‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 16 sur 201 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Portraits des chefs.

ES mêmes causes les mêmes effets. Il devoit s'élever alors des tyrans à Athènes, comme il s'en est élevé de nos jours à Paris. Mais autant le siècle de Solon surpasse le nôtre en morale, autant les factieux de l'Attique furent supérieurs en talents à ceux de la France.

' Plut. , ni Solon , pag 83.

' Id. . thid.

' Voici le comnionccinent des rapproclicnicnts outrés. Comment a-t-il pu me tomber dans la tcle tiue les trois partis athéniens, la Montagne, \^ Plaine et l.i Côle , dont les noms ne désignoient que les opinions polititiues de trois espèces de citoyens ; comment , disj e, a-t-il pu me tomber dans la tcte que ces trois partis ■se retrouvoient dans trois sections de la Convention nationale? Lors(|u'une fois on s'est laissé dominer par une idée , et qu'on veut tout plier à cette idée , on avance niaisement les imaginati.ns les plus creuses comme des faits indubitables. (N- Er.)

l'.KVOMTi()><S

A la lêle des Monlagnards on distinguoil Pisislrate ' : brave-, éloquent '', généreux ■*, d'une figure aimable-' et d'un esprit cultivé^, il n'avoit de Robespierre que la dissimulation profonde ^ , et de Tinfàme d'Orléans " que les richesses ^ et la naissance illustre '■'. Il prit la roule que ce dernier conspirateur a tâché de suivre après lui. 11 lit retentir le mot ('(jalité*^' aux oreilles du peu[»le; et tandis que la liberté respiroit sur ses lèvres, il cachoit la tyrannie au fond de son c.rur.

Lycurgue avoit la confiance de la Plaine". Nous ne savons presque rien de lui. C'étoit apparemment un de ces intrigants obscurs (|ue le tourbillon révolutionnaire jette quelquefois au plus haut point du système , sans qu'ils sachent eux-mêmes comment ils y sont parvenus. Les Aristocrates d'Athènes ne furent pas plus heureux dans le choix et le génie de leurs chefs que les Aristocrates de France.

11 semble (|u'il y ait des hommes qui renaissent à des siècles d'intervalle pour jouer, chez différenls peuples , et sous différents noms , les mêmes rôles dans les mêmes circonstances : Mégaclès et Tallien en offrent un

• Plut. , in Solon.

' Hekod., lib. I, caii, Lis.

' Plut., inSolon.

4 Jd.,ibid.

' Atuen., lib. XII, cap. viii

' CicEK., de Oral., lib. 111, cap xxxiv.

' Plut. , in Solon.

'■' Pour tout commentaire à cette expression violente je citerai ici en noie un autre passage de VE.ssni , qui se trouvera dans le cliapiire XII tle la sectmiie partie de cet Essai , et cpii tombe à la page 437 de l'édition de Londres.

n Drjà un Boui'bon , qui devoit être le plus riche <! particulier de l'Europe, a été obligé, pour vivre, d'a- ■I voir recours en Suisse au moyen employé par Denys u à Corinthe. Sans doute le duc d'Orléans aura enseigné » à ses pupilles les dangers d'une audjition coupable , « et surtout les périls d'une mauvaise éducation. Il se " sera fait une loi de leur répéter que le premier devoir Il de l'homme n'est pas d'être roi, mais d'être probe. Si ■1 ce mot paroit sévère , j'en appelle à ce prince lui- « n)ème, (|u'on dit d'ailleurs plein de courage et de Il vertus naturelles. Qu'il jette les regards autour de lui Il en Europe , ((u'il contemple les milliers de victimes « sacrifiées cha(|ue jour à l'ambition de sa famille. J'au- II vois voulu éviter de nounner son père. » (N. Éd.)

■ IIëhod. , lib. I, cap. Lix.

'' Id. , lib. V, cap. Lxv.

'•' Plut. , in Solon.

exemple extraordinaire. 'Tous deux redevables à un mariage opulent de la considération attachée à la fortune ' , tous deux placés à la tête du parti modéré - dans leurs nations respectives, ils se font tous deux remarquer par la versatilité de leurs principes et la ressemblance de leurs destinées. Flottant, ainsi que le révolutionnaire françois, au gré d'une humeur capricieuse, T Athénien fut d'abord subjugué par le génie de Pisistrate ^ , parvint ensuite à renverser le tyran '% s'en repentit bientôt après ; rappela les Montagnards ^ , se brouilla de nouveau avec eux ; fut chassé d'Athènes , reparut encore*', et finit par s'éclipser tout à coup dans l'histoire ; sort commun des hommes sans caractère : ils luttent un moment contre l'oubli qui les submerge, et soudain s'engloutissent tout vivants dans leur nullité.

Tel étoit l'état des factions à Athènes lors- (jue Solon , après dix ans d'absence , rev int dans sa malheureuse patrie \

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