‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 65 sur 201 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Philosophie. Les deux Zoroastrc. Politique.

E nom du célèbre Zoloastre ' rappelle le fonilateur de la philosophie persane et celui de Tor- Ire des mages. De même que sa morale , se»

Jogmes étoient sublimes. Il enseignoitTexislence dts deux principes , l'un bon , l'autre méchant, qui se disputoient l'empire delà nature -; la durée du premier embrassoit tous les temps écoulés et à venir. L'existence du second devoit passer avec le monde.

Cet ancien sage fut suivi, vers le temps de Darius fils d'Hystaspes , d'un autre pbilosopbe du même nom qui alléia quelque chose à la doctrine de son prédécesseur. Tel que le premier Zoroastre, iladmeltoillesdeux natures; mais illesdérivoitd'un être primitif, dont les regards immenses ne tomboient jamais sur la race imperceplible des hommes^. Ildisoil que ces pouvoirs subordonnés régneroient leur ;i toursur la terre, chacun durant une période de six mille années ; que le méchant génie seroit à la fin subjugué par le bon , et qu'alors

pas besoin d'avoir du génie. Qu'on arrête les globes dans l'espace , qu'on fasse arriver des comètes , qu'on place dans des mondes divers les moils et les vivants, le passé et l'avenir, tout cela n'est qu'une stérile grandeur sans sublimité, une débauclie d'imaginaliuu qui pourroit être le rêve d'un enfant, un conte de fées. Le morceau de Klop-toek que j'ai cité n'offre pas un trait à retenir: l'auteur passe souvent auprès d'une beauté sans l'apercevoir. Quand les deux anges de la mort s'approchent du christ, qui ne s'atteml, par exemple , à quelque chose d'extraordinaire? Tfjut se réduit à des lieux communs sur la mort, et le poëte est si embarrassé de ses anges, qu'il se hâte de les renvoyer on ne sait où.

(N. ÉD

* Ce premier Zoroastre est le Zoroastre chaldéen , dont j'ai déjà parlé. Aristote le place six mille ans avant la prise de Troie.

' Hyde raconte quelque chose de curieux au sujet du mécliant pouvoir. Les Persans en écrivoient le nom en lettres inverties , il s'appeloit Arimanius, et le bon, O romande.

' Laekt., lib. S 6-9.

AVANT i.-C

les habitants d'ici-bas , dépouilles de leii! enveloppe grossière, sans besoins et dans un parfait état de bonheur, erreroient parmi des bois enchantés comme des ombres légères ' .

Les écrits du premier Zoroaslre ont ])éri dans la révolution des empires ; {juehiues-uns de ceux du second ont été sauvés. Le plus considérable d'entre eux est le Zeiid-, qui existe encore parmi les anciens Persans dispersés sur les frontières des Indes. Ce livre sacré se divise en deux parties : l'une traite des cérémonies religieuses , l'autre renferme des préceptes moraux.

Nous possédons en outre les fragments d'un autre ouvrage du même philosophe, sous le titre des Oracles de Zoroustre^.

La théorie des gouvernements semble aussi avoir été familière aux sages de la Perse. <^>uelques auteurs représentent Zotoastre l'ancien sous les traits d'un législateur; et Hérodote introduit ailleurs les seigneurs persans , après l'assassinat du mage, délibérant sur le mode de gouvernement à adopter pour l'empire. Othanès propose la démocratie. Le tyran , dit-il , rà ;j.ï-i yàp jZpu y.iv.ofrr,:i.ii6i, Ipcu r.oU.'/.

zzi if/«îf/a/«; Ti^dif ««';), tantôt gontlé de haine, tantôt d'orgueil , commet des actions horribles. Mégabyse opine à l'oligarchie, et représente les fureurs du peuple. Darius parle en faveur de la royauté , et l'emporte "*.

Les mages et les autres prêtres soumis aux Perses excelloient dans les études de la nature. On peut juger de leurs connoissances en astronomie par une série d'observations de dix-neuf cent trois années , que Callislhène , philosophe grec attaché à la suite d'Alexandre , trouva à Babylone ^ N'oublions pas la science mystérieuse appelée du nom de la

' Put., l&is et Osiris. tom. II, pag. 133.

