire, Ililaire et Priscus si chéri de Julien '. Corinthe , Argos et Sparte virent leur gloire foulée aux pieds. Alors périt aussi peut-être ce Jupiter Olympien qui n'avoit d'immortel que sa statue. Malheureusement il éloit d'or et d'ivoire ; s'il eîit été de marbre , quelque espoir resteroit de le retrouver sous les buissons de l'PJide , à moins que la pensée broyée de Piiidias ne lût devenue la chaux d'une caliulte ou d'un minaret.

Stilicon débarque avec une armée sur les côtes de la Grèce; il enferme Alaric dans le mont Pholoë, et le laisse ensuite échapper-. Sorti du Péloponèse , Alaric , par un soudain changement de fortune, est déclaré maître général de l'illyrie orientale, au nom de l'empereur Arcade. Ce prince prétendoit qu'Honorius n'avoit pas eu le droit de le secourir, parce que la Grèce éloit du ressort de l'empire d'Orient'' : Arcade ne vouloit rien perdre de la légitimité de sa couardise. 11 crut gagner Alaric en l'investissant du commandement d'une province , et ne fit que le rendre plus redoutable. Une éternelle justice punit la lâcheté : Alaric venoit d'égorger les fils ; on lui donna Iji puissance sur les pères : on ne règne point par de pareils moyens.

Les Goths déclarent Alaric r(»i , sous le nom de roi des Yisigolhs : ils envahissent l'Italie , la première année même de ce cinquième siècle , fameux par la destruction de l'empire d'Occident et la fondation des royaumes barbares. Stilicon rassemble une armée ; Alaric se retire ; Honorius va triompher à Rome. Je ne vous parle de ce ridicule triomphe qu'afin de rappeler le véritable triomphateur: c'étoit lin moine qui portoit un nom voué à l'immortalité : Télémaque , sorti tout exprès de sa solitude de l'Orient , étoit venu à Rome sans autorité que celle de son froc , pour accomplir ce que les lois de Constantin n'avoient pu faire. 11 se jette dans l'amphithéâtre au milieu des gladiateurs, et s'efforce de les séparer avec ses mains pacifiques. Les spectateurs, enivrés de l'esprit du meurtre , le massacrèrent'' ; vrai

* ElI^AP., cap. VI, pag. 93-9'«.

■ Zos., pag. 78i.

'' Cl\i u.. d'' Ectl. Q't.

' Telcinaclms m()^a^tic;c vita* dcditus. Ilic alj Oricii-

^Sà

ETCDI'S

martyr de riuîmaîiilé, il racheta de son sang; le sang répandu au 'spectacle de la mort. De ce jour, les combats des jrladiateurs furent définitivement abolis.

Stilicon , dont Honorius épousa successivement les deux filles , avoit traité avec les Francksaux bonis du Rhin. Marconiir et Sunnon , frères , régnoient siu- ces peuples. L'un fui banni en 'loscane, l'autre tué par ses compatriotes. On veut (jue Marconiir ail été père de Pharamond '.

Saint Ambroise étoil mort dès l'année 5i)7. Stilicon regarda sa mort comme la ruine de r Italie -.

Guidon se révolta en Afri(|ue , et fat défait par son frère Marcezel. « L'incertituile des choses de ce siècle est si grande . écrivoit alors saint Augustin; on voit si souvent tomber les princes de la terre, que ceux qui mettent en eux leurs espérances y trouvent leur ruine''. >• Marcezel fut jeté dans une rivière près de Milan , par ordre de Stilicon jaloux.

Les Scots et les Pietés ravagèrent l'Angleterre. Alaric , sorti d'Italie, y rentra vers la (in de l'an 402. L'histoire confuse de cette épocjue ne laisse pas voir les causes de ces mouvements divers. Les partis s'accusent nuituellement : tantôt c'est Alaric représenté comme un chef sans foi, se jouant des serments qu'il prête tour à tour aux deux empereurs Arcade et Honorius ; tantôt c'est Stilicon soupronné de vouloir faire tomber la couronne sur la lèle d'Eucher son fils , et suscitant à dessein les Barbares : mais cette fièvre à redoublements

lis partiljus profectus, ejusine rci causa Rcmam ingiessiis... Ipse (luoipie in ainpliillicatriun venit, et in arenam desceniicns , gk.diatorcs qni iiitcr se pujnabaiit compesccre conabalur. Sed cruentfc ciuilis sppclatorcs eum œgre fercntes , et da?inouis qni eo sanguine ol)!ectaliatur furorcm aiiiiuis suis concipientcs, picisaiictorein lapi(lil)iis <il)rucru!it. TmiOD., episcup.; Cïiu ecct. Ilist., lit). V, cap. xwi, pag. 234. Parisiis, UI7j.)

