‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 69 sur 201 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

Xerxès,— François. Ligue générale contre la Grèc«, — coutre la France. Révolte des Provinces.

E PENDANT l'empire 1 d'Orient et celui d'Allemagne avoient changé de maîtres. Darius et Léopold' n'éloientplus.

A ces monarcjues savants dans la connoissance des hommes et dans l'art de gouverner, succédèrent leurs fils ^ Xerxès et François ". Ces jeunes princes, placés au timon de deux grands états dans des circonstances orageuses , égaux en fortune, se montrèrent différents en génie. Le roi des Perses , élevé dans la mollesse , étoit aussi pusillanime- que l'empereur germanique , nourri dans les camps de Joseph , est courageux ^. Ils semblent seulement avoir partagé en commun l'obstination de caractère *. Ils eurent

* Léopold ne vit pas la première campagne, puisqu'il mourut à Vienne, le jour même que la guerre fut déclarée à Paris. Mais comme celte déclaration se fit en son nom, j'ai néghgé de parler plus tôt de cet événement , qui ne change rien à la vérité des faits , et pouvoit nuire à l'ensemble du tableau.

" Le lecteur doit être accoutumé à ces rapprochements. Ne semble-t-il pas que je connoisse Xerxès aussi bien que le respectable empereur d'Autriche, qui vit encore? Je fais le dénombrement des deux armées des Perses et des Allemands , à peu près comme le noble chevalier de la Manche nommoit les généraux des deux grandes armées de moutons : « Ce chevalier , disoit-il , « qui porte trois couronnes en champ d'azur, est le re- » doutable Micocolembo, grand-duc de Quirocie, etc.»

(N. ÉD

» PLAT. , de Leg. , lib. III , pag. 698.

' François a donné les plus grandes marques de bravoure dans la guerre des Turcs, particulièrement un jour que, s'étant emporté fort loin à la poursuite des ennemis, il revint seul au camp, où on étoit dans les plus vives alarmes sur son compte. Je tiens ce fait du colonel des hussards de la garde du roi de Prusse.

* Plat. , de Le<j. , lib. lîl. pag. C98.

AVANT

= OL. 72. = n92.

aussi le mallieur tVêlre trompés par leurs ennemis , qui s'introduisirent jusque clans leurs conseils ' .

Résolu de poursuivre vigoureusement la guerre que son père lui avoit laissée avec la couronne 2, Xerxès assemble son conseil , il y montre la nécessité de rétablir dans tout son lustre l'honneur de la Perse , terni aux champs de Marathon. « J'irai , dit-il , je traverserai les mers, je raserai la ville coupable , et j'emmènerai ses citoyens captifs dans les fers ^. » Les alliés ont aussi tenu à peu près le même langage.

Après un tel discours , on ne songea plus qu'aux immenses préparatifs de l'expédition projetée. Des courriers chargés des ordres de la cour de Suze , se rendent dans les provinces pour hâter la marche des troupes ''. En même temps une ligue générale de tous les états de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe se forme contre le petit pays de la Grèce. Les Carthaginois , prenant à leur solde des Gaulois , des Italiens , des Ibériens , se déclarent et signent un traité d'alliance offensive avec le grand roi-^. La Phœnicie et l'Egypte équipent leurs vaisseaux pour la coalition •*. La Macédoine y joint ses forces '. De ses états proprement dits, la Médie et la Perse, Xerxès lire des troupes aguerries ^. La Babylonie , l'Arabie , la Lydie , la Thrace et les diverses satrapies fournissent leur contingent à la ligue **, et une armée de trois millions de combattants s'assemble dans la plaine de Doriscus ^".

' Théinistocle fit plusieurs fois donner des avis à Xerxès en particulier , l'un avant , l'autre après la bataille de Salamine. — On dit que le cabinet de l'empereur est composé de gens entièrement vendus à la France.

' Entre la première invasion de la Grèce par les Perses sous Darius , et la seconde sous Xerxès , il se trouve un intervalle de dix ans , presque tout employé en préparatifs de guerre.

' Hebod. , lib. VII , pag. 382.

4 Jd. , lib. Vn , cap. XX,

•'DiOD. .lil). Il.pag. 1-2, etc.

' HEnoD. , lib. VII, cap. Lxxxix-xcix.

' Id. , lib. VII , cap. CLXXXV.

' Id. , lib. VU , cap. Lx-Lxxxvii.

» Id., ihid.

'" Id., lib. VII; IsoCRiT., Pnnalh., pag. 3Dj; JuST., lib. II, cap. X; Plct. ,?ii Themisl.

Au bruit de ces préparatifs formidables , des provùices de la Grèce , soit par lâcheté , soit par opinion , se rangent du parti des étrangers ^ . Et l'on vit bientôt la Béotie , l' Argolide , la Thessalie , et plusieurs îles de la mer Egée ^ joindre leurs efforts à ceux des tyrans.

François , de son côté , faisoit des préparatifs immenses. Ses états de Hongrie , de Bohême , de Lombardie , etc. , lui donnent d'excellents soldats; la Prusse le soutient de tout son pouvoir ; les Cercles de l'empire mettent sur pied leurs légions ; l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, la Sicile, la Sardaigne, la Russie, se combinent dans la ligue générale , et de nombreuses armées s'avancent sur toutes les frontières de la France. Aussitôt la Vendée , le Lyonnois , le Languedoc , s'insurgent ; et la république naissante , attaquée au dedans et au dehors , se voit menacée d'une ruine prochaine.

Un très-petit nombre de peuples restèrent tranquilles spectateurs de ces grandes scènes.

Dans le monde ancien on ne compta que ceux de la Crète " , de l'Italie'' , de la Scythie. — Le Danemarck , la Suède , la Suisse , et quelques autres petites républiques , demeurèrent neutres dans le monde moderne. Ni les Grecs, ni les François, n'eurent d'alliés au commencement de la guerre. Leurs armes leur en firent par la suite ^.

Afin que le lecteur puisse parcourir d'un coup d'œil ce tableau intéressant , je vais joindre ici une carte , où l'on a rangé les alliés de la guerre Médique et de la guerre républicaine sur deux colonnes , les peuples qui se correspondent opposés les uns aux autres , les provinces soulevées , les dates des batailles , des paix partielles , etc. , etc. ^

< IIEHOD., lib. VII; cap. XXXU; DiOD. , lib. II.

2 Id., lib. VU. cap. clxxxv ; lib. VIII, cap. v; lib. IX, cap. XII.

' M., lib. vn , cap. CLXXi.

•• Encore l'Italie avoit-elle des troupes à la solde de Carthage.

5 Pi.LT., in Cim. ; TnuCYi')., lib. I, png. 66; DiOD.. lib. II , pag. W.

» Que de soins, que de recherches perdus! Les faits n'en sont pas moins curieux. (N. Ed.)

TABLEAU

r>ES

Page 1