CHAPITRE XXXIV M. Fos. M. Piir
^^^^m^^^i^-^^^ ^"^ "0"s avons vu '*'^^^*^^^^^^^'*lK:roître à la tète del.i .(•jé-M »,,ii2if,i-i(é et de la majorité, dans le sénat de Cartilage. lesplusbeaux talents et les premieis hommes de leur siècl; ; ttls , différens de
' Vn million annuel.
" Je n'ai pas attendu à être membre de la Chambre lies pairs pour m'occuper de l'économie politique : ou voit <pie je savois ce que c'étoit (|ue 1 1 liquidation d'un detle, et un fonds «amortissement, (piel(|i;e trentaine d'années avant (jue ceux qui pailcnt aujourd'hui de linances sussent peut-être faire correctement les quatre première; règles de l'arithméticpie. (X. Éd.)
UEVOLIJTIOÎSS ANCII'NNES.
mœurs, d'opinions et d'éloquence , brillent, dans le parlement d'Angleterre, les deux grands orateurs dont nous essayons d'ébaucher une foible peinture.
M. Fox , plein de sensibilité et de génie , écoute son cœur lorsqu'il discourt , et se fait entendre ainsi aux cœurs sympatln([ues. Savant dans les lois de son pays , modéré dans ses sentiments politicpies , connoissant la fragilité humaine , et réclamant pour les autres la même indulgence dont il peut avoir besoin pour lui , on le trouve rarement dans les extrêmes , ou , s'il s'y laisse entraîner quelquefois , ce n'est que par cette chaleur des temps , dont il est presque impossible de se défendre. Mais quand il vient à élever une voix touchante en faveur de l'infortuné, il règne, il triomphe. Toujours du parti de celui qui souffre , son éloquence est une richesse gratuite , qu'il prête sans intérêt au misérable ; alors il remue les entrailles , alors il pénètre les âmes ; alors une altération sensible dans les accents de l'orateur décèle tout l'homme ; alors l'étranger dans la tribune résiste en vain , il se détourne et pleure. Haine d'un parti , idole de l'autre, ceux-là reprochent à M. Fox des erreurs , ceux-ci exaltent ses vertus ; il ne nous appartient pas de prononcer. Lorsque le fracas des opinions et les fatigues d'une vie publique auront cessé pour cet homme célèbre , le moment de la justice sera venu; mais, quel que soit le jugement de la postérité, les malheureux des temps à venir, qui forment la majorité dans tous les siècles , diront : a 11 aima nos frères d'autrefois , il parla pour eux. »
Lorsque M. Pilt prend la parole dans la Chambre des communes, on se rappelle la comparaison qu'Homère fait de l'éloquence d'Ulysse à des flocons de neige , descendant silencieusement du ciel. Emue , échauffée à la voix du représentant opposé, l'assemblée, pleine d'agitation , Hotte dans l'incertitude et le doute : le ciiancelier de l'échitiuier se lève, et sa logique, qui tombe avec grâce et abondance, vient éteindre une chaleur inutile, toujours dangereuse aux législateurs; chacun, étonné , sent ses passions se refroidir ; le prestige du sentiment se dissipe ; il ne reste que la vérité.
Placé à la tête d'une grande nation , M. Pitt
doit avoir pour ennemis et les hommes dont son rang clevé attire l'envie, et ceux dont il combat les opinions. Le texte des déclamations contre le ministre britannique est la guerre funeste dans laquelle l'Europe se trouve maintenant enveloppée. Les principes en ont été souvent discutés ; quant à la manière dont, elle a été conduite , l'injustice des reproches qu'on a faits là-dessus au chancelier de l'échiquier doit frapper les esprits les plus prévenus. Veut-on prendre pour exemple des hostilités présentes les combats réguliers d'autrefois? Où sont ces petits esprits qui calculent pertinemment ce qu'on auroit dû faire , par ce qu'on a fait jadis , qui ne voient dans la lutte actuelle que des batailles perdues ou gagnées , et non le Génie de la France dans les convulsions d'une crise amenée par la force des choses , déchirant , comme l'Hercule d'OEta , ceux qui osent l'approcher, lançant leurs membres ensanglantés sur les plaines cadavéreuses de l'Italie et de la Flandre, et s'apprêtant à tourner sur lui-même des mains forcenées? On pourroit soupçonner qu'il existe des époques inconmies , mais régulières , auxquelles la face du monde se renouvelle. Nous avons le malheur d'être nés au moment d'une de ces grandes révolutions : quel qu'en soit le résultat , heureux ou malheureux pour les hommes à naître , la génération présente est perdue : ainsi le furent celles du cinquième et du sixième siècle, lorsque tous les peuples de l'Europe , comme des fleuves , sortirent soudainement de leur cours. Qui seroit assez absurde pour exiger que M. Pitt pût vaincre , par des mesures ordinaires , la fatalité des événements? 11 y a des circonstances où les talents sont entièrement inutiles : qu'on me dimne le plus grand ministre , un Ximenès , un Richelieu, unJ. deWitt, un Ciiatham , un Kaunitz , et vous le verrez se rapetisser, et pour ainsi dire disparoîlre sous la pondération des choses et des temps actuels. Tl ne s'agit plus de cabales obscures ou coupables de quelques cabinets intrigants , d'un champ disputé dans les déserts de rx\méri(jue : ce sont maintenant les masses irrésistibles des nations qui se heurtent et se choquent au gré du sort. Guerres au dehors , factions au dedans , mésintelligence de toutes parts ; des ennemis dont
les opinions ne font pas moins de ravages que leurs armes , des peuples corrompus, des cours vicieuses , des finances épuisées , des gouvernements chancelants ; pour moi , je l'avouerai , ce n'est pas sans étonnement que je vois M. Pitt portant seul , comme Atlas , la voûte ti'un monde en ruine ' \
' Ce langage m'oblige à iléclarer que je ne suis ni l'apologiste de la guerre, ni celui de M. Pitt. Je ne connois ni ne connoîtrai vraisemblablement ce dernier ; je n'attends ni ne demande rien de lui. Je n'aime point les grands, non que les.petits vaillent mieux, mais parce <iue je ne sais point honorer I habit d'un honnne , et que mon opinion surtout n'en dépendra jamais. Ké avec un cœur indépendant , j'exprimerai toujours hardiment ma pensée, en dépit de la fortune et des factions. J'ai donc parlé du chancelier de l'échiquier avec la même franchise que je l'aurois fait d'un autre homme. Est-ce d'après k's déclamations des gazettes que je dois le juger? d'ap es les grossièretés que les François vomissent contre lui ? Qu'on prouve , et je croirai ; mais , en attendant, qu'il me soit permis de penser pour moi. l'arce que les Jacoljins ont coumiis des crimes , cela ne m'empêche pas de croire qu'une républL^ue est le meilleur de tous les gouvernements , lorsque le peuple a des mœurs ; le pire de tous , lorsque le peuple est corrompu. Parce que tel di'uiagogue insulte un homme , une nation, cela ne m'empêche pas d'estimcrcet homme, cette nation , tandis que lun et l'autre me paroissent estimal)les. Si j'avois eu de M. Pitt une opinion différente de celle que j'ai énoncée, je l'eusse exprimée avec le même courage; je n'aurois pas mis un moment en balance ma sûreté personnelle , et ce qui m'eiit semblé la vérité. Que si ce langage paroit extraordinaire, je le crois fait pour honorer et moi et l'homme d'état dont je parle: que s'il s'offensoit de ce passage, je me suis trompé.
