‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 194 sur 201 · E^RI H · texte numérisé non relu

E^RI H

De «547 à 1559.

ES douze années du règne d'Henri H ne furent que l'avant-scène de cette nouvelle société qui se forma sous les derniers Valois , et qui ne ressemble plus à la société commencée 'sous Louis XI et achevée sous François 1er. Comme événements , vous remarquerez la bataille de Saint-Quentin perdue par le maréchal de Saint-André ; la levée du siège de Metz défendu par le duc de Guise ; la prise de Thionville et de Calais par ce même prince, ce qui mit fin aux con(|uêtes d'Edouard III, et constitua nos frontières militaires; la ligue pour

la défense de la liberté germanicpie entre Henri II , l'électeur de Saxe et le marquis de Brandebourg. La paix de Cateau-Caml)résis, ouvrage du connétable de Montmorency , fit perdre à Henri II les avantages qu'il comraençoit à reprendre sur les armes espagnoles.

Les autres événements sont : le mariage de Jeanne d'Albret , héritière de Navarre , avec Antoine de Bourbon , père de Henri IV ; le mariage de Marie Stuart avec François , dauphin; l'avènement de Marie au trône d'Angleterre , laquelle rétablit un moment la religion catholique et laissa sa couronne à une autre femme , la fameuse Elisabeth ; l'abdication et la mort de Charles Quint.

Dans l'intérieur de la France, la persécutioii contre les réformés s'étendit et se régularisa par l'intervention de la loi : l'cdit d'Ecouen les punit de mort, avec défense d'amoindrir la peine. Henri II fit arrêter (1539) cinq conseillers du parlement de Paris , accusés d'être fauteurs d'hérésie : parmi ces conseillers se trouvoient Louis Faure et x\nne Dubourg , qui osèrent reprocher à Henri ses adultères , attaquer les vices de la cour de Rome, et annoncer que la puissance des clefs penclioit vers sa ruine. L'estrapade, ouïes baptêmes de feu, consistoit à suspendre un protestant au-dessus d'un bûcher, à le plonger à différentes reprises dans la flamme en abaissant et en relevant la corde : Henri II et Diane de Poitiers assistèrent au spectacle de ce supplice , comme passetemps. L'amiral de Coligny paroissoit; les trois factions des Montmorency, des Chûtillon et des Guise s'organisoient. Alors que l'esprit humain avoit un instrument pour multiplier la parole et répandre la pensée dans les masses ; quand tout se pénétroit de lumières et d'intelligence , la monarchie, prêle à vaincre les dernières libertés aristocratiques , se donnoil, par tous les abus et par tous les vices, l'avant-goûr du pouvoir absolu.

Henri II mourut d'une blessure à l'œil qu'il reçut de Montgomery dans une joute , et le règne de ce prince s'ouvrit par le duel de Jarnac et de la Cliâlaigneraie.

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FRANÇOIS il.

Del5:i9à 1500.

E règne de François II, de Cliarles IX , d'Henri UT, et une partie du rè:;ne d'Henri IV, jusqu'à la reddition de Paris , ne forment (ju'un seul drame dont les principales ligures sont , pour les femmes : Catherine de Médicis, Marguerite de Valois , Marie Stuart , Jeanne d'Albret, la duchesse de Nemours, madame de Montpensier, madame d'Âumale, madame de Noirmoutiers, Gabrielle d'Estrées et quelipies autres ; pour les hommes , parmi les M-inces , les prélats et les guerriers : les deux premiers Guise , François de Guise et le cardinal de Lorraine ; la seconde général ion des Guise, Henri dit le Balafre, le cardinal de Guise et le duc de Mayenne ; le duc de Nemours, le connétable Anne de Montmorency , l'amiral de Coligny et les Châtillon; les princes du sang, Antoine, roi de Navarre, son fils Henri deBéarn, et les deux princes de Condé; pour les magistrats : THospital , le premier Mole, Harlay, Brisson, de Thou.