' ADBIAN.; V*L. rer. t'r., iih. lit.

- Ambk , Fit. P., cap. XLV.

5 Deus noster relngiuin et viitiis; siiiit liiuedani "cfugia quo (piisque cnin fugeiit magis infirniatur unani conlirniatur. Confugis, vcrbi gratia . ad ali;iueni in secnlo magnum... Taiita Imjus seculi inc:Tta snnt et il a piitenUim ruina; qnolidianœ crclircscunr nt ("iiiuad taie rcfiigiuni pervencris, plus lilii linierc incipias. lÂUG. , Enarriitionex Ui î'saimos XLV, V, II. p. 293, cap. IV. j

n'éloit ([ue l'effet delà décomposition du corpssocial dans sa maladie de mort. 1/Jia1ie fut consternée à la seconde irruption d'Alaric. Uome répara les murailles d'Aurélien ; Honorius , prêt à fuir, trembloit dans les marais de Ravenne. Stilicon attaque les Goths à Pollence, sur ies confins delà l.igurie, et remporte une victoire chèrement aciietée '. Les Goths avoient d'abord refusé le combat , à cause de la célébration des fêtes de Pâques ( 4(î5). La femme elles enfants d'Alaric demeurèrent [irisonniers entre les mains de Stilicon , et , pour les tiélivrer, Alaric consentit à évacuer ses con(|uètes. Dieu avoit, au milieu de l'Empire romain , deux armées de Goths investies de ses justices : l'une conduite par un Goth chrétien , Alaric , l'autre par un Goth païen , Radagaise , ou Rhodogaise , selon la forme grecque. L'armée de celui-ci étoit composée de toute la race gothe trans-danubienne et transrhénane. Il menoit aux batailles deux cent mille soldats.

Radagaise monta à son tour en Italie 'MVô ), comme une haute marée remplace celle qui est desceniiue. Stilicon rassemble des Alains , des Huns, et d'autres Goths commandés pjir Sarus. Les ennemis {lénètrent jusqu'à Florence. Saint Ambroise apparoîl à un ciu'étieii dont jadis il avoit été l'hôte dans cette ville, et lui promet une délivrance subite. Le lendemain Stilicon , par force ou par famine , contraint la multitude barbare à fuir ou à se rendre. Radagaise est pris, chargé de chaînes , et enfin exécuté ; ses compagnons, parqués en troupeaux , sont vendus un écu pièce, ils moururent presque tous à la fois: ceqîi'uis avoit épargné en les achetant fut dépensé pi)i;r creuser leurs fosses.

Un an après la défaite de Radagaise ( -5{J0 ) , les Alains , les Vandales et les Suèves envahirent les Gaules, toujours , supposoil-on , excités par Stilicon , qui renversoit les Barbares par ses batailles, et les relevoitpar ses intrigues.

Les Bourguignons et les Francks suivirent

' Clald., (le Bill, gel., pag. I73;Prld.; in Sijin., lil). II; Oiios., lib. VII, cap. XXXYll ; .tOHN., pag. 63^. PoUonco est cncoie un petit village dans le Piémont , sur le Tauaro.

#il^

mS TOI', loi ES.

ÂZ'J

les Alains , les Vandales et les Suèves dans les Gaules , en 40T , el n'en sortirent plus.

L- s léi;ions de la Grande-Brelac^ne élurent celte même année , pour empereur, Marcus , qu'ils massacrèrent, et ensuite un soldat, nommé Constantin. Celui-ci passa dans lecon- (inent, battit ce qu'il renconlra. et s'établit à Arles. ;! fut reconnu ou toléré par lîonorius . <iui l'aisoit paisiblement des lois assez bonnes pour des sujets (pi'il navoil plus. Il proscrivil les prisciliianistes et les donatistes.

Constant , lils de ce Constantin , empereur dWrles, d"ai)ord moine, ensuite césar et auguste , se rendit maître de l'Espaçne. 11 en ouvrit la porte aux Barbares, en retirant la jj^arde des Pyrénées aux fidèles el braves paysans chargés de les défendre '.

Konorius épouse, en -iiiS, 'J'iiermencie , seconde lille de Slilicon. Alaric traite avec Stilicon par députés : il obtient la qualité de général des armées d'Honorius , dans l'IUyrie occidentale. iEtius, donné en otage à Alaric, passa trois ans auprès de lui.

Alaric, non encore satisfait, s'avança vers ritalie, et demanda quatre mille livres pesant d'or, que Slilicon lui fit accorder.

lîonorius commeni;oit à se défier de Slilicon , à la fois son oncle et son beau-jiére, et accusé de songer à la pourpre poin- EucliCr, son fils , ouveriement attaché au paganisme.

