CHAPITRE XIX
De l'état des lumières en Grèce au moment de la Révolution républicaine. Siècle de Lycurgue.
ORSQLE je parlerai des lumières dans cet Essai , je ne m'attacherai principalement qu'à la partie morale et politique. Ce qui regarde les arts n'est pas, à proprement parler, de monsujet : cependant j'en toucherai quelque chose, selon l'influence qu'ils auront eue sur les hommes dont j'écrirai alors l'histoire.
En commençant nos recherches au siècle de Lycurgue et les finissant à celui de Solon,
et la même vigueur d'âme qui l'auroit conduit aux premières vertus en a peut-être fait un scélérat :
Some mute Inglorlous milton bere may rcst. Some village Hampden, etc.
Où seroient les Picliegru , les Jourdan , les Buonaparte , sans la révolution ? Mais je crains tien avoir trop dif.
^ J'ai transporté quelque chose de ce portrait des François dans le Génie du Chriatianiatyie, ea parlant de la manière d'écrire Ihistoire. Il y a dans tous ces chapitres des incorrections que les lionunes qui savent leur langue apercevront, et qu'il m'a semblé inutile de relever : je n'en finirois pas. (N. Éd.)
' volcl maintenant du lavater et des promenades romanesques. Heureusement elles ne sont qu'en notes. Mj\s il est rurieui de rencontrer le nom de Buonapane jeté en passant , dans une note , avec ceux de quelques autres géniraui. Tout émigré que J'étols, J'avols une admiration ln^olontul^e pour cette même gloire qui me fermolt les portes de ma patrie.
IN. ti>.|
nous voyons d'abord paroître Homère et Hésiode. Je n'entretiendrai point le lecteur de ces deux fameux poètes. Qui n'a lu l'Iliade et l'Odyssèe ? qui ne connoit les. Travaux et les Jours, la Théocjouie, le Bouclier d'Hercule? Homère a donné Virgile à l'antique Italie, et le Tasse à la nouvelle, le Camoëns au Portugal , Ercilia à l'Espagne , Milton à l'Angleterre , Voltaire à la France , Kl jpstock à l'Allemagne : il n'a pas besoin de mes éloges.
Pour nous, le côté intéressant des poèmes de ce sublime génie est leur action sur la liberté de la Grèce. Lycurgue les apporta à Sparte * et voulut que ses compatriotes y puisassent cet enthousiasme guerrier qui met les peuples à l'abri de la servitude étrangère. Solon fit des lois expresses en faveur de ce même Homère^ qui , comme historien , ne s'offre pas sous des rapports moins précieux. Aux seuls Athéniens il donne le nom de peuple, aux Scythes l'appellation des plus justes des hommes^, et souvent caractérise ainsi par un seul trait la poUtique et la morale de l'antiquité.
Les ouvrages d'Hésiode sont pleins des plus excellentes maximes. Le poète ne voyoit pas les hommes sous des couleurs riantes. Il respire cette mélancolie antique qui semble être le partage des grands génies. On sait que Virgile a puisé dans les Travaux et les Jours l'idée de ses Géorgiques ^. C'est de la belle description de l'âge d'or ^ qu'il a tiré ce morceau ravissant :
O Tortunatos nimiuni , sua si bona norint ,
Agricolas !
L'influence d'Hésiode sur son siècle dut être considérable, dans un temps où l'art d'écrire en prose étoit à peine connu. Ses poésies tendoient à ramener les honmies à la natiu'e ; et la morale , revêtue du charme des vers , a toujours un effet certain.
Thaïes de Crète , poëte et législateur , dont nous ne connoissons plus que le nom , fut le précurseur des lois à Lacédémone*. Il consen-
' ru T., in Lyc.
' Laert., in Solon.
• //., lil), IV.
' Georg.. lili. H, v JTC.
' Hesioi) , Oper. cl Dics.
• Sthab., lib. X , pag. 482.
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
lit par amitié pour Lycurgue à se rendre à Sparte et à préparer , par la douceur de ses chants et la pureté de ses dogmes , les esprits à la révolution. Ces grands hommes savoient qu'il ne faut pas précipiter tout à coup les peuples dans les extrêmes , si Ton veut que les réformes soient durables. Il n'est point de révolution là où elle n'est pas opérée dans le cœur : on peut détourner un moment par force le cours des idées ; mais si la source dont elles découlent n'est changée , elles reprendront bientôt leur pente ordinaire ".
Ainsi les philosophes de l'antiquité adoucissoient les traits de la sagesse en lui prêtant les grâces des muses. Parmi les modernes, les Anglois ont eu l'honneur d'avoir appliqué les premiers la poésie à des sujets utiles aux hommes. Quant à nous, nous avons été préparés #î^ aux bonnes mœurs par la Pucelle et d'autres ouvrages que je n'ose nommer ''.