Dans le second plan du tableau , les personnages sont : les lilles d'honneur de Catherine de Médicis, les mignons de Henri III et de son frère le duc d'Alençon , les satellites des Guise; Maugiron, Saint-Mesgrin , Joyeuse, d'Espernon , Bussy ; les grands massacreurs de la Saint-Barlhélemy, Maurex ers , Besme , Coconnas , Thomas , le parfumeur de Catherine de Médicis , sans oublier Poltrot , Jacques Clément, et enfin Ravaillac qui ferma plus tard la liste de ces assassins.

Les gens de lettres et les savants ne doivent point être oubliés dans cette scène , parce que chacun d'eux y joue un rôle selon la religion qu'il professoit : Jean de Bellai, cardinal; Me-

lanchthon; Beauvais, gouverneur de Henri IV; Jean Calvin , Charles Etienne , Etienne Jodelle, Charles Dumoulin, Henri d'Oysel, Pierre Ramus, duTillet, Belleforest, Jean de Montluc , évêque de A'^alence ; Pibrac , Ronsard , Saint-Gelais, Amyot, Bodin, Charron, Cujas, Fauchet , Charnier , du Haillan , Lipse , de Mesme, Miron, Montaigne , Nicot , d'Ossat, Passerat , Pitou , Scaliger, de Serres. Alors le Tasse racontoil à l'Italie la gloire des anciens clievaliers , à lacpielle Cervantes alloit donner une autre espèce d'immortalité en Espagne; le Camocns cîiantoit l'Orient retrouvé ; le génie du moyen âge , apparu sur la leiTC avec le Dante, descendoit glorieux dans la tombe avec Shakespeare ; Tycho-Brahé, tout en abandonnant le vrai système du monde dévoilé par Copernic , acquéroit le titre de restaurateur de l'astronomie dans ces régions dont les Romains n'avoient entendu parler que comme la patrie inconnue des barbares destructeurs de leur empire.

Sur les trônes étrangers , les personnages à remarquer sont , Sixte V, Elisabeth et Philippe H. Des quatre rois qui gouvernèrent la France dans ces troubles , François II , Charles IX , Henri III et Henri IV, le premier n'est célèbre que par la beauté et les malheurs de sa veuve , celte Marie Stuart qui transmit à son fils un nom funeste et un sang d'échafaud.

Le gouvernement, sous François II , tomba aux mains des oncles maternels de ce jeune monarque , François de Guise et le cardinal de Lorraine. Le cardinal avoit des liaisons intimes avec Catherine de Médicis : « Un de mes « amis non huguenot , dit l'Estoile, m'a conté « qu'estant couché avec un valet de chambre du (I cardinal , dans une chambre qui entroit en « celle de la reine-mere , il vit sur le minuit (I ledit cardinal avec une robe de nuit seule- « ment sur ses épaules , qui passoit pour aller (' veoir la reine , et que son ami lui dit , que « s'il advenoit jamais de parler de ce qu'il avoit <( veu , il en perdroit la vie. »

Le connétable de Montmorency et la duchesse de Valentinois voient tomber leur crédit. Antoine de Bourbon et le cardinal son frère sont envoyés en Espagne sous le prétexte d'y conduire Elisabeth de France àPhilippelI. La conspiration d'Amboise contre les Guise

I)I' L'IIISTOIRi: DE FlîANCr:.

éclate; elle ctoit dirigée secrètement par le prince de Condé.

Edit de Romoranlin par lequel les cvê(|ues sont investis delaconnoissance du crime d'hérésie. L'Hospital fut mallieureusement l'auteur de cet édit ; il ne le rédigea que pour empêcher l'étahlissement de l'inquisition.

Convocation des états à Orléans, où sont mandés le roi de Navarre et le prince de ^ Condé; le prince de Condé est arrêté comme ''chef d'une conspiration nouvelle ; il est jugé , Poondamné à perdre la tête , et délivré par la \mort de François II (1559 ,1560).

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