T. 11 camp réuni à Pavie, secrètement iravaillé par Olympe , favori d'Honorius , donna le signal de la révolte. Slilicon apprend celle révolte à Bologne , en devine la cause ; et se relire à r»avenne. Deux ordres d'Honorius arrivent, l'un pour arrêter, l'autre pour tuer le sauveur de l'Empire , déclaré ennemi public : il eut la têle tranchée le -20 d'août 4u8; c'éloil Rome qui portoit sa lèle sur l'échafaud. Iléracîien exécuta Slilicon de sa propre main , et fut fait comte d'Afrique : par une vertu d'exlraclion , le sang d'un grand homu.eanoblissoit son bourreau, laiclier, qui violoit les lemples, et qui chercha à l\ome un abri dans les églises, fut tué; Thermancie, femuie d'Honorius , eut le même sort. Oiympe hérita de la faveur dont avoit joui Slilicon.

Durant ces troubles de l'Occident , l'Orient

* Olios., 1)3;?. 22.'.

avoii clé gouverné par Arcade, successivement gouverné lui-même par Rufin et par Eutrope ; l'un mauvais favori , qui se croyoit l;aï à cause de sa fortune , et ne l'éloit que pour sa personne; l'autre , hideux eunucpie , devenu consul , d'esclave d'un palefrenier qu'il avoit été , avide puhlicain qui p:enoit tout , même des fennues, qui vendoil tout par habitude, se souvenant d'avoir été vendu '. Vous avez vu la mori de Rulin.

Eulrope , pour défendre sa bassesse , inventa des lois qui restent dans le Code comme uu monument de la honte humaine '-. Ces lois appliquent le crime de lèse-majesté à ceux (pii conspirent contre les personnes dévouées à l'empereur; elles puni.<senl la pensée , et s'ajîpesanlissenl jusque sur les enfants des coupables de lèse-favoris. Ces lois , (jui ne mirent pas même leur auteur à l'abri , firent trembler des esclaves , et n'arrêtèrent pas des Golhs. Tribigilde , chef d'une colonie d'Oslrogolhs établie par Théod;jse ilansla Phrygie, se révolta à l'instigation de Gainas, cet autre Goth, meurtrier de Rufin. Tribigiide , opprimé tant qu'il fut ami , fut respecté (piand il devint ennemi ; on reconnut qu'il avoit été fidèle lorsqu'il cessa de l'être. L'eunuque régnant , accusé de ces désordres , les paya de sa chute. Il avoit osé insulter l'impératrice Eudoxie. Saint Chrysoslome , qui devoit le siège épiscopal de Constanlinople à Eulrope, eut le com-age de défendre son bienfaiteur ; s'il ne put le sauver duglaivedela loi, illarracha dumoinsaux fureurs populaires ; il le peignit trop vil pour être égorgé, et réclama en sa faveur l'inx iolabilité du mépris. Eulrope, tout tremblant, la têle couverte de poussière , s'éloit réfugié dans l'église à laquelle il avoit retiré le droit d'asile. « Elle lui ouvrit son sein , dit Clirysoslome , « elle l'admit au pied de l'autel ; elle le cacha « des mômes voiles qui couvroient le lieu sa- " cré : elle ne permit pas qu'on l'arrachât du « sanctuaire dont il embrassoit les colonnes "*. »

Eulrope fut banni dans l'île de Chypre , ramené à Pantifjue et décapité. Cet homme , qui avoit p'ossédé plus de terre qu'on n'en pou\ oit

' Cl*ui)., in Enlvi]}. emi.. UU. I, pa?. 94 et si',|. - Cud. Th., loi du 4 septembre ôj7.

f/omelin IV. y.x^ i 0.

AiO

i:Tr[)i;s

mesurer , obtint à peine le peu (luil en l'alloil pour couvrir son cadavre '.

Saint Chrysostome sauva la vie à Aurclien et à Saturnin , que Gainas aocusoil d'èlre les auteurs des troubles de TOrient. Gainas , trompé dans ses projets de vengeance, conspira ouvertement. Les Gotlis qu'il commandoit, et à l'aide desquels il vouloit surprendre Constanlinople , furent massacrés . et lui-même , après avoir été défait par Fravitas , trouva la mort chez les Iluns , de l'autre côté du Danube , dans l'ancienne patrie des Gotlis.

Eudoxie , proclamée au!:usta , ordonna d'honorer ses images. Une statue d'argent élevée à cette femme and)itieuse , assez près de l'église de Sainte-Sophie , e\cita le zèle de saint Chrysostome , et devint la principale cause de l'exil tle ce grand prélat. 11 sortit de Constant inople le 20 juin 404. Eudoxie succomba le sixième jour d'octobre : une fausse couche iermina sn vie, sou règne, sa perte , son animos'dé ei tous ses crimes -.

