‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 4 sur 201 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

circonstances, j'ai laissé cet Essai, avec la brièveté des chapitres et la variété îles notes, tel qu'il est originairement sorti de dessous ma plume, sans chercher à y mettre plus de régularité. 11 m'a semblé que le désordre apparent qui y règne eu montrant tout l'intérieur d'un homme (chose qu'on voit si rarement ) , nétoit peut-être pas sans une espèce de charme. Je ne sais cependant si on peut dire que cet ouvrage manque de méthode.

Ce premier volume, ou plutôt ces deux premiers volumes contiennent les révolutions de la Grèce , et forment en eux-mêmes un tout absolument indépendant des parties qui suivront. L'empressement avec lequel on a bien voulu demander cet ouvrage me flatte moins qu'il ne m'effraie c» qu'on commence par exalter sans raison on finit souvent par le déprécier sans justice. D'ailleurs ma santé, dérangée ^ par de longs voyages, beaucoup de soucis , de veilles et d'études, est si déplorable, que je crains de ne pouvoir remplir immédiatement la promesse que j'ai faite concernant les autres volumes de l'Essai historique.

Que ce livre m'attire beaucoup d'ennemis, j'en suis convaincu. Si je l'avois ci'u dangereux , je l'eusse supprimé; je le crois utile, je le publie, ilenonçant à tous les partis , je ne me suis attaché qu'à celui de la vérité : l'ai-je trouvé ? je n'ai pas 1 orgueil de le prétendre. Tout ce que j'ai pu faire a été de marcher en tremblant , de me tenir sans cesse en garde contre moi-même , de ne jamais énoncer une opinion sans avoir auparavant descendu dans mon propre sein pour y découvrir le sentiment qui me 1 avoit dictée. J'ai tâché d'opposer philosophie à philosophie , raison à raison , principe à principe : ou plutôt je n'ai rien fait de fout cela , j'ai seulement exposé les doutes d'un honnête homme.

N'ayant aucune cabale pour moi , aucune coterie

Voyez la Préface.

qui me porte , aucun moyen d'argent ou d'iulrigues pour faire circuler ou prùner mon livre, je dois m'altendre à rencontrer tous les obstacles des préjugés et des opinions. Je ne mendie d'éloges ni ne cours après des lecteurs. Si l'ouvrage vaut quelque chose, il sera connu assez tôt : s'il est mauvais , il restera dans l'oubli avec tant d'autres.

Une circonstance particulière m'oblige de toucher ici un article dont autrement il m'auroit peu convenu de parler. Quelques étrangers ayant, sur le prospectus, jugé trop favorablement de l'Essai hisloiique, m'ont fait l'honneur de me lederaamier à traduire. L'homme de lettres allemand qui veut bien embellir mon ouvrage de son style ne m'a rien objecté particulièrement; mais la dame angloise qui traduit l'Essai historique m'a critiqué avec autant de grâce que de politesse. Elle me mandoit, par exemple, qu'elle ne pourroit jamais se résoudre à traduire le passage qui se rapporte à M. de La Fayette. Je fus étonné : je m'aperçus alors combien il est difficile d'entendre parfaitement tous les tours d'une langue qui n'est pas la nôtre. Cette dame avoit pris au sens littéral ces mots : La Fayette est un scélérat ! Aucun François ne se méprendra à la vraie signification de celte phrase; mais puisque cette dame a pu s'y tromper, il est possible que d'autres étrangers tombent dans la même erreur. J'invite donc ceux d'entre eux qui parcourront cet Essai à faire attention au passage indiqué ; ils verront sans doute aisément que l'expression et bien loin de dire en effet ce qu'elle semble dire à la lettre. J'ose me flatter d'avoir mis assez de mesure dans cet écrit pour qu'on ne m'accuse pas d'insulter grossièrement un homme qui n'est pas un grand génie sans doute, mais qu'on doit respecter par cela seul qu'il est malheureux ",

Il éloit à cette épotiue dans les priions d'Olmutz.

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