CHAPITRE XI
Hipparque et Ilippias. Assassinat cUi preniiei-. llapports.
ippiAs et Hipparque montèrent sur le trône aux applaudissements (le la multitude. Sages dans leur gouvernement ^ et faciles dans
leurs mœurs ^ , ils avoient ces vertus ob-
scures que l'envie pardonne, et ces vices ai-
* IlKBOD . lib. l , cap. LXIV ; Ar.lsT., lib. V, de. Rcp. cap XII.
2 Id.. i'ivt.. Id., l'iid.
' IlEROD. . lil). v C;ip lAIl-XOM.
* TiitCYi) , lil). VI, cnp nv.
» .^TfiF.:v , lil) MI, c;ip. *m.
niables qui échappent à la haine. Peut-être eussent-ils transmis le sceptre à leur postérité; peut-être un seul anneau changé dans la chaîne des peuples auroit-il altéré la face du monde ancien et moderne, si la fatalité qui règle les empires n'avoit décidé autrement de l'ordre des choses ".
Hipparque insulté par Harmodius, jeune Athénien plein de courage, voulut s'en venger par un affront public (pi'il fit souffrir à la sœur de ce dernier *. Harmodius , la rage dans le cœur , résolut , avec Arislogiton , son ami , d'arracher le jour aux tyrans de sa patrie -. Il ne s'en ouvrit qu'à quelques personnes fidèles , comptant , au moment de l'entreprise , sur les principes des uns, les passions des autres , ou du moins sur ce plaisir secret qu'éprouvent les hommes à voir souffrir ceux qu'ils ont crus heureux. Par amour de l'humanité , il faut se donner de garde de remanpier que le vice et la vertu conduisent souvent aux mêmes résultats i>.
Le jour de l'exccutian étant fixé à la fête des Panathénées , les assassins se rendirent au lieu désigné. Hipparque tomba sous leurs coups , mais son frère leur échappa. Heureux cependant s'il eut partagé la même destinée ! Aristogiton , présenté à la torture , accusa faussement les plus chers amis d'Hippias ^ , qui les livra sur-le-champ aux bourreaux. L'amitié offrit ce sacrifice , aussi ingénieux que terrible , aux mânes d'Harmodius massacré par les gardes du tyran.
Depuis ce moment, Hippias, désabusé du pouvoir des bienfaits sur les hommes, ne voulut plus devoir sa sûreté qu'à sa barbarie ^. Athènes se remplit de proscriptions : les tour-
" Encore la fatalilc, bientôt nous reverrons la religion : j'en étois au que nais-je ? ( N. Éd. )
< TUUCYD. . lib VI, cap. LM.
- /d. , ibid. ; Plat. , in Hipfarch. , pag. 229.
'' Cela est affreux et n'a pu être arraché qu'à la misanthropie d'un jeune homme qui se croit près de mourir, et qui n'a éprouvé que des malheurs sans avoir rien fait pour les mériter. De pareils traits sont liien autrement condamnables que les sottes impiétés de l'Essai . qui n'étoient après tout iiue le sot esprit de mon siècle.
5 Sein. , de Ira , lib. Il , cap. xxui.
' Thucvd., lib. VI, cap. iix.
AVANT J -G. olO. = OL. C7.
ments les plus cruels furent mis en usage; et les femmes, comme de nos jours, s'y distinguèrent par leur constance héroïque '. Les citoyens, poursuivis par la mort, se hâtèrent de quitter en foule une patrie dévouée; mais , plus heureux que les émigrés françois , ils emportèrent avec eux leurs richesses-, et conséquemment leur vertu ^. C'est ainsi que nous avens vu en France les massacres se multiplier, et de nouvelles troupes de fugitifs joindre leurs infortunés compatriotes sur des ter- I res étrangères , lorsque après le prétendu assassinat d'un des satellites de Robespierre , le monstre se crut obligé de redoubler de furie.