=* Les éloges sont fort exagérés dans ce chapitre ; mais c'est un tribut très-naturel de reconnoissance que je payois à l'hospitalité. Il y a d'aii:eurs des choses vraies sur la différence qui existoit entre la guerre de la révolution et les guerres qui l'avoient précédée. Je me reconnois à peu prés tel que je suis aujourd Imi dans la note (pii termine ce chapitre : je n'aime point les grands, souvent je n'estime point les petits, et mon opinion ne dépendra jamais de personne. Ma franchise avec M Pitt est sincère; mais ell; est risiblc. Étoit-il probable que le premier ministre d'Angleterre liroit jamais l'ouvrage obscur d'un obscur émigré ? (N. Ko.)
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CHAPITKE XXXV.
Suite du parallèle entre Carthage et l'Angleterre. La guerre et le commerce. Annibal, Marli)orough. Hanuou, Cook ; traduction du voyage du premier, extrait de celui du second.
L ne nous reste plus !|u'à considérer Carthage et r Angleterre dans leur esprit guerrier et lommerçant.
J'ai déjà touché quelque chose de cet inlélessant sujet. Ajoutons (pie, par un jeu singulier de la fortune , la rivale de Rome et celle de la France ne comptèrent chacune qu'un grand général : la première, Annibal; la seconde, Marlborough '. Un parallèle suivi entre ces hommes illustres nous écarteroit trop de notre sujet; il suffira de remarquer que, tous les deux employés contre l'antique ennemi de leur patrie , ils le réduisirent également à la dernière extrémité-, et furent sur le point d'entrer en triomphe dans la capitale de son empire ; qu'on leur reprocha le même défaut, l'avarice; enfin, que, tous deux rappelés dans leur pays, ils n'y trouvèrent que lingratitude.
Quant au commerce , en ayant déjà décrit l'étendue , je me contenterai de citer un fait peu connu. Carthage est la seule puissance ma-
^ Il y eut sans doute quelipies grands généraux à Carthage et en Angleterre, mais aucun aussi célèbre (pi'Annibal et Marlborough.
' A présent le siècle impartial convient qu'on ne doit pas juger Marlborough avec autant d"enthousiasi7ie(|uc nos ])ères; il auroit fallu le voir aux prises avec les Condé et les Tureune pour bien juger de ses talents. Il n'eut jamais en tête (jue de mauvais généraux , et il agit presque toujours en conjonction avec le prince Eugène. La seide fois qu'il combattit contre un grand capitaine, je crois, à Malplaquet, il perdit vingt-deux mille hounnes, encore Villars n'avoit-il(jue des recrues (pii n'avoient jamais vu le feu , et manipioient de tout, même de pain. .\ la prise de Lille, Vendôme étoit subordonné au duc de Bourgogne. Annibal combattit lo.s Fabius , les Sci|iion , etc.
KKVOLCTIONS Aî^CIENNES.
ritime de ranliquité qui , de même que TAn- !:;leterre , ail ima'^inc les lois prohibitives pour ses colonies. Celles-ci éloient obligées d'ache ter aux marchés de la mère-patrie les divers objets dont elles se faisoient besoin , et ne pouvoient s'adonner à la culture de telle ou telle denrée *. On juge par ce trait jusqu'à quel degré la vraie nature du commerce et les calculs du fisc étoient entendus de ce peuple africain ; peut-être aussi y trouveroit-on la cause des troubles qui ne cessoient d'agiter les colonies puniques.
Que si encore deux gouvernements se livrent aux mêmes entreprises suggérées par des motifs semblables , on doit en conclure que ces gouvernements sont animés d'une portion considérable du même génie ; or, nous voyons que ceux de Carthage et d'Angleterre furent souvent mus d'après de semblables principes , vers des objets de prospérité nationale. Nous allons rapporter les deux voyages entrepris pour l'agrandissement du commerce dans l'ancien monde et dans le monde moderne : le premier, fait par ordre du sénat de Carthage, à une époque qui n'est pas exactement connue 2 ; le second , exécuté de nos jours par la munificence du roi de la Grande-Bretagne. Hannon , qui commandoit l'expédition carthaginoise , devoit , en entrant dans l'Océan par le détroit de Gades ou de Gadir ^ , découvrir les terres inconnues en faisant le tour de l'Afrique , et jetant çà et là des colonies sur ses rivages. Sans l'usage de la boussole, avec une imparfaite connoissance du ciel et de frêles barques souvent conduites à la rame, lors- (ju'on se représente qu'il auroit fallu affronter les tempêtes du cap de Bonne-Espérance , si longtemps la borne redoutable des navigateurs modernes , on ne peut que s'étonner du génie hardi qui poussoit les Carthaginois à ces entreprises périlleuses. Le dessein échoua en partie : de retour dans sa patrie , Hannon pu-
' AmST., de. Mirab. auscvlt., loni. I, pag. I !59.
