CHAPITRE XXVIII
L'Egypte.
u moment du renversement de la tyrannie à Atiiènes, l'Egypte n'étoit plus qu'une province de la Perse. Ainsi elle fut exposée, comme le reste de l'état dont elle formoit undesmem- : rintluence de la révolution grectrou vera donc comprise en géné-
)re,s (pie.
, a tout Elle se
RÉVOLUTIONS ANCIENNES
rai luins ce «iiiejc dirai de l'empire de Cyrus. INous examinerons seulement ici quelques circonstances qui lui sont particulières.
î)e temps immémorial les Egyptiens avoient ('te soumis à un gouvernement tliéocratique '. Ainsi que les nations de l'Inde, dont ils tiroieiit vraisemblalilemenl leur origine " , ils étoient divises en trois classes inférieures , de lalioureurs , de pasteurs et d'artisans 2. Chaque homme étoit obligé de suivre, dans l'ordre où le sort l'avoit jeté, la profession de ses pères , sans pouvoir ciianger d'études selon son génie ou les temps. Quedis-je! ce n'eût pas été assez. Dans ce pays d'esclavage , l'esprit humain devoit gémir sous des cliaînes encore plus pesantes : l'artiste ne pou voit suivre qu une ligne de ses études , et le médecin qu'une branche de son art ■''.
Mais , en redoublant les liens de l'ignorance autour du peuple, ses chefs avoient aussi multiplié ceux de la morale. Ils savoient qu'il est inutile de donner des entraves au génie pour éviter les révolutions, si on ne gourmande en même temps les vices qui conduisent au même but par un autre chemin. Le respect des rois et de la religion '' , l'amour de la justice ^ , la vertu de la reconnoissance ^ , formoient le code de la société chez les Égyptiens; et s'ils étoient les plus superstitieux des hommes , ils en étoient aussi les plus innocents.
L'Egypte , de tous les temps , avoit fait un commerce considérable avec les Indes. Ses vaisseaux alloient, par les mers de l'Arabie et de la Perse , cherciier les épices , l'ivoire et les soies de ces régions lointaines. Ils s'avançoient jusqu'à la Taprobane , la Ceylan des
' DiOD..lib. I. pag. 65.
» Cela n'est pas clair. (N. En. )
' DiOD., lil). I, pag. 67.
' HtHOD., lib. Il , cap. LXXMV.
* Id., lib. II. cap. XXXVII.
» DiOD., lib. I , pas. 70.
On coniioit la coutume des Egyptiens du jugement après la mort , qui s'étendoit jusque sur les rois. Un auU-e usage non moins extraordinaire étoit celui par lequel un débiteur engageoit le coriis de son père à son créancier. Ces lois sublimes sont trop fortes pour nos petites nations modernes : elles nous étonnent, elles nous confondent; nous les admirons; mais nous ne les entendons plus , parce qu'il nous manque la vertu qui en faisoit le secret.
« Hfbod., lib. II.
modernes. Sur cette côte les Chinois elles nations situées au-delà du cap Comaria * apportoient les marchandises , à l'époque du retour périodique des flottes égyptiennes , et recevoient en échange l'or de l'Occident 2.
Mais tandis que le peuple étoit livré , par système , aux plus affreuses ténèbres , les Inmières se trouvoient réunies dans la classe des prêtres. Ils reconnoissoient les deux principes de l'univers'' : la matière' et l'esprit ■*. Ils appeloient la première Aihor, et le second, Cneph^. Celui-ci , par l'énergie de sa volonté , avoit séparé les éléments confondus , produit tous les corps , tous les effets , en agissant sur la masse inerte ^. Le mouvement , la chaleur , la vie répandue sur la nature leur fit imaginer une infinité de moyens où ils voyoient une multitude d'actions. Ils crurent que des émanations du grand Etre flottoient dans les espaces , et animoient les diverses parties de l'univers ''. Ils tenoient l'âme immortelle ; et Hérodote prétend que ce furent eux qui enseignèrent les premiers ce dogme fondamental de toute moralité ^ '\ Us adressoient cette prière au ciel dans leurs pompes funèbres : <i Soleil , et vous , puissances qui dispensez la vie aux hommes , recevez-moi , et accordezmoi une demeure parmi les dieux immortels*. » D'autres sectes des prêtres enseignoient la doctrine de la transmigration des âmes '".
