CHAPITRE VII
OiHgine des noms de» factions : la Montagne et la Plaine.
»OLON voulut couronner |ses travaux par un sacrifice. Voyant que sa présence faisoit naître (les troujjles à Athènes , il résolut de s'en ban- Inir par un exil volontaire. II s'arracha donc pour dix ans * au séjour si doux de h patrie , après avoir fait promettre à ses concitoyens qu'ils vivroient en paix jusqu'à son retour. On s'aperçut bientôt qu'on n'ajourne point les passions des honnnes.
Depuis longtemps l'état nonrrissoit dans son tein trois factions qui ne cessoient de le déchirer. Quelquefois, reunies par intérêt ou tranquilles par lassitude , elles sembloieiit s'éteindre un moment; mais bientôt elles éclatoient avec une nouvelle furie.
La première, appelée le parti de la Mohtafjue , étoit comj)osée, ainsi que le fameux parti I du même nom en France , des citoyens les plus pauvres de la répu])lique , qui vouloient une pure démocratie"-. Par l'établissement d'un sénat', et l'admission exclusive des riches aux charges de la magistrature * , Solon avoit opposé une digue puissante à la fougue populaire; et la Montagne, trompée dans ses espérances , n'attendoit que l'occasion favorable de s'insurger contre les dernières institutions. C'étoient les Jacobins d'Athènes.
Le second parti, connu sous le nom de la Plaine , réunissoit les riches possesseurs de terres qui , trouvant que le législateur avoit trop étendu le pouvoir du petit peuple , demandoient la constitution oligarchique , plus favo-
' Plut. , in Solun
■ IlEHOD. , lit) I , cap. MX ; Pi.LT , ÎH i'i loU
" Idem. , lit) I, iiig. 88.
* AniST. , de /{cyi. , lib. II , cnp. xi: , p.ig. 353
rable à leurs intérêts '. C'étoient les Aristocrates.
Enfin , sous un troisième parti , distingué par l'appellation de la Côte , se rangeoient tous les négociants de l'Attique. Ceux-ci , également effrayés de la licence des pauvres et de la tyrannie des grands, inclinoient à un gouvernement mixte , propre à réprimer l'un et l'autre ^ : ils jouoienl le rôle des Modérés.
Athènes se Irouvoit ainsi , à peu près , dans la même position (lue la France républicaine : nul ne goùtoit la nouvelle constitution; tous en demandoient une autre ; et chacun vouloit celle-ci d'après ses vues particulières. On voit encore ici la source d'oîi les François ont tiré les noms de partis qui les divisoient ' : comme si mes malheureux compatriotes n'avoient déjà pas trop de leurs haines nationales , sans aller remuer les cendres des factions étrangères parmi les ruines des états qu'elles ont dévorés !