2 II est reconnu que ce voyage n'est pas de l'Hannon auiiuel on l'atti ibue , et (iiii devoit vivre vers le tt'nii)s de l'expédition d'Agathocles en Afrique. Le^ uns font l'auteur de ce journal contemporain d'Annil)al; d'autres le lejettent à un siècle (pii approclieroit de la révolution de la Grèce dont nous parlons : peu importe au lecteur.
' Cadix.
blia une relation de son voyage , et son journal , étant traduit en grec par la suite, nous a, par ce moyen, été conservé. La brièveté et l'intérêt de l'unique monument de littérature punique qui soit échappé aux ravages du temps * , m'engagent à le donner ici dans son entier ; nous placerons , selon notre méthode , un des morceaux les plus piquants du voyage de Cook auprès de celui de l'amiral carthaginois : on sait que le premier de ces deux navigateurs fut employé à la découverte d'un passage de la mer du Sud dans l'Atlantique, par les mers septentrionales de l'Amériiiue et de l'Asie *.
Voyage pau mer et par terre, au-delà des colonives d'hercule, fait par hamvon , ROI des carthagiivois ,
QUI, A SON RETOUR, VOUA DANS LE TE.MPLE DE SA- TURNE LA relation suivante:
Le peuple de Carthage ra'ayant ordonné de faire un voyage au-delà des Colonnes d'Hercule, pour y fonder des villes liby-phéniciennes , je mis en mer avec une flotte de 60 vaisseaux à 50 rames, ayant à bord une grande quantité de vivres , d'habits , et environ trente raille personnes , tant hommes que» femmes.
Deux jours après que nous eiimes fait voile, nous passâmes le détroit de Gades, et jetâmes le lendemain sur la côte d'Afrique, dans un lieu où s'étend une plaine considérable , une col.»»iic que nous appelâmes Thijmiatcr'inm. De là , cing^ut à l'ouesl . nous fîmes le cap Soloent sur la côte de Libye . promontoire couvert d'arbres, où nous élevâmes un temple à Neptune.
Du'igeant notre course à l'Orient , après un demijour de navigation nous atteignîmes, à peu de distance de la mer, la hauteur d'un lac ' plein da grands roseaux, où nous vîmes des éléphants vl
' Il nous rrste une scène en punique dans Plante , et des fragments d'un ouvrage sur l'agriculture, traduit-i en lalin, où l'on apprend le secret d'engraisser les rats.
" Je demande bien pardon de ce chapitre à la mémoire d'Aniiibal ; les citalions servent du moins ici à couvrir le vice du sujet. Je ne sais trop pourquoi le Périple d Hannon et les Voyages de Cook se trouvent compromis dans la révolution françoise, mais enfin il» sont amusants; il faut les prendre pour ce qu'ils sont, et oublier l'Essai historique. (N.Éd.)
' 11 se trouve ici une difliculté dans le grec. On croiroit d'abord qu'IIannon a remonté une rivière, ensuite on le trouve fondant des villes maritimes. J'ai suivi lii sens (|ui m'a paru le plus probable.
AVANT
plusieurs autres animaux sauvage paissant çù et là. A un jour de navigation de ce lac nous fondâmes plusieurs villes maritimes : Cytte, Acra, Mélisse, etc.
Durant notre relâche nous avançâmes jusqu'au grand fleuve Lixa, qui sort de la Libye, non loin des Nomades; nous y trouvâmes les Lixiens qui s'occupent de l'éducation des troupeaux. Je demeurai quelque temps parmi eux et conclus un traité d'alliance.
Au-dessus de ces peuples habitent les ^thioj)iens , nation inhospitalière , dont le pays est rempli de bêtes féroces et entrecoupé de hautes montagnes , où l'on dit que le Lixa prend sa source. Les Lixiens nous racontoient que ces montagnes sont fréquentées par les Troglodytes, hommes d'une forme étrange, et plus légers que les chevaux à la course. Je fis ensuite, avec des interprètes , deux journées au raidi dans le désert.
A mon retour j'ordonnai qu'on levât l'ancre*, et nous courûmes pendant vingt-quatre heures à l'est. Au fond d'une baie nous trouvâmes une petite île de cinq stades de tour , à laquelle nous donnâmes le nom de Cernes , et y laissâmes quelques habitants. J'examinai mon journal, et je trouvai que Cernes devoit être située sur la côte opposée à Carthage : la distance de cette île aux Colonnes d'Hercule étant la même que celle de ces mêmes Colonnes à Carthage.
ÎS'ous reprîmes notre navigation, et, après avoir traversé une rivière appelée Chrclcs , nous entrâmes dans un lac où se formoient trois iles plus considérables que Cernes. Nous mimes un jour à parvenir (!e ces îles jusqu'au fond du lac. De hautes montagnes enbordoient l'enceinte; nous y rencontrâmes des hommes couverts de peaux et habitants des bois , qui nous assaillirent à coups de pierres. Longeant les rives de ce lac, nous touchâmes à un autre fleuve large, couvert de crocodiles et de chevaux-marins. De là nous revirâmes et gagnâmes l'île de Cernes.
De Cernes , portant le cap au sud , nous rangeâmes pendant douze jours une côte habitée par des éthiopiens qui paroissoient extrêmement effrayés , et se servoient d'un langage inconnu même à nos interprètes.
