‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 172 sur 201 · LOUIS IX · texte numérisé non relu

LOUIS IX

De 1226 à 1270.

HAQLE époque historique a un homme qui la représente : saint Louis est riiomme-modèle du moyen âge; c'est un législateur, un héros et un saint. Le Le temps où il a vécti rehausse encore sa gloire par le contraste de la naïveté et de la simplicité de ce temps. Soit que Louis combatte sur le pont de Taillebourg

DR L'HISTOIRE DE FRANGE

ou à la Massoure; soit que, dans une bihliollièque, il rende compte de la matière d'un livre à ceux qui le viennent demander; soit qu'il donne des audiences publiques ou juge des différends aux Plaids de la Porte, ou sous le chêne de Vincennes , sans huissiers ou gardes ; soit qu'il résiste aux entreprises des papes ; soit que des princes étrangers le choisissent pour arbitre; soit qu'il meure sur les ruines de Carthage , on ne sait lequel plus admirer du chevalier, du clerc, du patriarche, du roi et de l'homme. Marc-Aurèle a montré la puissance unie à la philosophie , Louis IX la puissance unie à la sainteté : l'avantage reste au chrétien.

Les amours et les chansons de Thibaut , comte de Champagne , ont répandu quelque chose de romanesque sur le temps orageux de la tutelle de saint Louis.

Saint Louis résista aux usurpations de la cour de Rome , et réclama en faveur des libertés de l'Église gallicane : toutes les libertés .sont sœurs.

Les Établissements de saint Louis sont une espèce de Code où les diverses coutumes de la monarchie , les ordonnances des rois , les canons des conciles , les décisions des Décréta les , se trouvent mêlés au droit romain.

Louis avoit devancé son siècle : ses Etahlissements ne furent point admis ; s'il les eût publiés au commencement de son règne , peutêtre leur auroit-il pu donner quelque chose de l'autorité de sa vie ; mais les Étahlissements furent le dernier présent et comme les derniers adieux qu'un saint faisoit à la terre» L'ignorance , les intérêts , les passions qui ne purent rien contre la mémoire de ce grand homme, furent tout-puissants contre ses lois.

Il s'embarqua le P"" juillet 1270 à Aigues- Morles , ville à laquelle il donna une charte que nous avons encore. Le temps, qui change tout, a reculé la mer qui baignoit la ville d'où saint Louis quitta pour jamais la France. Les remparts qu'il avoit élevés, et qui devroient être sacrés, sont au moment d'être détruits par des générations nouvelles qui se retireront à leur tour comme les flots.

J'ai vu le lieu de la mort de saint Louis : les historiens futurs trouveront peut-être dans le récit que j'ai fait de cette mort . quel(|ues

détails que mes devanciers ont ignorés, et dont je n'ai dû la connoissance qu'aux vicissitudes de ma vie, Vita est in fmja.

Des pièces de monnoie qui nous restent de saint Louis sont percées ; on croyoit qu'elles guérissoient de tous maux , et on les portoit suspendues au cou comme des reliques : ce roi passoit pour avoir conservé la puissance de soulager ses peuples, même après sa mort.

PHILlPi'E JU.

De 1270 à 128.5.

hilippe-le-Hardi se trouve placé entre saint Louis son père et Philippe-le-Bel son fils, de même que Louis VIII l'avoit été entre Philippe-Auguste et saint Louis : comme le laboureur laisse une terre en friche entre deux moissons , la Providence laissoit reposer la France entre deux grands règnes. Philippe quitta Tunis , débarqua en Sicile , passa dans les Calabres , entra dans Rome , ville des tombeaux , portant avec lui les os du roi son père, du comte de Nevers, son frère, et d'Isabelle d'Aragon sa femme. Arrivé en France, il déposa les restes de sa famille à Saint-Denis , et seize années après il mourut à Perpignan, non loin du port où son père s'étoit embarqué pour l'Afrique.

Philippe-le-Hardi donna les premières lettres d'anoblissement ; attaque à la constitution aristocratique.

Au dehors de la France , la nature des événements faisoit entrer dans le royaume des idées nouvelles. Le grand corps de la féodalité françoise étoit flanqué en Allemagne par un empire dont le chef éloit électif, ce qui

ftinc'mire de Paris à Jérusnlein.

ANALVSi: HAISONNhK

procUiisoit des troubles et élevoit des doutes sur le droit divin des rois; en Angleterre, une monarchie représentative avoit des parlements votant des subsides , et allant jusqu'à juger le souverain ; en Espagne les cortès et les lois de l'état n'octroyoient les trônes qu'avec des réserves ; en Italie où les guerres des Guelfes et des Gibelins continuoient , la plupart des villes s'étoient affranchies. Charles d'Anjou, qui ne mourut que sous le règne de son neveu Philippe-le-Hardi , roi de France , portoit la couronne de Sicile , en vertu de la donation d'un pape qui n'avoit pas eu le droit de la donner : le premier en Europe , il fit décapiter un prince souveraininjustement condamné. Prêt à poser la tète sur le billot , Conradin jeta son gant a dans la foule : qui Ta relevé? Louis XVI , des- . cendant de saint Louis , dont Charles d'Anjou létoit frère.

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