Arcade * mourut le !"• mai de Tannée 408 , ([uelques mois avant la fin tragique île Stilicon ; il laissa un fils unique, ïhéodose II. Anthemius, préfet d'Orient, fut son tuteur. Les Huas et les Squières envahirent la ïhrace.

Pulchérie , sœur aînée de ïhéodose , devint, dès l'âge de quinze ans, l'institutrice de son frère. Le palais se changea en monastère, ïhéodose se levoit de grand matin avec ses sœurs , pour chanter à deux clueurs les louanges de Dieu. Jamais ce prince ne vengea ime injure ; il laissa rarement exécuter un criminel à mort. Il disoit : « 11 est aisé de faire mourir « un homme , mais Dieu seul lui peut rendre la « vie. » Un jour le peuple demandoit un athlète pour combattre les bêtes féroces ; ïhéodose , qui étoit présent , répondit : « TS'e savez-vous « pas qu'il n y a rien de cruel et d'inhumain (I dans les combats où nous avons accoutumé « d'assister^? »

* Ac tantum lelluiis posspdit quantum nec facile iioinlnare qui nuiic exigna conditur liunio, et quauluii;m ei non nemo miseralione motus imperties. (Cukys. , tom. IV, pag. ^(81, a, d.l

= TiLLEMONT, Kisl. des Emp., tom. V. pag. 472.

"llonorius, Tliéoclo>e II, emp. Innocent F'', Zosime, ConifaceI'^ Célestin F^ papes. An de J.-C. 409-423.

' Populus vocifcraii Cd'pit : Cum fera bestia audax quid. m Ik stiarins puguet 1

Ce prince doux avoit inventé une lampe perpétuelle , afin que ses domesticpies ne fussent pas obligés de se lever la nuit pour la rallumer '. Instruit -, aimant les arts jusqu à peindre et à modeler de sa pro| re main , il écrivoit si bien, qu'on lui avoit donné le surnom de C.allifjrdp'ie. Du reste, ilmanquoit de grandeur d'âme , avoit peu de cœur , n'aimoit point la guerre, aclieloit la paix des Barbares, et particulièrement d'Attila. Il mettoit son seing au bas de tous les papiers qu'on lui présentoit sans les lire , tant il avoit aversion des affaires ^. Il signa de la sorte l'acte de l'esclavage de l'impératrice '. Ce fut Pulchéiie qui essaya de le corii'j:er par cette innocente leçon. Saint Augustin remarque que cet empereur auroit été un saint dans la solitude ^.

Théodose éloit livré aux eunuques , qui dcbauchoient la virilité du prince : Antioque , grand chambellan du palais, conduisoit tout, ïhéodose se mêla trop des affaires ecclésiastiques; il favorisa l'hérésie d'Eutichès et appuya les violences de Dioscore.

Je dois vous faire remarquer sous ïhéodose quel(|ues lois caractéristiques du temps : lois contre les hérésiarques de toutes les sortes : manichéens , prpuzéniens , phrygiens , priscillianistes , ariens , macédoniens, tunoniens , novatiens , sabastiens ; lois pour les professeurs des lettres à Constanthiojile ; dix professeurs latins pour les humanités , dix grecs , trois latins pour la rhétorique , cinq grecs appelés so-

Quibus ille ila rcspondit :

Nesi-ilis nos cum Inunanitate et clcmenlia spectaculis interesse solitos! Socb., pag. 302.

^ Soz., Proleç/om , p.ig. 3%.

- Semper lectitaudis lihris occupatus. [Constantini .tUnmssis CoDipfiidiuni. p ig. 53. )

5 Si quis ei chartain olferiet, l'ubris et in ca liltrris nomen i:iiperatoiiuui subscril)el>at, non inspectis piius eis quoe essent in capi-œscriplis. (/rf.. ibid.)

' Qùamobreiu divinis exornata dotibus l'ulcheria fratrem ab boc vitio revocare studens , singnlaii diligentia iui|tpratovem mon^bat... l.ilteras findt, in (piibus per.'cripluin foret , imperaloreni PulctM'i.c sorori conjngcm suam veliiti mancipimu donasse. Ilanceliart:im fratri offert, rogat liane scriiituram litteris imperatoriis munire ac sulisignare velit. Imperator precibns sororis aunnit, mox calamum pi-dicndit manu, et exaratis pnrpurei coloris lilteris , chartam confirmât. {U(., ibid. )

^ Epis'.

iiisioinuci^s.

pliistes ; un pour les secrets de la philosophie ; deux pour le droit. C'étoit le sénat qui choisissoit les professeurs puhlics; ils suhissoient un examen : lois pour défendre d'enseigner (419) aux Barbares la construction des vaisseaux, et qui prononcent la peine de mort contre les délinquants : lois (jui .accordent à chacun le droit de fortifier ses terres et ses propriétés '. Ce droit est tout le moyen îv^e.