' Les mages ont formé un Êpitome tle ce livre, «eus le nom de Saddcr, qu'ils lisent au peuple les jours de fêtes.

' Patricius on publia trois cent vingt-trois vers à l.i suite de sa. Nova Philosopliia de Uitiver.sU, imprimée à Ferrare en 1391. Je n'ai pu me procurer cet ou- \rage assez tôt pour l'impression de cet article. Si je puis le découvrir, je donnerai la traduction de ces vers j la fin du volume.

' flKiioD., lib. in, cap. \.\\x.

■ SiMPL., lil). Il, de Ccelo.

secte qui la pratiqua'. La magie prouve deux choses : l'ignorance îles peuples de l'Orient , et les malheurs des hommes d'autrefois. On ne cherche à sonder l'avenir que lorsqu'on souffre au présent.

Il est impossible de supposer que tant de lumières pesassent dans un des bassins de la balance , sans un contre-poids égal de corruption". Aussi trouvons-nous qu'un affreux despotisme s'étendoit sur l'empire de Cyrus ; que les satrapes , devenus autant de petits tyrans dans leurs provinces , écrasoient les peuples prosternés à leurs pieds , et qu'un virus de luxe et de misère dévoroit et les grands et les petits -. Il résulte de ce tableau moral et politique de l'Orient, considéré au moment de l'établissement des républiques en Grèce , qu'il étoit arrivé à ce point de maturité où les révolutions sont inévitables , ou du moins à ce degré de connoissances et de vices qui rend une nation plus susceptible d'être ébranlée par la commotion des troubles politiques des états qui l'environnent. Favorisée par ces causes internes , l'influence de la révolution républicaine de la Grèce sur la Perse fut directe ,

• DioD. Sic, lib. XI, pag. i5; Nald/Ei, Apol. pro rii-'j. Mag. Mogiœ Suapect., cap. VIII.

" En lisant avec attention l'Esnai, on découvre sous le rapport politique que mon dessein est de prouver, sans admettre et sans rejeter le gouvernement républicain en théorie, que la république ne pourroit s'état)lir en France, paice que les mœurs n'y sont plus assez innocentes. Je faisois même de celte observation un principe général ; en donnant pour contre-poids la corruption aux lumières, je ne supposois p;is la république possible chez un vieux peuple civilisé. Ce système, ne chez moi de l'étude des républiques anciennes , comme je l'ai déjà dit, étoit faux, et même dangereux , en tant qu'appliqué à la société moderne; car ilsuivroit de li qu'aucune liberté ne pourroit exister chez une nation policée, et que la civihsaliun nous condamneroit à un éternel esclavage. Heureusement il n'en est pas ainsi : les lumières, quand elles sont descendues, comme aujourd'hui , dans toutes les classes sociales, composent une sorte de raison publicpie qui rend inipossible l'établissement du despotisme, et qui produit pour la liberté le même effet que l'innocence des mceurs. Seulement, dans cet âge avancé du monde, la liberté est plus convenable sous la forme monarehieiue que sous la forme républicaine, parce que le pouvoir exécutif, placé dans une famille souveraine, exclut les andjilions individuelles, toujours plas vives dans l'abseuce des mœui-s. (>'. ÉD.)

» Pllt., in .4pophlhegm .pag. 213; Plat., lib. Ilide. Leg., pag. 6!."; Cyrop., lib. VIII, pag. 233.

It6

REVOLUTIONS ANCIliNNE S.

[»iompte et terrible , parce qu'elle se trouva tléterrainée vers les armes , en conséquence lies événements que je vais décrire.

Remarquons encore que le princii)al effet de la révolution franooise sur rAllemagne s'est aussi dirige par la voie militaire. Mais cet empire , étant dans une autre position morale que celui de Cyrus , ne peut ni n'a à craindre les mêmes maux ^ Voulez-vous prédire l'avenir, considérez le passé. C'est une donnée sûre qui ne trompera jamais , si vous I)artez du principe : les mœurs.

Avant d'entrer dans le détail de la guerre

Médique et de la guerre présente , il faut dire

■ un mot de la situation politique de la Perse

et de l'Allemagne , vues quelques moments

avant ces grandes calamités.

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