‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 168 sur 201 · HUGUES CAPET · texte numérisé non relu

HUGUES CAPET

De 987 à 996.

L faut dire de la royauté ;mw,i de Hugues Capet ce rj|\^Jo^que j'ai dit de celle de Peppin : il n'y eut point usurpation parce qu'il y avoit élection ; la légitimité étoit un dogme inconnu. Charles, duc 'de la Basse Lorraine, fils de Louis d'Outre-mer ■et oncle de Louis V, le dernier des Karlovin- \giens, fut un prétendant que repoussa la majo- ' rite des suffrages : voilà tout. Il prit les armes, s'empara de la ville de Laon ; mais l'évêque de "celle ville la livra à Hugues Capet (2 avril ;99l ). Ciiarles , mort en prison, laissa deux fils iqui ne régnèrent point, et auxquels on ne pensa , plus.

, Mais dans la personne de Hugues Capet s'o- " père une révolution importante ; la monarchie l^t élective devient héréditaire; en voici la cause

immédiate qu'aucun historien , du moins (jiie je sache, n'a encore remarquée : le sacre usurpa le droit d'élection.

Les six premiers rois de la troisième race firent sacrer leurs fils aînés de leur vivant. Cette élection religieuse remplaça l'élection politique , affermit le droit de primogéniture , et fixa la couronne dans la maison de Hugues Capet. Philippe- Auguste se crut assez puissant pour n'avoir pas besoin durant sa vie de présenter au sacre son fils Louis VHl; mais Louis Vin , près de mourir , s'alarma , parce qu'il laissoit en bas âge son fils Louis IX qui n'étoit pas sacré : il lui fit prêter serment par les seigneurs et les évêques; non content de de cela , il écrivit une lettre à ses sujets, les invitant à reconnoître pour roi son fils aîné. Tant de précautions font voir que 239 ans n'avoient pas suffi à la confirmation de l'hérédité absolue, et de l'ordre de primogéniture dans la monarchie capétienne. Le souvenir même du droit d'élection se perpétuoit dans une formule du sacre : on demandoit au peuple présent s'il consentoit à recevoir le nouveau souverain .

Lorsque la couronne échut en ligne collatérale aux descendants de Hugues Capet , rien ne parut moins certain que l'existence de la loi salique , laquelle loi contestée mettoit pareillement en doute l'hérédité. Ces questions s'agitèrent vivement sous Philippe-le-Long, Charles-le-Bel et Philippe de Valois. Sous Charles VI, une fille hérita de la couronne. En 1576, une ordonnance décida que les princes du sang précéderaient tous les pairs , et qu'ils se placeroient selon leur proximité au trône. A ce propos , Chistophe de ïliou dit à Henri III que , depuis le règne de Philippe de Valois , il ne s'étoit fait chose aussi utile à la conservation de la loi salique : certes , il falloit que le doute fût bien enraciné dans les esprits, pour qu'un magistrat , à la fin du seizièuie siècle , vît une loi politique dans un règlement de préséance. Catherine de Mcdicis songea à faire passer le sceptre à sa fille. Les états de la Ligue parlèrent de mettre l'infante d'Espagne sur le trône de France. Enfin , sous la régence du duc d'Orléans , pendant la minorité de Louis XV, il fut déclaré que, la famille royale venant à s'éteindre, les François seroient li-

Dl- L'HISTOIRE DE FRANCE.

bres de se choisir un chef : n'étoit-ce pas reconnoître leur droit primitif?

L'hérédité mâle , constituée dans la famille royale , devint à la fois le germe destructeur de la féodalité et le principe régénérateur de la monarchie absolue. L'aristocratie subsista dans l'empire d'Allemagne et se détruisit dans le royaume de France , parce cpie la dignité impériale demeura élective, et que la couronne françoise devint héréditaire.

