LOUIS VII
Ce 1157 à 1180.
E règne de Louis VII, dit le Jeune, vit beaucoup de choses : le Code de Justinien retrouvé, la doctrine d'Abailard condamnée au concile de Soissons ; la faction des Guelfes et des Gibelins répandue en Italie ; la seconde croisade prèchée par saint Bernard. Suger et Bernard étoient deux hommes su[iérieurs, de nature antipathique l'un à l'autre; mais Bernard, sans être ministre, gouvernoit le monde en sa double qualité de saint et de moine réformateur. Louis-le-.Teune, revenu de la croisade, répudie Eléonore d'Aquitaine pour cause jtrésumée d'adultère avec un jeune Sarrasin : il lui restitnela Guienneet le Poitou. Eléonore se remarie à Henri, comte d'Anjou et de Normandie, qui, devenu roi d'Angleterre sous le nom de Henri II, se trouva roi d'Angleterre, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou, de
Poitou, de Touraine et du Maine. Celte restitution probe, mais impolitique, à laquelle Suger s'étoit opposé , parce qu'il en prévoyoit les résultats, démem]3ra la monarchie, introduisit l'ennemi dans le cœur du pays , et favorisa les grandes guerres que l'Angleterre fit à la France avec des François.
Le douzième siècle est mémorable par de rapides progrès vers d'autres idées. Alexandre III , dans le troisième concile de Latran , déclara que tous les chrétiens dévoient être exempts de la servitude : la croix portoit son fruit.
Les écoles se multiplièrent dans les cathédrales et dans les monastères; les collèges s'établirent en dehors de ces monastères; l'Université prenoil de nouvelles forces; les étudiants étrangers égaloient dans Paris le nombre des habitants.
En Angleterre survint le différend fameux entre Henri II et Thomas Beket, relativement aux immunités ecclésiastiques.
PIIILIPPI' H.
De H80 à 1223.
iiiLiPPE-ALGLSTE, parvenu au trône, réunit à la couronne, par la conhscation féodale appuyée jdes armes, la Norman- )|die, le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou ; \\ lit l'acquisition des comtés d'Auvergne et d'Artois; il recouvra la Picardie, grand nombre de places dans le Berry, et divers autres comtés , chàtellenies et seigneuries. Il rétablit la subordination parmi les grands vassaux et fil sentir la monarchie; il cita Jean-sans-Terre de\anl la cour des pairs pour y être jugé sur le meurtre d'Arthur commis dans le ressort du royaume : c'est le premier important arrêt politique de cette haute cour. Philippe fil couronner son fils roi d'Angleterre à Londres. Les Anglois conquirent à cette
DE L'HISTOIRE Dl- FRANGE.
époque la grande Cliarte : entre plusieurs articles favora!)les aux communes et à l'indépendance des tribunaux , le trente-troisième porte (pie nid lionniie ne seraairêté, emprisonné, dépouillé, banni, mis à mort arbitrairement; que le roi n'agira ou ne fera agir contre qui que ce soit autrement que d'après le jugement légal des pairs de l'accusé, ou d'après la loi du pays. C'est le fondement de toutes les libertés chez tous les peuples.
La bataille de Bouvines est la première où l'on reconnoisse un esprit de nationalité ; la transformation est accomplie; les Franks sont devenus François. Philippe n'offrit point avant le combat sa couronne au plus digne, mais en remportant la victoire sur l'empereur Othon il courut risque de la vie. Jeté à bas de son cheval , « s'il n'eût été protégé , dit Guillaume-le- (■ Breton, de la main de Dieu, et d'une excel- « lente armure, il eût été tué. »
Au règne de Philippe-Auguste se rattachent deux incidents remarquables : la croisade contre Saladin et la croisade contre les Albigeois : onavoit appris en marchant contre les infidèles à marcher contre les chrétiens.
Saladin avoit repris Jérusalem l'an 1187 de Jésus-Christ. Il laissa sortir tous les chrétiens au prix d'une rançon modique. Un historien arabe leur applique ce passage de l'Alcoran : (I Oh ! combien ils quittèrent alors de jardins « et de fontaines , de champs ensemencés et de " nobles demeures qui faisoient leurs délices , « et que nous donnâmes en héritage à un au- « tre peuple ! » ( Bibl. des Crois. , par M. Mi- CHALi), ehrou. Arab.)
Les princes d'Occident se croisèrent pour aller une seconde fois délivrer la ville sauile. Philippe passa en Orient; mais il y fut éclipsé par ce Richard Cœur-de-Lion dont l'omlDre faisoit tressaillir les chevaux sarrasins , et qui revenoit du combat la cuirasse hérissée de pèches comme une pelotte couverte d'aiijnùles (Yimsaaf); de ce Richard que Blondel ne délivra pas de sa prison par une chanson , mais qui chantoit lui-même dans la tour en langue romane :
.la nus hom pris non dira sa raison ; Adreitamenl se com lioin dolent non :
Ma par conovt pot il faire chanson ; Pro a d'amis, nias pouve son li don ; Onta i auron se por ma reezou . Sois fait dos yver prison.