En42l , Théodose épousaEudocie. îille d'IIéraclide , philosophe d'Athènes , ou de Léonce , sophiste ; elle s'appeloit Athénaïde avant d'être baptisée. Athènes , ([ui n'avoit pas fourni un tyran à l'empire romain , lui donnoit pour reine une nnise : Eudocie étoit poète : elle mil en vers cin([ livres de Moïse , Josué , les Juges , et la touchante églogue de Ruth.

11 ne faut pas confondre Eudocie avec Euiloxie , nom de sa belle mère et nom aussi de la Iille qu'elle eut de Théodose , et qui fut mariée à Valentinien III. l'an 457.

Revenons aux affaires de l'Italie.

Honorius s'étant privé du secours de Stilicon auroit pu don,;erle commandement des troupes romaines à Sarus le Golli, homme de guerre ; mais il le rejeta parce que Sarus étoit païen. Alaric proposoitla paix à des conditions acceptables ; on les refusa : il vint mettre le siège devant Rome -. Serène , veuve de Stilicon , étoit dans cette viUe ; le sénat la crut d'intelligence avec Alaric , et la fil étouffer , par le conseil de Placidie , sœur d'Honorius.

Alaric ferma le Tibre : la famine et la peste désolèrent les as-iégés-^. Alaric consentit à s'éloigner moyennant une somme inunense^.On dépouilla les statues des richesses dont elles étoient ornées , entre autres celles du Courage et de la Vertu ^.

* C»d. Th.

- As. '.08.

^ Portas iindiqueconcluserat, etoccupato Tiberi fluniiiie, sul)miiiistralioni;ni commeatus e porta impediel)at... Faniem peslis comitabatur. (Zosni.. IJist., lib. V, pag. 103. Basilea;.,/

' Omiie aurum quod in urbe foret et argentum. {Id., pag. {Oô.j

^ Non ornamenta duntaxat sua simulacris ademerunt, verum etiani noriiiuUa ex auro et argento facta conQarunt : quorum erat in numéro Fortitudiiiis qiioque simulacrum , (piara Romani Virlulem vocaiit.

Quod sane corrupto quidipiid rorlitudi:iis at(|ue vir-

lîonorius , renfermé dans Raveune , ne ratifioit point le traité conclu. Le sénat lui députa Altale, intendant des largesses, Cécilien et Maxiuiien : ils n'obtinrent rien de l'empereur , dominé par Olympe.

Alaric se rapprocha de Rome , et battit Valens qui la venoit secourir.

Olympe disgracié , puis rétabli , puis disgracié encore , eut les oreilles coupées , et on l'assomma. Jove succéda à Olympe; il avoit connu Alaric en Epire ; il étoit païen et versé dans les lettres grec(pies et latines. La nécessité des temps avoit amené une tolérance momentanée ; une loi d'Honorius , de 40!) , accorde la liberté de religion aux païens et aux hérétiques.

Alaric assiège de nouveau la ville éternelle ; l'habile et dédaigneux Barbare, voulant trancher les difficuités qu'il avoit avec l'empereur, change le chef de l'Empire; il oblige les Romains à recevoir pour auguste Altale , devenu préfet de Rome. Altale jilaisoil aux Golhs parce qu'il avoit été baptisé par leur cvê(jue.

Allale uonune Alaric géntral de ses armées. Il va coucher une nuit au ptalais , et prononce un discours [tompeux devant le sénat.

Il marche ensuite contre Ilonorius , son digne ri\ al. Honorius envoie des députés à Altale, et lui offre la moitié de l'empire d'Occident. Altale propose la vie à Honorius et une île pour lieu d'exil. Jove trahit à la fois Honorius et Altale. Alaric , qui tient !\avenne bloquée , et qui commence à se dégoûter d' Altale, lui soumet néanmoins toutes les villes de l'Italie , Bologne exceptée '.Ces scènes étranges se passent en 409.

En Espagne, Géronce se soulève contre Constantin, l'usurpateur qui régnoit à Arles, et communique la pourpre à Maxime.

L'Angleterre, que Rome ne défend plus , se met en liberté. Dans les Gaules , les provinces armoricaines se forment en républi(pies fédéralives -. Les Alains , les Vandales et les Suèves entrent en Espagne 409 , 2^ septembre) .

tutis apud Romanos siipcrabat extinctum fuit. (ZosiM. Hist.. lib. V, pa?. 107. Rasilea;.)

' Zos.. pag. 829 et s;q.

= Id.tl.id.

]^es Vandales avoienl pour roi Gonderic , et les Siièves, Ermeric. Les provinces ibériennes sont tirées au sort : la Galice échoit aux Suèves et aux Vandales de Gonderic, la Lusilanie et la province de Carlhagènes^ont adjugcesaux Alains , la Bœlique tombe en partagea d'autres Vandales , dont elle prit le nom de ]'a)i(l(iIoiisie. Quekpies peuples de la Galice se maintinrent libres dans les monUignes '.

