‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 159 sur 201 · I. Cinquième et sixième siècles · texte numérisé non relu

I. Cinquième et sixième siècles

1 . Eizcl: c'étoit le nom origin;;l d'Attila ( + 455), comme l'a déjà remarqué Jean Mûler dans son Histoire de la Suisse (1, 7, noie 50). Ce nom signifie peut-être le prince de la Wolga, car ce lleuve est appelé Klzel par les Tartares. Entre les vassaux d'Etzel paroît le grand roi des Ostrogoths, Théoàoric (-f 527), appelé dans le poëme D.eirich de Bern (Vérone). D'après l'histoire, il ne naquit que quatre ans avant la mort d'Attila. Le poëme counoit rncore Inifrid, probablement Uermenfrid, roi de Thuringe, qui avoit pour épouse la nièce de Théodoric ; et le roi des Ostrogolhs , Vitiges, appelé \]'ittiih (-|-542).

2. A côté de ces personnages des cinquième et sixième siècles se trouve le margrave Rudiger de Pechlarn, personnage historique vivant vers la moitié du dixième siècle. Il étoit margrave du pays au-dessous de l'Eus (en Autriche.)

Le poëme nomme BlodcU frère du roi des Huns , que l'histoire appelle Blcda.

5.Gnviber, roi des Bourguignons, résidant à Worms, frère de Chriemhild, épouse de Sigfrid: Prosper Aquitanus a écrit ce qui suit en 4.31 :

<| Gundicarium Burgundionum regem, intra « Gallias habitanlem, Actius belloobtinuit, p.icem- « que ei supphcauti dédit; qua non diu potitus est. Il siquidem illum Huui ciim populo suo ac stirpe « deleverunt. »

Le nom du frère Gisclher se trouve dans un document du roi Gundobald, de l'an 5)7, parmi les rois de Bourgogne. Parmi les chevaliers de sa cour, Volchcr rappelle le nom de Talco, qui assassina ( eu 577 ) Chilperich par ordre de Bunhil 1 , sa belle-sœur.

4. Sifjfrid , l'Achille du poëme, invulnérable comme le héros grec, à l'exception d'un seul eudroit : Sigfrid, vainqueur des ÎSibelongs, d'un di'agon et de la reine dijenland, l'amazone Brunhild, qui devint épouse du roi Gunther et roine de Bourgogne. Son père, nommé Si(jmiint, est le roi des

Pays-Bas {Mdcrlanf) et rébidc à Sanlen, sur le Bas-Rhin.

Il est remarquable que le monument sépulcral du roi giegbert ( qui n'est qu'une autre manièi-e d'écrire le même noni), élevé à Soissons, dans l'église de Saint-Médard, que ce prince avoit bàlic, montre le dragon sous les pieds du roi. La vie de ce malheiu'euv prince offre encore une ressembhince avec celle du héros du poëme, en ce qu'il vainquit, conuîîc Sigfrid, les Saxons et les Danois, et qu'il fut assassiné ( en 573 ) à l'insligation de ia belle-s.Tur Frédégonde, comme Sigfrid , par les suggestion; de Brunhild. Siegbcrt étoit roi à'Av.strasie, dans laquelle se trouve Santcn. Ginitran , qui paroit être le même nom que Gunther ou Gundar, étoit son frère. Enfin la femme de Siegbcrt S'appelle Bnnicliild , (illc du roi des Yisigolhs, Atauahild d'Espagne, qui fut assassinée en Gl.ï. La version de l'histoire du poëme, dans l'EfWa, nomme Sigurd (Sigfrid) le premier éptiux de Brunchild.

Voilà tous les personnages du poëme; quelque.-,uns rappellent des noms, d'autres la vie et les faits d'hommes illustres chez les Boui'guignons, les Franks eî les Goths des cinquième et sixième siècles, à l'evceptiou du margrave Rudiger, qui appartient à un cercle postérieur du neuvième et du dixième siècle : je citerai maintenant les principaux noms historiques de ces deux derniers siècles.

1!. Xcuvicme et dixième siècles.

Le poëme nomme les R.'fSA'esquiparoissentsnr 'a scène en 862, les Hongrois et les Huns qui s'y montrent , d'après l'opinion ancienne, en 901). Entre les personnages qui accueillent les Bourgu'gnons lorsqu'ils se rendent par la Bavière et l'Autriche chez Attila, eu Hongrie, i^e trou\ e l'évêquc l'iligrin ou l'ihjcrin de rassau (en Bavière). C'est le grand apôtre des Hongrois. Il fut évêque d'une partie do Hongrie et d'Autriche, depuis 971 jusqu'à 991. Les Bourguignons le trouvent à Piissau ; il y re(joit C/n-icHi/ii/d comme sa nièce.

in. Onzième et douzième siècles.

Au onzième siècle seulement peut appartenir la mention des Polonais, et au douzième celle de la ville de Vienne, bâtie en I IG2.

Le grand grinie de ce douzième siècle , qui sut réunir ces éléments épiques, tels qu'ils s'étoient formés dans le cours de l'histoire des peuples germaiiiquej, en attachant les héros (!e plusieurs époque.> au

LICLAIUCISSKMEINTS.

principal cvénement del'histoirc des Bourguignons, la défaite du roi Gunther parles Huns; ce grand génie, dis-je, a donné à son récit la couleur du ino\ en ;ige féodal et chevaleresque. Le poënic n'est donc historique , à proprement parler , que pour ce temps même, et ue présente des époques antérieures que l'image transmise par la tradition populaire. Ainsi la cour de Gunther est celle d'un prince du douzième siècle; l'armure des héros, et toute la \ie sociale, est celle du même temps: les lîuis du cinquième siècle \iveot comme les Hongrois du onzième.

Les notices détaillées sur l'origine et l'histoire de ce poëme épique (auquel on peut, avec beaucoup de prohahilité, rapporter le passage célrbre de la vie de Charleraagne, « Item barbara et antiquis- <i simacarmiua, quibus veterum regum actus et " bella canebantur, scripsit memoria'que manda- <> ^it ») ont été recueillies par les savants frèies Grimm, dans leur journal, le Dnitsche ]]'alder. La meilleure dissertation sur sou importance nationale et sa beauté épique est de .17. Aug.-G. Schlegel, dans le musée geni anique ( ! eutsches Muséum) , pub.ié par M. Frédéric Schlegel.

La première édition, f.iite en 1757 par Bodmcr , fut dédiée à Frédéric le-Gi'and, au génie duquel n'échappa point la grandeur delà c nception de ce poème , qui ne fut cependant apprécié par la naliou (ju'au commencement de noire siècle. Publié successivement par ilagcn et Zemne, il a été dernièrement imprimé , d'après le manuscrit le plus ancien , avec un talent de critique éminent ^ par le célèbre phil logue de Berlin, M. Lachmann.

Une traduction fi ançoise de ce poëme, que les Goctite et les Schlegel ont trouve digne du nom de l'Jliade germanique, une traduction faite dans le style simple et naïf des chroniques, et précédée d'une notice historique et d'une analyse qui feroit ressortir la sublimité de la conception et les beautés de (iétail de celte épopée, obtiendroit un succès général. Elle demanderoit cependant un homme très-versé dans la littérature allemande ancienne, pour bien comprendre la langue dans laquelle le poëme original est écrit.

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