La troisième croisade, commencée en 1 187, fut suivie de la quatrième, en 1204, et se termina à la prise de Constantinople par les croisés. Baudouin, comte de Flandres, fut élu empereur, et établit cet empire des Latins qui ne dura que 58 ans.
L'an I20C ouvrit la croisade contre les Albigeois : Lmocent III, saint Dominique, Raymond , comte de Toulouse , Simon , comte de Montfort , sont les personnages de cet abominable épisode de notre histoire.
Le progrès de l'esprit philosophique renaissant par Ihérésie est remarquable dans les opinions diverses des Albigeois. Les principaux chefs ligués contre Raymond YI, leur protecteur, furent Eudes, duc de Bourgogne; Henri, comte de Nevers , et Simon , comte de IMontfort. Simon étoit un homme dissimulé et ambitieux, vaillant, du reste, réglé dans ses mœurs , ayant , comme tous les hommes à part , commandement sur la fortune.
Cette guerre vit naître l'inquisition, et se distingua par ses auto-da-fé. On jetoit les femmes dans des puits ; on égorgeoit sans merci , et, pendant les massacres, les prêtres du comté de Montfort chantoient le Veni, Creator. Béziers fut emporté d'assaut : « Là se fit le plus « grand massacre qui se fût jamais fait dans « le monde entier ; car on n'épargna ni vieux, « ni jeunes, pas même les enfants qui tetoient ; « on les tuoit et faisoit mourir. Voyant cela , « ceux de la ville se retirèrent, ceux qui le (I purent , tant hommes que femmes , dans la « grande église de Saint-Nazaire. Les prêtres « de cette église dévoient faire tinter les clo- « ches quand tout le monde seroit mort; mais « il n'y eut son de cloche; car ni prêtre, velu « de ses habits , ni clerc ne resta en vie. »
Toulouse , dont toutes les maisons étoient fortifiées , et dont les bourgeois se défendirent de rue en rue , est prise , reprise , inondée de sang , à moitié brûlée.
Longtemps après, les ossements du vieux Raymond , qui ne furent jamais enterrés , se montroient , dans un coffre , tout profanés et h
ANALYSE RAISOISNKR
moitié mangés des rais , chez des frères hospitaliers de Saint-Jean de Toulouse. Une simple commune de France , la petite répuhlique de Toulouse , brava , pendant vingt ans , les anathèmes des papes , les fureurs de l'inquisition , les assauts de trois rois de France , parmi lesquels on compta Pliilippe-Auguste et saint Louis. Simon de Montfort introduisit , avec ses François, la langue picarde, ou le franrois wallon, dans les villes de Languedoc. La belle langue romane se perdit , et ne subsista plus qu'altérée dans le patois des campagnes.
L'inquisition , née des troubles vaudois , ne se put établir en France , parce qu'elle rencontra une rivale puissante dans la justice parlementaire. (I L'inquisition a été quelque temps en France en quelques endroits ; mais elle n'y a proprement fait que des apparitions. Il n'y en reste plus qu'un vestige dans nn village nommé Quingey, entre Besançon et Dole, où un dominicain , qui y vit d'un petit hospice , porte le nom de Pape de Quingey. Tout son pouvoir est , Dieu merci , restreint à donner permission de lire les livres prohibés. Avant la conquête de la Franche-Comté, ce petit pape de Quingey fit briller plus d'une fois , par feu clair et merveil , le pouvoir de l'inquisiteur. » (Xofe sur BoulainviUiers.)
Philippe- Auguste fit enclore et paver Paris.
" Le bon roi se mit à une des fenêtres,
« de laquelle il s'appuyoit aucunes fois pour
« regarder la Seine couler si advint que
(I charrette vint à mouvoir si bien la boue et
<i l'ordure que le roi sentit cette pueur si
<i corrompue, et s'entourna de cette fenêtre « en grande abomination de cœur. Lors fit « mander li prévôt et borgeois de Paris , et li « commanda que toutes les rues fussent pa- <i vées bien et soigneusement de grès gros et « forts. 1)
Les deux cent trente-six rues de Paris étoient pleines de gens qui crioient :
Seigneurs, voulez-vous baigner,
Entrez donc sansdëlaïer;
Les bains sont chauds, c'est sans mentir.
Le lion vin fort à Irente-deux, A seize, à douze, à dix, à huit.
LOUIS Vin.
De 1223 à 1226.
ouïs YIII,dilduHail- •) lant, fut bon et ver- 1) tueux prince , et si 1) peu de temps roi, » qu'il n'a autre sur- I) nom , sinon de père » du roi saint Louis. »
Du Raillant se trompe : iils dun grand roi , et père d'un roi plus grand encore , Louis fut surnommé Cœur-de- Lion ou Lion-Pacifique , tout à la fois à cause de son courage et de sa douceur. Il choisit son fils aîné pour lui succéder , laissant à ses autres enfants des apanages ; l'accession du premier-né à la couronne n'étoit pas encore un droit indépendant de la volonté paternelle.
Sous le règne de Louis VIII, on remarque l'établissement du premier ordre des moines mendiants. On signale aussi une multitude de lépreux. Il fut défendu aux femmes amoureuses , filles de joie et paillardes , de porter robes à collets renversés, queue, ni ceinture dorée.