En 410, sur des négociations entamées avec lîonorius , Alaric dégrade Attale ; il le dépouille publicpiement des ornements impériaux à la porte de Rimini -. Attale et son fils Ampèle restent sur les chariots de leur maître. Alaric gardoit aussi dans ses bagages Placidie , sœur dllonorius, demi-reine, demi-esclave. Il essaie de conclure la paix avec le frère de cette princesse , auquel il envoie le manteau d' Attale. Hunorius hésite; Alaric reprend son empereur parmi ses valets , remet la pourpre sur le dos d' Attale , et marche à Rome. L'iieure fatale sonna le vingt-quatrième jour d'aoïU , l'an 4IU de Jésus-Christ.

Rome est forcée ou trahie : les Goths , élevant leurs enseignes au haut du Capitole , annoncent à la terre les chaugements des races ''.

Après six jours de pillage , les Goths sortent de Rome coaune effrayés ; ils s'enfoncent dans l'Italie méiidionale; Alaric meurt : Ataulp!ie, son beau-frère, lui succède.

Dans les années 4 1 1 et 4 1 2, il n'y eut plus de cons;^d, comme il n'y avoit plus de monde romain : du moins on ne trouve pas leurs fastes dans ces deux années. II s'éleva pourtant alors un général de race latine. Constan;o étoit de Naisse, patrie de Constantin; ils'étoit fait connoitre du temps de l'iiéodose ; il avoii le titre de comte lorsque lîonorius songea à l'employer. Si l'on ne connoissoit l'orgueil humain , ou ne comiirendroit pas qu'Honorius pardonnât moins à un chétif compétiteur qui lui disputoille diadème , qu'aux Barbares qui le lui arraclioienl : Constance eut ordre il'alier attaquer Constantin, tyran des Gaules.

* AL'O., Cp. 122; PllOS. ; CHH. ; ZOS., [.a^. Si'é; lUAT., Ch-; jiag. 10.

- Zos.. pa;,'. 87.0.

' Les littaiis s-e tro;ivcront à rarlitle des Xwtir.s des JUivbures.

G^ronce , (pii avoit proclamé Maxime auguste en Espagne , tenoit Constantin assiégé dans Arles : il fut abandonné de son armée aussitôt que Constance parut. Maxime lomlia avec Géronce, et vécut parmi les Barbares tians la misère.

Constantin, délivré de Géronce, se remit lui et son (Ils Julien entre les mains du général d'Honorius : il s'étoit fait ordonner prêtre avant de se rendre ', par Héros, évèque d'Arles ; précaution qui ne le sauva pas : il fut envoyé avec son fils en Italie ; on les décapita à douze lieues de Ravenne.

Edobic ou Edobinc , clicf frank et général de Constantin , avoit essayé de le secourir. Constance et Llphilas. capitaine goth qui commandoit sa cavalerie, défirent Edobic sur les bords du Rhône. Edobic se réfugia chez Ecdice , seigneur gaulois auquel il avoit jadis rendu des ser\ ices -. Ecdice coupa la tète à son liôte, et la porta à Constance*. » L'empire, dit M Constance , en recelant le présent, remercie " Ulphilas de l'action d'Ecdice '•; » et Conslance chasse de son camp, comme y pouvant attirer la colère du ciel, ce traître à l'amitié et au malheur ^.

Jovin prit la pourpre à Mayence dans l'année 4 1 2.

Les Goths , après avoir évacué l'Italie , étaient descendus dans la Provence. Ataulphe s'allie avec Jovin, lequel a\ oit nommé auguste Sébastien son frère : il se brouille bientôt avec eux, et les extermine ". Les généraux dllonorius s'étoient joints aux Goths dans cette expédition.

^ Post liane victoriam C jnstantinuscogiiita Eiin-

nJci cœde , ijurpiiram et reiiejiia iiiiperii insigiiia ileposiiit.

Cuiiique ad ec.lesiani venisset, iliic presbyter ordinatus e.-t. (Soz., cap. W, lib. ix, pag. 8IC-, d.)

- Piûfiigit ad Ecdiciiim, (jui ninltisoliin lieneficiis al) Edol)icQ afteetusaiiiicus illi esscputal)atiir. i /rf . ibiil.)

» Verum Ecdicius capiit Edoliici amputatuiti ad liaiioiii duces detulit. {Id., ihid.)

* Conslantiiis vero caput quideni accipi jiissit, dicns renipubiicam gratias agere Ullilœ ob faciiius Edicii. C/rf.,i6'rf.)