Les assemblées nationales cessèrent sous les premiers rois de la troisième race , de même qu'elles avoient été interrompues sous les derniers rois de la seconde. Hugues Capet étoit un très-petit seigneur. « Le royaume, ditMon- « tesquieu , se trouva sans domaine , comme (I est aujourd'hui l'empire : on donna la cou- « ronne à un des plus puissants vassaux. » Hugues , quand il en auroit eu l'envie , n'auroit pu réunir des états ; les autres grands vassaux ne s'y seroient pas rendus; souverains comme le duc de France , ils ne lui auroient pas obéi. La liberté politique qui se montroit dans ces assemblées ne se trouva plus ; elle se plaça ailleurs sous une autre forme.

La France alors étoit une république aristocratique fédérative , reconnoissant un chef impuissant. Cette aristocratie étoit sans peuple : tout étoit esclave ou serf. Le servage n'avoit point encore englouti la servitude ; le bourgeois n'étoit point encore né ; l'ouvrier et le marchand appartenoient encore à des maîtres dans les ateliers des abbayes et des seigneuries ; la moyenne propriété n'avoit point encore reparu ; de sorte que cette monarchie (aristocratie de droit et de nom) étoit de fait une véritable démocratie ; car tous les membres de cette société étoient égaux ou le croyoient être. On ne rencontroit point audessous de l'aristocratie cette classe distincte et plébéienne qui , par l'infériorité relative du sang , fixe la nature du pouvoir qui la domine. Voilà pourquoi les chroniques de ces temps ne parlent jamais du peuple : on s'enquiert de ce peuple ; on est tenté de croire que les historiens l'ont caché, qu'en fouillant des chartes on le déterrera , qu'on découvrira une nation françoise inconnue , laquelle agissoit , administroit , gagnoit les batailles , et dont on a enseveli jusqu'à la mémoire. Après bien des re-

cherches on ne trouve rien , parce qu'il n'y a rien , et que cette aristocratie sans peuple est , à cette époque , la véritable nation françoise.

Marquons le commencement de l'institution de la pairie : les pairs avoient existé avant la pairie; dans l'origine , les pairs étoient des jurés qui prononçoientsur les différends advenus entre leurs égaux. La pairie prit un caractère politique quand les fiefs se convertirent en biens patrimoniaux et héréditaires. Les pairs du roi furent des seigneurs plus puissants que les pairs d'un comte ou d'un duc. Tous les systèmes qui placent l'origine de la pairie plus haut ou plus bas que le règne de Hugues Capet ne se peuvent soutenir.

L'introduction de la dignité de la pairie favorisa l'élection des Capétiens. Il y avoit sept pairs laïques ; Hugues en étoit un : les six autres pairs , dont les seigneuries relevoient immédiatement de la couronne , s'entendirent , comme aujourd'hui des électeurs s'entendent dans un collège électoral , pour porter leurs voix sur leur compagnon. La pairie se trouva ainsi réunie à la royauté, et il ne resta que six pairs de France. L'égalité étoit si complète entre les pairs , que Hugues Capet ayant demandé à Adalbert qui l'avoit fait comte , Adalbert lui répondit : Ceux qui t'ont fait roi.

Outre les pairs laïques , il y avoit des pairs ecclésiastiques du ressort du trône , à la différence des autres seigneuries qui n'avoient point de pairs ecclésiastiques. On peut dire de la pairie, avant ses différentes dégénérations, qu'elle étoit une espèce de sénat de rois , ou , plus exactement , un conseil aristocratique supérieur à la royauté même.

Elisez douze pairs qui soyent compagnons , Qui mènent vos batailles par grand' dévotion.

Quand les pairs furent au nombre de douze, on les appela les douze compatpwns , et Froissard les nomme frères du royaume de France. Les grands effets politiques de la pairie se virent dans le jugement de Jean-sans-ïerre et du i)rince de Galles.

Hugues Capet mourut en 99G. Je dirai , pour ne plus parler des successions royales , que , sous la troisième race , l'apanage rem-

ANALYSE RAISONNEE

plaça le partage des biens patrimoniaux entre les enfants.

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