Le douzième jour nous découvrîmes de hautes montagnes chargées de forêts , dont les arbres de différentes espèces sont parfumés. Après avoir doublé ces montagnes, en deux jours de navigation, nous entrâmes dans une mer immense. Dans les parages avoisinant au continent s' élcvoit une espèce
* Cette phrase n'est pas du texle , mais elle y est im jili(iuée.
de champ d'où nous voyions , dui-ant la nuit , sortii- , par intervalles, des flammes , les unes plus petites , les autres plus grandes. Les équipages ayant fait de l'eau, nous serrâmes le rivage pendant quatre jours , et le cinquième nous louvoyâmes dans un grand golfe que nos interprètes appeloient Espenim Ceras (la Corne du soir). Nous nous trouvâmes par le gisement d'une île d'une latitude considérable. Un lac salin , dans lequel se formoit un îlot, occupoit l'intérieur de cette grande île. Nous mouillâmes par le travers de la terre et nous n'aperçûmes qu'une forêt. Mais pendant la nuit nous voyions des feux, et nous entendions le son des fifres, le bruit des timbales, et les clameurs d'uu peuple innombrable.
Saisis de frayeur , et recevant de nos devins l'ordre d'abandonner cette île, nous appareillâmes surle-champ, et côtoyâmes la terre de feu deThymiaterium, dont les torrents enflammés se déchargent dans la mer. Le sol étoit si brûlant qu'on ne pouvoit y arrêter le pied. Nous tournâmes promptement le cap au large , et dans quatre jours nous fûmes portés de nuit à la hauteur d'un pays couvert de flammes, du milieu desquelles s'élevoit un cône de feu qui sembloit se perdre dans les nues. Au jour nous reconnûmes que c'étoit une haute montagne nommée Thcon Ochema.
Ayant doublé les régions ignées , nous ouvrîmes , trois jours après, le golfe i\o((t Ceras (la Corne de l'Orient) au fond duquel gisoit* une île , avec un lac, un îlot , semblable à celle que nous avions déjà découverte. Ayant touché à cette île, nous la trouvâmes habitée par des Sauvages. Le nombre des femmes dominoit infiniment celui des hommes. Celles-ci étoient toutes velues, et nos interprètes les appeloient Gorilles. Nous les poursuivîmes, mais sans pouvoir les atteindre. Ils fuyoient par des précipices avec une étonnante agilité, en nous jetant des pierres. Nous réussîmes cependant à prendr trois femmes. Nous fûmes obligés de les tuer pour éviter d'en être déchirés; nous en avons conservé les peaux. — Ici nous tournâmes nos voiles vers Carthage, les vivres commençant à nous manquer =.
Cook n'est plus. Ce grand navigateur a péri aux îles Sandwich, qu'il venoit de découvrir. Ses vaisseaux , maintenant commandés par les capitaines Clerkeet Gore, prêts à appareiller, attendent en rade un vent favorable, tandis
' On croit que cette Ile , le terme de la navigation d'Hannon, est Sainte- Anne.
' Gei'çr. F et. Sciifl. Grirr. Mi no-., vol. I [ing. (-G.
K li V 0 L l l' 1 0 .N S A N C 1 II N M: S .
que le lîeulenanl de la llèsoluiion fait, à la vue de la terre, la description suivante :
Les habitants des Iles Sandu-ich sont certainement de la même race que ceux de la IS'ourclle- Zclande , des îles de la Société et des .4»!is , de l'île de Pâques et des Marquises , race qui occupe , sans aucun mélange , toutes les terres qu'on connoit entre le quaraute-septi6me degré de latitude nord et le vingtième degré de latitude sud , et le cent quatre-vingt-quatrième degré et le deux cent soixantième degré de longitude orientale. Ce fait, quelque extraordinaire qu'il paroisse, est assez prouvé par l'analogie frappante qu'on remarque dans les mnpurs , les usages des diverses peuplades , et la ressemblance générale de leurs traits, et il «st démontré d'une manière incontestable par l'identité absolue des idiomes.
La taille des naturels des îles Sand^vidi est, en général, au-dessous de la moyenne, et ils sont bien fai!s; leur démarche est gracieuse; ils courent avec agilité , et ils peuvent supporter de grandes fatigues. Les hommes cependant sont un peu inférieurs du côté de la force et de l'activité aux habitants des îles des Amis, et les femmes ont les membres moins délicats que celles d'0-Tahiti. Leur teint est un peu plus brun que celui des 0-Tahitiens; leur figure n'est pas si belle. Un grand nombre d'individus des deux sexes ont cependant la physionomie agréable et ouverte : les femmes surtout ont de beaux yeux , de belles dents , et une douceur et une sensibilité dans le regard qui préviennent beaucoup en leur faveur. Leur chevelure est d'un noir brunâtre ; elle n'est pas universellement lisse comme celle des Sauvages de l'Amérique, ni universellement bouclée comme celle des nègres de l'Afrique : elle varie à cet égard amsi que celle des Européens.
On a parlé souvent dans ce Journal de l'hospitalité et de l'amitié avec lesquelles nous fûmes reçus des insulaires : ils nous accueillirent presque toujours de la manière la plus aimable. Lorsque nous descendions à terre ils se disputoient le bonheur de nous offrir les premiers présents , de nous apprêter des vivres et de nous donner d'autres marques de respect. Les vieillards ne mauquoient jamais de verser des larmes de joie; ils paroissoicnt très-satisfaits quand ils obtenoient la permission de nous loucher, et ils ne cessoicut de faire entre eux et nous des comparaisons qui annonçoicut bien de l'humilité et de la modestie. Les jeunes femmes ne furent pas moins caressantes , et elles s'attachèrent à nous sans aucune réserve, jusqu'au moment où
elles s'aperçurent qu'elles avoient lieu de se repentir de notre intimité.