= Sed cuîii Ecdicius apud eum manere vellet , ab.=cedere enm jiissit, nec sibi, nec exereituicoinmod.iiii fon; ratiis consiietudiiicrn hiijus vi:i, qui t;;m iiiale liospites sMOsexcipcrct. [Id.Jbid.)

« OKOS., pag. 224; iDiT., Chr.

IIISTOniOLI-S

L'an 415, lltiraclien se révolte en Afrique. 11 aborde en Italie, et. repoussé, s'enfuit à Carlhau:e, et va momir inconnu dans le temple de -Mnémosyne.

llonorins avoit une qualité sinjçulière : c'ctoit de n'entendre à aucun arrangement ; il opposoit son ignoiiiinieuse làclieté à tout , comme une Aertu. Lui offroi!-on la paix lors- <îu'il n'avoil aucun moyen de se défendre, il (îhicanoit sur les conditions, les éludoit, et finissoit par s'y refuser. Sa patience usoit Timlatience des Barbares; ils se faligîioient de le frapper, sans pouvoir l'amener à se reconnoître vaincu. Mais admire:^ l'illusion de cette j^randeur romaine qui imposoit encore, même après la prise de Rome !

Alaulpbe désiroit ardemment épouser Placidie, toujours captive; il lademandoit toujours en mariage à son frère (jui la refusoit toujours. Pendant ces négociations, cent fois interrompues et renouées, le successeur d'Alaric s'empara de Narbonne et peut-être de Toulouse; il échoua devant Marseille ; il y fut repoussé et i)Iessé par le comte Boniface : Bordeaux lui ouvrit ses portes.

Les Franks , dans l'année 413, brûlèrent Trêves. Les Burgondes ou Bourguignons ' s'établirent définitivement dans la partie des Gaules à laquelle ils donnèrent leur nom.

Las du refus d'IIonorius , Ataulphe résolut de prendre à femme celle dont il eût pu faire sa conctd)ine par le droit de victoire. Le mariage avoit peut-èlre eu lieu à Forli - , en Italie ; il fut solennisé à INai bonne, au mois de janvier, l'an 414. Ataulphe étoit vêtu de 1 habit romain, et céiloit la première place à la grande épousée : on la voyoit assise sur un lit orné de toute la pompe d'une impératrice. Cinquante beaux jeunes hommes, vêtus de robes de soie, eux-mêmes partie de l'offrande , déposèrent aux pieds de Placidie cinquante bassins remplis d'or et cimpiante rem[>lis de pierreries '. Altale, ([ui d'empereur étoit devenu on ne sait (luelle cho>e à la suite des Goths , entonna le

' Il y a aussi les Buru^onfles. qu'il n" fini pas confondre avec les Burgiindes ou Boni gnigons. ^.roiiNAND.. c.ip. XX"- 1.

' I.'itcralia nupllaruni dona, doiiatiir Adnlpliuscli.iRi

premier épithalame*. Ainsi un roi goth , venu de la Scythie . épousoit à Karbonne Placidie son esclave, lille de Théodose et sœur d'Honorius, et lui dounoit en présent de noces les dépouilles de Ronie : à ces noces dansoit et chantoit un autre Romain que les Barbares faisoient histrion , connue ils l'avoient fait empereur, comme ilslelirenl ambassadeur auprès d'un aspirant à l'empire, comme il leur plut de lui jeter de nouveau la pourpre.

Finissons-en avec Attale. Après le mariage de Placidie, ce njaitre du monde qui n'avoit ni terre, ni argent, ni soldats, nomme intendant de son domaine le poète Paulin, petit-Iils du poète Au.Mjne -. Abandonné par les Baibares, Altale, qui avoit suivi les Goths en Espagne , s'embarque pour aller on ne sait où : il est pris sur mer, et conduit enchaîné à Ravenne. A la nouvelle de cette capture, Constantinople se répandit en actions de grâces ■', et s'épuisa en rtjouissances publiques. Honorius, dans une espèce de triomphe à Rome , en 417, fit marcher devant son char le formidable vaincu , le contraignit ensuite de monter sur le second degré de son trône afin que Rome, déshonorée par Alaric, pût contempler et admirer Tillustre victoire du grand Ctsar de Ravenne. Le prisonnier eut la main droite coupée, ou tous les d(!igts, ou seulement un doigt de cette main '• : on ne craignoit jta-; qu'elle portât l'épée , mais qu'elle signât des ordres ; apparemment qu'il y avoit encore quelque chose au-dessous d' Attale pour lui obéir. Il acheva ses jours dans l'île de Lipari , qu'il avoit jadis proposée à llonorins ; et , comme il étoit possédé de la fureur de vivre, il est probable qu'il fut heureux. On avoit aii un autre Attale, chef d'un autre empire : c'etolt ce martyr de Lyon à qui on fit faire le tour

(liiin(iiiaginta forniosis pueris, s' rica veste iiidutis, lereiitd)iis siiigulis utraipie manu iiigcutcs discos binus , (liîoruni aller auri ptniis, aller lapillis prelio^is, vcl pri'lii in;cstiinabilis, i|ua! ex rouiaiix urbis direptione Go- Ihi deprœdali fiicraiit. ' Ioat., Cluon., un. A\'t. Voye^ aussi OLsmv. ai>vd PlioliuiH.)