La physique , considérée dans tous les rapports de l'astronomie , la géométrie , la médecine, la chimie, etc., étoient cultivées par les prêtres égyptiens •' avec un succès inconnu
• Comorin.
' Robehtson'8 Disquiiition , etc. ,] eoncem. Anvient [iidia, sect. i.
^ Il n'y a point deux principes dans l'univers, ou il fjudroit admettre l'éternité de la matière , ce qui détruiroit, toute véritable idée de Dieu. (N.Éd. )
' Jablonsk., Pnnth. jEgyft., lib. I, cap. i.
* Plut., Isis, Osiris.
' Jablonsk. , Panth. jEgijpt.,Ub. l, cap. i; Eusep., lil>. III. cap. XI.
^ Plut., Isis, Osiris.
' Jablonsk., lib. II , cap. i , 11.
» Lib II , cap. cxxiii.
'' Me voilà bien éloigné du matérialisme. ( N. Éd. )
' PORPUïR.. de Àbslinenl., lib. IV.
'" Herou. , lib II , cap. cxxui.
" Id. ibid.; DiOD , lib. I; STRàn., lib. XVII; JA- BLONSK., Panth. /Egyytionuii.
AVANT J.-C. oO'.). -= Ul. 07.
alix autres peuples , et surtout aux Grecs au moment de leur révolution. La science sublime des gouvernements leur étoit aussi révélée. Pythagore , Tlialès , Lycurgue , Solon , sortis de leur école , prouvent également cette vérité.
Les Égyptiens comptèrent des auteurs célèbres : les deux Hermès , le premier , inventeur ' , le second , restaurateur des arts ^ ; Sérapis , qui enseigna à guérir les maux de ses semblables ^. Leurs livres ont péri dans les révolutions des empires, mais leurs noms sont conservés parmi ceux des bienfaiteurs des hommes. Si l'on en croit les alchimistes , la transmutation des métaux fut connue des savants d'Egypte *.
Au reste, c'est dans ce pays, dont tout amant des lettres ne doit prononcer le nom <|u'avec respect , que nous trouvons les premières bibliothèques. Comme si la nature eût destiné cette contrée à devenir la source des lumières , elle y avoit fait croître exprès le papyrus ^ pour y fixer les découvertes fugitives du génie. Malheureusement les signes mystérieux dans lesquels les prêtres enveloppoient leurs études ont privé l'univers d'une foule de connoissances précieuses. J'ai un doute à proposer aux savants. Les Égyptiens étoient vraisemblablement Indiens d'origine : la langue philosophique du premier [)euple n'éluil-elle point la même (pie la langue hansciite des derniers ^ ? Celle-ci est maintenant entendue , ne seroit-il [)oint j)0ssible d'expliquer l'aulre par son moyen " V
En rangeant sous sa puissance les diverses nations disséminées sur les bords du Nil , Cambyse favorisa la propagation des arts. Jusqu'alors les Égyptiens , jaloux des étrangers '' , ne
' Elian., flist-, lib. XIV, cap. xxxiv.
• IltHOD. , lil). II, cap. LXXill.
' Pi.i>i,, lib II, cap xiii.
' L'Erjijpte ddvoilce.
' Plin.. lib. XIII, cap. xi.
' Ou devroit écrire sanucrit, qui est la vraie prononci.ilion.
' J'adoptois trop absolument l'opinion des savants, qui font les Égyptiens originaires de l'Inde. Les progrès ('Honnanis que M. Ciiarnpollion a faits dans l'explication dcshiérogiypiies n'ont point juspi'à prés-nt éialdi (ju'il cxisl.it de rapport eiitre le sansciit et la langue savante di s Égyptiens, ( N. É». )
' niOD., lib.I, pag. 78;"-TiiAD..f;ro7.,lib. \VII,p. n*2.
les adiiielloienl qu avec la plus grande ié|»iignance à leurs mystères ^ . Lorscprils furent devenus sujets de la Perse, l'entrée de leur pays s'ouvrit alors aux amants de la philosophie. C'est de ce coin du monde que l'aurore des sciences commença à poindre sur notre horizon ; et l'on vit bientôt les lumières s'avancer de lÉgypte vers l'Occident, comme l'astre radieux qui nous vient des mêmes rivages.