Les habitants des îles Sandiàch diffèrent de ceux des îles des Amis en ce qu'ils laissent presque tous croître leur barbe; nous en remarquâmes un trèspetit nombre il est vrai, notamment le roi , qui l'avoit coupée, et d'autres qui ne la portoientque sur la lèvre supérieure. Ils arrangent leur chevelure d'une manière aussi variée que les autres insulaires de la mer du Sud; mais ils suivent d'ailleurs une mode qui, autant que nous avons pu en juger, leur est particulière. Ils se rasent chaque côté de la tète jusqu'aux oreilles, en laissant une ligne de la largeur de Ut moitié de la main , qui se prolonge du haut du front jusqu'au cou : lorsque les cheveux sont épais et bouclés , cette ligne ressemble à la crête de nos anciens casques. Quelques-uns se parent d'une quantité considérable de cheveux faux qui flottent sur leurs épaules en longues boucles , tels qu'on en voit aux habitants de l'île de H. rii , dont on trouve la figure dans la collection de M. Dalrymple : d'autres en font une seule touffe arrondie qu'ils nouent au sommet de la tt te , et qui est à peu près de la grosseur de la tète elle-même : plusieurs en font cinq à six touffes séparées. Ils les barbouillent avec une argile grise mêlée de coquilles réduites en poudre, qu'ils conservent eu boules, et qu'ils mâchent jusqu'à ce qu'elle devienne une pâte molle quand ils veulent s'en servir. Cette composition entretient le lustre de leur chevelure , et la rend quelquefois d'un jaune pâle.
Une seule pièce d'une étoffe épaisse, d'environ dix h douze pouces de largeur, qu'ils passent entre les cuisses , qu'ils nouent autour des reins, et qu'ils appellent Maro , forme en général l'habit des liommes. C'est le vêtement ordinaire des insulaires de tous les rangs. La grandeur de leurs nattes , dont quelques-unes sont très-belles, varie; elles ont communément cinq pieds de long et quatre de large. Us les jettent sur leurs épaules et ils les ramènent en avant, mais ils s'en servent peu, à moins qu'ils ne se trouvent en état de guerre : comme elles sont épaisses et lourdes et capables d'amortir le coup d'une pierre et d'une arme émoussée, elles semblent surtout propres à l'usage que je viens d'indiquer. En général ils ont les pieds nus, excepté lorsqu'ils doivent marcher sur des pierres brûlées; ils portent alors une espèce de sandales de fibres de noix de cocos tressées.
Le vêtement commun (\e.< femmes ressemble beaucoup à celui des hommes. Elles enveloppent leurs reins d'une pièce d'étoffe qui tombe jusqu'au milieu des cuisses , et quelquefois, durant la fraicheiu'
AVANT
des soirées , elles se montrèrent avec de belles étofr's qui Rottoient sur leurs épaules, selon l'usage des 0-Tahitiennes. Le Pau est un autre habit qu'on voit souvent aux jeunes filles; c'est une pièce de l'étoffe la plus légère et la plus fine, qui fait plusieurs tours sur les reins , et qui tombe jusqu'à la jambe, ds manière qu'elle ressemble exactement à un jupon court. Leurs cheveux sont coupés par derrière et «houriffés sur le devant de la tête comme ceux des O-Tahitieusetdeshabitantsdela Sourcil e-Zilande: elles diffèrent à cet égard des femmes des iles des -imis, qui laissent croître leur chevelure dans toute sa longueur. Nous vîmes à la baie deKaral;aliooa, une femme dont les cheveux se trouvoient arrangés d'une manière singulière : ils étoient relevés par derrière et ramenés sur le front, et ensuite repliés sur eux-mêmes, de façon qu'ils forraoient une espèce de petit bonnet.
H y a lieu de croire qu'ils passent leur temps d'une manière très-simple et peu variée. Ils se lèvent avec le soleil , et après avoir joui de la fraîcheur du malin, ils vont se reposer quelques heures. La conslructiou des pirogues et des nattes occupe les Erces; les femme? fabriquent les étoffes, les Toirtnirs sont chargés surtout du soin des plantations et de la j)éche. Divers amusements remplissent leurs heures de loisir. Les jeunes g;rçons et Ici femmes aiment passionnément la danse ; et les jours d'appareil ils ont des combats de lutte et de pugilat bien inférieurs à ceux des îles des .Ixiis, comme on l'a observé plus haut.
Il est évident que les naturels de ces îles sont divisés en trois classes. Les Erees , ou les chefs de chaque district , forment la première : l'un d'eux est supérieur aux autres, et on l'appelle à Owhtjher , Kree-Taboo et Eree-Moee : le premier de ces noms aanonce son autorité absolue, et le second indique que tout le monde est obligé de se prosterner devant lui , ou , selon la signification de ce terme , de se coucher pour dormir en sa présence. La seconde classe est composée de ceux qui paroissent avoit des propriétés sans auc m pouvoir. Les Towtoivs , ou les domestiques , qui n'ont ni rang ni propriété,
forment la troisième
Il paroît incontestable que le gouvernement ( monarchique) est héréditaire.
Le pouvoir des Erees sur les classes inférieures nous a paru très-absolu. Des faits que j'ai déjà racontés nous montrèrent cette vérité presque tous les jours de notre relâche. Le peuple, d'un autre cùté, a pour eux la soumission la plus entière, et cet état d'esclavage contribue d'une manière sensible à dégrader l'esprit et le corps des sujets. Il faut remar-
quer néanmoins que les chefs ne se rendhent jamais (levant nous coupables de cruauté , d'injustice ou même d'insolence à l'égard de leurs vassaux; mais (juils exercent leur autorité les uns sur les antres de la manière la plus arrogante et la plus oppres- -i^e. J'en citerai deux exemples:
Un chef subalterne avoit accueilli avec beaucoup •le politesse le Master de notre vaisseau , qui éfoit ;dlé examiner la baie de Karahuhuoa , la \eille de iarrivée de la Résolulion ; voulant lui témoigner le la reconnoissance, je le conduisis à bord quelque temps après, et je le présentai au capitaine Cook , (jui l'invita à dîner avec nous. Pareea entra tandis (lue nous étions à table : sa physionomie annon(a combien il étoit indigné de le voir dans une posi- :ion si honorable; il le prit à l'instant même par l(?s cheveux, et il alloit le traîner hors de la chambre : notre commandant interposa son autorité, et après 'beaucoup d'altercatious , tout ce que nous pûmes obtenir , sans eu ^ enir à une véi'itable querelle avec Pareea, fut que notre convive demeureroit dans la chambre, qu'il s'y assiéroit par terre, et que Pareea le remplaceroit à table. Pareea ne tarda pas à être traité aussi durement : lorsque Terreeoboo arriva pour la première fois à bord «le la Résolution , Maiha-Maiha qui l'acconipagnoit, trouvant Pareea sur le tillac , le chassa de la f çou !a plus ignominieuse : nous étions sûrs néanmoins ([ue Pareea étoit ua personnage d'importance.