' Idat., Cliron., an. '.14 ; olyiip. ap. Pl.ot.

^ Paulin., Pirnil. f-Jncliar.. pocni., p.ig. 28".

5 Chron. Alex., paî. 708.

* Onos., pag. 224; Fiulost., lib. xn, cap. V; Z«is., lib. VI.

(le rampliilhéàlre , procédé d'un écriteau portant ces mots : Le chrétien Attale.

îlonorius avoit conclu la paix avec Ataulplie, son beau-frère ; celui-ci s'engageoit à évacuer les Graules et à passer en Espagne. Placidie accoucha d'un fils ([u'on nomma Théodose, et qui vtcut peu. Retiré au-delà des Pyrénées, Ataulphe est tué d'un coup de poignard par un de ses domestiques, à Barcelone (4IS). Les six enfants qu'il avoit eus d'une première femme sont tués après lui.

Les Visigoths mettent sur le trône Sigéric , frère de Sarus; Sigéric est nsassacré le septième jour de son élection. Son successeur fut Vallia : Vallia traite avec Honorius , et lui renvoie Placidie, redevenue esclave, pour une rançon de six cent mille mesures de blé '.

Constance , général des armées d'Occident , épousa la veuve d'Ataulplie malgré elle : elle lui donna une fille. Justa Grala Honoria, et un fils, Valentinien IIL

L'année qui précéda Téclipse de 418 marque le commencement du règne de Pharamond -.

En 518, Vallia extermina les Silinges et les Alains en Espagne. Les Gotlis revinrent dans les Gaules, ou Honorius leur céda la seconde Aquitaine, tout le pays depuis Toulouse jusqu'à l'Océan ''.

Le royaume des Yisigotlis prenoit la forme chrélienne sous les évèques ariens^. Tl:éodorie porta la couronne après Vallia. Vallia laissa une fille mariée à un Suève , dont elle eut ce rxicimer ■', (jui devoit achever la ruine de l'empire d'Occident. Une constitution d'Honorius et de Théodose , adressée l'an 418 à Agricola , préfet des Gaules, lui enjoint d'assembler les étals généraux des trois provinces d'Atpiitaine, et de quatre provinces de la Narbonnoise. Les empereurs décident que , selon un usage déjà ancien , les états se tiendront tous les ans dans la ville d'Arles, des ides d'août aux ides de sep-

' Pros., Chron. ; PiïOT. ; Zo.s., lib. IX, c.ip. l\ : ri;i- I.OST., lib. \H, cap. IV, prig. 'i'h; ORO.s., pag. 224. 2 VALEr.ii. Pie. Franc, lib. III, pag. US.

'/rf.,i6., pag. WX

<SiD., Ap., caim. II, pag. 300.

DOM. BOl'Q., lie. Cal. cl Franc, scripl. ; SiD. AP.

tembre (du toaoùt au J3 septembre). Cette constitution e.<t un Irè.s-grand fait bistoricpie qui annonce le passage à une nouvelle espèce de liberté. Constance , père dllonoria et de Valentinien III, est fait auguste et meurt.

Honorius oblige sa sœur Placidie , qu'il aimoit trop peut-être ', à se retirer à Constantinople avec sa fille Honoria et son fils Valentinien. Au bout d'un règne de vingt-huit ans, (jui n'a d'exemple pour le fracas de la terre que les trente dernières années où j'éciis, Honorius expire à llavenne, douze ans et demi après !e sac de Rome, attachant son petit nom à la traîne du grand nom d'Alaric.

Cette épotpie compte quelques historiens ; elle eut aussi des poètes. Ceux-ci se montrent particulièrement au commencement et à la (in des sociétés : ils viennent avec les images ; il leiu* faut des tableaux d'innocence ou de malheurs; ils chantent autour du berceau ou de la tombe, et les villes s'élèvent ou s'écroulent au son de la lyre. Une partie des ouvrages d'Olympiodore, de Frigerid, de Claudien, de Rutilius, de Macrobe, sont restés.

Honorius publia (414) une loi par laquelle il étoil permis à tout individu de tuer des lions en Afri(pie , chose anciennement prohibée. « Il faut, dit le rescrit dllonorius , que l'inté- (I rêt de nos peuples soit préféré à notre plai- II sir. »

' PiiOT., cap. LX.XX, pag. 197, voce Ohjmp.

IIISTOIUQI'ES.

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