La religion des îles Sandirich ressemble beauc/)up à celle des îles de la Société , et des iles des Amis. Les Moraîs , les li'attas, les idoles, les sacrifices et les hymnes sacrés , sont les mêmes dans les trois groupes , et il paroît clair que les trois tribus ont iré leurs n(»tions religieuses de la même source. Les cérémonies des îles Sandwich sont, il est vrai , |)lus longues et plus multipliées ; et quoiqu'il se irouve dans chacune des terres de la mer du Sud une certaine classe d'hommes chargée des rites religieux, nous n'avions jamais rencontré de sociétés réunies de prêtres, lorsque nous découvrîmes !es cloîtres de Kakooa dans la baie de Karahahooa. Le chef de cet ordre s'appeloil Orano , dénomina' tion qui nous parut signifier quelque chose de trèssacré, et qui eutraînoit pour la personne d'Omeeah des hommages qui alloient presque jusqu'à l'adoration. Il est vraisemblable que certaines familles jouissent seules du privilège d'entrer dans le sacerdoce , ou du moins de celui d'en exercer les principales fonctions. Omeeah étoit fils de Kaoo et oncle de Kaireekeea; ce dernier présidoit , eu l'a!)sence de son grand-père , à toutes les cérémonies religieuses du Moraï. Nous remarquâmes aussi qu'on ne laissoit jamais paroître le fils unique d'Omeeah, eidànt d'environ cinq ans, sans l'envi-
r. EVOLUTIONS
l'onnorcititio suite nombreuse, et sans lui prodiguer des Koins tels (luc nous n'en avions jamais vu de pareils. Il nous sembla qu'on mettoit un pri\ extrême à la con.'^ervatinn de ses jours , et qu'il devoit succéder à la dignité de son pore'.
J'aiirois en vain multiplié les mots powr faire sentir la disparité des siècles, aussi bien qu'on l'aperi^oit par le rapproclieinent deces (ieux voyafjes. Rien ne montre mieux l'esprit, les lumières de Vi\'j;e, le caractère des anciens , et .surtout celui des Cartliai^inois, que le journal dusuffète Hannon. L'ij^norance de la nature et de la fîéon:rap1iie, la superstition, la crédulité, s'y décèlent à chaque liijne. On ne sauroit encore s'empêcher de remarquer la barbarie des marins j)uni(|ues. Bien (jue les femmes velues dont ils parlent ne fussent vraisemblablement ([u'une espèce de sin,ij:es , il suffisoit que l'amiral africain les crût de nature humaine pour rendre son action atroce. Quelle différence entre ce mélange grossier de cruautés et de fables et le bon Cook cherchant des terres inconnues, non pour tromper les hommes, mais p:nir les éclairer, portant à de pauvres Sauvages les besoins ile la vie, jurant tranquillité et bonlieur sur leurs rives charmantes à ces enfants de la nature, semant parmi les glaces australes les fruits d'un plus doux climat, soigneux du misérable que la tempête peut jeter sur ces bords désolés, et imit;:nt ainsi, par ordre de son souverain, la Providence, qui prévoit et soulage les maux des hommes-; enfin, cet illustre navigateur res-
' Tioisirine Vt.ijage de Cook, tome IV, chap. Tu-vm, page fi' -112.
2 Sila pliilosopliie a jamais rien présenté de grand , c'est sans doute lorsi|n"elle nous innntie les Anglois semant de graines nutritives les îles itdiabitées de la mer du Sud. Ou se plaît à se figurer ces colonies de végétaux européens, avec leur port, leur costume étranger, leurs mœurs policées, contrastant au milieu des plantes natives et sauvages des terres australes. On aime à se les peindre émigrant le long des côtes , grimpant les collines, ou se répandaut à travers tes Ijois, selon les haViitudes et les amours qu'elles ont apportées de leur sol natal : comme des familles exilées ipu clioisissent de préférence, dans le désert, les sites (|ui leur rappellent la patrie. Qu'tm malheureux François. Anglois , Espagnol, se sauve seul stn- un rivage peuplé de ces lierbes co-citoyennes de son village ; que , prêt à mourir de faim, il trouve soudain, tout au fond d'un désert, à quatre mille lieues de l'Europe, le légume fami-
ANCirNM:.«;.
serré de toutes parts par les rivages de ce globe, (|ui n'offre plus de mers à ses vaisseaux, et connoissant désormais la mesure de notre planète . comme le Dieu qui l'a arrondie entre ses mains.
Cependant , il faut l'avouer , ce que nous gagnons du côté des sciences , nous le perdons en sentiment. L'Ame des anciens aimoit à se plonger dans le vague infini ; la nôtre est circonscrite par nos connoissances. Quel est l'homme sensible qui ne s'est trouvé souvent à l'étroit dans une petite circonférence de quelques millions de lieues? Lorsque, dans l'intérieur du Canada, je gravissois une montagne, mes regards se portoient toujours a l'ouest , sur les déserts infréquentés qui s'étendent dans cette longitude. A l'orient, mon imagination rencontroit aussitôt l'Atlantique, des pays parcourus, et je perdois mes plaisirs. Mais, à l'aspect opposé , il m'en prenoit presque aussi mal. J arrivois incessamment à la mer du Sud, de là en Asie, de là en Europe, de là... J'eusse voulu pouvoir dire , comme les Grecs : « Et làbas! là-bas! la terre inconnue, la terre immense " ! I) Tout se balance dans la nature : s'il falloit choisir entre les lumières de Cook et l'ignorance d'Haimon, j'aurois, je crois, la foiblesse de me décider pour la dernière.
CJLVPÎTRE XXXVL fnîlncnce de la révolution grecque sur Cartilage.
\RTHAGE, au moment 'de la fondation des républiques en Grèce , se trouvoit, par rapporta celle-ci , dans la même position que l'Angleterre vis-à-vis de la France actuelle. Possépeu pi es la même constitution , les me-
nant à
lier de son potager, le compagnon de son enfance, qui semble se réjouir de son arrivée , ce pauvre marin ne croira-t-il pas qti'un dieu est descendu du ciel?
' Je serois moins naïf aujourd'hui, et peut-être anrois-jetort. Quelque chose de la note sur les végétaux
mes richesses , le inèiae espi il guerrier et commerçant que la GraïKle-Rretagne ; séparée comme elle du pays eu révolution par des mers; aussi libre, ou plus libre, que ce pays même; elle étoit g^aranlie de l'iulluence militaire de Sparte eldiitlièues par la supériorité de ses vaisseaux , et du danger de leurs opinions politiques par l'excellence de son propre fiouvernement. Les peuples marilimes ont cet avynlaj:e inesîimajjle, d'èlre moins exposés que les nations agricoles à 1 action des mouvements étrangers. Outre la barrière naturelle (pii les protège contre une force invasive, s'ils sont insulaires, ou placés sur un continent éloigné, la superliuité de leur population trouve sans cesse un écoulement audeiiors, sans demeurer en un état croupissant de stagnation dans l'intérieur. Le reste des citoyens , occupé du commerce de la patrie, a peu le temps de s'embarrasser de rêveries politiques. Là où les bras travaillent, l'esprit est en repos.
Carthage encore, lors de la chute des Pisis- Iratides , élevée à l'empire des mers et à la traite du monde entier sur les débris du commerce de Tyr ' , comme l'Angleterre de nos jours sur les ruines de celui île la Hollande, approchoit du i'aile de la prospérité. Par une autre ressemblance de fortune, non moins singulière, elle crut devoir prendre une part active contre la révolution républicaine d'Athènes, en faveur de la monarchie. Xerxès, qui, en prétendant rétablir Ilippias sur le trône, niétlitoit la conciuèle de l'Atlique et du Péioponèse, engagea les Carthaginois à attaijueren même temps les colonies grecques en Sicile -. Amilcar, à la tèle de plus de trois cent mille hommes et d'une flotte nombreuse, aborde à Panorme, et met le siège devant liimèie ^. Gélon accourt de Syracuse a\ec cinquante mille citoyens au secours de la place, tombe sur le général africain, détruit son armée, et le force de se jeter lui-même dans un bûcher allumé
enroiR'ens semés dans les îles éU-aiisèrcs se rcU'ouve dans les Mélanges liile'raires , article MACKE^ZiK.
(N.ÉD
' l/ex|)lica(ion de ceci se trouve à faitice de Tyr.
- Dioi)., lili. XI, lias. I.
' i'ri., ibid., pag, (6 c; 22.
pour un sacrilice*. C'est ainsi (ju'une fortiuie ennemie voulut nommer ensemble Ilimère el Ounkerque.
L'enthousiasme dans la victoire, le découragement dans la défaite , est un trait de caractère que les souverains des mers d'autrefois- ont possédé avec les maîtres de lOcéau de nos jours ^ : que de fois durant le cours des hostiUtés présentes, sans la mâle fermeté des ministres, l'Angleterre ne se seroit-elle pas jetée aux pieds de sa rivale !
La nouvelle de la destruction de l'armée n'arriva pas plus tôt en Afrique , que le peuple tomlja dans le désespoir. Il voulut la paix à quelque prix que ce fût. On députa hund3lement vers Gélon, qui mérita sa victoire par la modération dont il en usa envers ses ennemis : il exigea seulement qu'ils payassent les frais de la canipague , «pii ne s'élevoient pas au-dessus de deux mille talents ■*.
Ainsi se termina pour les Carthaginois cette guerre si funeste à tous les alliés , (|ui eut encore cela de renîai({ual)le , qu'elle cessa {)eu à peu, telle (|ue la guerre actuelle a déjà lini en partie, par les paix forcées et partielles des différents"' coalisés. Depuis le traité entre l'Afrique et la Grèce, les deux pays vécurent longtemps en intelligence, et l'influence de la révolution républicaine du dernier, se trouvant arrêtée par les causes que j'ai ci-dessus assignées, se borna, quant à Carthage, au malheur passager que je viens de décrire '.
< Hfhod. lil). vu , pag. !67.
2 iXUT.. (le Ger. Rip., iKig. 799.
= Uamsay's Rei'ol. of Juk'.i .; d'Oi'.léans.^îlt. d'Jiiyl,; Hujik's iJUt. ufEiiç/l., etc., etc.
•• HeBOD. , 111). vu ; 11101).. lil). XI.
10,800,000 liv. de notre iiioiiiioie, en les supjiosaiil talents attiques; et 12.600.000 liv. , en les coiiiiitaiit sur la valein- du talent d'Orient, ce qui est (dus [irobable. Si nous avions le déchet exact des talents carllia- Sinois que l'on lit refoudre à llonie à la lin de la seconde guerre Punique, nous saurions au juste la \éiité.
\'oyez Liv. , Id). XXXU . n" 2.)
5 On verra ceci an tableau général de la gueire Jlédique.
' Le vice i-adical de tous ces parallèles, sai. s parler des bizarreries qu'ils produisent , est de supposer que la société , à répoque de la révolution réi)ublicaine de la Grèce , étoit semblable à la société telle qu'elle existe aujourd'hui i or, rien n'étoit plus difl'ércnt.
Les honnnes avoient peu ou point de relations cnlre
UEVOLLTIONS A.NGiE.N.NES.
'//feia
CHAPITllE XXXVII.
L'ibtrie.
CR le l)ord opposé du détroit de Gades , qui séparoit les possessions africaines de Carllia;4e
.de ses colonies europésnnes . on trouvoit llljé-
'rie, pays sauvage, et à peine connu des anciens à lipuipie dont nous retraçons Ihis-
«IX ; les chemins manquoient , la mer étoit inconnue ; , on voyaseoit rarement et difficilement ; la presse , ce I moyen extraordinaire d'écliange et de communication J d'idées , uétoit point inveiitée ; clinque peuple , vivant isolé, ignoroit ce qui se passuit chez le peuple voisin. Comparer la clmle des Pisistratides à Athènes (qui ^d'ailleurs n'étoient que des usurpateurs de rautorilé 'populaire) à la chute des Bouibons en France; rechercher laborieusement (pielle fut linfluence rc'publicaine de la Grèce sur 1 Egypte, sur Cailhage, surllbtrie, sur la Scythie , sur la Grande Grèce ; trouver des rap- I ports entre cette influence et rinfluence de notre révolution sur les divers gouvernements de l'Europe, cci-t un complet oubli, ou plutôt une falsification manifeste de l'histoire. Il est très-douteux que la Scythie, l'Egypte, et même Carthage, aient jamais entendu parler d'Hipplas; et si Carthage attacjua les colonies grecques à l'instigation du roi de Pu se, on ne peut voir là qu'un de ces faits isolés, qu'un résultat de cette ainbilion particulière qui. dans tous les temps , a e.xcité un peuple à profiter des divisions d'un autre peuple.
L'état de la société nétoit point assez avancé chez les anciens pour que les idées politiques devinssent li cause d'un mouvement général. On vit quelques guerres religieuses, mais encore furenl-elles rares et renfermées dans d'étroites limitrs. L'antiquité ne fit de grandes révolutions que par la conquête ; les Perses . les Grecs les Romains n'étendirent leur empire que par les armes ■ c'étoit la foice physiiiue et non la force morale qui regnoit. Quand cette force fut passée, il resta des dominateurs , quelques monuments des arts, quelcpies lois civdes, quelques ordonnances municipales, quelques règles d'administration , mais pas une idée politique
Rome étoit déjà formidable , die étoit prête à étendre sa mani sur l'Orient, que les Grecs connoissoieni à penieson existence, qu'ils ignoroient et les révolu lions et les lois du peuple qui alloit envahir leur patri- ; et je prétendrois qu'une petite révolution domesti(|iie advenue dans la pelite ville de bois de Tliénu'stocle lorsque 1 antiquité tout entière étoit encore à demi bar-
toire. Il étoit haljité par plusieurs peuples , Celtes d'origine, dont les uns se distinguoient par leur courage et leur mépris de la mort'; les autres , pleins dinnocence, passoient pour les plus justes des hommes '-. Malheureusement leurs lieuves rouloient un métal qui les décela à l'avarice. Les Tyriens, pour l'obtenir, trompèrent d'abord leur simplicité ^. Les Carthaginois bientôt les as-servirent , et les forçant à ouvrir les mines, les y plongèrent tout vivants''. Si ce livre traversoit les mers, s'il parvenoit jusqu'à l'Indien enseveli sous les montagnes du Potose , il apprendroit que ses cruels maîtres ont autrefois , comme lui , péri esclaves sous leur terre natale , ({u'ils y ont fouillé ce même or pour une nation étrangère apportée chez eux par les Ilots. Cet Indien adoreroit en secret la Providence et reprendroit son hoyau moins pesant.
Au reste, il est probable que les troubles de la Grèce réagirent sur les malheureux habitants de l'Ibcrie. Carthage, pour payer les frais de lu guerre contre la Sicile , multiplia sans doute les sueurs de ses esclaves ^. A cha-
bare, je prétendrois que cette petite révolution communiqua son mouvement à l'univers connu 1
Dans les temps modernes méuie, le contre-coup des révolutions a été plus ou moins fort, selon le degré de civilisation à l'époque où ces révolutions ont éclaté. La catastrophe de Charles 1*'' ne put avoir sur l'Einope. par m;Le raisons faciles à déduire, l'influence qu'a dû exercer l'assassinat juridi<)ue de Louis XVI. En remontant plus haut, le pape qui , au milieu de la France barbare, vint mettre la couronne sur la tête d'un roi de la second'' race, ne lit pas un acte aus.^i décisif pour certains principes, que celui du pontife qui couronna Buonaparte au commencera nt du dix-neuvicme siècle.
Tout est donc faux dans les parallèles que j'ai prétendu établir. Il ne reste de ces rapprochements que (|uelques vérités de détails , indépendantes du fond et de la forme.. (N. Éd.)
' STR.4D., lib. III, p. 138, Liv., lib. XXVIII; IIar;.\-...
SIL. ITAL. , lib. I.
2 La Béli(iue, dont Fénclon fait une peinture si ton-chante. Le tableau n'est pas eulièremeut d imagiiialion; il est fondé sur la vérité de l'histoire. Je ne sais oii j'ai lu (|ue Mariana a omis quelque chose sur l'origine des nations ibériennes, dans sa traduction en langue vulgaire de son IJlstoire latine originale. Malheureusement je ne possède que l'étliiion cspjigncle de cet excellent ouvrage.
' rioD., lib. V, pag 312.
* Id., lib. IV, cap. cccxii; Polïb., lib. III.
5 Lll-éiie f'juriiit aussi des soldais, ainsi que le*
^que ecu ik'pensé par le vice en Europe, des \^l larmes de sang coulent dans les abîmes de la ir c ..j.j.g ^j^ Amérique. C'est ainsi (jue tout se lie, qu une révolution, comme le coup clectri-
que, se fait sentir au même instant à toute la
chaîne des peuples.
CHAP1TIU-: XXWilI.